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DE LA GASTRITE AIGUË

macération prolongée, ne sauraient, dans aucun cas, caractériser à elles seules un travail inflammatoire, puisqu'il est prouvé que diverses causes, comme un obstacle mécanique à la circulation, le travail de la digestion, l'abstinence, et môme le simple contact de lair atmosphérique, ainsi que les lois de la pesanteur, peuvent produire le même effet. Il hui en conclure que, pour déterminer sûrement, sur le cada^Te, l'existence d'une gastrite, il faut nécessairement que la membrane muqueuse ait subi certaines modifications dans sa nutrition. C'est ainsi que, dans la gastrite, on trouve la muqueuse épaissie, ou bien amincie, toujours plus friable, et souvent tout à fait ramollie. Ce ramollissement varie depuis la simple diminution de consistance jusqu'à cet état où la muqueuse s'enlève sous forme de bouillie rougeâtre. Les ramollissements rouges sont les seuls qu'on puisse raisonnablement rapporter à l'inflammation ; peut-être aussi doit-on rattacher à la môme origine* ces ramollissements inooloreSj mais entourés de toutes parts d'une injection vive* Quant aux ramollissements pulpeux, gélatiniformes et absolument incolores, qui surviennent dans une foule de circonstances, nous croyons qu'ils ne sauraient caractériser une gastrite; nous les décrirons plus tard comme constituant une affection distincte. Enfin, tout porle à croire que les ramollissements de la muqueuse gastro-intestinale, qui, d'après les belles recherches de M. Louis, surviennent si fréquemment à la suite de tous les états fébriles un peu prolongés, ne reconnaissent point pour cause inunédiate un travail inflammatoire (i).

Les ulcérations sont une terminaison fort rare de la gastrite aiguë ; lorsqu'il en existe, elles sont généralement petites et peu nombreuses. Elles affectent communément la muqueuse eller-méme, mais quelquefois elles n'intéressent que l'appareil folliculaire. C'est ce que Billard a eu occasion d'observer assez souvent chez les très-jeunes enfants. Pour terminer, nous dirons que, dans la gastrite, la sécrétion de la membrane muqueuse est modifiée ; c'esi ainsi qu'on trouve communément les parties phlogosées tapissées par un mucus consistant, albumineux et souvent rouge&tre. D'autres fois il existe des concrétions crémeuses, comme dans le muguet, ou des pseudo-membranes, comme dans la diphthérite ; mais il est rare que cellesci soient l'effet de la propagation d'une phlegmasie de la gorge. Presque toujours ces fausses membranes sont consécutives aux gastrites qui succèdent à l'empoison* nement par les acides. concentrés. Dans l'inflammation de l'estomac, le tissu cellulaire subjacent à la muqueuse est quelquefois infiltré de sérosité et de pus ; celui-ci est môme parfois réuni en foyer ; mais dans ce cas, qui d'ailleurs est excessivement rare, l'abcès offre toujours un très-petit volume : on dit alors que la gastrite est phlegmoneuse.

Telles sont les altérations propres à la gastrite aiguë spontanée. Il existe bien

(l) Afin de bien apprécier les lésions c&davéri<)aâi, il importe de savoir qae la muqueuse de l'eMomac n'offre pas partout ni ia même consistance, ni la môme épaisseur. On Jugera de Ja consistance de la membrane par la longueur des lambeaux qu'elle fournira. Ainsi, lorsqu'après Tavoir incisée avec le scalpel, on la saisit avec les doigts ou avec les mors d'une pince ^ manière à la détacher, on obtiendra des lambeaux de 3 à 6 centimètres de longueur sur la petHe eoorbure. d'un centimètre et demi à 3 centimètres sur la grande courbure; ils seront d'oo demi-centimètre k la région pylorique, et de 2 à 9 millimètres à la région splénique. M. Louis, qui a fixé les mesures précédentes, a égalemt;nt apprécié d'une manière rifoureuae l'épaisseur de la muqueuse dans les divers points de l'estomac. On a trouvé que le long de la grande courbure, la muqueuse a une épaisseur de trois quarts de millimètre à un millimètre; d'un tiers à trois quarts de millimèire le long de la petite; d'un quart à trois cinquièmes seulement dans le grand cul-de sac. Lo maximum ^épaisseur de la muqueuse ^t dans la région pylorique. Nous estimons are dans ce point elle est de un millimètre à un miUimètre et demi.

encore quelques autres lésions d'une nature inflammatoire; mais comme on ne les observe qu'après l'action de certains poisons, nous en renvoyons l'examen à ^a^ ticle des Empoisonnements irritants.

