‹ Traité de pathologie interneChapitre 78 sur 152 · DE LA BRONCHITE AIGUË · texte numérisé non relu

DE LA BRONCHITE AIGUË

pagne de phénomènes généraux et sympathiques. Les malades accusent de la céphalalgie sus-orbitaire et du malaise ; ils ont des horripilations ; la peau est chaude, moite, le pouls accéléré, la langue blanche, la soif vive, l'appétit nul. Souvent la plupart de ces symptômes s'exaspèrent le soir, et constituent un véritable paroxysme.

Cependant, après avoir persisté ainsi â l'état aigu, les symptômes généraux et sympathiques diminuent d'intensité, les quintes sont moins pénibles, moins fréquentes ; la sécrétion bronchique augmente, elle est blanche, opaque, verdûtre ; le .vulgaire dit alors que le rhume miurU. C'est la période dite de coction des anciens auteurs.

La bronchite se termine presque toujours par résolution ; d'autres fois elle passe àrétat chronique. Elle n'a jamais une issue funeste, excepté chez les sujets trèsalfoiblis par l'Age ou par quelque maladie grave. Lorsque la mort survient dans le cours d'une bronchite, elle résulte toigours de ce que la phlegmasie s'est propagée aux petites ramifications (bronchite oapillaire)y ou au parenchyme pulmonaire (pneunumie)y ou bien encore de ce que les mucosités ayant été sécrétées en grande abondance, et les forces nei suffisant plus pour les expulser, s'accumulent .dans l'arbre aérien, gênent l'entrée de l'air, et déterminent l'asphyxie. La durée varie entre quelques jours et plusieurs semaines ; elle est en général d'autant plus longue que la saison est plus froide et plus humide, que les individus sont plus faibles, plus délicats, et que la maladie a déjà récidivé un plus grand nombre de fois.

Variétés. — La bronchite aiguô peut présenter quelques modifications dans ses symptômes généraux et locaux. Affecte-t-elle des sujets pléthoriques, vigoureux, on observera le cortège ordinaire de la fièvre angioténique : les auteurs disent alors que le catarrhe est inflammatoire. D'autres fois il existe concurremment des symptômes bilieux : c'est ainsi qu'un grand nombre des afl'ections que Stoll a observées dans le siècle dernier, et qu'il a décrites comme des pneumonies bilieuses, n'étaient, pour la plupart, que des bronchites intenses, compliquées d'un état bilieux qui, à cette époque, était le caractère prédominant de la constitution médicale de l'Europe. C'est encore à la bronchite qu'il faut rapporter les nombreuses relations qu'on trouve sur diverses fièvres catarrhales bilieuses qui ont souvent régné épidémiquement à la môme époque. Il y a encore une bronchite qu'on peut appeler laientey car elle ne se révèle le plus ordinairement que par une toux sèche qu'on regarde souvent comme étant nerveuse et comme un résultat sympathique de la soufi'rance d'un autre organe : l'auscultation ne fait entendre alors aucun bruit morbide, ni aucune altération du murmure vésiculaire. Tout porte à penser que, dans ces cas, la phlegmasie est légère et bornée aux premières divisions des conduits aériens. Mais les variétés les plus importantes de la bronchite sont ceUes dans lesquelles la phlegmasie envahit les petites ramifications, et les obstrue par des mucosités ou par des fausses membranes : ce sont les broncfiites capillaire et pseUicUHnembraneusey dont nous avons déjà fait connaître les caractères anatomiques.

i« Bronchite capillaire. — La bronchite capillaire, ou catarrhe suffocant, parait succéder presque toujours à une bronchite ordinaire de médiocre intensité ; ce n'est que dans des cas fort rares que l'inflanmiation envahit primitivement les petites bronches, et s'annonce aussitôt par des symptômes plus ou moins graves. Quel que soit son début, dès que la bronchite capillaire existe, on observe une oppression extrême) survenant parfois presque tout à coup. L'inspiration, accompagnée sou-

