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DE LA STOMATITE MERCURIELLE

potasse, à la dose de i à 4 grammes chez ler enfants, à celle de 4 à 8 chez l'adulte, dans 420 à 250 granmies de véhicule. Ces doses peuvent être même doublées sans inconvénient. Le chlorate de potasse, appliqué directement sur les parties en gargarisme ou collutoire, peut être avantageux; mais son action est plus certaine et plus prompte quand on le donne à Tintérieur. 11 n'agit certes pas ici à titre d'altérant, mais éliminé en grande partie paf la salive, il exerce une action topique beaucoup plus intime et plus moléculaire en quelque sorte que lorsqu'on le porte directement sur les surfaces malades.

Le chlorate de potasse peut le plus souvent être donné d'emblée, mais quelquefois, surtout chez l'adulte, il existe des signes d'embarras gastrique qui doivent préalablement être combattus par un émétique ou par un éméto-cathartique (10 centigrammes d'émétique, 20 grammes de sulfate de soude).

Nature. — La stomatite ulcéreuse est une phlegmasie spécifique, très-longtemps confondue avec la diphthérite, mais méritant pourtant d'en être distinguée. Rien d'aiUenrs ne prouve jusqu'à présent qu'il se forme sur la muqueuse buccale des concrétions identiques avec celles que nous verrons bientôt se produire sur le pharynx ainsi que dans le larynx, et qui caractérisent l'angine diphthéritique et le croup. MM. Barrier, Rilliet, Barthez, Bergeron, n'en ont jamais observé d'exemple, et je puis ici joindre mon témoignage à celui de ces médecins distingués. La stomatite ulcéreuse n'offre d'ailleurs rien de commun avec la diphthérite : dans cette affection, en effet, la muqueuse qui recouvre la fausse membrane est peu altérée, tandis qu'elle est manifestement ulcérée dans l'autre ; la première a tme tendance plus grande à s'étendre et à gagner les voies aériennes, et elle s'accompagne souvent aussi de symptômes graves d'intoxication : or tous ces accidents font toujours défaut dans la stomatite ulcéreuse. Enfin citons comme dernière différence, que le chlorate de potasse agit presque comme un spécifique dans la stomatite ulcéreuse, tandis que son impuissance est aujourd'hui bien démontrée contre toutes les formes de l'affection diphthéritique.

La maladie que je viens d'étudier constitue-t-elle une affection essentiellement gangreneuse, et aurais-je dû, à l'exemple de M. Taupin, la décrire sous le nom de stctnatite gangreneuse? Je ne le pense pas. M. Taupin, en voulant simplifier l'étude des stomatites, me parait avoir confondu des choses très-différentes. Nul doute qu'il ne faille rapporter à la stomatite ulcéreuse les deux premières formes qu'il nomme œuenneuse et ulcéreuse, mais, même en admettant avec M. Bergeron que ce qu'on décrit généralement comme une concrétion ne soit qu'une eschare de la muqueuse, il n'en faut pas moins distinguer cette maladie incommode, douloureuse mais bénigne, essentiellement contagieuse, de la gangrène qui frappe les parois buccales, affection des plus graves et incapable de se transmettre par voie de contagion. (Voy. 1. 11, Gangrène de la bouche,)

De la stomatite meroarielle.

On désigne sous les noms de ptyalisme mercuriel, de saîivationj ou de stomatite mercHrielley l'inflammation de la muqueuse buccale qui se développe consécutivement à l'absorption du mercure.