Symptômes. Marche. — La gastrite peut débuter brusquement ou bien être précédée des prodromes ordinaires aux maladies aigués. Lorsque l'affection est bien caractérisée, les malades accusent une douleur parfois obtuse, mais plus ordinairement vive, lancinante, siégeant au creux épigastrique, augmentant par la pression, par les mouvements du tronc et par l'ingestion des liquides. Il y a une inappétence complète; les malades sont tourmentés par une soif vive; la langue est couverte d'un enduit blanc ou jaunâtre ; elle est parfois collante, sècbe et rouge, dit-on, à la pointe et à ses bords. Il y a des nausées et des vomissements difficiles^ douloureux ; ceux-ci sont spontanés, mais l'ingestion de la boisson la plus douce suffit aussi pour les provoquer. Ils sont composés de matières aqueuses, bilieuses, jaunâtres. En môme temps la chaleur du corps s'élève, le pouls est accéléré ; il y a de la céphalalgie, de l'insomnie, de la dyspnée, une respiration saccadée, accompagnée d'une petite toux sèche et d'une grande anxiété : ces derniers symptômes n'existent guère toutefois que dans les cas où la gastrite s'accompagne d'une douleur très-vive.

La description précédente se rapporte à la gastrite grave, mais qui n'est pas la s'iite d'un empoisonnement par des substances irritantes. Dans le plus grand nombre des cas, la maladie n'a pas cette intensité. Le pins souvent, la douleur est seulement obtuse, la soif est peu vive ; l'appétit n'est pas complètement perdu ; les malades peuvent prendre encore quelques aliments, qui toutefois sont rarement digérés. Presque toujours, en effet, ces substances réveillent des douleurs plus ou moins vives, et finissent par être rejetées par le vomissement, après avoir provoqué des rapports nidoreux : c'est la gastrite subaigué légère ou éiythémateuseàesniy' teurs.

Gomme on vient de le voir, dans la gastrite qui ne dépend pas dune cause toxique, les symptômes peuvent avoir une certaine intensité ; mais on n'observe pas ces accidents formidables d'adynamie et d'ataxie, de délire et de coma, qui, d'après les partisans de la doctrine physiologique, accompagneraient fréquemment la gastrite intense ou suraigué, spécialement celle qu'on a nommée pUlegmoneuse» Cette dernière forme de la maladie est tellement rare, qu'on en rencontre à peine quelques cas dans le cours de la pratique la plus longue et la plus occupée. M. le docteur Raynaud me paraît avoir établi en outre que l'infiltration purulente des parois de l'estomac est moins une forme de la gastrite qu'un état anatomique pouvant se produire dans plusieurs maladies générales caractérisées par une disposition à la production du pus (i).

Terminaisons. — Presque toujours la gastrite a une heureuse issue. La résolution est sa terminaison la plus ordinaire. Lorsque celle-ci a lieu, les symptôme» déclinent et s'amendent peu à peu : cependant, même après leur cessation complète, l'estomac conserve souvent pendant encore longtemps une grande susceptibilité ; les digestions sont douloureuses et difficiles. Quelquefois, enfin, ce n'est qu'après plusieurs recrudescences de l'étal aigu que l'estomac reprend définitiTement ses fonctions. Souvent aussi, le malaise se prolongeant indéfiniment, k gastrite passe à l'état chronique. La maladie ne se termine par la mort qu'autani

(I) Bulletin de la Société analomique^ année 18C1, et Gazette hebdomadaire, 1861, n^ U et 33.

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