DE LA POLYSARCIE, OU OBÉSITÉ
L'accumulation de la graisse, devenue assez considérable pour gêner quelques unes des fonctions de Téconomie, constitue l'état morbide connu sous les noms de poîysarcie ou d*obésité.
La poîysarcie est locale ou générale. La première est plutôt une diffonnilé qu'une maladie; on l'observe surtout dans les parois abdominales et dans l'épiploon, chei les hommes après trente-cinq ans, et chez les femmes qui ont eu beaucoup d enfants. Cette accumulation partielle de la graisse occasionne rarement de la gène dans les digestions; mais le plus souvent elle rend difficile ou même mposêibk a flexion du tronc en avant.
Lorsque la poîysarcie est générale, le corps a acquis un volume énorme; il peut peser 150, 300 et jusqu'à 400 kilogrammes. La graisse, qui, chez unadulle d'embonpoint ordinaire, n'entre guère que pour un vingtième dans le poids loW dû corps, peut en former la moitié, les deux tiers, et jusqu'aux quatre cinquièmes. Le corps présente alors un volume énorme ; ses diverses parties sont déformées. Ces individus se meuvent avec peine; ils ont une démarche roide toute particulière, en raison de la difficulté qu'ils éprouvent à étendre et surtout à fléchir les articulations. La plupart ne peuvent faire le moindre exercice sans être essoufflé»? baignés de sueur, et sans éprouver des palpitations. Les uns mangent à peuie, mais la plupart sont assez voraces ; chez beaucoup la tête se congestionne ap chaque repas, et ils ont une grande tendance à dormir. Ces individus sont, dil-oD, peu portés pour l'acte vénérien. Les femmes obèses sont souvent stériles, et c beaucoup la menstruation est îrrégulière. Mais c'est à tort qu'on a accusé les suje obèses d'être incapables de se livrer à aucun travail intellectuel, car l'histoire e l'observation contemporaine nous apprennent qu'une foule d'hommes émmen dans toutes les carrières ont été atteints de l'infirmité dont nous parlons, u grand nombre de ces individus sont emportés par des congestions ou par des apoplexies viscérales ; la plupart meurent d'hémorrhagies cérébrales ou de mala du cœur. Il n'est pas rare qu'ils meurent tout à coup par syncope ou P^ " rure des parois du cœur, qui sont parfois surchargées de graisse et de plus fna Il est constant aussi que les maladies aiguSs dont les sujets obèses vicnnen être atteints ont plus souvent une issue funeste que chez les sujets autrem constitués.
(t) Gazette médicale^ année 1855.
DE LA POLYSARCIE. 857
Diagnostio. — Le diagnostic de la polysarcie est facile : la fermeté des chairs, l'absence de la pression du doigt quand on les presse, empêcheront de la confondre avec l'anasarque.
Pronostio. — Cette affection est grave, en raison des incommodités qui raccompagnent et de la. difficulté de la traiter. Quand elle affecte des Jeunes gens, elle 6te tout espoir de longévité. 11 n'en est pas absolument de même des individus qui deviennent obèses dès les premières années de la vie, car il arrive souvent alors que l'excès d'embonpoint di^arait spontanément. M. Raige-Delorme a cité à ce sujet le fait très-curieux d'un enfant qui, à l'Age de douée à quinze mois, avait une obésité énorme, ce qui occasionnait chez lui une respiration tellement courte et précipitée, qu'il semblait continuellement menacé de sufibcation; néanmoins il parvint à l'âge de deux ans et demi sans éprouver d'accidents; débarrassé depuis lors de son infirmité, il ne se montra en rien différent des autres enfants de son âge, sinon qu'il était remarquable par une taille svelte et élancée.
Causes. — La polysarcie est une affection souvent héréditaire ; il n'est pas rare qu'elle débute dès la plus tendre enfance ; nous l'avons vue portée au plus haut degré chez un enfont de trois ou quatre ans. En général, elle commence vers la trentième année et augmente surtout après quarante. Cette affection survient spécialement chez les sujets qui mènent une vie oisive, sédentaire, et qui usent d'une nourriture succulente. Il paraît aussi que les substances huileuses ou grasses, toutes celles enfin qui sont riches en carbone, favorisent l'accumulation de la graisse dans le corps. Les causes qui précèdent expliquent pourquoi cette affection est si commune dans la classe riche de la société, et pourquoi elle est au contraire si rare chez les paysans, excepté pouriant chez ceux qui, comme les fermiers, vivent dans l'aisance. L'obésité est une infirmité très^-fVéquente chez les gens de bureau et de cabinet, chez les prisonniers, à cause surtout du peu d exercice qu'ils font ; elle est commune chez les ecclésiastiques, chez les bouchers et les charcutiers, à raison de la bonne chère qu'ils font et de la vie peu active qu'ils mènent. C'est cette dernière cause qui explique pourquoi l'obésité n'est pas rare chez les officiers de cavalerie, et même chez les simples soldats de cette arme ; tandis qu'elle est beaucoup moins commune chez les fantassin?, surtout chez les individus non gradés. Les climats humides, fW)ids, y prédisposent; on dit qu'elle est plus fréquente en Hollande, en Angleterre, en Egypte et en Italie que partout ailleurs. Enfin, la castration, la perte d'un membre, etc., sont encore des circonstances qui favorisent le développement de la polysarcie.
