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DB QUELQUES AUTRES APOPLEXIES

Je viens de décrire avec quelques détails les apoplexies qui soat les plus cornmuQes et qui ont des symptômes spéciaux. 11 me reste maintenant à faire connaître quelques autres hémorrhagies interstitielles qui, quoique moins importantes sous le rapport symptomatique, méritent pourtant d'être connues, car plusieurs d'entre elles peuvent être la cause de graves accidents.

Apoplexie» des viscères abdominaux, — Je ne dirai rien de l'apoplexie de la rate et du foie, altération qui parait avoir été quelquefois observée chez les individus qui ont succombé à des accès de fièvres pernicieuses ou au purpura.

Le docteur Kiwisch dit aussi avoir rencontré fréquemment l'apoplexie du foie chez les nouveau-nés; dans deux cas môme on a pu la regarder comme étant la cause de la mort. Cependant, Jusqu'à ce jour, on ne connaît nullement la marcbe que ces épanchements suivent, et leur diagnostic est absolument impossible. Ceci s'applique également aux collections sanguines que, dans quelques cas rares, on a vues se former spontanément dans le pancréas, dans les reins, dans les capsules surrénales, dans les ovaires et jusque dans l'utérus, organe qui, d'après M. Cruveilhier, serait fréquemment le siège de collections sanguines chez les femmes âgées. Cette opinion, qui contrarie toutes nos idées théoriques, n'ayant été appuyée d'aucun relevé numérique, et M. Cruveilhier paraissant ne l'avoir émise que d'après ses souvenirs, il importe d'attendre de nouvelles recherches.

Apoplexie du placenta, — Le placenta est un des organes dans lesquels les apoplexies se forment avec le plus de facilité. Cette altération a été bien étudiée dans ces dernières années par M. Cruveilhier, ainsi que par MM. Gendrin et Jaoquemier. Le nombre des foyers sanguins qu'on trouve dans le placenta peut être considérable ; il est rare qu'il n'y en ait qu'un ou deux. Leur volume varie depuis celui d'un grain de millet Jusqu'à celui d'un œuf de pigeon ; on en a même TU de plus considérables. En général arrondis, ils sont d'autant plus rapprochés de la face utérine qu'on s'éloigne davantage du moment de la conception. Le sang extravasé passe successivement du noir au brun, au rougeâtre, au jaune ; enfin il finit par se décolorer. En général, il altère et atrophie la portion correspondante du placenta ; si les épanchements sont multiples, cet organe tout entier peut être atrophié. Enfin, d'autres fois le caillot subit diverses transformations et prend des aspects différents. D'après M. Jacquemier, on devrait rapporter au sang maternel épanché dans le placenta et diversement transformé toutes les tumeurs d'aspect cartilagineux, tuberculeux, encéphaloïde, et jusqu'aux concrétions osseuses et crétacées qui s'y forment. Cette opinion est peut-être trop exclusive ; néanmoins elle est exacte pour le plus grand nombre de cas. Le diagnostic des apoplexies placentaires est impossible. H est inutile de faire remarquer que c'est là une altération grave qui devient la cause d'un grand nombre d'avortements ; d'autres fois le fœtus arrive à terme, mais il natt faible, chétif, amaigri, à cause de l'atrophie partielle que le placenta a subie. Nous renvoyons, pour plus amples détails, à l'excellent Traité d'accouchements du docteur Jacquemier (tome I, page 408)./

Apoplexies musculaires. — Des épanchements sanguins quelquefois considérables peuvent se former spontanément dans la plupart des muscles de la vie

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de relation. M. Cruyeilhier a vu la gaine des deux muscles droits de l'abdomen être distendue par des caillots sanguins qui avaient lacéré, détruit les fibres musculaires, altération qui s'était accompagnée pendant la vie de douleurs m vives, qu'elles avaient fait supposer l'existence d'une péritonite. Ce» apoplen» musculaires se remarquent spécialement dans le scorbut et dans les résorptions purulentes.

Apoplexie du casur. — A côté de ces apoplexies, il faut placer le» épancbements sanguins que M. Cruveilhier a rencontrés plusieurs fois dans le cœur. U ne les a vus se former que dans l'épaisseur du ventricule gauche hypertrophié ; il regarde cette lésion, qui d'ailleurs est fort rare, comme pouvant être suine d'une rupture du cœur, ou comme pouvant être l'origine d'un anévrysme faux consécolif. Les faits n'ont pas encore, que je sache, justifié Jusqu'à présent cette suppositioo. Le diagnostic de cette lésion est impossible.

STMOHmiB. — Pourpre.

On donne le nom de purpura à une maladie caractérisée par Véruption spontanée, à la surface du corps, de pétéchies, c'est-à-dire de petites taches lenticulaires, noirâtres, formées par du sang extravasé dans l'épaisseur de la peau«

DlTisions. — Willan a établi pour le purpura les espèces suivantes : i* purpura simplex, 2<> urticanSy 3o seniliSy 4® hœmorrhagica^ 5« coniagiosa. Ce dernier, dont nous n'avons pas à nous occuper, n'est autre que l'éruption pétéchiale àe la peste, du typhus et des autres maladies graves. M. Rayer a distingué deux formes de purpura, le purpura fébrile et le purpura apyrétique; M. Caienave en fait deux variétés, suivant qu'il s'accompagne ou non d'hémorrhagies par quelque muqueuse.

!• Purpura simplex. — Cette forme, qu'on n'observe guère que dans l'adolescence et dans la jeunesse, naît le plus souven^sans cause appréciable. 11 débute ordinairement sans prodromes; quelquefois après un ou deux Jours de malaise, de faiblesse et d'anorexie. H est caractérisé par des pétéchies, c'est-à-dire par de petites taches d'un rouge vif au début, surtout chez les enfants, violacées on noires chez les sujets débilités, plus ou moins exactement arroodies, ressemblant pour la forme à des piqûres de puce, et ne di^iaraissant ni ne diminoaat lorsqu'on les presse avec le doigt. Avec ces taches existent ordioai rement de larges ecchymoses; celles-ci occupent des points distincts, ou bien elles soat entremêlées aux pétéchies ; leur coloration est à peu près la même pour toutes, do moins au début : cependant, si plusieurs éruptions successives se font à quelques Jours de distance, on observera des teintes différentes variant du rouge brun aa jaune clair, suivant le degré de résolution. Ces taches sont surtout nombreuses aux jambes, parties qu'elles occupent parfois môme exclusivement ; on les rencontre souvent aussi sur les membres et à la face ; dans ce dernier cas, les conjonctives et les paupières présentent parfois des ecchymoses. Celles-ci se montrent de préférence sur le dos, aux pieds, aux mains et à la face interne des membres. En outre, il y a quelquefois des taches qui sont proéminentes et dures au centre, en raison de la formationdans ce point d'une petite apoplexie dans la peau. Quelquefois le sang s'infiltre aussi ou s'épanche dans le tissu cellulaire et dans les muscles; il en