vent de sifflement, se fait péniblement et par la contpaction conrulsive et simoltanée de tous les muscles qtrî peuvent y 'ton<?ôÛPip { les lin6BVctac*rit9 iresplrttoira sont accélérés, surtout chet les enfants, chez lèsquelè' ttii a (jùclquelMif; compté ju8qu*à quatre-vingts ou cent respirations par miViute. r.a toux eSrt fréquente, quinteuse, pénible par les douleur^ déchirantes qu'elle cîtoftè^ de^îére lé sfemnm. Enfin, après des secousses nombreuses, les malades rejettent quelques mtreosités filantes, mousseuses, et des crachats blancs, visqueux, aèWs ou paifoi» striés de sang ; ailleurs ce sont des mucosités Jaunfitres, non aérées,*aont l'expulsion n'amène aucun soulagement : c'est ce quî eut lieu dans l'épldétnié de Nantes. La percusâoo donne partout un son clair ; il arrive même quelquefois que la sonorité est exagérée, surtout antérieurement, ce qui s'explique par l'emphysème concomitant. L'auscultation révèle, comme dans la bronchite ordinailfe, Texislénee de rôles ronflant, sibilant, muqueux ; mais le râle sibilant est plus fin, plus ténu : îl est général et mêlé presque partout à du rAle sous-crépîtant ; enfin, le murmure vésiculaire cesse souvent d'être perçu, tant l'obstruction des petites bronches est complète. Avec un trouble si profond dans les fonctions respiratoires, la parole est brève, saccadée ; le pouls, toujours accéléré, acquiert parfois une fréquence excesr sive ; la peau est chaude, sèche ou couverte de sueur * toute l'habitude extérieure exprime la souff'rance, l'anxiété. Les malades sont constamment assis, leurs bra» arc-bou tés pour fournir un point d'appui à quelques-uns des muscles inspirateurs ; la figure est pâle, altérée, marbrée ; les lèvres et les joues sont violacées. Cependant cette lutte incessante de l'organisme et l'hématose qui se ftdt si incomplètement finissent par épuiser les forces. Au bout de quelques jours de réaction, la malades s'aff'aîssent, la respiration diminue de fréquence sans devenir plus facile ;le8 râles persistent au même degré, excepté le râlI? sous-crépitant, qui ordinairement diminue ou cesse même complètement. L'expectoration est en même temps plus pénible ; des mucosités, s'accumulant dans l'arbre aérien, y déterminent par le passage alternatif de l'air un bruit de râlement ou de gargouillement. La teinte violacée de la face est plus foncée ; on observe la même coloration aux pieds et aux mains ; quelquefois même des vergetures, des plaques violacées se dessinent sur toute la surface du corps ; le pouls perd de sa force, sa fréquence augmente, et il devient irrégulier. Les malades s'affaissent de plus en plus; ils tombent dans la somnolence, et succombent lentement en Conservant jusqu'au dernier moment l'intégrité des facultés intellectuelles. Si, au contraire, la maladie doit avoir une heureuse issue, on voit diminuer simultanément le nombre des respirations et l'anxiété. Les râles sont moins bruyants, moihs élenduà, moins nombreux, ce qui indique que le poumon est devenu plus perméable ; la peau perd peu à peu sa coloration violacée ; enfin, la convalescence se déclare. Cependant les malades présentent souvent pendant longtemps encore tous les symptômes d'une bronchite simplet

Les accidents propres à la bronchite capillaire cessent après une durée variable. Celle-ci est rarement moindre de cinq jours, et ne dépasse guère dix ou quinxe. Lorsque la mort survient, elle a communément lieu dans cet intervalle. La convalescence est toujours assez longue. La bronchite capillaire est très-sigette à récidive.

^^' Bronchite pseudo-membraneuse. — Les symptômes que Je viens d'indiquer sont précisément ceux qu'on observe dans la' bronchite pseudo-membraneuse : c'est la même dyspnée, la même anxiété, la même suffocation ; mais le caractère essen-

DE LA fiaONGUITE AIGUË. 381

tiel de la maladie eslfoMrni pai: l'axpectoraii^u.Dans la brouclûl^ pscud(^io§m'* brai^eusç, les maii^ea, apcès d^s quintes de Iqux plu3 ou moins répétées, et^après avoir rejeté que^[ues cractiats blancs ou safigaioplenU, expulsent des fausses membran^^las un^ ^^Mi^i ru^Muiées ; les autres tubulées, canaliculées, plus pu moin^ ramifiées, donnant quelquefois Tiinfge d'une raqine avec son chevelu. Ces fausses meiubranes n^ont; parfois, que quelques oullimètrçs de long, mais il en est, qui ont jusqu'^ iO ou 15 centimètres; elles peuyejït égaler le volume d'une grosse plum^ d'oie, el^avoir desrpftfois épaii99^s.d^t3 à i5 oûlUnK^tres. Les malades sont soulagés apr^ cq^e expulsion ; maiis les sigi^es de suffocfition et d'asphyxie reparaissent aus^t^ quek fausse membrane^est reproduite. Diins l'espèce de bronchite dont U s'agit Ufi, oo observe les r^s sibilauts et rQnflauts qu'on trouve dans les bronchites ç^çdioaicefi; quelques personnes ont dit >qu 'on percevait, en outre, un bruit particuliei;, un^ -^sj^ce de bruii de scmpapity qui se produirait lorsque les fausses mem^ brane^, .détachées en p^tie, Jlottei^t dan^ l'arbre aérien. Mais ce bruit. p'a rien de bien tranché, et Ton comprend qu'un mucus un peu consistant puisse douner ^ l'areille la même sensation.

