DE L'HYDROCÉPHALE CHRONIQUE
Vépanchement se résorbait après Tossification des fontanelles, le crâne ne pouvant plus revenir sur lui-môme pour s'appliquer sur le cerveau, les os devaient s'épaissir par leur face interne pour combler le vide. Mais cette opinion n'est qu'ingénieuse, et rien ne démontre encore qu'elle soit fondée.
Diagnostic. — Il semble d'abord qu'il n'est pas possible de confondre Fhydrocéphale avec aucune autre affection, en raison surtout de l'ampliation remarquable que le crâne subit. Cependant une hypertrophie du cerveau peut produire le môme effet. Mais cette dernière maladie est rare, et elle diffère de l'hydrocéphale en ce que, contrairement à ce qu'on observe pour celle-ci, on voit le développement du crâne s'opérer lentement sans exciter presque aucun trouble fonctionnel ; puis des accidents ugus, survenant tout à coup, emportent le malade. Ces caractères néanmoins ne sont pas tellement constants, qu'on doive en faire un élément certain de diagnostic; ils ne peuvent guère, en effet, donner que des présomptions. Toutefois l'hydrocéphale étant incomparablement plus fréquente que l'hypertrophie cérébrale, on devra toujours, dans les cas douteux, supposer plutôt l'existence de la première de ces affections que de la seconde. Le rachitisme qui atteint les os du crâne les épaissit et les déforme tellement, qu'il peut faire croire à une hydrocéphale : il est môme parfois assez difficile d'éviter l'erreur. Cependant, ainsi que l'observent MM. Rilliet et Barthez, dans le cas de rachitis, le développement de la tôte n'est pas uniforme conmie lorsqu'il existe une hydrocéphale ; on dirait, dans le premier cas, que des bosses aplaties ont été surajoutées à la partie moyenne des os, et le doigt promené à la surface du crâne sent assez facilement l'endroit où l'os commence à s'épaissir; ajoutons enfin que des signes de rachitisme se remarquent sur d'autres parties du squelette. Pour compléter le diagnostic, on devrait, après avoir reconnu l'existence d'une hydrocéphale, déterminer la cause'qui l'a produite ; mais la chose nous parait ôtre à peu près impossible dans l'état actuel de la science.
Pronostic. — Le pronostic est, dans tous les cas, excessivement fâcheux; la mort est, en effet, à peu près inévitable. Je dis à peu préSj car on cite quelques cas de guérison ; mais ces exemples sont-ils bien authentiques ?
Étiologie. — On ne sait rien sur les causes des hydrocéphales chroniques. 11 «st donc inutile de répéter tout ce qu'on a supposé sur ce point : vieillesse, ébriété, excès de tous genres du côté du père ; chagrins, terreurs, compression du ventre, etc., du côté de la mère. D'après ce que j'ai dit dans l'anatomie pathologique, on voit que l'accumulation de sérosité dans le crâne tient fréquemment à l'imperfection du cerveau ou à l'absence de quelques-unes de ses parties. D'autres fois l'hydropisie existe, malgré le développement régulier de l'organe : il semble alors qu'il n'y a eu qu'exagération dans la sécrétion du fluide céphalo-rachidien ; mais il est impossible de saisir sous quelle influence cette supersécrétion s'est faite. Elle lient souvent à une disposition organique inconnue qui peut se révéler dès le second mois de la gestation, comme Osiander l'a vu, et se reproduire chez la femme pendant plusieurs grossesses consécutives : c'est ainsi que J. Frank a connu une juive qui, devenue mère huit fois, mit au monde sept enfants hydrocéphales. Assez fréquemment pourtant l'hydrocéphale se lie à l'existence de quelques lésions accidentelles du cerveau ou des méninges, telles que tubercules, tumeurs fibreuses, kystes apoplectiques, etc. Il n'est pas toujours aisé de dire comment ces lésions agissent pour déterminer la suffusion séreuse ; cependant, dans quelques cas, celle-ci a pu ôtre expliquée par la gône de la circulation, par la compression que les tumeurs exercent sur les sinus, sur les veines cérébrales, surtout sur celles de
Galien, qui août les veines ventriculaires. M. Barrier a cité, à ce sujet, dans le tome II de son Traité des maladies de Venfance, deux observations curieuses; plusieurs autres ont été rapportées par Magendie dans ses Recherches svr k Hquide céphaliy-rachidien. Ce médecin a vu, en effet, des collections assez considérables de liquide avoir lieu dans le crâne, au-dessous de Tarachnoîde, consécutivement à la compression qu'une tumeur exerçait sur le quatrième ventricule, sur l'aqueduc de Sylvius, sur les veines de Galien, etc. Cependant, tout en admettant ces faits, nous sommes loin de croire, avec MM. RiUiet et Barthez, que le plus grand nombre des hydrocéphales soit l'effet de la compression des veines intra-crâniennes; nous pensons, au contraire, que cette cause est fort rare; da moins on ne l'a constatée qu'exceptionnellement.