résulte alors de la tuméfaction, de la dureté, de la difficulté dans les mouvements, •conmie on le voit dans certaines formes de scorbut que nous étudierons. Les pétéchies et les ecchymoses ne s'accompagnent d'aucune sensation morbide du côté de la peau ; elles se forment ordinairement à Tinsu des malades, qui ne s'en aperçoivent jamais que par hasard. Après être restées stationnaires pendant quelques jours, les pétéchies prennent une teinte livide, puis jaunâtre ; la résorption se fait de la périphérie au centre; après douze à quatorze jours, il ne reste plus de traces de la maladie. Mais lorsqu'on croit celle-ci terminée, souvent une nouvelle hémorrhagie, semblable à la première, se fait. En raison de ces éruptions successives, on voit le purpura persister, chez quelques individus, pendant plusieurs semaines, pendant plusieurs mois, et même pendant plusieurs années, comme Biett en rapporte un exemple. J'ai vu moi-môme une femme d'une trentaine d'années, un peu anémique, et qui pendant cinq années consécutives, et sans cause déterminante, présenta de temps en temps, souvent pendant plusieurs semaines de suite, des taches de purpura confluentes sur les membres et sur le tronc.

2<» Purpuara turtkans. — La forme dite purpura urticans doit être rapprochée de la précédente : cependant elle en diffère par l'aspect de l'éruption, qui commence d'abord par de petites taches rougeâtres, lenticulaires et saillantes, qui sont le siège d'une cuisson à peu près semblable à celle que donne l'Urticaire. Au bout de deux ou trois jours ces taches s'effacent, et leur couleur passe du rose au rouge foncé ou livide ; enfin, elles se résolvent comme celles du pwrpwra simpleœ ; mais, en général, on en voit apparaître d'autres. Cette forme de purpura, dans laquelle les pétéchies sont un peu plus larges que dans le purpura simplexy a une durée moyenne d'un mois.

Les deux formes précédentes du purpura sont, en général, apyrétiqués ; cependant elles s'accompagnent parfois d'un appareil fébrile qui, généralement, est peu intense; il s'y joint des nausées et des frissons qui précèdent de troisà v;ix jours les hémorrhagies cutanées {purpura febrilis simplex). Celles-ci peuvent aussi être précédées de taches exanthémateuses analogues à celles de l'urticaire ; et c'est un, deux ou trois jours après qu'on voit apparaître au milieu de cette éruption les pétéchies qui caractérisent le purpura.

3^ Purpura senilis, — Le purpura nommé senilis par Bateman ne mérite pas une description spéciale. 11 ne consiste, en effet, qu'en une éruption pétéchiale d'un rouge lie de vin occupant les extrémités chez les vieillards affaiblis, et qui disparait communément après dix ou douze jours, sans être accompagnée d'aucun trouble notable dans les principales fonctions.

Ces trois premières formes du purpura sont bénignes et ne peuvent être confondues avec aucune autre affection cutanée. Elles diffèrent des piqûres de puce en ce que celles-ci ont souvent un point central plus foncé, ecchymotique, entouré d'une auréole rosée que la seule pression du doigt fait disparaître.

4® Purpura hœmorrhagica, — Le purpura hœmorrhagica, ou maladie de Werlhofy est l'affection que cet auteur célèbre a décrite vers le milieu du dernier siècle sous le nom de morhu$ maculosus hœmorrhagious. Les recherches de Graaf (1), publiées en 1775, furent beaucoup plus complètes. Enfin Behrens (2), Willan et

(1) Visser tatio de peiechiis sine febre, Gœttingue, 1775. *

(2) Dissertatio epist, de morbo maculoso hœmarrhagico,

T. I. — 0« ÉUIT. 49

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Bateman (1), MM. Brachet (2), Fourneaux (3) et Rayer (4), ont aussi fourni à l'histoire de cette affection de précieux documents.

Cette forme est également caractérisée par des pétéchies et par des ecchymoses semblables à celles du purpura simpltx. Ces taches hémorrhagiques n'apparaissent le plus souvent qu'après que les malades ont éprouvé, pendant quelques jours, des frissons, de la courbature, de la céphalalgie, de la fièvre, et souvent des nausées et des vomissements. Mais bientôt se révèle une disposilion hémorrhagique qui n'existait pas dans les formes précédentes : c'est ainsi que des bosses sanguines oo des tbrombus se développent sous le cuir chevelu ; du sang est quelquefois exhalé par la peau elle-même, surtout derrière les oreilles ; de larges ecchymoses se produisent partout où les téguments sont peu comprimés ou tiraillés ; des surfaces suppurantes et des solutions de continuité, même les plus petites de la peau, oa bien des muqueuses, on voit suinter du sang. Enfin, ce qui caractérise surtout k maladie, ce sont les hémorrhagies graves des viscères et des membranes muqueus» qui accompagnent les hémorrhagies cutanées. Ainsi, chez les enfants les épistaib prédominent; chez les adultes ce sont les hémoptysies et les hémorrhagies gastrointestinales, tandis que chez la femme ce sont les métrorrhagies ; les hématuries sont plus rares : cependant il arrive parfois que les reins sont le siège d'une congestion, puisque dans quelques cas de purpura sans hématurie on a tu les nrîoes être albumineuses. Plusieurs des hémorrhagies que je viens d'énumérer peurent exister simultanément ou alterner entre elles. lA)rsque l'effort hémorrhagique se porte vers les organes digestifs, du sang peut être exhalé par toutes les parties contenues dans la bouche, ainsi que par les parois de cette cavité, qui prennent une couleur noirâtre, tandis que les gencives deviennent spongieuses et saignantes. En général, les graves accidents que je viens d'énumérer s'accompagnent d'agitation, de fièvre intense, de délire, de douleurs vers les organes par où rhérooirhagie doit s'opérer ; la langue se dessèche, devient fuligineuse ; les traits s'altèrent, les forces se prostrent, et les malades succombent entre la fin du premier el de deuxième septénaire, avec des symptômes typhoïdes. D'autres fois, il n'existe point de fièvre, mais les malades meurent par l'épuisement qu'entraînent la répétition et la multiplicité des hémorrhagies. Enfin, il en est qui sont emportés en quelques jours par la violence des accidents ou par quelque complication. Cependant le purpura hœmorrhagica n'off're pas toujours une pareille gravité. Il est, en effet, des malades qui guérissent, mais en général ils se rétablissent assez lentement et conservent pendant longtemps de la faiblesse et du malaise.

