DES ANGINES
Le mot angine (de d(^x<^} j'étrangle) servait à désigner, dans le langage des anciens médecins, toutes les difficultés d'avaler ou de respirer produites par une cause placée au-dessus du poumon ou de l'estomac. Aujourd'hui cette expression n est guère usitée que pour dénoouner les phlegmasies des membranes muqueuses comprises entre l'arrière-bouche, le cardia et l'origine des bronches.
Les angines ont reçu des noms particuliers, suivant leur siège spécial et leur mode de terminaison, leur nature et l'espèce d'altération qui les constitue. Les principales sont les angines gutturale, tonsUlaire, pharyngée, cesophagienne, laryngée^ trachéale, œdémateuse et pseudo -membraneuse. La plupart peuvent exister à l'état aigu ou à l'état chronique; mais il en est qui ont une marche toujours aiguë, telle est surtout l'angine diphthéritique. Nous ne devons nous occuper ici que des angines qui occupent le pharynx et l'œsophage, renvoyant l'étude des autres à l'époque où nous traiterons des phlegmasies de l'arbre aérien.
Dans la description des angines pharyngées je multiplierai moins les espèces qu'on ne l'a fait. Je ne consacrerai point, par exemple, d'article spécial à cette angine pultacée que nous avons vue dans la scarlatine et dont je dirai encore un mot à propos du diagnostic de l'angine couenneuse. Quant aux angines dites syphilitiques, elles seront plus convenablement étudiées avec les autres accidents de la
DE L'angine gutturale aiguë. 271
vérole (voyez t. II). Enfin, Je ne décrirai pas une angine gangreneuse, car la'gangrène est un accident d'ailleurs fort rare de la phlegmasie et dont il sera question à propos de chaque espèce d'angine dans laquelle on peut la rencontrer. Pour les gangrènes qui sont manifestement l'expression d'une cause générale, nous en dirons un mot en particulier dans le tome II (voyez Gangrène du pharynx).
De l'angine guUnrale et de l'angine pharyngée aiguës.
Dans l'angine gutturale, l'inflammation occupe la muqueuse qui tapisse l'isthme du gosier, c'est-à-dire le voile du palais, ses piliers, la luette et les amygdales. On dit que l'angine est pharyngée lorsque l'inflammation siège sur la muqueuse du pharynx lui-même.
Ces phlegmasies qui existent souvent isolément peuvent être réunies chez le même sujet.
Symptômes de Tangine gutturale. — Survenant ordinairement sans prodroDoes, les malades éprouvent dès le début un peu de douleur et un sentiment de sécheresse dans la gorge ; la déglutition est difficile, et la voix offre souvent un timbre nasonné ; beaucoup éprouvent incessanmient le besoin d'avaler, ce qui s'explique par le gonflement et par l'allongement de la luette qui agit un peu comme le ferait un corps étranger arrêté dans l'isthme du gosier. Si, plaçant le malade en face d'une croisée ou d'une lumière, on lui fait ouvrir la bouche pour voir les parties affectées, on trouve celles-ci souvent très-peu tuméfiées ; la muqueuse est seulement rouge, luisante et sèche ; plus tard elle est tapissée par un mucus filant, qui se condense et forme une couche grisâtre, surtout sur les amygdales. Parfois, les parties sont moins rouges, mais elles sont comme boursouflées et manifestement œdémateuses ; c'est ce qui a lieu surtout pour la luette, qui peut acquérir le volume de l'indicateur. Elle est alors molle au doigt et peut être touchée, titillée, sans exciter comme d'habitude ni vomissement ni même de nausées. Enfin, chez quelques malades examinés très-près du début, on observe parfois sur les amygdales, sur le voile du palais et sur ses piliers, des groupes de vésicules, qui, crevant prématurémenty laissent à leur place uneconcrétion blanchâtre très-adhérente^ circonscrite par une muqueuse très-rouge, parfois boursouflée, concrétion toujours fixe, non extenûble, se renouvelant rarement une fois tombée, n'ayant aucune analogie avec celle dont nous parlerons plus tard et qui caractérise l'angine diphthéritique ; dans ces cas enfin il n'existe point d'engorgement des ganglions sous-maxillaires.
Quelle que soit la forme anatomique de l'angine gutturale, la plupart des malades ont une haleine désagréable, souvent fétide ; l'appétit est diminué ou perdu, la soif est variable ; il existe indifféremment un peu de diarrhée ou de la constipation, et parfois oa voit s'allumer un appareil fébrile peu intense et d'une durée assez éphémère.