Symptômes. Marche. Terminaisons. — Au début, les malades éprouvent dans la bouche une saveur métallique et une sensation insolite de chaleur et de sécheresse ; mais ce n'est là qu'un phénomène passager, car dès le début on constate une augmentation dans la sécrétion salivaire. Bientôt les gencives se tumé-

fient, deviennent douloureuses, se ramollissent et saignent au moindre contact Elles sont d'un rouge blafard dans la plus grande partie de leur étendue, excepté vers le collet des dents, où elles offrent un liséré rouge et violacé, et plus taid blanchâtre, puis elles se détachent des dents. Celles-ci, couvertes d'un enduit sale, limoneux, sont parfois écartées, elles deviennent vacillantes, et lorsque les malade rapprochent leurs mâchoires comme pour mâcher, ils éprouvent une sensation qui leur fait croire que leurs dents sont allongées. Cet allongement est peut-être réel, il s'expliquerait par l'ébranlement que les dents ont subi par suite de la propagation de la phlegmasie dans leurs alvéoles. Comme cela arrive dans toutes les stomatites, la bouche exhale, dès le début de la maladie, une très-grande fétidité ; mais l'odeur a ici quelque chose de tout spécial, je pourrais même dire presque de patbognomonique. Des gencives, la phlegmasie s'étend bientôt aux autres poinls tapissés par la muqueuse buccale, sur les lèvres, sur les joues et à la langue. Piu*tout la muqueuse est tuméfiée et comme infiltrée ; elle olfre çà et là un enduit crémeux blanchâtre, d'abord pointillé, puis étendu en nappe et qu'on détache aisément ; ailleurs ce sont des plaques diphthéritiques, grisâtres et plus où moins adhérentes : cette disposition est surtout remarquable sur la langue. La maladie continuant à s'accroître, on voit la tuméiSaction des parois buccales et des parties renfermées dans cette cavité augmenter ; le^ joues, au niveau des grosses molaires» les lèvres, surtout Tinférieure, et la langue, à sa pointe et à son bord, présentent des sillons verticaux, dus à l'empreinte que les dents ont faite sur des tissus mous. Le plus souvent il n'y a qu'une dépression recouverte fréquemment d'une pseudomembrane et hmitée par des crêtes d'un rouge vif, correspondant à l'interstice des dents; cependant, dans quelques cas, des ulcérations plus ou moins profondes existent à ce niveau. La langue, par suite de l'extension de la phlegmasie aux tissus subjacents à la muqueuse, devient plus volumineuse, et cette augmentation ^1 telle, parfois, que ne pouvant plus être contenu dans la bouche, l'organe sort de cette cavité et fait sailUe au delà des arcades dentaires, qui pressent douloureusement sur lui. La pointe de la langue ainsi exposée à l'air se dessèche et brunit, etc. ; la pression contre les dents étant alors devenue plus forte que tantôt, on voit les ulcérations s'agrandir et se multiplier, plusieurs prennent une couleur grisâtre, et parfois même des eschares, en général circonscrites, se forment en plusieurs points. Toute la face est alors tuméfiée ; le gonflement s'étend aqx glandes salivaires, ainsi qu'aux ganglions sous-maxillaires ; aussi la pression exercée sur ces parties est-elle très-douloureuse. Quelques malades se plaignent aussi de la gorge et souffrent des oreilles, par suite de l'extension de la phlegmasie au pharynx et aux trompes d'Ëustachi. L'extension aux parties molles qui entourent les articulations temporomaxillaires, est cause que quelques malades peuvent à peine desserrer les dents même pour boire. Si lorsque cette disposition se rencontre, les parties molles de la bouche et la langue surtout, sont très-tuméfiées, la respiration peut être très-gênée ; l'asphyxie pourrait même se produire si les narines obturées en partie par une cause quelconque ne permettaient pas à l'air d'arriver aux poumons en quantité suffisante. Pendant que les lésions des parties molles augmentent, on voit en même temps la sécrétion salivaire redoubler ; les malades ayant constamment la bouche plus ou moins entr'ouverte, il s'en écoule incessamment et involontairement un fluide clair, grisâtre, d'une odeur fade, parfois fétide, dont la quantité a pu s'élever à plusieurs litres dans les vingt-quatre heures. Lorsque la maladie présente une telle acuité, la fièvre s'allume, le sang tiré de la veine est couenneux, il y a une céphalalgie vive et un état de malaise considérable, car ces malheureux malades ne