Anatomie pathologiqne. — Les recherches cadavériques faites chez ceux qui succombent ont prouvé que parmi les pétéchies, les unes sont superficielles, kiosépidermiques ; les autres, plus profoùdes, occupent les aréoles du derme ; d'autres enfin siègent dans le tissu cellulaire sous-cutané. Le sang extravasé s'enlève le plus souvent après quelques lotions, et ne résiste jamais à la macération. Des pétéchies et des ecchymoses semblables à celles de la peau se retrouvent snr la plupart des muqueuses, spécialement sur la muqueuse digestive, depuis la bouche Jusqu'au rectum ; on en rencontre sur le mésentère, sur le péricarde, la plèvre, les membranes du cerveau, dans le diploé et la membrane médullaire des os longs, et i la surface des poumons. Ceux-ci présentent, en outre, très-fréquemment des noyaux

( I ) Maladies de la peau, (V) Revue médicale, 182?.

(3) Tlièse de Paris, anu<^e 183C.

(4) Maladies d^ la peau.

apoplectiques. Des épanchements analogues existent souvent aussi dans le foie, dans la rate, et jusque dans le corps de l'utérus et dans plusieurs autres viscères.

Le sang que les vaisseaux renferment est, en général, pâle et séreux, sans caillots. Celui que l'on retire pendant la vie a paru altéré à quelques auteurs, qui l'ont trouvé moins coagulable; le caillot leur a semblé moins dense ; enfin, ils ont cru qu'il contenait moins de matière colorante, et surtout moins de fibrine : c'est ce que M. Andral a constaté dans un cas de purpura aigu (i). D'autres, au contraire, ont soutenu, d'après les analyses chimiques qu'ils avaient faites, que le sang des malades ayant un purpura ne difi'érait en rien de celui d'un individu sain. La question est, comme on le voit, encore indécise. Cependant tout porte à croire que la diminution dans la proportion de fibrine doit exister dans la majeure partie, sinon dans la totalité des cas.

Diagnostic. — Le diagnostic ne peut offrir aucune difficulté ; il est, en effet, impossible de confondre le purpura simplex avec des ecchymoses traumatiques. Cependant, si le purpura est apyrétique, et s'il est borné à une partie du corps, comme aux membres inférieurs par exemple, on devra examiner attentivement l'état des vaisseaux artériels et veineux de ces parties; car on a vu des ecchymoses et des pétéchies semblables à celles du purpura être produites par quelque obstacle mécanique au cours du sang : c'est ainsi que dans les cas d'oblitération de la veine iliaque par des concrétions saâguines, on voit souvent des taches hémorrhagiques sur le membre inférieur correspondant. Les ecchymoses cutanées et la disposition hémorrhagique générale pourraient faire confondre le purpura avec la fièvre jaune, avec les maladies pestilentielles et avec certaines varioles graves ; mais dans presque toutes ces maladies les hémorrhagies ne sont qu'un accident, tandis que dans le purpura elles forment l'essence môme de la maladie, et la constituent. Enfin, on a essayé de distinguer le pourpre du scorbut; mais nous croyons que ce sont des degrés ou des variétés d'une même affection : c'est ce dont on se convaincra par la lecture de l'article suivant. (Voy. Scorbut.)

Pronostic. — Les purpura simplex, senilis et urticans sont presque toujours bénins. L'existence des ecchymoses indique toujours une disposition plus fâcheuse de l'économie que lorsqu'il n'y a que des pétéchies. Le purpura hémorrhagique, au contraire, est une affection grave, même lorsqu'elle ne s'accompagne pas de fièvre. D'ailleurs, pour cette maladie comme pour tant d'autres, on ne saurait être trop réservé sur le pronostic, puisque des accidents graves se déclarent très-souvent d'une manière imprévue et lorsque l'affection paraissait être très-bénigne. L'âge peu avancé des sujets, la fréquence du pouls, l'abondance des hémorrhagies, une fièvre violente, l'existence des symptômes typhoïdes, sont des circonstances qui doivent faire porter le pronostic le plus fâcheux. Enfin, la manifestation des pétéchies et des ecchymoses dans le cours d'une maladie grave, spécialement chez les , sujets atteints de fièvres éruptives, de typhus, etc., constitue toujours un signe fâcheux, parce qu'il indique une lésion profonde de l'organisme.

£tiologle. — Le purpura survient presque toujours sous l'influence de causes débilitantes ; il affecte spécialement les enfants et les fenunes, les individus d'une constitution molle, affaiblis par une maladie antérieure, par une mauvaise nourriture, par des veilles, par des chagrins, et surtout par l'habitation dans des lieux bas et humides : cependant on a vu quelquefois la maladie survenir dans des conditions

(1) Hématologie^ p. 131.

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opposées. En général sportdique, le purpura a quelquefois régné épidémiquemeot ou d'une manière endémique, conmie dans quelques prisons mal situées ou dans les hospices d'orphelins.

Traitement. — Le purpura simple guérit en général seul. Il convient de donner aux malades quelques acides minéraux ; on administre les toniques, les ferrugineux, les amers, si les individus étaient débilités ou d'une constitution chétîve.

Dans le purpura hœmorrhagica la médication est plus complexe et plus difficile. On a dit que lorsqu'il existait de la fièvre, que le pouls offrait de l'ampleur, 0 j avait indication de tirer du sang. La chose peut devenir nécessaire, en effet, si des congestions graves se font vers des organes importants ; cependant on ne doit se décider pour une telle médication que si l'indication est bien précise, et même alors il faut procéder avec une circonspection extri^me, et peut-être serait-U préférable de recourir préalablement à des purgatifs un peu répétés. Dans la grande majorité des cas, la multiplicité et l'abondance des hémorrhagies porteront à administrer les limonades minérales et les astringents. M. le docteur Pize et d'antres ont vanté, en pareil cas, l'usage à l'intérieur du perchlorure de fer à la dose de 1 à 2 grammes, mais l'efficacité de ce moyen est loin encore d'avoir été constatée par des faits suffisamment nombreux.

