DE LA STOMATITE MERCURIELLE
hydrique pur, en ayant soin d'essuyer les dents lorsque l'acide les a touchées. Cette cautérisation superficielle, qui sera répétée deux ou trois fois, change le mode d'inflammation de la muqueuse et épargne presque toujours au malade les désagréments et souvent les dangers de la stomatite. Cette pratique a été surtout conseillée par M. Ricord et par M. Baumes. Je la crois généralement bonne, et ne partage nullement les préventions qu'avait contre elle un savant pathologiste, mon regrettable ami le professeur Requin.
La plupart ont donné la préférence au traitement antiphlogistique : c'est à lui d'ailleurs, que tous arrivent lorsque les moyens abortife ont échoué. Si la réaction est vive et les symptômes inflammatoires considérables, on pratique une ou deux saignées générales ; mais le plus souvent il suffît de faire une ou plusieurs applications de sangsues sous la mâchoire inférieure. Ces parties seront couvertes de cataplasmes émollients ; on prescrira des gargarismes mucilagineux, dés bains tièdes, des pédiluves irritants, et l'on fera, en outre, sur le tube digestif, une révulsion énergique à l'aide de purgatifs; enfin, on donnera l'opium pour calmer les souflVances, pour procurer du sommeil, mais non dans l'espoir d'agir directement, comme on l'a cru, sur la maladie elle-même. Aussitôt que les symptômes inflammatoires se seront modérés, on rendra les collutoires astringents par l'addition du miel rosat et du sous-acétate de plomb, qu'on a élevé successivement à la dose de 8, 12, 20, 30 grammes et plus, pour 120 de véhicule. Mais on doit préférer l'alun, à la dose de 50 à 80 grammes par litre de liquide ; ou bien trois ou quatre fois par Jour, on porte directement ce sel avec le doigt sur les gencives : c'est la pratique que suit M. Velpeau. Avec les astringents on continue les moyens révulsifs, et l'on excite les principales. sécrétions, notamment la transpiration, par l'emploi des bains de vapeur ou des bains sulfureux. La persistance des ulcérations exige souvent qu'on cautérise celles-ci avec le nitrate d'argent ou avec l'acide chlorhydrique ; mais comme elles persistent souvent par suite de la pression des dents, on devra, d'après le conseil de M. Ricord, couvrir celles-ci de pûtes molles préparées avec la guimauve et l'opium, ou chargées de chlorure de soude. Cette précaution suffit souvent à elle seule pour guérir des ulcérations qui avaient résisté à tous les autres moyens. Il est inutile de dire que, lorsque la maladie est très-^igué, il faut soumettre les malades à une diète rigoureuse ; plus tard, lorsque l'inflammation se modère, on donne du lait, du bouillon, des potages, des bouillies, des gelées, ou tout aliment qui ne nécessite pas d'efforts de mastication.
Pendant longtemps les médecins employèrent contre la stomatite des substances dans le but de neutraliser le mercure : tels étaient les acides sulfurique, azotique, les chlorures, l'îode, l'or, et surtout le soufre et les sulfures. Mais l'expérience a suffisamment démontré, aujourd'hui, l'impuissance de pareilles médications.
Dans ces dernières années, sur l'initiative de M. Herpin, on a combattu la stomatite mercurielle par le chlorate de potasse, administré à la dose et de la manière que J'ai indiquée précédemment (p. 262). Cette substance donnée dès le début arrête souvent la stomatite dans sa marche ; administrée pendant que la maladie est à son état, elle la modifie parfois d'une manière si prompte, qu'en quelques jours on rend à la muqueuse sa couleur et sa fermeté. Cependant hatons-nous de dire que si le chlorate de potasse agit souvent utilement, il échoue néanmoins quelquefois et n'a pas, à beaucoup près, contre la stomatite mercurielle l'efficacité que nous lui avons reconnue contre la stomatite ulcéro- membraneuse. Ce médicament peut être donné à toutes les périodes de la maladie et quelle que soit Faculté des symptômes locaux. 11 ne contre-indique point d'ailleurs l'emploi des autre
moyens. Si j'ai parlé du chlorate de potasse à propos du traitement chimique, ce n*est pas que j'admette que ce médicament agit à titre de neutralisant Le mécanisme de son action nous échappe, il n'y a probablement ici, comme nous l'avons dit ailleurs (p. 263), qu'une impression topique intime, presque moléculaire, surit membrane muqueuse. M. Demarquay a, dans ces derniers temps, employé également avec avantage contre la stomatite mercurielle l'iodate de potasse à la même dose que le chlorate.
