‹ Traité de pathologie interneChapitre 108 sur 152 · DE L'HERPÈS · texte numérisé non relu

DE L'HERPÈS

fe, etc.); 2® à Tarrangement des groupes vésiculeux {zona, herpès phlydenoides et cirwiatus) ; 3" à la coloration du limbe qui les entoure (herpès iris) ; 4<» à Tallération concomitante des cheveux {herpès tonsurantj teigne iortdante).

Mais on a de la sorte rapproché des affections très-dissemblables. Dès les premières éditions, je Favais déclaré, je répugnais à ranger dans Fherpès la teigne tondante. Le sens clinique, si je puis parler ainsi, me faisait voir que cette affection devait avoir une autre place. Aujourd'hui, depuis les beaux travaux de M. Bazin, le doute n'est plus permis, et, conune lui, je renverrai l'histoire de cette maladie aux chapitres consacrés, dans le tome il, à la description des affections cutanées parasitaires. M. Bazin range résolument dans la môme catégorie l'herpès drciné et l'herpès tris, parce que dans l'un et l'autre on rencontrerait toujours, comme daas la teigne tondante, le môme végétal parasite (le trichophyion). Cependant, malgré cette autorité, j'exclurai seulement de l'herpès la teigne tonsurante, et je conserverai encore les deux autres variétés, parce que leur physionomie extérieure, leur marche, les rapprochent manifestement de l'herpès simple, et parce que la présence du parasite n'est probablement qu'un accident : elle n'est peut-être pas constante, comme tendaient à le faire croire les premiers travaux de M. Bazin lui-môme.

A. — Variétés de siège.

l» Herpès labial is.

On sait qu'à la suite des fièvres éphémères, catarrhales et de quelques autres maladies aiguës, comme la pneumonie, ou dans le cours de la méningite cérébrospinale épidémique, ou bien encore à la suite de l'impression du froid ou du contact de certaines substances irritantes, il se développe sur les lèvres et autour de la bouche des groupes plus ou moins nombreux de vésicules. Cette éruption n'occupe ordinairement qu'une des lèvres, et môme qu'une partie de l'une d'elles, rarement elle gagne les joues et le menton, mais plus souvent elle s'étend au pourtour des narines. Les vésicules peuvent se développer exclusivement sur la peau des lèvres ou sur leur bord libre ; le plus souvent elles existent au point de jonction de la muqueuse labiale et dcr la peau.

Vherpes laMalis apparaît tantôt d'emblée ; d'autres fois il est précédé pendant quelques heures de rougeur, de tuméfaction et de chaleur brûlante. Bientôt on voit poindre des vésicules ; le liquide, d'abord transparent, devient trouble au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures, et, dès le quatrième ou le cinquième jour, les vésicules, dont les plus grosses ont atteint à peine le volume d'un pois, se rompent, et il se forme quelques croûtes jaunâtres. Cette éruption est souvent critique; elle n'exige presque jamais de traitement. Cependant, si elle s'accompagnait de chaleur et de douleurs trop vives, on ferait quelques lotions avec de l'eau fraîche, à laquelle on ajouterait quelques gouttes de sous-acétate de plomb liquide.

2* Herpès des membranes maqueuses.

On voit souvent se déclarer sur les membranes muqueuses accessibles à la vue des groupes vésiculeux identiques avec ceux qui surviennent sur la peau ; ils n'en diffèrent que par le volume moindre des vésicules, par leur rupture prématurée, par des érosions consécutives plus fréquentes, par la production d'une exsudation fibrino-albumineuse, circonstances qui peuvent faire méconnaître le vrai caractère

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de la maladie. Gomme ces heipès, suivant les muqueuses où ils se développent, présentent quelques différences de forme, comme ils peuvent donner lieu, d*ailleurs, à de graves erreurs de diagnostic, il importe de les étudier en particulier dans la bouche et dans le pharynx, sur la conjonctive et sur les organes génitaux.

t® Herpès buccal et guttural. — Il se développe parfois à la face interne des livres et des joues, et sur la voûte palatine, des groupes vésiculeux entourés d'une auréole rouge, accompagnés souvent d'une exsudation abondante, d'une matière pultacée crémeuse. Mais le siège de prédilection de ces groupes vésiculeux est sur ses piliers, ainsi que sur les amygdales. M. le docteur Gubler a eu le mérite de fixer plus particulièrement l'attention sur cette forme d'herpès, dont il a donné une description fort exacte (i). C'est le plus souvent après un refroidissement qu'on voit la maladie débuter. Les individus se plaignent de douleur, de chaleur à la gorge et de dysphagie ; l'inspection peut faire découvrir sur toutes les parties qui circonscrivent l'isthme du gosier des groupes herpétiques, entourés d'une auréole rouge et qui sont parfaitement dessinés; mais, pour peu qu'on tarde, et parfois au bout de quelques heures seulement, Tépithélium s'est brisé, la vésicule a cessé d'être et l'oo ne trouve plus qu'una concrétion pseudo-membraneuse très-adhérente, arrondie ou festonnée et entourée d'une auréole d'un rouge plus ou moins vif. Si la concrétion tombe, il existe à sa place une érosion' douloureuse et saignante. Les ganglions sousmaxillaires ne sont point tuméfiés ou le sont à peine. Il n'est pas rare de voir l'herpès guttural coexister avec un herpès des lèvres; ils sont presque toujours simultanés, mais ils peuvent être successifs. J'ai vu un herpès localisé d'abord sur les amygdales, se reproduire sur le voile du palais, bientôt sur la face interne des joues, sur la langue, à la face interne des lèvres ; puis, enfin, la maladie se termina par un bouquet d'herpès développé sur la face cutanée de la lèvre inférieure.