Le plus souvent on n'a rien à faire localement; on peut abandonner k ellesmêmes les pétéchies ; mais chez les sujets très-débilités on pourra recourir â quelques frictions sèches, aromatiques, à des lotions stimulantes, alcoolisées (eau-devie, vin aromatique, vin rosat) ; si un épanchement un peu considérable de sang avait lieu, on appliquerait des compresses d'eau de Goulard, et l'on exercerait une légère compression.

Dans la convalescence on insistera sur les ferrugineux, sur un régime analeptique, sur les bains sulfureux, les lotions, affusions et douches fh)ides. Ces derniers moyens pourraient sans doute être utilisés dans la période aiguô des accidents.

Nature. — Quoique les expériences chimiques n'aient pas donné des résultats^ absolument identiques, on est néanmoins autorisé à penser que le purpura est l'expression d une altération du ^ang, consistant essentiellement dans une diminution plus ou moins considérable de la fibrine ou dans une altération même de ce principe constituant du sang; la multiplicité et l'abondance des hémorrhagies pouvaient le faire supposer, mais quelques recherches chimiques ont mis le fait hors de doute. Le purpura est donc une hémorrhagie symptomatique d'une altération du sang. Prétendre que la maladie est la conséquence d'une atonie, suivut les uns, d'une surexcitation, suivant les autres, des vaisseaux capillaires, c'est faire une supposition toute gratuite ; enfin, vouloir rattacher la maladie à une lésion \iscérale, spécialement à une maladie de la rate ou du foie, c'est vouloir se mettre en flagrante opposition avec les résultats négatifs fournis par les ouvertures cada- . vériques.

Le mot scorbut dérive du danois ou du hollandais, et signifie déchirement^ ulcêrt de la bouche. Il sert à désigner, depuis environ quatre siècles, une maladie caractérisée par l'affaiblissement général, par des hémorrhagies diverses, par des ecchymoses livides sur la peau, par la tuméfaction fongueuse et le saignement des gencives.

Historique. — Il est douteux qu'Hippocrate ait connu le scorbut : cette ma-

ladie n'a commencé à être convenablement décrite qu'à l'époque des croisades et après la découverte de l'Amérique. On ne tarda pas alors à faire jouer à l'affection scorbutique un rôle exagéré, puisqu'on crut pendant longtemps que le scorbut pouvait prendre la forme de toutes les maladies aigués et chroniques, nonobstant l'absence de tous ces caractères. On s'étonne de voir que Sennert, Willis, Lower, Hoffmann, Boerhaave, aient adopté et propagé une erreur aussi grossière qui fut accréditée par un médecin plus que médiocre, par Eugalenus, auteur d'un mauvais livre sur le scorbut, et qui a joui néanmoins d'une grande réputation. On ne peut établir aucun parallèle entre cet ouvrage et celui dont Lind dota la science vers le milieu du xviii*' siècle. Ce dernier livre est non-seulement une excellente monographie, mais c'est aussi sans contredit un des ouvrages les plus remarquables de notre littérature, et un de ceux dont la lecture est la plus attrayante.

Divisions. — Le scorbut est une des maladies dont on a le plus multiplié les espèces ; mais il est prouvé que ces distinctions sont inutiles. Lind a môme démontré que la division du scorbut en scorbut de terre et en scorbut de mer n'avait aucun avantage, puisque les causes, les symptômes et le traitement étaient les mêmes dans les deux cas.

Altérations pathologiques. — Chez les sujets qui succombent au scorbut, on trouve souvent des inflammations dans divers viscères ; mais ces phlegmasies n'appartiennent pour ainsi dire pas à la maladie : ce ne sont que des lésions secondaires, développées à une époque voisine de la mort. Le sang, au contraire, est constamment altéré ; il est noir, fluide, ou en grumeaux ; il forme des épanchements, ou bien il est infiltré dans la plupiart des organes de l'économie. C'est ainsi qu'il baigne beaucoup de surfaces muqueuses, séreuses et synoviales ; il engorge le foie et la rate : aussi ces deux organes sont-ils plus volumineux, et leur tissu est-il ramolli et difQuent. Ce sang altéré abreuve aussi le tissu spongieux des os et le périoste. Chez les sujets au-dessous de dix-neuf ans, on trouve parfois les épiphyses décollées par une hémorrhagie interstitielle (I^ind) ; les cartilages sont séparés des côtes, et même on voit le cal des anciennes fractures se rompre et être dissous par le sang; enfin, le liquide épanché dans l'épaisseur des muscles y forme des noyaux durs plus ou moins considérables.

Le sang, altéré sur le cadavre, l'est-il aussi sur le vivant ? M. Andral ayant eu roccasion d'analyser le sang d'un scorbutique, avait trouvé que la quantité de fibrine était descendue de 3 à 1,6; les globules avaient également subi une diminution moins notable, puisque leur chiffre, qui normalement atteint 127, ne s'élevait pas au delà de il 9. Ce fait était pourtant en opposition avec les expériences de Parmentier et de Deyeux, qui avaient trouvé chez les scorbutiques le sang identique avec celui des individus qui sont atteints d'une inflammation ; il était contredit également par les recherches du chimiste anglais Busk, qui, loin de trouver la fibrine diminuée dans le scorbut, l'avait vue aussi en proportion plus grande. En i847, MM. Andral (1), Fauvel, Becquerel et Rodier (2) sont arrivés à leur tour au môme résultat ; car, ayant analysé le sang de six scorbutiques, ils ont constaté, comme les précédents expérimentateurs, que la fibrine était augmentée sensiblement chez quatre et que chez les deux autres elle était restée dans les limites de l'état physiologique : les globules étaient, au contraire, considérablement diminués et le sérum offrait une densité moindre.

(1) Union médicale^ année 1847, p. 329.

(2) Archives de médecine ^ numéro da 1*' juillet 1847.

774 DES HÉMORRHAGIES.

Doit-on conclure de faits aussi peu nombreux que dans le scorbut la fibrine da sang est toujours ou augmentée, ou dans sa proportion physiologique 7 Ne doit-cm pas plutôt considérer ces résultats comme exceptionnels, cqmme caractérisant une forme de scorbut ? Si, en effet, on considère la multiplicité des hémorrhagies, les symptômes de langueur et d'atonie qu'on observe dans le scorbut, ainsi que U nature des causes qui président au développement de la maladie, on ne saurait hésiter à admettre que dans le scorbut, du moins dans sa forme la plus habituelle, il y a appauvrissement du sang et diminution portant à la fois et sur la fibrine et sur les globules.