Les accidents que je viens d'énumérer, après s'être accrus pendant un, deux ou trois jours, diminuent ensuite d'intensité, et la maladie se termine par résolution. On dte pourtant quelques cas assez rares où de la suppuration s'est formée dans la luette ou dans le voile du palais ; on le reconnaît au volume de ces parties et à leur coloration bleuâtre ou blanchâtre ; d'ailleurs, en portant sur elles l'extrémité du doigt, on sent de la fluctuation : cette pression suflit souvent pour provoquer la rupture du petit abcès ; d'autres fois, celle-ci s'opère à la suite d'efforts de vomissement et de toux.
Symptômes de Tangine pharyngée. — Les symptômes sont différents, sui-
vant que la phlegmasie affecte cette portion supérieure du pharynx qu'onîoil lorsqu'on ouvre la bouche, ou bien cette partie inférieure de Torgane, qui est ' inaccessible à la vue. Dans le premier cas, il existe un sentiment d'ardeur, de cuiison et de sécheresse dans la gorge ; la muqueuse est rouge, sèche, luisante on tapissée par un mucus grisâtre et très-adhérent ; la déglutition est moins pénible que dans l'angine gutturale ; on n'observe pas non plus, comme dans celle-ci, ni le nasotinement, ni le besoin d'avaler. Mais les malades sont tourmentés par une toux guUwraky qui finit par provoquer, après quelques efforts, l'expulsion du mucus tenace qui tapisse la paroi postérieure du pharynx.
Lorsque l'inflammation occupe la partie inférieure du pharynx, les malades n^ portent la difficulté et la douleur qu'ils éprouvent en avalant au niveau de l'ouverture supérieure du larynx. 11 semble à quelques-uns que le bol alimentaire subit dans ce point un temps d'arrôt. Les mouvements imprimés au larynx, ainsi que la pression exercée sur les parties latérales du cou, augmentent souvent les souffrances. L'inspection de la gorge, même lorsqu'on déprime fortement la langue, ne peat laisser apercevoir les parties affectées. Cependant dans quelques cas rares où l'inflammation se propage à l'épiglotte, on parvient, en déprimant beaucoup la base de la langue, à apercevoir cet organe, qui est d'un rouge intense, et qui ressemble, par sa couleur et par son volume, à une cerise offrant à son centre une dépression longitudinale. (Voyez plus bas l'article Laryngite.)
La phlegmasie, au lieu d'être uniquement membraneuse, peut occuper le tissn cellulaire subjacent. Le phlegmon rétro-pharyngien est tantôt primitif, tantôt consécutif à l'inflammation de la membrane muqueuse. Il se termine le plus souvent peut-être par suppuration. L'abcès qui se forme alors, s'il siège sur la paroi postérieure du pharynx, sera facilement aperçu et touché lorsqu'on fera ouvrir la bouche au malade ; il ne produira guère d'autres troubles qu'une douleur peu vive et une certaine gène dans la déglutition. Mais si le pus fuse vers la partie supérieure du larynx, de manière à comprimer la glotte, on verra naitre des acddento graves. Quelques malades meurent suffoqués comme s'ils étaient atteints du croup ou d'une angine œdémateuse. L'abcès rétro-pharyngien expose à moins de danger lorsqu'au lieu d'occuper la partie médiane, il s'est développé dans une des parois latérales du pharynx.
L'angine pharyngée simple excite rarement de la fièvre ; elle se termine toujonn par résolution, après une durée qui varie de un à sept ou huit jours. Cette maladie récidive fréquemment.
La pharyngite phlegmoneuse, étant presque toujours très-circonscrite, ne provoque pas, en général, une réaction fébrile bien considérable, les symptômes locaux restent môme assez obscurs, jusqu'à ce que l'abcès se soit formé, et alors on voit des accidents plus ou moins sérieux, suivant le siège du foyer. A la partie supérieure ou moyenne du pharynx, l'abcès provoque surtout de la dysphagie ; mais, placé inférieurement au voisinage du larynx, nous avons vu qu'il pouvait entraîner la mort par suffocation.
Dia^ostio. — La nature des troubles fonctionnels, et surtout rin^[>ection des parties, permettront toujours de reconnaître les angines gutturale et pharyngée. Chez les enfants naissants, il faut éviter pourtant de prendre pour une inflammalîoii la rougeur naturelle de la gorge, qui existe souvent chez eux pendant les dix oa douze premiers jours de la vie. On distingue celle-ci de celle qui est inflammatoire, parce qu'elle n'excite jamais de fièvre, et qu'elle ne s'accompagne d'aucune gène appréciable dans la déglutition.