ANÉMIE DES ORGANES EN PARTICULIER
II est probable que, de.môme que le sang afflue souvent vers les organes en plus grande abondance, il peut aussi s'y porter en quantité moins considérable qu'à l'éiat physiologique ; de là résultent nécessairement des perturbations fonctionnelles. On sait, par exemple, que lorsque le sang cesse d'arriver au cerveau par suite d'un arrêt dans les contractions du cœur, il y a syncope, mort apparente. Mais cet état raortâde ne peut trouver sa place ici ; car l'anémie du cerveau étant l'effet d'une affection du cœur, nous réservons de nous en occuper en^raitant des névroses de C8 viscère. On a expliqué certaines dyspnées, celles des chlorotiques par exemple, par une anémie des poumons ; mais rien ne Justifie cette supposition. Dans l'état actuel de la science, nous ne savons^ absolument rien sur les anémies partielles : aussi nous abstiendrons-nous d'en parler davantage.
DE LA LEUCOCYTHÉMIE.
Le sang renferme normalement au milieu des globules rouges un très-petit nombre de globules blancs. Mais lorsque, sous l'influence de causes encore indéterminées, la proportion de ces derniers augmente, lorsque l'on compte, par exemple, i globule blanc pour 3 ou 4 globules rouges, on a alors un état pathologique du sang qu'on a nommé leucoqfthémie (1).
Historique. — Deux médecins étrangers, M. VirchoTV (de Wurzbourg) et M. Bennett (d'Edimbourg), se disputent la priorité de la découverte de cette affectioQ ; mais M. Leudet nous semble avec raison avoir tranché le différend en faveur 4u pathologiste allemand, dont les premiers travaux remontent déjà à 1845 (2). En France la leucocythémie est encore peu connue ; nous n'avons guère que deux com-
(I) La iewxicythémie, >evx6;, blanc, xvro;, cellule, et al|ia, sang. Ce mot, proposé par Beooect, est préférable à celui de leucémie^ donné par Vircbow, et qui signifie sang blanc; car il peut s'appliquer à des altérations fort différentes, par exemple au sang chtieaz on Uiteui.
()} Gaietle hebdomadaire^ t. n, p. 552.
T. I. — 0« ÉOIT. l'*»
municatîoos faites en 1853 à la Société de biologie^ par MM. Leudet et Charcot, un mémoire intéressant publié dans le troisième volume de la Gazette hebdùmadairey par M. le docteur Vidal ; enfin, M. le docteur Schnepf a présenté dans la Ga^6(te médicale de i 856 un inventaire exact de tous les faits connus, et un examen cri* tique de toutes les questions afférentes ^ l'iiistoire de cette curieuse affection.
Anatomie pathologiqne. — Le $ang contenu dans les vaisseaux et datis le cœur a un aspect remarquable : il est rouge-bpque ou d'un brun chocolat, il est granuleux, caiUebolté et se sépare souvent en deux couches : Tune, inférieure, rougebrun ; l'autre, superficielle, d'un blanc laiteux, est constituée par les globules blancs. Le sang extrait des vaisseaux pendant la vie offre exactement le môme aspect ^^ après l'avoir défibriné, on le laisse en repos, pn voit b^tôt les, globules ronges se précipiter et les blancs former une couche supfrQcielle d'un bknc Jaunâtre et d'un aspect analogue 4 celui du pus* Les globules. blancs,, qjui à l'étal normal sont aux globules rouges, en moyenne, dans le rappôrl d^J. A ^ ou 3d7t peuT^ent être, dans les cas de leucocythémie, dans la proportion de l.sur ^ ou 4. On les a vus aussi dans la proportion de 1 à 2, ^e 2 à a ; ils ont, 0i<iB^ été parfois en nomke égal ou supérieur à celui des globules rouges (t).
Les globules blancs ont un volume de 0"",008 à 0'°»,009 ; ils sont régulièrement sphériques ; ils sont pâles, inégaux entre eux et finement granuleux, mais ils n'ont pas de noyaux proprement dits : l'acide acétique les gonfle comme l'eau. Par leurs caractères physiques les globules blancs ressemblent ^onc beaucoup aux globules purulents avec lesquels on les a pendant longtemps confondus. Ceux-ci pourtant se distinguent des premiers par leiu volume p^us considérable (0"^,<f 10 à 0"",<H6), parce qu'ils ont un noyau et parce que l'acide acétique,! qui les gonfle davantage, finit par les dissoudre^,
Chez les leucocythémiques il n'y a pas seulement des globuljes blancs en proportion infiniment plus grande, mais le sang offre en outre plusieurs antoes altérations. Ainsi les globules rouge»sont diminués de nombre, leur chiireest parfois descendu au-dessous de 50; l'eau est augmentée et les éléments solides du sérum sont en moindre proportion ; en un mot, le sang ressemble à celui des sujets anémiques. Quant à la fibrine, on l'a trouvée augmentée dans qudques cas, dans d'autres elle était à l'état normal.
Chez les leucocythémiques le sang n'est pas seul altéré, mais on rencontre aussi des lésions plus ou moins profondes vers la rate, vers le foie et du celé des ganglions lymphatiques. La rate est augmentée de volume, elle est véritablement hypertrophiée, tantôt indurée, tantôt ramollie ; il en est parfois de môme du foie, qui cependant acquiert rarement un volume proportionné à celui que la rate présente. Enfin, les ganglions lymphatiques et plus particulièrement ceux du mésentère, ceux du cou, des aisselles, des aines et plus rarement ceux des autres régions sTiypertrophient; ils acquièrent non une dureté très^ande, mais une rénitente élastique, et forment par leur agglomération des tumeurs plus ou moins considérables.
Symptômes. » Les malades s'affaiblissent, pâlissent et maigrissent rapidement.
