CINQUIÈME CLASSE DE MALADIES
Sous les titres de sécrétions morbides^ lésions de séerétiùny d' hypercrinies, à'hyj)erdiacrises, d^hétérocrinies, on comprend un grand nombre d'affections caractérisées par l'augmentation d'un fluide naturel, ou bien par la sécrétion accidentelle d'un fluide inaccoutumé, sans qu'on puisse constater aucune lésion appréciable dans le tissu. Le produit de cette sécrétion morbide peut s'écouler au dehors, ou bien être retenu dans les parties mômes où il a été exhalé. Dans le premier cas, on dit qu'il y a flux ; dans le second, on dit qu'il y a œllecHon ou épanchemeni. On peut, d'ailleurs, dans le même organe, voir alternativement les liquides exhalés s'écouler au dehors ou être retenus ; c'est ce qu'on observe particulièrement pour l'utérus.
C'est aVec raison que les anciens nosographes ont admis sous le nom de fltix et de collection une grande classe de maladies que quelques modernes avaient vainement essayé de faire disparaître, en voulant toujours rattacher la sécrétion morbide à une altération matérielle de l'organe exhalant. Les recherches d'anatomie pathologique ont démontré combien ces prétentions étaient peu fondées : elles ont prouvé, en effet, que des flux et des collections liquides considérables pouvaient exister pendant longtemps sans aucune lésion appréciable dans les parties ; que si parfois on en rencontrait quelqu'une, comme un peu d'injection, ou une légère augmentation de volume, soit de l'organe entier, soit de quelques-uns de ses éléments anatomiques, ces modifications de l'acte nutritif sont exceptionnelles, elles ne sont point en rapport avec les accidents observés pendant la vie, et ne sauraient par conséquent les expliquer. Il est donc impossible, dans ces cas, de caractériser anatomiqiiement la maladie. Prétendre que celle-ci consiste dans une irritation sécrélotre^ ce n'est point résoudre le problème, mais c'est dissimuler notre ignorance par un mot vague qui ne démontre rien. Dans l'impuissance où nous sommes de pénétrer la nature de la maladie, nous ne saurions donc mieux faire que de la caractériser par le phénomène prédominant, c'est-à-dire par l'exhalation et l'excrétion du hquide. Ce symptôme, d'ailleurs, peut, abstraction faite de la cause le plus souvent inconnue qui le produit, expliquer la plupart des accidents que l'on observe, et il devient en outre la source des principales indications à remplir.
Il est peu de parties du corps qui soient à l'abri des affections dont je parle : cependant il en est qui y sont plus exposées que d'autres. Ainsi les glandes, la peau, les membranes muqueuses, les séreuses, le tissu cellulaire, tous les or^ ganes, en un mot, qui exhalent, qui sécrètent un fluide, peuvent devenir le siège d'une hypercrinie. D'après son origine si différente, on comprend que la nature du liquide doit beaucoup varier : tantôt il ne diffère pas sensiblement de ce qu'il est à l'état normal, le plus souvent il est modifié dans ses qualités physiques et chi-
miques ; certains principes peuvent être en excès ; généralement le liquide sécrété est plus aqueux, il peut contenir aussi un corps nouveau, comme on l'observe dans le diabète, mais il n'est jamais mêlé à du sang ou à du pus que lorsquH existe quelque complication. Les fluides dont je parle ne peuvent, dans aucun cas, s'organiser.
Les sécrétions morbides se font souvent sans prodromes ; d'autres fois ell» sont annoncées par des symptômes précurseurs très-variables, et qui sont tantôt généraux et tantôt bornés à l'organe menacé. Le symptôme principal dans rhistoîre des flux consiste dans l'excrétion d'un liquide. L'écoulement peut être contioii, ou avoir lieu à certains intervalles ; il se fait sans douleurs, ou avec des souffrances parfois atroces : cependant, dans la plupart des cas, on n'observe que des troubles fort légers. Lorsque, au contraire, le liquide exhalé est contenu dans 1 organe, fl en résulte des accidents plus ou moins graves, dépendant surtout de la compressioD que le fluide exerce, compression qui est d'autant plus fâcheuse que les partia se prêtent moins à la distension. Les symptômes généraux sont nuls, légers on graves, suivant la nature du flux et sa marche plus ou moins rapide. En général, lorsque la sécrétion morbide s'établit brusquement, les symptômes généraux sont graves : tels sont, pour les flux, le choléra et la diarrhée séreuse ; pour les collections, les épancliements dans le crâne et dans la poitrine. Lorsque les flut se prolongent, la plupart des autres sécrétions naturelles diminuent, plusieurs même semblent se supprimer; la constitution s'altère, les malades s'étiolent, ils dépérissent, ils peuvent succomber en présentant les symptômes de la fièvre hectique. Ainsi que nous l'avons dit page 185, celle-<^i ne s'allume guère sous l'influeDce seule de la supersécrétion, quel qu'en soit le siège, mais à cause d'une complication phlegmasique, et souvent encore en raison d'une phthisie pulmonaire intercurrente, terme en quelque sorte habituel de certaines hypercrinies.
Les hypercrinies ont une marche tantôt continue, tantôt plus on moins intermittente, irrégulière, sujette à des exacerbations nombreuses. Les unes se terminent après une durée en quelque sorte éphémère, les autres persistent indéfiniment. Plusieurs ont très-peu de tendance à guérir, tels sont la polyurie, le diabète. Les hypercrinies, une fois guéries, sont toutes sujettes à récidiver.
Après avoir constaté l'existence, soit d'un flux, soit d'un épanchement, il foat déterminer, d'après les commémoratifs, d'après l'état actuel du malade et la marche de l'affection, si la sécrétion morbide est un phénomène primitif, essentiel, ou s'il est symptomatique d'une lésion matérielle locale ou de l'état constitutionnel du sujet.
La gravité du pronostic est proportionnée à l'importance, à la quantité du liquide excrété, à la promptitude avec laquelle il s'écoule, et, dans le cas d'épanchement, à l'importance des organes comprimés ; enfin, à la nature de la cause, suivant que celle-ci est susceptible ou non d'être éloignée.
Les causes des sécrétions morbides sont le plus souvent obscures. Toutefois no» verrons plus tard que l'âge, le sexe, le régime, les conditions atmosphériques, que certaines maladies antérieures, que l'hérédité, que certaines professions, etc., constituent tout autant de prédispositions pour quelques-unes de ces aff^ections en particulier. Quant à la ciiuse prochaine, il est ordinairement impossible de la préciser. Quelquefois la maladie est consécutive à un trouble de l'innervation ou à une modification survenue dans la circulation capillaire. Enfin, dans quelques cas, il semble que la maladie résulte d'une augmentation dans l'action des solides (ftux actift), tandis que d'autres fois il parait, au contraire, que ceux-ci sont frappés d'atonie.