U est inutile de dire que d^ns c^tte affection i^ Xi'obsçjcye aucun trouble du côté du larjnx ; point de fausse^ oiembiian^ i,^xm le pbaryn)^ c'est-rÀ-^re rien qui puia»e faire croire à l'eidstenced'ui^ prou|)>p

La bronchite pseudo-mwJDraueuse a la même marche que la bronct^t^ capillaire.,Elletuede lanoéme.manièrei n^'est-è^dire. par. asphyxie ou par complication de pneumome ; mm elle p^ut; contj:ajiremeD4& l'autre, ^siter à l'état chrouique« (Voyei plus h9»fjBrm^k.cfirQHiqm*l

BiagAa»Uo.-^)Le d^apy^stic de.la.broutQhite est presque toujours facile ; en effet, lecaracli^ de Ja. toux ftt de l'eJtpçctoraiiw^. la.. sonorité conservée de la poitrine et la nature des /aies j9ecs et bufliides, ne permettront de la confondre avec aucune autre maladie aigu^ de poitrine, La.bronchite.capillaire offre des caractères non BBoûas tra&chés, et l'oo verra plus tard . qu'il n'est pas possible de la confondre avec la coqueluche ni avec la poeumooie. On la distinguera aisément de la laryngite striduleuie^ naladie.pcesque apy rétique, qui détermine une suffocation arrivant subitement et par ace^,;. eu outre, dans ceUe-ci on ne trouve pas à l'auscultation les râles bruyants, ni à la percussion la sonorité, d'emphysème qu'on observe dans la broncliite ûapiUaire. ?î0us Avom dit précédemment (p* 46), que la bronchite capâlaû*e pouvait parfois siqauler une iièvre typhoïde, et nous verrons ailleurs à Tartide PAt/bwÉa, 'qu'elle* peut mi^squer aussi une tuberculisa,tion pulmouaire aiguë* La bronchite .pseudo-membraneuse^ molgré l'oppression i. qui l'accompagne et le. r^et des fausses membmnes, ne pourra pas non plus être confondue avec le croupi en raisDDiip L^ahsei^e de. la respirfttioasiftlantç, de l'enrouement, de l'aphooi^, de la toux «éde.la.i!iQÎx»exaiipal(».

I^rwMst&e»-** Leprûnostk4e la broitehite jeapillaire est très-grave^ puisque oette maladie tmxpo9i^ à peu près le sixième, des adultes et les sept huitièmes det, petits enftnts^ aioM que des .>ueiUardsiqui,,f»i. $Qfit .atteints* Pour ces dmùers, il ne faut, pasooMier que l^hnniiejiiite, capillaire .se complique fréquemment de pneumonie lobnlaîte) qui:fat4ioe jcausp de nouveaux, dang^ La hronohite pseudo-membra*) neuse est au omemb. aussi gss^ve. quek préoédente^L'iniUmmatiQn simple desi^rosr fles.^iM(Àes. aat^ aa<doaAtttirâ| unataffectionibliaigue dont Vi^^uet lesi çonMgmf^^U heuÉemé^ exeépté obteiquabquesTieiUardsi dàoal^Sitrèâ-patitsenlooj^y et générale^ meot cher tous lessuJeU^déhi^t^s. âouvtfiA «IdM» Ic^odoift arrive pat aâphyitie j«r9r que les mucosités sécrétées en grande abondance ne peuvent plus être expulsées;

JËtiologie. — La bronchite est une maladie très-commune ; il est rare qu'on même individu n'en soit pas atteint plusieurs fois dans le cours de son existence. Plus fréquente pourtant aux deux extrêmes de la vie, elle paratt être aussi plus commune chez l'honmie que chez la femme (Louis et Ru&}, ce qui dépend probablement des conditions hygiéniques différentes auxquelles les deux sexes sont inégalement exposés. La prédisposition à la bronchite est d'autant plus grande qu'on en a déjà été atteint un plus grand nombre de fois. Cette maladie survient, dans la grande majorité des cas, d'une manière spontanée en apparence, et sans qu'on puisse saisir l'action- d'aucune cause déterminante ; mais assez souvent, néanmoins,îelle est consécutive à l'action du froid, soit à un refroidissement partid de la tôte ou des pieds, ou bien à des variations brusques de température : ausâla maladie est-elle plus fréquente dans l'hiver, au printemps et en autonme. Cest dans ces saisons qu'on la voit quelquefois régner épidémiquement. H est des bronchites qui sont symptomatiques ; nous n'avons pas à nous en occuper id : ce sont celles qu'on observe dans la rougeole et dans la fièvre typhoïde, on les voit souvent devenir capillaires.