(1) Dans l'état normal, le nombre des globules blancs vâHe dans son rapport af<ee celui des globules rouges, suivant Tâge, le sexe, et chez lo même individu, sulvaut oertaineB cirooastances, coniuie la digcsiion, les règles, la grossesse, etc. Moleschoti indique les proportioos suivantes :
CbezTenfant :: I : 226
Chez rhomme adulte. :: I : 346
Chez la femme adulte :: I : 389
Pendant les règles :: t : 247
DE LA LEUGOCYTIÉMIB. ^J
Bt pTtenteat bieat6t toiM les traits d'une «oénne ptoCMnée^ d'un élat tout à foit cachectique. Leur peaa est pftle^ les moqueuses sont déeolooées ; ik ont des étouife^ mentSydes ptlpitotiooB^ de la céphalalgie. D'abord, apyrétiques, ib préseatent à k fin lia appareil fébrile rémittent, asses analogue à la fièvre hectique. Dm trouMes gastro-intestinaoi, des Tomissemcais et surtout de la diarrhée se déelareat à cette période de llanémie ; en même tenps des infiltrations séreuses, diverses bydrcqiH sies oot lîeo; enfia des hémorrhagies se Sont par direrses voies* Si à ces troubles fooctwonels on Joint une intumesoeoice presque toi^evrs oonùdéfiable de la rate, d'un grand noathce de ganglions lymphatiques et du lose, on aura le tableau de la leucecythémie. Cependant, de tons les syMpitûmefc qdenons ycooi» d'éauniérer, nul ne caractérise la maladie, leur cttsembkt iiéme ne pcsit loumftr qun des présomptienB. L'examen du sang est seul capable de dénroiler ra^nsction*
La leucocTthéraîe est une affection dont risme a jusqu'&ct été latale*
Sa dnrée a été variable. D'après les fatAs rficueilHs par M. Vidal, oafoîi qn'idtts a oscillé entre trois mois et quatre ans. Elle a été en mayenne de qnatone mais^
fttiologie. — On ne sait rien de précis sur l'étiologie de cette affection. Il parait seulement que, jusqu'à ce jour, on compte plus d'honunes atteints que de femmes. Quoique pouvant être observée à peu près à tout âge, la leucocythémie a pourtant sévi plus souvent dans l'âge adulte.
Traitement. — 11 a été impuissant dans tous les cas. Les préparations d'iode et de fer, le sulfate de quinine, n'ont pu modifier, dans aucun cas, la marche de la maladie. Il est impossible, dans l'état actuel de la science, de formuler un traitement en parfaite connaissance de cause. Cependant c'est aux amers, aux toniques, aux corroborants, aux bains sulfureux, aux bains froids, aux douches froides, qu'il nous semble rationnel de recourir tout d'abord, en plaçant d'ailleurs les malades dans les meilleures conditions hygiéniques possibles. J'ai par ces moyens diminué considérablement dans un cas l'intumescence des ganglions, mais sans améliorer pourtant l'état général ; la malade succomba à une pneumonie intercurrente.
Natnre. — La leucocythémie parait être une affection distincte et parfaitement définie. Ce serait un tort de la considérer, avec quelques-uns, comme une variété de la cachexie paludéenne, puisque la plupart des malades n'ont jamais été soumis à l'inQuence palustre. 11 est non moins inexact de la regarder comme Une altération propre à toutes les cachexies; car celles-ci sont communes et la leucocythémie est rare. On a examiné le sang dans les différentes cachexies et l'on n'a point rencontré de globules blancs dans le sang. Si dans quelques cas rares de cancer, on a constaté une leucocythémie, cela tenait à une compUcation. Il y avait alors réunion de deux maladies distinctes.
Nous avons établi que dans la leucocythémie il existait constamment des lésions de texture du côté de certains organes, spécialement des lésions de la rate, du foie et des ganglions lymphatiques. Mais peut-on déterminer si celles-ci sont primitives pu bien secondaires? D'après les témoignages de ceux qui ont le mieux étudié celte affection, et nous citerons MM. Virchow, Bennett, Vidal, les lésions des solides précéderaient l'altération caractéristique du sang. L'intumescence de la rate surtout, parfois celle des ganglions, ont été notées par les malades eux-mêmes cooune trouble tout à fait initial et avant d'accuser aucun malaise. M. Bennett cite l'histoire d'un marin chez lequel il avait constaté, plus de quatre ans auparavant, une intumescence de la rate et la plupart des symptômes de la leucocythémie; mais le sang, examiné à pluûeurs reprises, ne présenta l'altération caractéristique que trois mois après. M. Virchow rapporie un fait analogue.
Si l'altération du sang est consécatiye à celle des solides, peut-on établir k relation qui existe entre Tune et l'autre? La chose est impossible dans l'état actuel de nos connaissances. Dire arec M. Virchow que les ganglions, que la rate, hypertrophiés et doués par suite d'un surcroit d'action, détruisent les globules rouges da sang en plus grande quantité, et laissent, par suite^ prédominer plus ou moins les globules blancs; ou bien prétendre, avec M. Bennett, que la rate et que les ganglions sécrètent les globules blancs en quantité plus considérable, c'est attribuer à la rate et aux ganglions des fonctions encore problématiques, et c'est expliquer un fait pathologique par des notions de physiologie encore trèsHxmtroTenées.
Nous ignorons donc suivant quel mécanisme la leucocythémie se déclare. Mais il résulte des considérations qui précèdent que c'est un état pathologique distinct de tout autre et parfaitement limité ; il mérite donc une description à part. Sans prétendre lui assigner dès ce Jour la place qui lui convient dans le cadre nosologique, Je crois pourtant que, dans l'état actuel de nos connaissances, la leucocythémie peut être placée à côté de l'anémie.