DE L'HYDROCÉPHALE AIGUË
«ntre l'arachnoïde et la pie-mère, enveloppe de toutes parts la moelle et le cerveau et baigne, en outre, les cavités creusées dans les lobes cérébraux, dans le cervelet, dans la moelle allongée et la protubérance annulaire; il circule librement dans tous ces points. C'est lui qui, venant à augmenter d'une manière insolite, constitue l'hydropisie des centres nerveux. Cependant ce n'est pas la seule source du fluide fléreux qui peut se former dans le crâne et dans le rachis. Il est, en effet, incontestable que quelquefois des épanchements séreux existent exclusivement ou simultanément dans la grande cavité aracbnoïdienne ; mais il faut convenir que ces cas sont tout à fait exceptionnels. Les accumulations séreuses du rachis sont nomn^es Jiydrorachis, celles du crâne constituent Vhydrocéphale. On en a admis pour cette dernière trois variétés, qui sont : l'hydrocéphale aigvé, l'hydrocéphale suraigué ou apoplexie séreuse, et l'hydrocéphale clironique. Enfin, on a vu quelquefois la sérosité infiltrer le cerveau lui-même : c'est VcMne cérébral. Nous ne dirons rien ici de cette lésion, qui est excessivement rare, et dont M. Étoc a voulu laire le caractère anatomique constant de la stupidité ; nous en parlerons en traitant, dans le tome II, de l'aliénation mentale.
De l'hydrocéphale aiguë.
Historique. — L'hydrocéphale aiguè, entrevue en I70I par Duverney jeune, signalée en 1732 et 1733 en Angleterre, fut quelques années après décrite comme nne affection distincte par Rob. Why tt. Depuis lors la maladie fut l'objet de recherches nombreuses en Angleterre, en Allemagne, en Suisse, en France et aux États- Unis. Signalée d'abord comme une forme d'hydropisie de l'arachnoïde et des ventricules, décrite comme maladie essentielle et indépendante de toute lésion organique, on regarda pendant longtemps Tépanchement séreux comme constituant le seul caractère anatomique de la maladie, et comme expliquant l'appareil de symptômes observés pendant la vie. Cependant, à mesure que l'anatomie pathologique a été faite avec plus de soin, on ne tarda pas à se convaincre que, dans la maladie qu'on décrivait sous le nom d'hydrocéphale aiguè, le cerveau, et plus souvent encore les méninges, étaient le siège à peu près constant de différentes lésions récentes, de nature inflammatoire, dont l'épanchement séreux n'était que la conséquence. Nonobstant cette découverte, quelques praticiens habiles, au nombre desquels il fout citer Dance, n'en persistèrent pas moins à considérer encore l'hydrocéphale aiguè comme une maladie distincte, différant de toutes les autres affections cérébrales par l'accumulation d'un liquide intra-crânien regardé comme -^tant nécessaire au développement des principaux symptômes. Cependant une étude plus complète des faits a prouvé depuis, que cette dernière proposition n'était point exacte; car on s'est assuré qu'il était impossible de rattacher spécialement à l'épanchement aucun des symptômes de la maladie ; que celle-ci était uniquement subordonnée à la nature et au siège des lésions des méninges et du cerveau, et que les troubles fbnctionnels n'offraient aucune différence, qu'il y eût ou qu'il n'y eût pas d'épanchement séreux ou séro-purulent. De tout ce qui précède nous concluons, avec MM. Blache et Guersant (I), que les auteurs ont arbitrairement appliqué deux et même trois dénominations différentes à une seule et unique maladie, et que presque constamment aussi les épanchements séreux aigus dans le tissu «ous-arachnoïdien, ou dans les ventricules, sont l'effet secondaire d'une méningite
<l) Dictionnaire de médecine^ t. XV, p. S62, art. Hydrocîpbali.
802 DBS SÉCRÉTIONS SÉREUSES.
ou d'une méningo-encéphalite simple ou tuberculeuse ; ou bien d'un ramoUisBement simple ou compliqué de phlegmasie (voyez les articles Méningite stmp/e et tuberculeuse. Encéphalite et EamollUsement du cerveau). Est-ce à dire pourtant que l'hydrocéphale aigué, telle qu'on la décrivait depuis Whytt comme bydropbie essentielle, n'existe pas? Je n'oserais l'affirmer ; mais Jusqu'à présent on ne dte aucun fait concluant, et si l'on peut en admettre l'existence, on doit plutôt invoquer l'analogie que les observations cliniques, qui ont jusqu'à ce jour fait défaut. Dans l'état actuel de la science, nous croyons donc qu'on ne doit admettre d'autre hydropisie essentielle des méninges et du cerveau que celle que nous allons faire connaître sous le nom à*apoplexie séreuse.
De r&poplezie séreuse.
Sous les noms d'apoplexie séreuse, d'hydropisie cérébrale suraiguè, on d'Ayd^rhagie, les médecins ont décrit une maladie caractérisée anatomiquenoent par l'exhalation d'une grande quantité de sérosité dans l'intérieur du crflne, produisant la perte subite et plus ou moins complète du sentiment, du mouvement et de l'intelligence. Quelques auteurs modernes ont cru pouvoir nier l'existence de cette maladie. Ainsi Abercrombie ayant observé des apoplexies mortelles sans lésion cérébrale, ayant rencontré d'autre part des épanchements considérables dans le crâne sur des personnes qui n'avaient offert pendant la vie aucun symptûme apoplectique, en a conclu que les épanchements séreux qu'on rencontre parfois dans le cerveau d'individus qui sont morts avec des symptOmes apoplectiques ne sont pas cause de ces accidents. Il ne me parait pas qu'on puisse tirer des faits précédents les conclusions qu 'Abercrombie en a déduites. Si, en effet, dans quelques cas, on a trouvé une grande quantité de sérosité dans le crftne, bien que pendant la vie il n'ait existé aucun symptôme de compression cérébrale, cela tient probablement à ce que, l'exhalation s'étant faite peu à peu, le ceneau a pu pour ainsi dire s'habituer à sa présence. C'est ainsi que nous verrons bientôt, en parlant des hydrocéphales chroniques, que des épanchements de sérosité très-considérables, mais lentement formés, déterminent des symptômes de compression moins grands, tandis qu'il n'en est plus de môme lorsque, l'exhalation anormale du fluide séreux s'étant faite brusquement, le cerveau est soumis tout à coup à une forte pression : dans ces cas, en effet, il y a des accidents analogues à ceux que nous avons vu être produits par un épanchement sanguin dans la cavité arachnoîdienne. Ajoutons enfin que la sérosité qu'on trouve en notable quantité dans le crâne de certains sujets qui n'ont présenté aucun symptôme d'apoplexie, ne s'est formée souvent que peu d'instants avant la mort ; elle est alors en rapport avec la longueur de l'agonie (Louis). Les faits de véptable apoplexie séreuse sont aujourd'hui incontestables. Magendie en a rencontré un grand nombre à la Salpé trière; Martin-Solon en a publié un cas très-curieux dans le quatrième volume du Jountal hebdomadaire, et je l'ai vue moi-môme se déclarer plusieurs fois chez les hydrupiques.
Anatomie pathologique • — Les circonvolutions sont souvent aplaties, le cerveau est ordinairement pâle, presque exsangue : en général, la cavité de Taracbnoïde ne contient point d'épanchement. Celui-ci existe exclusivement dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien, ou dans la cavité des ventricules, quelquefois m;?me ^ dans ces deux points à la fois. Lorsque l'épanchement est considérable, Tarachnoïde est soulevée, le septum lucidum peut être déchiré, les ventricules latéraux sont