Les recherches modernes n'ont point confirmé l'idée émise par quelques-uns, que dans le scorbut le sang serait devenu plus alcalin par un excès de soude qu'il contiendrait.

Symptômes. — Lind a observé que les individus qui vont être atteints de scorbut pâlissent et éprouvent une grande aversion pour le mouvement ; bientôt ils se fatiguent et s'essoufQent au moindre exercice. C'est après plusieurs jours ou plusieurs semaines que les malades accusent du prurit aux gencives, qui se tuméfient, deviennent fongueuses, bleuâtres, et donnent à l'haleine une fétidité repoussante. La peau elle-même ne tarde pas à se rex^ouvrir, sur différentes parties du coips, de taches noires ou Jaunes, qui ne sont autres que des ecchymoses. Sur le tnyet des muscles se dessinent des tumeurs dures et fluctuantes, dues à un épanchement sanguin qui peut envahir le muscle tout entier. Cette altération s'accompagne souvent de douleurs très-vives ; celles-ci paraissent quelquefois siéger dans les os euxmêmes, et coïncident souvent avec l'infiltration sanguine de leurs tissus. Enfin, elles résident d'autres fois dans les articulations, qui se tuméfient. En même temps des hémorrhagies plus ou moins graves peuvent avoir lieu par la plupart des membranes muqueuses, ou par des ulcérations récentes ou anciennes de la peau, de l'origine des muqueuses, ou par la déchirure spontanée d'anciennes cicatrices des téguments. Ceux-ci s'ulcèrent surtout au niveau des tumeurs sanguines. Ces ulcérations sont plus ou moins vastes -y elles sont livides, fongueuses, et laissent suinter un sang noirâtre. A cette époque, la faiblesse est extrême, les malades sont oppressés ; ils accusent des douleurs vives dans le thorax ; leur pouls est petit, fréquent, quelquefois il est lent. M. Beau prétend qu'ils ont du souffle dans les artères ; mais ce signe a manqué chez les malades observés par MM. Andral et Becquerel. La plupart des scorbutiques ont des lipothymies et môme des syncopes, pour peu qu'ils essayent de se mouvoir. Beaucoup ont de la diarrhée, les selles sont fétides, souvent elles sont sanguinolentes, ce qui contribue beaucoup à augmenter la faiblesse ; Turine est rare et devient promptement anunoniacale. Au milieu de ces tronbks si graves, les facultés intellectuelles sont ordinairement intactes. A une période plus avancée du scorbut, les hémorrhagies se multiplient, les membres s'infiltrent, la faiblesse est extrême, les gencives se détruisent, les dents se déchaussent, deviennent vacillantes et tombent ; quelquefois aussi les os maxillaires se carient : c'est alors que beaucoup de malades sont tourmentés par un ptyalisme abondant qui contribue à les épuiser. Souvent, en remuant ces individus, on sent un cliquetis osseux produit par le frottement d'une épiphyse détachée du reste de l'os (Lind); ou bien, lorsque les malades respirent, on entend un petit bruit sourd, produit par le frottement des côtes et des cartilages costaux qui sont désunis. Le moindre effort suffit pour rompre un muscle ou un os dans sa continuité, ou bien au niveau d'une ancienne fracture consolidée.

Variétés. — Dans la plupart des cas, le scorbut détermine tous ou presque

tous les accidents précédemment décrits. Cependant quelques-uns des plus importants peuvent manquer : c'est ainsi que beaucoup de malades ne présentent jamais d'altération du côté des gencives. Chez d'autres, la maladie ne se caractérise que par l'apparition d'un gonflement considérable d'un des membres pelviens ou des deux à la fois. Ce gonflement dur, trè&-douloureux, sans changement de couleur à la peau, d'abord, est produit par une infiltration sanguine : aussi voit-on, au bout de quelque temps, la couleur ecchymotique apparaître à la surface. Cette forme a été fréquemment observée par M. Henri Queneau de Mussy, sur la frégate la Vénus, pendant un voyage de circumnavigation. Dans cette môme épidémie on vit d'autres malades chez lesquels le scorbut se révélait surtout par des ecchymoses, par des ulcères saignants et de mauvais caractère qui couvraient les membres inférieurs, et se montraient toujours très-rebelles aux moyens curatifs.

Marche. Durée. Terminaisons. — Le scorbut offre dans sa marche des alternatives en bien et en mal. Und a noté que les symptômes s'aggravaient lorsque l'atmosphère était brumeuse, et qu'ils s'amendaient lorsque le teînps devenait sec. Enfin, après une durée variable, et qu'il est impossible de fixer môme approximativement, on voit le scorbut se terminer par la guérison ou par la mort. Celle-ci arrive dans un accès d'oppression, de dyspnée, ou dans une syncope, ou bien les malades, affaiblis par les hémorrhagies, meurent épuisés. Quelques-uns sont emportés par une maladie intercurrente ; car les scorbutiques sont regardés par Lind comme étant très-disposés à contracter la plupart des maladies, surtout celles dans lesquelles il existe probablement quelque altération des liquides : telles sont les fièvres éruptives, ainsi que la dysenterie et le typhus ; ces deux dernières sont des complications fréquentes, lorsque le scorbut règne dans les camps, dans les villes assiégées et sur les vaisseaux.

Si le scorbut se termine favorablement, la convalescence est communément longue. Les individus restent pendant longtemps faibles, décolorés ; quelques-uns sont sujets à des roideurs articulaires et à des douleurs dans les muscles et les articulations, qui simulent des douleurs rhumatismales chroniques. Le scorbut récidive quelquefois ; on croit môme qu'une première attaque constitue une véritable prédisposition à la maladie.

Dias^nostio. — Le scorbut est d'un diagnostic toujours facile. On ne saurait le confondre avec l'anémie, dans laquelle il n'y a ni hémorrhagie ni gonflement des gencives, et qui, outre la décoloration des tissus, se caractérise si bien par les bruits artériels, par les douleurs névralgiques, par les troubles digestifs. La cachexie mercurielle est l'affection qui a le plus d'analogie avec le scorbut ; les gencives sont en effet molles, bleuâtres, saignantes ; la peau est décolorée, les tissus sont flasques ; il y a de l'anhélation, des pétéchies, et parfois des hémorrhagies passives ; mais, dans la cachexie mercurielle, celles-ci sont rarement aussi générales que dans le scorbut, il existe une stomatite spéciale, et l'haleine des malades exhale une odeur fétide particulière.

