DE LA SCARLATINE
4m le plongera dans un bain froid ou frais ; la tête sera «ouverte de compresses froides ou d'une vessie remplie de glace, et l'on essayera timidement l'emploi de Vopium. Si le délire semblait se rattacher à Texistence d'une congestion intracrâ* nienne, on appliquerait des sangsues derrière les oreilles, on promènerait des révulsife aux extrémités et l'on agirait plus ou moins vivement sur le tube digestif. Lorsque le désordre nerveux est plus profond encore, lorsqu'il se traduit par des soubresauts, par la céphalalgie et par du subdelirium, on essayera les demi-lavements camphrés, les potions avec le castoréum, et surtout avec le musc, à la dose de i à 3 grammes. Les médecins étrangers, les Américains surtout, ont vanté dans ces cas le carbonate d'ammoniaque, à la dose de 4 à iO grammes dans une potion.
C'est surtout dans cette forme grave de la maladie que quelques-uns ont préconisé les affusions et les lotions froides. Ce moyen a été surtout vanté par Currie, par Gregory, par Bateman, par Nasse, et par une foule de médecins distingués d'Allemagne et d'Angleterre. Schedel, dans son livre sur l'hydrothérapie, s'en montre partisan après l'avoir vu employer dans l'établissement célèbre de Grsefenberg. Quelque opposée que soit cette pratique aux idées régnantes, il est avéré cependant, en consultant les meilleurs témoignages, qu'on n'a jamais eu à lui reprocher des accidents sérieux. En France, peu de personnes ont osé expérimenter la méthode de Currie. Nous croyons cependant que, si l'on doit s'en abstenir dans la scarlatine simple, dans laquelle pourtant on l'a employée à l'étranger, on peut, par contre, y recourir dans la forme maligne, presque toujours rebelle aux médicaments. Dans ces cas où les forces sont anéanties, où le pouls est fréquent et petit, la chaleur brûlante, lorsqu'il y a de l'agitation et du délire, on a vu souvent ces accidents se calmer rapidement après une aifusion froide. 11 y a plusieurs manières d'appliquer k méthode : les uns, avec Currie, projettent sur le malade, préalablement placé dans une baignoire, cinq ou six seaux d'eau à la température ambiante, tandis que Nasse et d'autres se bornent à faire des lotions avec l'eau froide pure ou vinaigrée. Quel que soit le système qu'on adopte, il importe^de savoir que la sédation n'est souvent que passagère, et qu'il faut revenir toutes les trois ou quatre heures à l'application du froid pour déterminer une amélioration persistante.
Pendant la convalescence, et môme plusieurs semaines après la guérison complète, il faut préserver les malades de toute espèce de refroidissement, et surveiller leur régime. Je n'imiterai pas la sévérité des médecins de l'Étrurie, dont parle Borderi, qui, môme en été, ne permettaient le renouvellement de l'air et le changement de lit qu'après le quarantième jour ; mais il importe que, pendant toute la durée de la desquamation, et huit à dix jours après qu'elle est terminée, les individus restent dans des pièces chaudes, à l'abri de toute cause de refroidissement et couverts de flanelle de la tôte aux pieds, quelle que soit d'ailleurs la saison où l'on se trouve. Pendant la desquamation, pour hâter et favoriser la séparation de l'épiderme, les malades prendront un ou plusieurs bains tièdes, en usant d'ailleurs de toutes les précautions pour éviter un refroidissement. Si, malgré les soins dont on entoure les malades, l'anasarque néanmoins survenait, on devrait, si la fièvre s'aUume, recourir à une ou plusieurs émissions sanguines, générales ou locales. M. Rayer a obtenu, dans ces cas, d'heureux effets de l'application de sangsues et de ventouses sur les régions rénales, cependant il faut procéder avec prudence. Les bains tièdes sont également utiles. On devra, par contre, s'abstenir d'administrer les diurétiques énergiques, dont le danger avait déjà été signalé, il y a plus d'un siècle, par les médecins florentins. Dans la forme apyrétique de l'anasarque, on excitera la transpiration cutanée par l'emploi dessudorifiques, et surtout
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par les bains de vapeur; on fera des frictions sèches, aromatiques, toniques; oo donnera quelques purgatife, et, si le sujet est faible et anémique, on prescrira le quinquina et surtout les préparations de fer.
Prophylaxie. — Comme on ne sait pas au juste Tépoque â laquelle la scarlatine cesse d'être contagieuse, il est prudent de ne fréquenter les individus qui en ont été atteints que lorsque toute trace de desquamation a cessé. On ventilera les lieux, on lavera les bardes, car elles ont pu s'imprégner du virus, et quelques faits semblent prouver qu'elles peuvent le retenir longtemps. La matière médicale nous fournit-elle quelque agent doué d'une vertu préventive? Depuis longtemps les médecins allemands ont beaucoup vanté la belladone. On a conseillé de dissoudre 10 centigrammes d'extrait de belladone dans 32 granunes d'eau de cannelle, et d'en donner chaque Jour aux enfants de 2 à 4 gouttes dans de l'eau sucrée, et cela pendant toute la durée de l'épidémie. D'autres préfèrent la teinture éthérée, à la dose de 6 à iO gouttes par Jour chez les enfants de huit à dix ans.
Que doit-on penser de cette médication qui, sauf quelques rares exceptions, n'a guère trouvé que des incrédules en France? Je crois que le doute est très-permâ et que les faits n'ont pas toute l'importance qu'on leur attribue. On n'a pas asseï remarqué que la scarlatine est une maladie i laquelle la plupart des hommes résistent; par conséquent, lorsque l'on donne dç la belladone à des individus exposés à la contagion et qu'ils ne contractent point la maladie, on ne saurait être certain que cette immunité dépend du remède administré. J'ai bien des Ibis, dans les familles, donné de la belladone aux personnes de la maison qui n'avaient Jamais eu la scarlatine ; les unes ont pris exactement le prétendu spéciique, d'autresirrégulièrement; enfin toujours j'ai trouvé quelque esprit fort qui a refrisé de s'y soumettre ; or, dans tous ces cas, les résultats furent les mômes, ni les uns ni les autres ne furent atteints. Des médecins étrangers ont vu tout le contraire; lorsque dans une Ikmille un enfant ne prenait pas la drogue, celui4à seul était frappé. J'avoue que cette constante régularité dans les résultats m'est quelque peu suspecte. Quoi qu'il en soit, quelque incrédule qu'on puisse être sur l'action préventive de la belladone, l'expérimentation n'a ici aucun inconvénient ; mais on voit, d'après ee qui précède, combien il est difficile de conclure.