Nous ne savons rien sur Tétiologie de la bronchite pseudo-membraneuse, si ce n'est qu'elle semble se montrer préférablement chez des individus aifaiblis et souffrant depuis longtemps de quelque affection de» voie» respiratoires.

Traitement. — Le traitement doit varier suivant l'intensité de la maladie. Si la bronchite est bénigne et tout à fait apyrétique, il suffira que les malades ob^e^ Vent une bonne hygiène ; ils useront avec avantage des boissons et des pâtes pectorales. Cest dans cette forme de la maladie,que quelques personnes ont préconisé divers moyens pour faire avorter l'inflammation. Ainsi Laennec, d'accord en cela avec le vulgaire, conseillait l'usage des spiritueux (vin, punch, eau-de-vie) pris chauds, de manière à exciter une forte diaphorèse'; d'autres ont employé un bain d'étuve ou de vapeur et des révulsifs cutanés ; ces derniers sont généralement utiles. Quant aux excitants diffusibles, il faut en restreindre l'emploi aux makdei qui ne sont point pléthoriques, qui n'ont aucune phlegmasie gastro4ntestinale, m aucune tendance à contracter une pneumonie. Il est d'ailleurs prudent de s'abatenir de^^es moyens. L'opium, administré le soir à dose modérée, est doublement utile, il modère la toux, et agissant en outre comme sudorifique, il arrête parfois la maladie d'une manière assez prompte.

Si la bronchite est plus intense, si elle s'accompagne de fièvre, il fout prescrire un repos absolu, la diète, les mêmes boissons douces que précédemment ; et si le pouls est large, la chaleur élevée, l'oppression forte, on devra pratiquer une et même plusieurs émissions sanguines. 11 faut ordinairement préférer l'ouverture de la veine aux sangsues ; on y joindra l'emploi de pédiluveç irritants et de purgatifs doux. Si la poitrine est douloureuse, on pourra appliquer avec avantage, au-devant du sternum, un cataplasme émollient, qu'on recouvrira d'un tafi'etas ou d'une flanelle, afin de prévenir son refroidissement. Les vomitife sont d'un usage fréquent dans la bronchite ; on les emploie dans deux cas : ou bien pour combattre des symptômes bilieux, ou pour Xavoriser l'expectoration. Lorsqu'on effet, par une cause quelconque, les mucosités sont incomplètement expulsées et s'accumulent dans les bronches, l'émétique et l'ipécacuanha en provoquent l'expulsion pendant les secousses du vomissement. Ces substances ont en outre l'avantage d exciter la diaphorèse. Les vomitifs peuvent et doivent même être administrés dans la plupart des cas, bien qu'aucun accident gastrique ne semble en réclamer l'emploi. C'est un moyen que M. Girard (de Marseille) a beaucoup préconisé dans les bronchites

DE LA BRONCniTE CHRONIQUE. 383

aigaés avec fièvre {Archives de 1843). La toux est un symptôme très-incommode, et qui exige des moyens spéciaux. On emploiera contre elle les pédiluves irritants, et surtout les préparations d'opium en pilules oii en potion ; enfin, dans les cas les plus rebelles, on essayera l'emploi d'un bain tiède un peu prolongé. Ce moyen réussit surtout cbez les enfants.

Peut-on dans les cas graves et lorsque les moyens indiqués plus haut ont échoué, espérer de bons effets des mercuriaux et particulièrement du calomel ? Graves le dit, mais il manque encore à cet égard des expériences précises pour établir la valeur de cette médication. Lorsque tous les accidents aigus sont calmés ; lorsque, les signes de congestion ayant cessé, la toux et l'expectoration persistent, on devra insister sur la médication révulsive, c'est-à-dire sur les purgatifs, sur les sudorifiques en boisson, ou appliqués à l'extérieur, tels que les bains de vapeur, les frictions sèches, aromatiques, sur la peau, les emplâtres excitants, rubéfiants, vésicants, sur la poitrine (sparadrap, poix de Bourgogne, vésicatoires). Les onctions avec rhuile de croton ou la pommade d'Autenrieth agiront de même. On associera à ces moyens l'usage de quelques boissons légèrement excitantes, telles que le lichen, le lierre terrestre, l'hysope, le polygala, etc. Enfin, si la maladie a passé tout à fait à l'état chronique, on prescrira la série de moyens dont nous parlerons plus bas.