Traitement. — Des remèdes trèsHiombreux ont été proposés contre l'hydrocéphale, et toujours sans succès : c'est ainsi qu'on a préconisé les bains et les frictions aromatiques, la térébenthine, les mercuriaux, les exutoires, les alcalins, les toniques, l'iode à l'intérieur et en frictions. Reid-Clamey prétend avoir souvent réussi avec le calomel porté jusqu'à saUvation ; il a surtout employé des vésicatoiri» et des sinapismes; mais personne, que je sache, n'a été aussi heureux. Beaucoup ont proposé d'évacuer le liquide : les uns le font peu à peu par des ponctions successives, d'autres tout d'une fois. Cette opération, faite par les praticiens les plus habiles, tentée plusieurs fois en France par Dupuytren et par Breschet, a toqjoors échoué chez nous. On cite pourtant quelques cas de guérison définitive, observés surtout en Angleterre et en Prusse. Quoiqu'on ne doive accepter ces faits qu'avec réserve, nous les croyons néanmoins suffisants pour autoriser un médecin à recourir à la ponction des hydrocéphales; car c'est là encore le seul trai/ement qui puisse laisser quelque chance de salut dans une maladie qui, abandonnée aux seules ressources de la nature, doit tôt ou tard entraîner la mort du stget. M. Malgaigne, après avoir éludié un grand nombre d'opérations semblables, a établi que la ponction pouvait t^tre tentée ; i^ lorsque le sujet a moins de trois ou quatre mois, lors même que l'hydrocéphale paraîtrait être stationnaire ; 2" au delà de quatre mois, et sans autres limites que l'ossiBcation du crâne, si l'hydrocéphale s'accroît sensiblement et menace la vie générale ou la vie de relation de l'individu (i).
De rhydroracbis.
Sous le nom d'hydrorachis on doit comprendre toutes les accumulations de sérosité dans le canal rachidien. L'hydrorachis est donc pour celui-ci ce que l'hydrocéphale est pour le crâne. On doit distinguer deux sortes d'hydrorachis, suivant que la maladie est simple, ou qu'elle s'accompagne d'un vice de conformation par arrêt de développement, consistant dans l'écarlement ou dans l'absence d'une ou plusieurs des lames vertébrales. Cette dernière forme a reçu le nom spécial de spina bifida.
L'hydrorachis simple est une affection sur laquelle nous ne possédons encore aucune donnée précise. Nous savons que, sous l'influence d'une agonie longue, on peut trouver dans le canal vertébral, comme dans le crâne, une plus grande quantité de liquide céphalo-rachidien. Il est généralement reconnu que, dans certaines atrophies de la moelle, le même liquide comble le vide que laisse dans le rachisle retrait de la substance nerveuse ; mais là se bornent à peu près nos connaissances.
(I) Buileiin de thérapeutique^ année 1840.