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peuvent pins mâcher, ni avaler, ni entendre, ni parler, ni dormir, les douleurs qu'ik éprouvent et la sécrétion incessante de la salive qui s'écoule hors de la bouche «'opposant à tout sommeU. Si la stomatite, au lieu de s'amender, continue ses progrès, on peut voir les gencives tomher en putrilage ; la phlegmasie se propageant ^u périoste alyéolo>dentaire, les dents noircissent, deviennent de plus en plus vacillantes, puis tombent, les joues se gangrènent, et une portion considérable des os maxillaires peut se nécroser. L'état général est alors en rapport avec ces graves désordres, qui heureusement sont rares aujourd'hui, mais qui, communs autrefois, ont provoqué la mort de beaucoup de malades. Ceux qui ont survécu ont eu des convalescences longues, pénibles, en rapport avec l'épuisement qu'ils ont subi, et très-souvent on a vu succéder aux désordres dont j'ai parlé, des cicatrices vicieuses qui ont défiguré les malades, ont gêné ou empêché les fonctions de la bouche et des organes qui y sont contenus.

Lorsque les parties molles seules ont été atteintes, et lorsqu'il n'a existé que des ulcérations superficielles, on voit, après un temps variable, la surface se déterger et la cicatrisation se faire ; en môme temps le ptyalisme diminue, la muqueuse perd sa couleur violacée pour devenir rosée et plus ferme, les dents reprennent leur solidité, bientôt les malades peuvent manger sans douleur des substances molles, humides ; mais ce n'est que plus tard qu'il leur est possible de mâcher des corps solides, comme du pain^ sans provoquer de la douleur et le saignement des gencives.

Ihurée. — La maladie a une durée plus ou moins longue. Lorsqu'elle est trèsbénigne, elle peut se terminer en quatre ou six jours ; mais pour peu qu'elle soit grave, elle se prolonge pendant au moins deux septénaires et quelquefois au delà, n n'y a pourtant pas toujours un rapport exact entre la gravité de la maladie et sa durée : il n'est pas rare, en effet, de voir des stomatites mercurielles, de médiocre intensité, produire pendant plusieurs mois une salivation abondante qui épuise les malades. Ces ptyalismes mercuriels à marche chronique sont presque toujours entretenus par quelque altération de la muqueuse, qui est gonflée, saignante, ulcérée dans quelques points ; cependant, chez un petit nombre, les parties molles semblent être revenues à leur état physiologique ; elles sont alors plutôt pâles que rouges : on dirait qu'il n'existe dans ces cas qu'une simple habitude de sécrétion nk>rbide. Le plus souvent la guérison, une fois survenue, est définitive : cependant quelques personnes conservent encore pendant longtemps un état de susceptibilité de la muqueuse buccale, qui se gonfle et s'ulcère facilement ; chez d'autres, les dents se carient, ou bien elles tombent avant l'âge, spontanément et sans être gâtées.

Biacpiostlc. — Le diagnostic de la stomatite mercurielle n'est jamais difficile ; la puanteur toute particulière de la bouche serait à elle seule un caractère presque pathognomonique. On a prétendu qu'il était quelquefois difficile et même impossible de distinguer les ulcérations mercurielles de celles qui sont produites par le virus syphilitique. Cependant nous pensons que la distinction est facile : car les premières occupent la face interne des joues et correspondent conmiunémeht à la saillie des dents; les autres sont ordinairement situés sur le pharynx et sur les amygdales, ou bien à la face supérieure de la langue, quelquefois aux lèvres. Les ulcérations de cause vénérienne sont arrondies, leur fond est grisâtre, leurs bords sont taillés à pic, tandis que celles que le mercure produit sont assez superficielles, et couvertes de concrétions membraneuses irrégulières.