Dans la bronchite capillaire, on insistera sur la médication antiphlogistique et révulsive ; mais il faut éviter de trop prodiguer la saignée, dans la crainte d'épuiser les forces. D'ailleurs, si nous consultons notre propre observation, nous dirons que la saignée produit généralement un soulagement beaucoup moins prompt et moins marqué que né le font les vomitifs, après l'emploi desquels les malades respirent presque toujours mieux. On devra donc les répéter plusieurs fois à quelques jours de distance : c'est une méthode dont M. Michel Lévy a constaté les bons effets à l'hôpital du Val-de-Grâce, ainsi que cela résulte d'un travail publié en 1845 dans la Gazette médkaley par M. Chambert. La médication vomitive est aussi spécialement applicable aux cas de bronchite pseudo-membraneuse. Les purgatifs sont beaucoup moins avantageux. Enfin, lorsque, nonobstant les moyens qui précèdent, l'oppression continue à faire des progrès, on pourra quelquefois conjurer le danger en appliquant un large vésicatoire sur la partie antérieure du thorax. Dans la seconde période, lorsqu'à la réaction s'unit de l'accablement, il convient de soutenir les forces par quelques toniques, par les macérations de quinquina et par les boissons vineuses ; en même temps on donnera les substances dont l'usage est consacré par Texpérience comme favorisant l'expectoration : tels sont, en particulier, le polygala, Toxymel scillitique et le kermès. Dans tous les cas, il faut, surtout chez les vieillards et chez les enfants, surveiller le décubitus, et donner à ces malades dans leur lit, la potion la plus convenable pour favoriser l'expectoration ; on les changera en outre souvent de place, afin de prévenir les congestions passives.

De la bronchite chronique.

La bronchite est souvent chronique ; cette forme de la maladie est tantôt primitive et tantôt consécutive à l'état aigu.

Garaotères anatomiqnes. — Les lésions diffèrent parfois très-peu de celles qu'on rencontre dans la forme aiguë. Dans la bronchite chronique, pourtant, la muqueuse est plus communément violacée, ardoisée : cette couleur est généralement partielle ; elle existe uniformément sur une certaine surface, ou bien elle y est irrégnlièremeivt disséminée. 11 est rare que la membrane soit ramollie, et elle ne l'est

jamais au point de se réduire en puljpe p^r la pressipa du 4^g^ comme on le loit si fréquemment pour la muqueuse gastro-iatestinale, • C'est à tort que qoelquo auteurs ont signalé les ulcérations coimne ^tanl un caractère anatomiqi» wo fréquent de la bronchite chronique. Les recherches dea médecins français, cellei de MM. Louis et Andral surtout, ont en effet démontré que les ulcérations des bronches étaient excessivement rares pn dehors de l'aiTection tubercukuie. Ott voit, au contraire, quelquefois la muqueuse chfoniquement enflammée lubir on épaississement assez considérable pour rétrécir ou mômç. pour oblitérer tout 4 (ah le calibre des petites ramifications; on y a même vu des concrétion^ pseudo-membraneuses s'y former comme, à l'état aigu. ËnHn^ il est d'autres, altér^lion»^ î^ coïncident fréquemment avec la bronchite chronique : je veux parler de la dibtotion des bronches çt de Vcniphysème pulmonaire. Nous en parlerons dans kiecood volume.

Symptômes. -- Dans la bronchite chroni/iue, il n'existe communément aucune douleur de poitrine; quelquefois pou^rtant les malades éprouveoi à Tépigastreel derrière le sternum un sentiment de gêne, de çhjaleuy ou de pneuiim qui e8lpc^ manent^ ou qui ne se réveille passagièrqm^Qt qu'après les, quintea de toux. La respiration n'est pas ordinairement accélérée^ du niûins lorsque les midades aont au repos ; cependant quelques-uns. ont. pne dyspnée habi^ieUe/ qui 4iugmeBt6 pai l'exercice, et qui peut quelquefois se moptrèr sous fbmie d'accès. La bronchite chronique peut produire, en effet, ^a série d'accidents qui caractérisent les tccès d'asthme i c'est ce qu'on observe spjâcialea^eut im& Je cas où la membnne muqueuse des bronches est épaissie dans ui^ grande éteiidu^. Qq a encore sap^ que ces mt^mes accidents pouvaient résulter d'uia^e co^estiou subite dç la oquqaeose ou de l'obstructiou des rameaux bronchiques par dès-mucosités. Quoi qu'i) len soit, dans ces cas^ la dyspnée, survenant p^esqi^e subitement, anrive^ji^api^ement.àsoD plus haut degré d'intensité ; elle disparait ordinairemeut après une expulsion abondante de crachats^ et ne laisse après elle d'autres troubles daos les fonctions ropiratoires que ceux qui résultent de la bronchite eUe-môme.,

