‹ Traité de pathologie interneChapitre 139 sur 152 · TROISIÈME GENRE DE SÉCRÉTIONS MORBIDES · texte numérisé non relu

TROISIÈME GENRE DE SÉCRÉTIONS MORBIDES

L3S fluides particuliers sécrétés par plusieurs de nos organes peuvent être produits en quantité beaucoup plus considérable que de coutume. Cette supersécrétion, quand elle est trop abondante, devient la cause de nombreux accidents : ceux-ci varient suivant la naturo du fluide et suivant que ce dernier est sécrété en plus ou moins grande quantité.

Nous allons étudier successivement la supersécrétion de la sueur, de la graine, de la salive, de la bile, de Turine, du lait et du sperme. Nous ne dirons rien du flux des larmes, car la sécrétion exagérée de ce liquide ne se remarque guère que dans les maladies du globe oculaire et des paupières, ou bien soas Tinfluence d'uD état nerveux particulier, comme dans les émotions tristes, et quelquefois dans la Joie excessive. D'ailleurs les flux de larmes ne sont jamais portés au point d'affaiblir la constitution. Toutefois il importe de dire ici que l'écoulement abondant de larmes sur les joues n'indique pas nécessairement une supersécrétion de ce fluide^ mais il se rattache souvent à un obstacle apporté à son excrétion par suite d'un renversement des paupièros ou d'une obstruction des voies lacrymales.

DE L*ÉPHIDROSE.

SnromHtB. — Hjfperkydrotii; dytodie cutanée.

Je n'ai point à m'occuper ici des sueurs générales et plus ou moins abondante qui sont un symptôme de plusieurs maladies (fièvre pernicieuse diaphorétiqoe, suette, phthisie pulmonaire, suppurations, etc.). Je veux seulement fixer l'attention sur ces sueurs générales, souvent excessives, qui, indépendantes de toute lésion appréciable, constituent réellement une affection spéciale et tougours inconunode.

L'éphidrose, telle que nous la comprenons ici, est à peine signalée par les auteurs contemporains, quoiqu'elle ait été anciennement décrite. C'est une afféctioD rare et que je n'ai encore rencontrée qu'un petit nombre de fois.

Les sueurs qu on nonune morbides, en raison de leur abondance, sont presque toujours générales; on les a vues pourtant n'occuper quelquefois qu'une partie du corps et môme quelques points très-circonscrits, comme les joues, la téte^ les aisselles, les mains, les parties génitales et surtout les pieds.

DE L'ÉPHIDROSE. 855

L'épbidrose est donc caractérisée par une exhalation considérable de sueurs ayant lieu d'une manière continue ou à des intervalles plus ou moins éloignés, et quelquefois périodiques. Cette supersécrétion, lorsqu'elle est générale, ne se remarque guère que ches les convalescents et chez les individus faibles ; Je Fai vue pourtant avoir lieu la nuit, surtout chez des femmes arrivées à la ménopause, et lorsque les règles avaient cessé de paraître. Ces sueurs se montrent parfois spontanément ; le plus souvent elles sont provoquées par une cause extérieure, comme la marche, l'application de vêtements épais, une chaleur artificielle, l'excitation provenant du repas, ou d'une vive émotion de l'flme; en un mot, à l'occasion de toutes les causes qui, normalement, augmentent la quantité des sueurs. On peut voir cellesci acquérir une abondance insolite parfois excessive. L'éphidrose peut se manifester exclusivement, soit le jour, soit la nuit; elle peut se montrer en toute saison ; on a cru même remarquer qu'elle était très-fréquente dans la saison froide. On ignore si les propriétés physiques et chimiques de la sueur sont modifiées lorsque le liquide est sécrété en plus grande abondance. Il doit en être ainsi dans beaucoup de cas^ lorsque la sueur acquiert une odeur adde, urineuse, cadavéreuse ou bien une fétidité pénétrante, comme on l'observe fréquemment pour celle des pieds et des aisselles; il est difficile en effet qu'elle ne soit pas alors modifiée dans sa composition. Quant à sa saveur, on l'a trouvée absolument insipide, ou bien amère, douceâtre, salée ; elle peut être aussi altérée dans sa couleur : c'est ainsi qu'on l'a vue Jaune, verte, noire, bleue, etc. Sa température est plus ou moins élevée ; sa consistance peut être nulle, ou bien elle est plus ou moins poisseuse et visqueuse. Enfin, la sueur parait quelquefois contenir certains produits de sécrétions normales, comme la bile, l'urée ; on a môme dit que certaines boissons ingérées dans l'estomac pouvaient s'échapper par la transpiration, sans avoir subi la moindre modification; mais ces faits extraordinaires ne doivent être acceptés qu'avec la plus grande réserve.

Si les sueurs morbides étaient générales et très-abondantes, elles pourraient finir par produire la chute des forces, l'amaigrissement, et tous les accidents que des évacuations excessives entraînent; mais ces cas sont infiniment rares. Lorsque les sueurs sont partielles, la portion de peau par laquelle l'exhalation se fait est plus ou moins modifiée dans sa sensibilité ; l'épiderme est souvent gonfié, blanchi et ridé, conune s'il avait macéré longtemps dans l'eau chaude.

Les sueurs abondantes se prolongent en général beaucoup. Au bout d'un temps variable et tout à fait indéterminé, la sécrétion finit par diminuer, et revient à peu près & son état normal. Si l'exagération de la sécrétion peut produire un peu d'amaigrissement, il est du moins très-rarement arrivé qu'elle ait Jamais déterminé les accidents de la fièvre hectique ; sa suppression brusque a souvent, au contraire, été la cause déterminante d'un grand nombre de maladies ou d'incommodités, telles que pleurésies, rhumatismes, névralgies, etc.

Traitement. — Pour combattre les sueurs générales, il faut éloigner les causes manifestes qui provoquent la sécrétion. Les malades seront donc placés dans un air frais; ils seront modérément couverts; ils coucheront sur la paille ou sur le crin; ils prendront des douches froides, des bains d'eau de mer ou de rivière; ils auront recours aux ablutions d'eau froide. On provoquera d'autres évacuations, et, si l'état de la constitution l'exige, on usera d'un régime fortifiant et de médicaments toniques. On a proposé, en outre, l'usage de quelques médicaments à llntérieur. On a spécialement reconunandé la limonade minérale, l'acétate de plomb, l'agaric blanc, la sauge, l'opium, la sdlle, et l'aconit que M. Imbert-

Gourt>e7Te a recommandé dans cm dernien temps contre VaffectioD dont je parle (I).

La sueur des aisselles, et surtout celle des pieds, est une incommodité pour bquelle beaucoup d'individus demandent des conseils. On devnles engager à porter, dans les cas de sueurs fétides des pieds, des chaussettes de fil et des chauamNi légères; ils prendront tous les Jours un ou deux bains de pieds a^ee de l'eau à Baréges froide. Dans les cas où la suppression de la sueur produinil de accidents, ainsi que Mondière en a cité des exemples, on se hAterait de la itppder en enveloppant les pieds de chaussettes de laine recouvertes d'un taffetis gomnè; ou bien on pourrait, d'après le conseil qu'en donne M. Ruette (de GœttiDgue}, saupoudrer d'une petite cuillerée de chbrhydrate d'ammoniaque et du double de chaux vive un bas que le malade conservera toute la nuit.

Page 1