La stomatite mercurielle a quelque ressemblance avec la stomatite ulcéro-membraneuse, cependant elle s'en distingue aisément ; car, dans la stomatite diphthéri-

tique la production pelliculaire est plus épaisse, plus adhérente que dans la stomatite mercurielle, dont l'exsudation est blanchâtre et souvent pultacée. La première est circonscrite, tandis que la seconde envahit ordinairement toute la bouche et excite partout un gonflement considérable. Dans les deux affections, la cavité buccale exhale une odeur infecte ; mais, dans Ijei stomatite mercurielle, elle a quelque chose de spécial et qu'on reconnaît aisément ; enfin, pi^esque toujours il est possible d'arriver aux commémoratifs et de reconnaître que l'individu a employé une préparation mercurielle quelconque.

Pronostic. — Aujourd'hui la stomatite mercurielle compromet rarement la vie, excepté lorsqu'elle provoque dans la bouche des destructions considérables, ou bien encore lorsque la tuméfaction des parties molles, et surtout de la langue, est telle, qu'il peut en résulter une gône très-grande de la respiration, et même l'asphyxie si les narines sont obstruées ou sont naturellement trop étroites. Le pronostic n'est grave que dans ce cas ; dans tous les autres la maladie n'est qu'incommode, dégoûtante, souvent rebelle, mais nullement dangereuse.

Elle peut môme être un signe favorable. Lorsqu'en effet, on donne du mercure à titre d'altérant dans certaines phlegmasies graves et qu'il amène la saUvation, cette circonstance seule porte à espérer que la maladie aura une heureuse issue. Chomel m'a dit bien souvent n'avoir jamais vu succomber les femmes atteintes de péritonite puerpérale chez lesquelles il avait été assez heureux pour provoquer une stomatite mercurielle.

Étiologie. — Toutes les préparations de mercure peuvent déterminer la stomatite, mais cet accident est plus facilement produit par les composés insolubles. De tous ces médicaments, c'est peut-être le calomel qui la provoque le plus sûrement lorsqu'on le donne à doses très-fraction nées. Après lui viennent l'onguent mercuriel en frictions, la pommade citrine (nitrate de mercure), les préparations de mercure métalh'que usitées jadis à l'intérieur, et le protoiodure dont on abuse tant de nos jours. Citons aussi les vapeurs mercurielles auxquelles sont exposés les ouvriers de certaines industries, mais qui cependant provoquent plutôt le t^embl^ ment, la cachexie, qu'une stomatite.

La facilité avec laquelle la stomatite est produite varie beaucoup chez les divers individus ; il en est, en effet, qui résistent aux mercuriaux sous quelque fonne et à quelque dose qu'on les administre, tandis que d'autres ont une susceptibilité telle, qu'une petite friction avec l'onguent gris, ou une cautérisation avec le nitrate acide de mercure, ou l'administration de 1 5 à 20 centigrammes de calomel, déterminent une abondante salivation, l^ne température froide, l'habitation dans des lieux humides, une constitution molle, le peu d'activité des principales sécrétions et surtout de la transpiration cutanée, sont les circonstances qui favorisent le plus souvent le développement de la stomatite mercurielle.

Traitement. — Dès les premiers indices de salivation, tous suspendent l'emploi des mercuriaux. Mais le traitement employé pour conjurer les symptôm.es a beaucoup varié. Les uns, dans l'espoir de faire avorter la maladie, ont conseillé les astringents et les cautérisations superficielles. On a employé, dans ce but, le^ collutoires d'alun, de sous-acétate de plomb, qui n'ont réussi que lorsque la maladie était bénigne. Les cautérisations superficielles avec l'azotate d'argent, et surtout avec l'acide chlorhydrique, ont au contraire une efficacité réelle à titre d'agents abortifs, pourvu toutefois qu'on les emploie dès le début de Vaflection. Pour obtenir ce résultat, on touche les gencives et la portion de la muqueuse qui commence à se boursoufler, avec un pinceau de charpie trempé dans de l'acide cbIo^

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