La toux et l'expectoration soi^t les deux symptômes dominai^ de la bronchite chronique. La toux est rare ou fréquente ; dans ce dernier cas^, elle a lien par quintes. L'expectoration est facile ou difQcile» rare ou aboa4aaiB. Les matièi» rejetées sont très-variables : elles peuvent être grisâtres, jaunÂlre^, verdâlres, opaques, ou d'un blanc mat, ou tout à fait purulentes; elles adhérent au londds vase {catairhe muqueux) ; ailleurs c'est un .liquide incolore, transparent, filsnt, spumeux à la surface, et qui, lorsqu'on a enlevé cette écume, ressembla à du bUae d'œuf délayé dans de l'eau (catarrhe pituUeux), Mais cette espèce d'expectontiwi caractérise bien moins la bronchite chronique qu'un Qju^ partiçfili^ des bronche^ dont nous parlerons plus tard en détail (voyez Broncliorrhèe). La quantité des enchats varie beaucoup ; le plus souvent elle est de 40 à 60 grammes ; mais elle s'élève quelquefois à plus d'un kilogramme, et, dans ce cas, il est fréquent de toir les malades rejeter les crachats çn grajide quantité à la fois, comme si une vomiquc s'était ouverte dans les bronches; enfin, d'autres fois, U n'y a fM)iiit d'eipectontiffl^ du moins les malades ue rejettent, datis les vingt-quatre heures, ^ue qoeiqi» crachats globuleu)^ nacrés^ d'un gris de perle et de consistance d'empois (c'e^ le cotorr^ sec de Laennec)*

Les matières expectorées^ datis la bcoDchita 4;hroniqi»e) n'exhalent comniiitte* tnetit aucune odeur^ cepetidatit elles peutent devetiir.acoideateU^IDent on aftei httbiluellelnetît ihfectos* Cela peut dépeiidre de plusieurs causes : d'une gangrène

de la muqueuse tapîsfiant quelques l>ronctaes dilAtéee ; de rallération subie par les liquides bronchiques retenus dans quelque ampoule de l'arbre bronchique. On a dit enfin qu'une perversion de l'innervation comparable à celle qui détermine l'apparitioB du sucre dans le sang, pouvait altérer les mucosités bronchiques. C'est là un poini qui demande à être éclairé par des observations plus nombreuses et peut-être plus précises que celles qu'on doit au docteur Laycock ( " ).

J'ai dit précédeounent qjue la bronchite pseudo-membraneuse pouvait exister à l'état chronique. Daiis cette forme de l'afijeclion, oa voit le» malades qnî toussent toujours devenir de temps en temps plus souffrants, et rejeter, au milieu d'une anxiélé plus ou moin» vive, après des quintes répétées, et parfois aussi sans beau- <;oup de difficulté, des Amsses membranes tubulées mêlées à une plus ou moins grande quantité de crachats ordinaires. Ce9 crises se renouvellent à des intervalles plus ou moins rapprochés, et pendant deux, quatre, six et sept années de suite.

Quelle qu0 soit (bailleurs l'espèce de bronchite, l'expectoration offre de nombreuses différences che« le môme individu : c'est ainsi qu'elle devient plus abondante dans les temps humides ou après un refroidissement, après l'usage de certains aliments, et généralement après toutes les causes capables d'augmenter la congestion de la membrane muqueuse des bronches.

Dans la bronchite chronique, la sonorité du thorax est normale, et à l'auscultation on constate l'existence des râles ronflant, sibilant, muqueux et sous-crépitant de l'état aigu. Les deux premiers existent souvemt dans toute l'étendue des poumons, tandis que les deux autres, le dernier surtout, ne se retrouvent guère qu'en arrière à la base de ces organes. En général, la bronchite chronique simple ne s'accompagne pas de fièvre ni d'aucun trouble grave du cOté des fonctions digestives et assimilatrices. Cependant, si la sécrétion bronchique est très-considérable, il peut y avoir un peu d'amaigrissement : celui-ci dépend souvent aussi d'un trouble concomitant dans les fonctions dlgestivos.

Marche. Durée. Terminaisons. — La bronchite chronique persiste, en général, peadant plusieurs mois d'une minière continue ou avec des exacerbations. Si elle naît au commencement de l'hiver, il est rare qu'elle cesse complètement avant les chaleurs de l'été j elle reparaît souvent avec les premiers froids ; sa durée, par conséquent) n'u rien de fixe. Cette maladie peut se terminer par résolution ; celle-ci est quelquefois hâtée par le passage de la phlegmasie à l'état aigu ; mais chez les vieillards, cette recrudescence annonce souvent le début d'une pneumonie. Enfin, il parait que quelquefois la mort a été produite par l'épuisement seul qu'entrafne toute sécrétion exagérée. Cependant, lorsque la bronchite chronique tue, il est très-rare qu'il n'y ait pas quelque grave altération, qui à elle seule peut expliquer la mort, ou qui du moins a dû en rapprocher le terme : tels sont surtout les tubercules pulmonaires et les maladies du cœur. Enfin, il arrive fréquemment que tous les signes anatomiques de l'inflammation cessant, on voit la muqueuse reprendre sa couleur, sa consistance et son épaisseur; mais, nonobstant cela^ l'expectoration continuée être tout aussi abondante que par le passé ; la maladie a alors évidemmentchangé de nature. On ne doit plus voir ici qu'une simple modification, qu'une perversion de la sécrétion, qui a pour point de départ l'inflammation, mais qui continue ensuite quoique celle-ci ait disparu. 11 est à supposer que la membrane a subi alors une modification toute vitale, et par conséquent insaisissable.