L'herpès guttural, soit qu'il existe seul, soit qu'il vienne s'enter sur une amygdalite, s'accompagne toujours d'une phlogose plus ou moins étendue de la muqueuse ; il existe les symptômes locaux et généraux de toute angine bénigne. Tai vu parfois la maladie se montrer sous forme d'accès ou d'exacerbations, caractérisés surtout par la manifestation de nouveaux groupes vésiculeux.

L'herpès buccal ne peut être confondu avec un aphthe,* qui est une ulcération solitaire, tandis que l'herpès est essentiellement caractérisé par des groupes vésiculeux.

Il est souvent plus^difYicile de reconnaître l'herpès guttural, parce que, les vésicules se rompant prématurément, il n'existe plus qu'une concrétion qu'il faut bien se garder de confondre avec la diphthérite. La première, en efl'et, est five, non extensive, ne s'accompagne pas d'engorgement sous-maxillairc, ni d'aucun symptôme grave, et coïncide souvent avec de l'herpès aux lèvres.

L'herpès guttural n'offre aucune gravité, il cède à la médication que nous avons indiquée en traitant de la pharyngite aiguè.

2° Hei^s conjonctivaL — On voit souvent, surtout chez les enfants IjTnphatiqucs, soit spontanément ou bien après un refroidissement, des vésicules se développer isolément ou par petits groupes sur la conjonctive et sur la cornée. ï^ vaisseaux sont plus ou moins injectés, la muqueuse est rouge et boursouflée.

(I) Union médicah^ année 1868.

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Les Tésicules qui forment le caractère anatomiqae spécial de cette ophthalmie peuTcnt se flétrir et se résoudre sans laisser de traces ; mais, le plus souvent, à la vésicule succède une ulcération, qui peut être très-superficielle ou ne respecter que la lamelle la plus profonde de la cornée, ou bien enfin elle peUt devenir tout à fait perforante. Dans le premier cas, il n'en résulte qu'une cicatrice blanchâtre ; dans le second, on observe parfois une hernie de la cornée ; enfin, dans le troisième cas, il se produit une hernie de l'iris et des désordres plus graves encore.

Cette coi^onctivite à marche généralement lente, si^ette à de fréquents retours, est d'un' pronostic grave.

On insistera sur un traitement tonique général, et localement on modifiera la surface malade en la touchant très-légèrement avec un crayon d'azotate d'^argent ou de sulfate de cuivre. On fera également des lotions répétées avec des collyres astringents.

3^ Eerpès des organes génitaux, — L'herpès se développe fréquemment sur les organes génitaux de l'un et de l'autre sexe. Chez l'homme, il occupe le prépuce et le gland {herpès prœputiaUs) ; chez la femme, on l'observe sur les grandes et les petites lèvres, sur la fourchette et à l'entrée du vagin (herpès pudendi).

L'herpès qui se développe sur le prépuce a une marche différente suivant le siège précis qu'il occupe. Les vésicules se sont-elles développées sur la surface cutanée, on voit le liquide se troubler rapidement; les vésicules se flétrissent au l)out de trois, de quatre ou de cinq jours; il se forme enfin de petites squames ou une exsudation, et tout est terminé après un septénaire. Les vésicules qui siègent sur la muqueuse excitent des cuissons plus fortes ; leur développement s'accompagne de chaleur et d'un prurit très-incommode ; elles sont extrêmement ténues ; vers le quatrième jour le liquide se trouble, l'épithélium se rompt, et laisse à nu une petite excoriation rosée et superficielle, ayant parfois un fond blanchâtre, des bords un peu saillants, et dont la cicatrisation peut se faire attendre pendant sept ou huit jours. Biett a quelquefois observé Y herpès prcepuHalis à l'état chronique : il y a alors des éruptions successives qui finissent par rendre la peau du prépuce rude, ratatinée, indurée ; celle-ci enfin se gerce, se fendille par les moindres tractions qu'on opère sur elle.