Prophylaxie. — Nous n'ajoutons aucune confiance aux moyens vantés jadis pour prévenir la salivation, tels que l'iode, le camphre, le soufre, et ses diverses préparations, ou l'hydrate de chaux qu'on associait au mercure. Les seuls moyens prophylactiques efficaces de la stomatite mercurielle appartiennent à l'hygiène. Pour prévenir l'action du mercure sur la bouche, on entretiendra la liberté du ventre ; les malades seront garantis du froid humide ; ils seront vt^tus de flanelle et l'on excitera les fonctions de la peau. C'est probablement en agissant de la sorte, en favorisant l'élimination du mercure, et non, comme on Ta cru, par une action chimique, que les bains sulfureux, pris surtout aux sources, préviennent presque toujours la salivation lorsqu'on les administre dans le cours d'un traitement me^ curiel.
Natnre. — Beaucoup de* médecins^ môme encore de nos jours, regardent la stomatite mercurielle conmie une maladie des glandes saUvaires, spécialement des parotides; mais il suffit d'avoir lu avec quelque attention la description précédente pour être convaincu que ce qu'on nomme vulgairement la salivation mercurielle n'est autre qu'une variété dé la stomatite. L'inflammation des glandes salivairesne constitue jamais le phénomène prédominant ; elle est toujours consécutive. La supersécrétion de la salive qu'on observe dépend d'ailleurs bien moins d'une action directe que le mercure exercerait sur les glandes salivaires, que de l'inflammation de la muqueuse buccale, qui agit sympathiquement sur elle, en vertu de cette loi qui veut que la plupart des sécrétions soient activées lorsqu'une phlegmasie existe à l'extrémité d'un conduit excréteur. Ajoutons enfin que le fluide qui s'échappe de la bouche est en grande partie fourni par les follicules de la muqueuse ; et comme on y a découvert une petite quantité de mercure, il est à supposer que le métal agit directement sur la muqueuse peut l'enflanmier.
DE LA GLOSSITE.
La glossitey ou inflanmiation de la langue, peut n'occuper que la membrane muqueuse ; d'autres fois elle envahit primitivement ou consécutivement le tissu même de l'organe ; de là la distinction de la glossite en superficielle et en |ïrt>fande.
Symptômes. Marche. Terminaisons. — La glossite superficielle peut être caractérisée par les diverses altérations qu'on rencontre dans les variétés de stomatite que nous venons d'étudier. C'est ainsi que nous avons vu le muguet commencer presque toujours par la langue. On voit également cet organe être fréquemment le siège d'aphthes, de productions membraneuses et d'ulcérations diverses. Il est une autre forme de glossite superficielle dan^ laquelle il existe à peine une trèslégère tuméfaction de l'organe ; sa surface rouge, sèche, entièrement dépouillée d'épithélium, montre à nu les papilles saillantes ; cela explique la douleur cuisante que le contact des substances les plus douces excite. Le goût est en même temps perverti, altéré ; la parole est difficile, les ganglions du cou sont un peu tuméfiés
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et douloureux. Souvent aussi il existe quelques troubles du côté des organes digestife, comme de la soif et de Tinappétence.
Dans certains cas, Tinflammation semble se circonscrire à Tappareil folliculaire, surtout aux follicules qui occupent la base de Torgane ; c'est cette forme de glossite que Requin désignait sous le nom depapiUaire. Les papilles, rouges, dures et saillantes, déterminent alors un sentiment de chaleur, de picotements, qui augmente et devient insupportable pour peu que les aliments soient sapides. Comme Requin, je n'ai encore rencontré cette forme de glossite que chez les femmes nerveuses, hystériques ; elle est ordinairement très-opiniâtre.
Dans la glossite profonde ou parenchymateuse, les symptômes sont bien autrement graves : en quelques heures, on voit la langue acquérir un volume tellement considérable, qu'après avoir rempli toute la bouche, elle sort en partie au dehors, tandis que sa base fait saillie vers le pharynx et repousse l'épiglotte, ce qui produit fréquemment des accidents d'asphyxie. On conçoit aussi que, dans ces cas, la déglutition et l'articulation des sons doivent être impossibles. Enfin, la circulation cérébrale éprouve eUe-môme une gêne extrême, par suite de la compression des vaisseaux du cou : c'est ce qui explique les symptômes apoplectiques que quelques malades présentent ; la face est alors bouffie et bleufttre ; la partie de la langue qui sort de la bouche est tendue^ rouge ou violacée. Les symptômes généraux sont en raison directe de l'intensité de la phlegmasie et du trouble des fonctions respiratoires.