(1) On Velid BronchitU, iu Médical Times and Gazette^ année 1857.

T. I. — 0* foiT. :'5

Diagnostic. — Le diagnostic différentiel de la bronchite chronique sera étudié avec soin aux articles Branchcrrhée et Pkthisie pulmonaire^ qui sont les seules affections avec lesquelles on pourrait la confondre. Nous déterminerons aussi aux articles consacrés à la dilatation des bronches et à Yemphyaéme pulmonairey maladies qui se compliquent le plus souvent de bronchite, quels sont les symptômes propres à ces affections et ceux qui dépendent de la phlegmasie bronchique.

Pronostic. — Le pronostic n'est grave que chez les vieillards et chez les svjets affaiblis. Dans tous les cas, la bronchite chronique constitue une affection incommode, souvent dégoûtante, très-rebelle à la thérapeutique, sujette aux récidives, et pouvant produire, ou tout au moins favoriser le développement de diverses lésions organiques, comme les anévrysmes du cœur, la dilatation des bronches, et surtout l'emphysème pulmonaire. L'accumulation des mucosités dans les bronchites et les efforts répétés de toux expliquent pourquoi les tuyaux aériens et les vésicules se dilatent. L'aggravation ou le développement des anévrysmes cardiaques trouve sa raison probable dans les troubles circulatoires du poumon, par suite de l'engouement des bronches, et par suite aussi des quintes de toux pendant lesquelles quelques malades sont presque cyanoses. Quant aux tubercules qu'on a regardés comme une suite fréquente de la bronchite, nous prouverons plus tard qu'ils en sont complètement indépendants.

La bronchite pseudo-membraneuse est assez sérieuse, mais moins pourtant dans sa forme chronique que dans sa forme aigué.

Atiologie. — La bronchite chronique se montre à tous les âges, mais elle affecte surtout les vieillards; elle est rare dans l'enfance. Les sujets d'une constitution molle, lymphatique, ceux qui habitent les lieux humides ou qui sont exposés aui variations atmosphériques, y sont davantage prédisposés. Chez les enfants, la maladie est souvent consécutive à la coqueluche.

Traitement. — Comme dans toutes les autres affections, le traitement de la bronchite chronique doit varier suivant l'état général et suivant l'état local. A est fort rare que la médication antiphlogistique soit indiquée ; il serait utile pourtant d'y recourir si le sujet était fort et si la dyspnée était permanente. Les révulsif sont au contraire toujours avantageux. On prescrira d'abord lusage de la flanelle sur la poitrine et même sur tout le corps ; on fera des frictions sèches, aromatiques, sur le thorax ; on y appliquera des emplâtres rubéfiants et même vésicants (poix de Bourgogne, vésicatoires), ou des pommades irritantes avec l'huile de crotonoul'émétique ; on excitera une forte diaphorèse à l'aide des bains de vapeurs ; enfin, si l'état des organes digestifs le permet, on administrera quelques laxatifs, et a le sujet est faible, on donnera la préférence aux préparations qui, comme la rhubarbe, jouissent en môme temps de propriétés toniques. Laennec a également préconisé les vomitifs, répétés autant que le permettent les forces des sujets et la manière dont on les supporte. Les Anglais préfèrent le colchique, qui agit à la fois comme drastique et peut-être comme diurétique.