Traitement. — Dès que la disposition à l'obésité se manifeste, il faut dimi-^ nner la quantité des aliments, choisir ceux qui contiennent le moins de principes nutritifs. On préférera les légumes herbacés. Les individus ne prendront de la viande qu'une fois par Jour, ils choisiront les viandes blanches, et diminueront le plus possible la prbporQon des corps gras et de l'alcool. Us mèneront en outre la vie la plus active, ils feront chaque Jour beaucoup d'exercice, mais ils ne séjourneront dans le lit que Juste le temps voulu pour réparer les forces ; enfin on veillera à ce que les principales sécrétions s'exercent avec régularité ; il sera utile de prendre de temps en temps un purgatif; enfin on pourra recourir à l'hydrothérapie. Par l'usage bien combiné, dit M. Fleury, des sudations fréquentes, des douches, de l'eau froide à l'intérieur et de l'exercice, on fait disparaître le tissu adipeux, et l'on diminue rapidement le poids du corps sans altérer la santé, sans compromettre les organes digestifs ou la nutrition, et cela même souvent malgré
une aliiDentatloQ abondante et substantielle. Ce puissant agent de TésolatioQ mérite donc d'être expérimenté.
DE LA SIALOBRHÉE.
Snfwmui. — Flux de salire, ptyaliime, saliTatioji.
L'augmentation morbide de la sécrétion salivaire a reçu les noms de siahrrkétj de ptyaHsme ou de Mlwaiim.
Le ptyalisme est un accident qui accompagne fréquenounent plusieurs des maladies qui siègent dans la boucbe, spécialement les diverses formes de la stomatite, et particulièrement la stomatite mercurielle, ainsi que l'inûammation de la kngne et des gencives, les douleurs de la dentition et même la carie des dents et odle des 08 maxillaires. Enfin, dans certains cas de trismus et de névralgie du neif de la cinquième paire, on observe encore une salivation parfois considérable ; ce dont on se rend compte dans la névralgie, par Texcitation des nerfs qui entourent m pénètrent les glandes sallvaires, et dans les cas de trismus, par la pression mécaniqoe sur les organes sécréteurs de la salive. Je me contente de mentionner ces faits, renvoyant pour plus de détails à chacune des maladies dont le ptyalisme est un des symptômes ou des accidents. Je ne dois m'occuper en ce moment que des cas où la salivation ne se lie à aucune lésion matérielle appréciable. Cependant, si alors le ptyalisme ne s'accompagne d'aucune altération manifeste dans les glandes salivaires, dans les parois de la bouche et dans les organes contenus dans cette cavité, il est rare néanmoins que l'augmentation de la sécrétion salivaire soit on état morbide tout à fait isplé. Presque toujours on reconnaît que la salitation se lie sYtapathiquement à la souffrance d'un organe plus ou moins éloigné : c'est ainsi qu'on l'a fréquemment observée dans le cours de certaines fièvres continues ou intermittentes, dans quelques névroses, comme dans l'hystérie, dans les cas de sappresrsion ou de troubles quelconques survenus dans la menstruation ; chacun sait, en outre, que la salivation est, après les vomissements, l'accident sympathique qu'oo observe le plus communément dans les premiers mois de la grossesse. Enfin, on dit que les maladies du pancréas, et surtout que les lésions organiques de ce viscto, s'accompagnent souvent d'une salivation abondante, circonstance que je n'ai notée dans aucun des cancers du pancréas que j'ai observés. Enfin, il est quelques médicaments, toutes les préparations d'iode par exemple, qui, s'éliminant en partie par la salive, provoquent parfois un flux de liquide analogue à celui qu'on observe si fréquenunent dans la grossesse. Les cas où le ptyalisme, tout à fait ^m>dtané, se déclare en dehors de toutes les causes que je viens d'indiquer, sont excessivement rares.
Symptômes. Marche. — Le ptyalisme est caractérisé par Tafllux continuel dans la bouche d'un liquide incolore et aqueux, en général insipide, inodore ; mais ayant dans quelques cas une saveur désagréable, styptique, et exhalant une od^ir fade ou forte, et plus ou moins fétide. La salive, ainsi sécrétée en plus grande abondance, est en partie avalée, en partie rejetée par un crachement presque continuel; enfin, souvent aussi le liquide afQue en si grande quantité, qu'A s'échappe involontairement, d'une manière continue par la bouche, et se répand sur les lèvres et sur le menton : c'est ce qu'on observe surtout pendant le sommeiL Chez ceux qui dorment la bouche exactement fermée, toute la salive pénètre dans l'estomac; mais lorsque la quantité de liquide est trop considérable, elle peut, eo