La glossite peut être générale ou bien être limitée à une moitié de la langue ; dans ce dernier cas, l'organe est pour ainsi dire contourné : de sorte que c'est le bord gonflé et non la pointe qui sort entre les arcades dentaires.
La glossite parenchymateuse peut se terminer par résolution ou bien être suivie d'induration, de suppuration et de gangrène. L'induration persiste souvent trèslongtemps, c'est-à-dire des mois et môme plusieurs années avant de se résoudre ; c'est ce qu'on voit, par exemple, dans un fait rapporté par M. Graves. S'il y a suppuration, l'abcès siège le plus ordinairement à la base de l'organe. Cette circonstance foit qu'il est parfois difQcile de reconnaître la présence du pus, les malades ouvrant la bouche à peine et l'intumescence de l'organe mettant également obstacle à une exploration régulière.
Quelques individus atteints de glossite meurent asphyxiés. L^asphyxie survient ordinairement à une époque encore peu avancée de la maladie, c'est-à-dire au bout de trente-six à quarante-huit heures.
Dias&ostic. — D'après ce que je viens de dire, il est évident que le diagnostic de la glossite est toujours facile ; je parle de la forme aiguë, il n'en est pas de môme de la forme chronique. 11 est souvent difficile, en eflTet, de distinguer une glossite chronique d'uu squirrhe commençant. Celui-ci, étant malheureusement aussi commun que la glossite chronique est rare, sera toujours soupçonné, à moins que l'induration n'ait succédé à un état franchement aigu. Les indurations de la langue qui ne sont pas cancéreuses sont bien moins la suite d'une phlegmasie légitime que le résultat d'une infection vénérienne. Les antécédents des malades, les symptômes concomitants éclaireront le médecin qui, dans le doute, trouvera d'ailleurs dans le traitement spécifique le moyen le plus sûr d'éclairer le diagnostic.
Pronostic. — On comprend aisément combien le pronostic doit être grave lorsque Tinflammation occupe les tissus cellulaire et charnu de l'organe. La gan» grènene laisse guère d'espoir de salut, cependant il existe dans la science plusieurs cas oûy nonobstant une si fâcheuse terminaison, la guérison a pu avoir lieu. La
glossite parenchymateuse est la seule dont le pronostic comporte quelque gravité.
Étiologie. — La glossite superficielle se développe ordinairement sous Tinfluence des mômes causes que les diverses espèces de stomatite étudiées précédemment. Rarement spontanée, la glossite succède presque toujours à quelqoe cause directe ; les plaies de l'organe, les morsures que se font si souvent les épileptiques au début de leurs attaques, le mercure absorbé, le contact des corps brûlants, des substances acres et caustiques^ sont les causes les plus ordinaires d» glossites que nous observons,
La glossite s'est parfois déclarée spontanément dans le cours de certaines malir dies graves, mais cette complication, qui ajoute beaucoup au péril, est des plas rares dans le climat que nous habitons.
Traitement. — La glossite profonde exige un traitement extrêmement énergique. On devra pratiquer une ou plusieurs saignées larges ; on mettra un grand nombre de sangsues sous la mâchoire inférieure ; on insistera sur les révulsifs cutanés et sur les purgatifs drastiques. Enfin, si l^s accidents sont tellement intenses que le malade soit menacé de sufibquer par suite du volume excessif de la langue, il faut pratiquer une scarification profonde dans toute la longueur de l'organe, et intéressant le quart et môme le tiers de son épaisseur ; cette opération amène souvent un dégorgement rapide. Si, nonobstant cela, l'asphyxie était inmiinente, on n'aurait d'autre espoir que dans la laryngo -trachéotomie. Inutile de dire que si un abcès s'était formé, on devrait l'ouvrir avec le bistouri ou bien en provoquant le vomissement à l'aide de 1 émétique.
La glossite superficielle exige l'emploi de collutoires mucilagineux qu'on rend légèrement résolutifs et astringents avec l'alun, l'acétate de plomb, le borax, aussitôt que l'inflammation commence à s'éteindre. Contre la glossite qui accompajgne la stomatite ulcéro-membraneuse ou la stomatite mercurielle, on en^ploiera la série des moyens dont j'ai parlé en traitant de ces affections, et particulièrement le chlorate de potasse.