J'ai dit précédemment qu'il était impossible de ne pas considérer le purpura et le scorbut comme étant deux affections identiques. Comment, en effet, regarder comme étant de nature distincte des maladies dont les principaux symptômes sont communs ? Les ecchymoses, les pétéchies, les hémorrhagies interstitielles et à la «urface des muqueuses, sont, en effet, des accidents communs et prédominants dans les deux cas. D'ailleurs, dans les épidémies de scorbut, tous les malades ne sont pas affectés de la môme manière. Il en est, par exemple, dont les gencives ne deviennent jamais fongueuses, et chez lesquels la maladie ne se caractérise, comme

dans le purpura^ que par des ecchymoses, par des pétéchies ou par le gonflement d'un ou de plusieurs membres, gonflement produit par une extravasatioo sanguine dans l'épaisseur des tissus. Ajoutons que la tuméfaction et le ramollissement des gencives, dont on a voulu faire un caractère tout à fait distinct, peuvent exister dans le purpura simple et dans celui qui s'accompagne de fièvre. L'appareil fébrile, fréquent dans quelques formes de purpura, ne saurait être un caractère dififérentiéi, car la fièvre n'est ici qu'un élément aceessmre qui indique seulenoieDt, ou une complication, ou bien une marche plus aiguë de l'affection. J'établis done qne le purpura et le scorbut sont deux affections de nature identique ; que le scorbut représente la forme chronique de la maladie; le purpura avec fièvre et hémorrhagie, k forme aiguë ; que le purpura simple, apyrétique, sénile, et la forme wrticanSj oonstitucnt le degré le plus bénin d'une affection dont le scorbut avec ecchymose hômorrhagies, décollement des épiphyses, syncopes, représente le degré le plus grave. Ces deux maladies pourraient donc être réunies.

Pronostic. — Le scorbut est une affection grave, surtout lorsqu'on ne peut soustraire les malades aux causes qui l'ont développé. La gravité de la maladie est proportionnée au nombre, à l'abondance des hémorrhagies et à la faiblfôsc des sujets. Les syncopes sont aussi un des signes les plus fâcheux.

Étioloffie. — Le scorbut, qui, il y a à peine un siècle, était endémique à Pans et à Londres, est aujourd'hui à peu près inconnu dans les hôpitaux de ces deux métropoles. Ce grand résultat dépend des modifications heureuses que la civilisation a introduites dans l'alimentation et l'habitation de la classe ouvrière. Le froid humide est une cause des plus puissantes du scorbut : aussi le reooootre-f-on encore fréquemment dans la basse Saxe et dans la Hollande. Cette même cause agit aussi pour la production du scorbut qui se développe si fréquemment dans les prisons, dans les bagnes, sur les navires faisant de longues traversées, cl disons-le avec douleur, dans les hospices, et surtout dans ces loges humides et froides où l'on parque trop souvent, sur la paille et presque nus, de malheureux aliénés. Lind a prouvé que l'humidité était la cause la plus puissante du scorbut qui survenait en mer. Elle agit d'autant plus efficacement qu'elle est unie à plusieurs autres conditions défavorables, comme la privation de vêtements, et surtout une alimentation grossière et insuffisante. Les viandes salées et fumées, qu'on a regardées avec raison comme une des causes du scorbut de mer, n'agissent pas par le sel qu'elles contiennent, comme on l'a cru longtemps, mais parce qu'elles fournissent à la nutrition des éléments insuffisants et que l'estomac a trop de peine à isoler ; il en est de même des viandes fumées. Enfin un travail forcé, des veilles prolongées, les peines morales, la nostalgie, et généralement toutes les causes débilitantes, favorisent le développement de la maladie. Il ne parait pas, au contraire, d'après le ténK>ignage de Lind, que la privation des végétaux frais soit une cause aussi active de scorbut qu'on l'avait supposé pendant plusieurs siècles. En général, le scorbut, surtout celui qui affecte un grand nombre de personnes, survient sous l'influence de plusieurs de ces causes réunies : c'est ce qu'on vit, par exemple, pour le scorbut qui ravag«a l'armée de Louis IX, et généralement t>our toutes les maladies semblables qnî sévirent sur les malheureuses populations du moyen âge, ainsi que pour l'épidémie qui dévasta les quartiers pauvres de Paris, à la fin du trop long règne de Louis XTS\ Enfin, ce sont aussi des causes complexes qui ont développé un si grand nombre de cas de scorbut sur nos soldats, pendant le siège mémorable de SébastopoL Le scorbut n'est pas contagieux : les faits que Fodéré a réunis pour prouver le contraire ne sont pas concluants.

Traitement. — Le scorbut est une des maladies dont Thomme peut le mieux se préserver lorsqu'il s'entoure de conditions hygiéniques favorables. Un air sec, des vêtements chauds, et une bonne alimentation à la fois végétale et animale, sont les meilleurs préservatif. Sur mer, on peut aussi se garantir du scorbut : cette maladie, en effet, quoique affectant quelquefois encore les équipages, est loin d^offrir la gravité qu'elle avait autrefois. Pour la prévenir, il faut veiller à la propreté du navire ; il faut n'y entretenir aucune cause d'humidité ; on sera pourvu de provisions fraîches; les matelots auront de bons vêtements, qu'ils changeront dès qu'ils seront humides ; on leur donnera quelques fruits acides ; on leur distribuera quelques rations de liqueurs spiritueuses ; enfin on tâchera de les égayer par la musique, par les danses, les spectacles, les récits, etc. C'est par une hygiène bien ordonnée qu'on est parvenu à se garantir presque entièrement du scorbut, même pendant les navigations les plus longues et les plus pénibles : ainsi cette maladie, qui, pendant les siècles derniers, privait souvent des flottes entières de la plus grande partie de leur effectif, a aujourd'hui presque complètement disparu. La cessation de ce fléau explique en grande partie la diminution énorme de la mortalité dans la marine anglaise (i).

Lorsque le scorbut se déclare, il faut, aussitôt qu'on le peut, soustraire les individus aux causes qui ont développé la maladie. Si les malades peuvent manger, on leur donne une alimentation substantielle et douce ; la chair de poisson, et surtout celle de tortue, sont très-utiles. Les bouillons gras contenant beaucoup de plantes : le cresson, la laitue, l'oseille, le cerfeuil, les fruits acides, les limonades végétales, le lait, l'infusion de bourgeons de sapin, le bon vin, tels sont les moyens qu'il convient d'employer au début. Il faut, en môme temps, vaincre la répugnance que les malades ont pour le mouvement, et les forcer à se promener.