Les praticiens sont d'accord pour recommander, dans la bronchite chronique, l'emploi des substances amères et aromatiques en tisanes, potions, tablettes, etc. : tels sont le lichen, le lierre terrestre, l'hysope, le polygala, le quinquina, l'eau de goudron, la térébenthine, le copahu, les baumes du Pérou, de la Mecque, deTolu; ajoutons-y le chlorate de potasse, et surtout les préparations de soufre, spécialement les eaux naturelles transportées, telles que Enghien, Bonnes, Labassère;!» malades en prendront un ou deux verres parjour, pures ou coupées avec du lait ou avec du sirop de gomme, de Tolu, etc. On emploiera aussi avec grand avantage 1»

bains sulfureux artificiels ; ils sont utiles par l'excitation qu'ils produisent à la peau et par Timpression favorable que les vapeurs soufrées déterminent sur la muqueuse des voies aériennes. Dans la belle saison, les malades seront envoyés aux établissements thermaux. On préfère généralement les eaux sulfureuses sodiques ou calciques, telles que Bonnes, Cautercts, Saint-Sauveur, Luchon, Amélie-les-Bains, le Vernet, Enghien, Allevard, Schinznach ; parfois on choisit des eaux bicarbonatées sodiques, telles que Ems ou le Mont-Dore : Ems chez les sujets qu'on craindrait d'exciter très-vivement ; le Mont-Dore lorsqu'on lient à opérer une vive révulsion vers la peau.

Je ne dis rien des préparations mercurielles, je ne les ai point expérimentées ; cependant je ne saurais passer sous silence ce qu'en dit Graves dans ses Leçons. Cet éminent clinicien dit que les mercuriaux peuvent rapidement amender et guérir les catarrhes anciens avec symptômes asthmatiques (t).

On a essayé encore de modifier l'état de la muqueuse bronchique avec des médicaments plus ou moins volatils, capables d'agir localement sur les parties malades : telles sont les fumigations de goudron, (de créosote, d'iode, de chlore, faites à l'aide de certains appareils, ou en dégageant les vapeurs dans de petites pièces où les malades séjournent pendant plus ou moins longtemps. Il y a quelques années, on a préconisé également les aspirations anmioniacales, tantôt en faisant passer rapidement sous le nez et devant la bouche un flacon contenant de l'ammoniaque liquide, tantôt en mettant, chose préférable, deux cuillerées à café de cette substance dans un verre d'eau chaude dont on respire les vapeurs.

Mais, quoi qu'on fasse, ces moyens restent souvent sans utilité réelle, parce qu'il est difficile, en effet, de modifier l'état de la muqueuse bronchique. Les moyens hygiéniques ont une bien autre puissance. Combien de bronchites chroniques qui se modifient heureusement et de la manière la plus prompte par le passage dans un climat plus doux ! Quelquefois môme il suffit, sous la même latitude, de faire émigrer le malade d'un lieu dans un autre, de l'envoyer à la campagne, par exemple, ou de lui faire quitter la plaine pour les montagnes, pour voir cesser promptement les accidents de la bronchite. Si l'on veut envoyer les malades dans des climats plus cléments, on choisira ceux que nous conseillerons plus tard aux tuberculeux.

Il est des symptômes qui réclament certains moyens spéciaux. Lorsque les quintes de toux sont trop fréquentes, on les calmera souvent par l'emploi des narcotiques, et surtout par l'opium qu'on donne dans la soirée. Si les crachats sont difficilement expectorés, et si, s'accumulant dans les bronches, ils menacent de produire des accidents, on conseillera les vomitifs, surtout l'ipécacuanha, qu'on pourra donner de manière à provoquer des vomissements, ou bien à doses fractionnées, pour entretenir des nausées continuelles. Dans les cas dont je parle, on emploie encore avec avantage le kermès et l'oxymel scillitique. Lorsque la difficulté de l'expectoration tient à la viscosité excessive des crachats, qui sont en môme temps en petite quantité (crachats per/és), tels enfin qu'on les observe dans la variété de bronchite que Laennec a désignée sous le nom de catarrhe sec, on pourra, à l'exemple de cet illustre médecin, essayer l'usage des alcalins, tels que le savon am gdalin en pilules, les bains au carbonate de potasse, l'eau de Vichy, etc. Les asiringenis qu'on a souvent prônés pour combattre l'exagération de sécrétion de la muqueuse bronchique, sont en général sans grand avantage, et leur emploi prolongé aurait l'inconvénient de troubler gravement les fonctions de l'estomac ; il faut donc ne pas

{î) Leçons de clinique^ t. II, p. 30, 2« éâitioo, traduction du docteur Jnccoud,

insister sur leur emploi et compter plutôt sur l'usage des sulfureux, des substances aromatiques et balsamiques dont j'ai parlé précédemment.

Dans les cas où les fausses membranes sont sécrétées par les bronches, il faut donner des vomitifs pour en provoquer l'expulsion ; mais on n'a encore aucun moyen capdl)le d'en empcîcher la formation. On a employé tour à tour dans ce but les fumigations aromatiques, balsamiques, irritantes, surtout avec l'acide chlorhydrique ; on a donné l'iodure de potassium, les mercuriaux, les alcalins, sans Résultat bien manifeste.

Voyez, comme complément, dans le tom3 II, les articles Emphysème et Dilalalm des broncfies,

Page 1