L'herpès qui se montre sur les organes génitaux de la femme est en tout semblable à l'herpès prépuiial ; il donne lieu, le plus souvent, à un certain nombre de petites ulcérations, parfois il n'en existe qu'une seule, mais étendue à une grande partie de la vulve. Celle-ci est le siège d'un sentiment de cuisson et de brûlure qui augmente pendant la marche et pendant l'émission de l'urine, lorsque ce liquide vient à baigner les surfaces malades.

Au début, l'herpès, qu'il siège à la vulve, sur le prépuce ou sur le gland, se caractérisera suffisanmient et se distinguera de toute autre affection, par l'existence, sur un disque ou sur une plaque rouge, d'un certain nombre de vésicules petites, pointues, très-prurigineuses. L'ulcération ou plutôt l'érosion, une ibis établie, ne saurait être prise pour un chancre, remarquable, en général, parce qu'il est plus profond, par sa surface grisâtre et indurée, par ses bords taillés à pic et par la présence d'engorgement douloureux dans l'aine. S'il n'existait plus que des squames, on ne croirait pas à une syphilide, attendu que celle-ci produit des croûtes épaisses, dures et noirâtres.

L'herpès du prépuce n'affecte guère que les adultes et les jeunes gens; le défaut de propreté, des rapports avec des fenunes sales, des frottements contre des véte-

ments grossiers, sont les causes principales de la maladie. Ghex la femme, rbetpès vulvaire atteint spécialement celles qui négligent tout soin de propreté ; il est surtout fréquent dans les derniers mois de la grossesse.

On lave le prépuce ou la vulve avec une décoction de guimauve additionnée de quelques gouttes d'extrait de Saturne ; lorsqu'il existe une ulcération, on la recouvrira de charpie râpée. Ce traitement sufGt, et il n'est pas besoin de recourir an traitement énergique conseillé par MM. Ricord et Diday, consistant à panser le mai avec des bourdonnets trempés dans une solution d'azolate d'argent (4 grammes pour 30). L'herpès chronicjue exige des lotions alcalines, des bains de Tapeur, des bains alcalins, sulfureux, et quelques laxatifs. On s'opposera au resserrement du prépuce ; l'opération du phimosis pourra devenir quelquefois nécessaire lorsque la longueur et Tétroitesse du prépuce sont la cause de récidives fréquentes, provoquées le plus souvent par la difficulté d'entretenir les parties dans un état de propreté convenable.

B. — Variétés i>*APftès l'abiargbmrnt des croopcs. !• Dn lona oa zoster.

Vherpès zoster ou zona est caractérisé par des groupes plus ou moins nombreux de vésicules siégeant sur une base enflammée, mais présentant cette circonstance très-remarquable que la maladie est toujours bornée à une moitié du corps.

Symptômes. — Le zona a souvent des prodromes, tels que malaise, accablement, troubles divers des organes digestifs. Bientôt toute la peau où l'éruption va se faire devient, dans les douze ou vingln^uatre heures qui précèdent celle-ci, le siège de cuissons, de picotements et de brûlure. L'éruption commence par des taches d'un rouge vif, irrégulières, apparaissant en général les unes après les autres, et à la surface desquelles se dessinent tantôt de petites saillies qui ont d'abord la couleur de la peau, mais qui s'en distinguent bientôt pour constituer de^peliles vésicules transparentes. En trois ou quatre jours la métamorphose de la plaque est complète. En général, la rougeur dépasse d'un demi-centimètre) plus ou moios, les limites des groupes de vésicules : celles-ci offrent tous les caractères de l'herpès. Ce sont, en effet, des groupes tantôt discrets et tantôt confluents de vésicules aplaties, opalines ou violacées, qui siègent sur un point de peau enflanmiée, et sont séparées par d'es portions de téguments tout à fait saines.

Le zona ne s'accompagne jamais d'accidents graves. Dans la période la pliu aiguë, les malades ont des élancements, de la cuisson, de la chaleur et un seatîment de brûlure dans les parties affectées : les souffrances sont quelquefois asseï aiguës pour empêcher complètement le sonmieiL Souvent il y a un appareil fébrile médiocre, de l'inappétence, de la soif, de la constipation, ou un peu de dévoiement Cette éruption, disions-nous quelques lignes plus haut, est toujours bornée à nne moitié du corps : c'est à peine, en effet, si quelques vésicules, au nombre de cinq ou six, dépassent parfois le raphé médian, soit antérieurement, soit en arrière. On a cité pourtant des zona qui auraient occupé tout le tour du corps; mais, ainsi que M. Cazenave le remarque, ces faits appartiennent plutôt à l'herpès phlycténoîde dont nous parlerons bientôt. J. P. Frank a vu pourtant, en 1818, &la clinique de ^Una, un cordonnier qui avait deux demi-ceintures très-distinctes et placées sur deux plans différents, car il y avait 3 centimètres de différence entre la zone du côté droit et celle du côté gauche.

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