Tout le monde, mais Lind surtout, vante beaucoup les citrons et les oranges comme des moyens excellents pour guérir le scorbut et même pour s'en préserver. Les acides minéraux semblent, au contraire, avoir peu d'eflicacité. On a aussi préconisé l'usage de toutes les plantes acres ou amères : ainsi l'ail, l'oignon, la moutarde, le raifort, le cochléarla, le quinquina, ont été donnés en nature, en infusion, en conserve, en sirop. Ces moyens conviennent aussi dans les hémorrhagies ; mais alors on les associe aux astringents. Il faut que le traitement soit continué pendant longtemps, si l'on ne veut pas avoir des rechutes. Le gonflement, l'état fongueux des gencives, exigent l'emploi des gargarismes toniques, astringents ; on pourra aussi toucher la muqueuse avec l'acide chlorhydrique. Si les extrémités s'œdéma tient, on fera des frictions sèches avec la vapeur d'ambre, de benjoin ; les ulcères seront lavés et pansés avec des substances antiseptiques. Si le scorbut se complique de dysenterie, on conseille d'employer les toniques, de petites doses de rhubarbe, la thériaque, le diascordium, ou bien encore on donne de temps en temps un peu d'ipécacuanha. Chez les scorbutiques, il faut s'abstenir des purgatifs énergiques et des vésicatoires ; car les premiers augmentent la faiblesse, et les seconds peuvent être suivis de gangrène. Ces malades supportent aussi fort mal les saignées. Cependant celles-ci ne sont pas absolument contre-indiquées ; on les a vues amener du

(I) L'amélioration dans les conditions hygiéniques qui a si prorondément modifié !a mortalité de la plupart des classes de la société^ a surtout agi de la manière la pins heureuse sur les marios anglais. En effet, la mortalité qui en 1779 éuit chez eux de 1 sur 8 chaque année n'était en 1811 que de 1 sur 32, et actuellement, ou du moins il y a qninie ou vingt ans, elle n'était que de 1 sur 72. Tout porte à penser que Tamélioration est aujourd'hui encore plus grande.

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soulagement dans ces cas rares de scorbut fébrile qui 8*accompagnent d'une augmentation plus ou moins grande dans le chiffre de la fibrine.

DE l'hémophilie, OU DIATHÈSE HÉMORRHAGIQUE.

VhémopkUie est une affection probablement congénitale, caractérisée par one disposition des individus à des hémorrhagies toujours sérieuses et souYent mortelles.

Historique. — Il est fort étrange qu'une disposition aussi fâcheuse de Véconomie n'ait guère été décrite que depuis soixante ans environ : cependant un médecin arabe, du nom de Alsaharavi, en avait, dit-on, tracé les principaux caractères; mais c'est depuis 1793 que la maladie a été reconnue et signalée en Viestphalie, puis dans l'Amérique du Nord, et enfin dans la plupart des États de TEorope. Des dissertations nombreuses ont été publiées : on distingue, à l'étranger, celles des docteurs Wachsmuth (1849), Lange (de Postdam) (1 850), Grandldier (de Cassel); celles du professeur Magnus Huss (de Stockholm) (I). En France, des remarques importantes ont été faites par MM. Lebert (2), Tardieu (3), Deque>aavillers (4), Wolff (5), Schnepf (6). Enfin, le docteur Bordmann a soutenu eo iSô5, à la Faculté de Strasbourg, une thèse riche de faits et d'érudition, qui résume bien ce qui a été publié d'important sur cette redoutable affection. Je ferai de nombreux emprunts à cet excellent travail.

Symptômes. Marche. — L'hémophilie est caractérisée par des infiltrations et par des épanchements de sang qui se font spontanément dans les tissus, et surtout par des écoulements sanguins opiniâtres survenant sans cause «pprédable, (m à l'occasion d'une plaie. La solution de continuité la plus légère, la plus superficielle, la plus circonscrite, comme une piqûre de lancette ou de sangsue, une dent arrachée, la vaccination elle-même, la rupture de la membrane hymen, etc., peuvent donner lieu à un écoulement sanguin que rien n'arrête et qui finit par épuiser et par tuer les malades. Fréquenmient aussi il y a des hémorrhagies spontanées apparaissant dès la première enfance, très-souvent dès les premiers mois et à peu près à l'époque de la première dentition. Les plus fréquentes sont des épistaxis : viennent ensuite par ordre de fréquence, des écoulements sanguins par les gencives, par le voile du palais, par l'urèthre, par le cordon ombilical et le canal iotestinal. Les hémorrhagies par les poumons et par les oreilles sont très-rares ; trois fois le sang s'est échappé spontanément par l'extrémité des doigts, et dans un des cas la mori s'en est suivie. Les organes génitaux de la femme, le scrotum, les épaules, le ventre, la conjonctive, ont aussi fourni du sang.

Ces hémorrhagies persistent parfois jusqu'à ce que mort s'ensuive; rarement elles durent moins de trois heures, elles se prolongent parfois pendant deux septénaires. La quantité de sang perdue varie donc beaucoup, suivant les cas. On cite un homme qui perdait, en vingt-quatre heures, de 1500 à 2000 grammes de sang par la face interne des lèvres et des joues : cet écoulement durait en général trob ou quatre jours, au bout desquels on parvenait ordinairement à arrêter l'hémor-

{i)AtH:hives générales de médecine^ août 1857. (2)Iàid„ année 1837.

(iî) Ibid., année 18il.

(4) Thèses de Paris, année 1844, n" S7.

(5) Thèses de Strasboarg, année 184 f. (C) Gazette médicale, année 1865.

DE L'HÉMOPHILIE. 779

rhagîe. Non-seulement du sang est exhalé par les membranes en rapport avec Textérieur, mais il peut s'en épancher aussi dans les cavités séreuses, ainsi que dans l'épaisseur des tissus, soit dans les viscères, soit dans les membres.

Les pertes de sang se renouvellent à des époques plus ou moins rapprochées, on les a vues quelquefois devenir périodiques. Les différentes hémorrhagies spontanées peuvent se succéder, alterner entre elles, ou avoir lieu à la fois par plusieurs endroits. On comprend qu'en se renouvelant et en se multipliant de la sorte, elles doivent amener après elles un état anémique plus ou moins prononcé.

Nous n'avons pas encore de renseignements précis sur la qualité du sang dans les hémorrhagies dont nous parlons : les uns disent que ce liquide est clair, liquide ; d'autres prétendent qu'il est foncé et coagulable ; on s'accorde assez généralement pourtant à reconnaître qu'il contient moins de fibrine, et Rokitansky dit qu'il renferme moins de globules, moins de fibrine et d'albumine, et une plus forte proportion de sérum.

Chez les individus qui offrent la diathèse hémorrhagique, on a noté fréquemment des douleurs articulaires avec ou sans gonflement. Considérées comme rhumatismales pour la plupart, comme de nature névralgique par quelques-uns, elles semblent s'expliquer quelquefois par une suffusion sanguine qui se fait à l'intérieur ou à l'extérieur des articulations.

Diagnostic — Le diagnostic de la diathèse hémorrhagique est facile. Toutes les fois, dit M. Bordmann, qu'on verra fréquemment survenir chez un individu des hémorrhagies spontanées ou traumatiques tellement difficiles à arrêter que les moyens hémostatiques ordinaires ne suffisent plus ; lorsqu'on constatera sur le corps des sugillations, des ecchymoses ; lorsque le malade enfin se plaindra de douleurs articulaires, on pourra à coup sûr diagnostiquer la diathèse hémorrhagique. Le purpura hémorrhagique est la seule affection qui ait de la ressemblance avec elle. Les symptômes fondamentaux sont en effet les mômes dans les deux cas; mais le purpura est une maladie accidentelle et acquise, tandis que l'hémophilie est constitutionnelle. En somme, les deux affections se ressemblent par les symptômes, mais elles diffèrent par leur origine et par leur cause.

Pronostic. — La diathèse hémorrhagique est une affection des plus graves; elle est à redouter à cause de son opiniâtreté, de ses fréquentes récidives, du peu d'efficacité de la thérapeutique contre elle, et de sa terminaison le plus souvent fatale. Si l'on compte parmi ceux qui en sont atteints quelques vieillards, on peut dire pourtant que de tels malades ont peu de chances de longévité. Le pronostic est d'autant plus fâcheux que les sujets sont de constitution plus chétive et qu'ils sont plus jeunes. Les maladies incidentes, surtout lesphlegmasies, sont fréquemment funestes à cause des hémorrhagies qu'elles provoquent parfois avec une grande violence.

fitiologie. — La diathèse hémorrhagique est peut-être toujours congénitale ; elle se manifeste de bonne heure, dans l'enfance ou dans l'adolescence, rarement elle débute après la vingtième année. Souvent elle est héréditaire, et cette fâcheuse aptitude se transmet quelquefois successivement à plusieurs générations : tantôt alors tous les membres de la famille en sont indistinctement frappés ; tantôt la maladie ne se voitque chez lesindividus du môme sexe, surtout chez les sujets du sexe masculin. 11 est constant, en effet, que les femmes sont beaucoup moins sujettes à la diathèse hémorrhagique, et chez elles aussi les phénomènes sont moins prononcés et moins graves. La plupart des hémophiles ont une constitution molle, lymphatique. La diathèse hémorrhagique a été observée spécialement en Allemagne et dans l'Amérique du Nord ; quelques cas ont été recueillis en Angleterre et en Suisse ; on en

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a peu rencontré en France, mais il ne parait pas, d'après M. Bordmann, que ritalk et TEspagne en aient encore fourni aucun exemple.

Traitement. — Le traitement de la diathèse hémorrfaagique est encore peu ayancé ; il est palliatif, curatif ou prophylactique.

Lorsque la diathèse se révèle et produit des hémorrhagies, il faut se hâter â'l^ réter l'écoulement sanguin. Pour cela on aura recours à tous les moyens usités dans les cas d'hémorrhagie passive. Si celle-K:i est extérieure, nous ^nploieroos surtout les styptiques et la compression, nous redouterions beaucoup les mo^ns chirurgicaux, comme la ligature; car souvent la surface de la plaie a étéksoaioe d'une hémorrhagie mortelle. Nous craindrions môme la cautérisation, attendaque la chute de Teschare laisserait une plaie par laquelle une hémorrhagie gitre pourrait encore s'effectuer.

La plupart des hémophiles ayant une constitution lymphatique, les héoiorrbagies auxquelles ils sont sujets les rendant plus ou moins anémiques, il importe de réparer leurs pertes, et de modifier leur état constitutionnel en les plaçant daasb meilleures conditions hygiéniques. Leur alimentation sera substantielle; les amers, le quinquina, les ferrugineux, les bains sulfureux, les bains de mer, et miein encore les affusions et douches froides compléteront le traitement.

Les individus dont nous parlons devront <5tre entourés de soins particfllieps;car la moindre contusion, la plus légère solution de continuité, peuvent proToqoer la manifestation de la diathèse. Aussi doit-on s'abstenir chez eux de toute opératira sanglante, même de toute dénudation de la peau, à moins d'absolue Déceaslté,et dans ce cas on soumettra les individus à une surveillance de tous les instaflls pour combattre les accidents diathésiques dès leur manifestation.

Nature. — La plus grande incertitude règne encore sur la natore de la diathèse hémorrhagique ; les rares autopsies qu'on a faites n'ont conduit à aucun résaltat. Les uns ont exphqué l'abondance et la répétition des hémorrhagies par une atome des solides, spécialement du système lymphatique ; d'autres ont accusé une allér»tion du sang, une diminution dans la proportion de sa fibrine; d'autres, enfin, f«« deux causes réunies. La première opinion n'est qu'une hypothèse non susceptible de démonstration. L'idée d'une défibrination et d'un appauvrissement du sang pourrait être défendue par la possibilité de reproduire des accidents analogues chez les animaux en défibrinant leur sang; et parce que toutes les fois qu'fl«t question des qualités de ce liquide, on le signale comme étant pâle, séreux, app«ovri, comme contenant beaucoup moins de fibrine, ainsi que la chose a été particulièrement notée chez un malade que j'avais soigné moi-même à l'hôpital CochiUj et dont M. Tardieu a publié l'intéressante relation dans les Archives de IS^'* Tout en témoignant de ces résultats nous croyons que la question est loin d^tre jugée; aussi importe-t-il de renouveler et de varier les analyses. Il n'y aurait nen d'impossible, enfin, que nous ne puissions pas saisir toutes les conditions au phénomène morbide, et qu'il y eût pour cette diathèse, comme pour toutes les autres, une inconnue.

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