‹ Traité de pathologie interneChapitre 81 sur 152 · DE LA MÉNINGITE CÉRÉBRALE · texte numérisé non relu

DE LA MÉNINGITE CÉRÉBRALE

Le mot méningite est une expression collective servant à désigner l'inflammation simultanée de l'arachnoïde et de la pie-mère, tandis que les mots arachnitis ou arachnoidite et celui de pie-mériie emportent l'idée d'une inflammation bornée à l'arachnoïde et à la pie-mère, ce qui d'ailleurs est extrêmement rare. «11 n'est pas douteux pour nous que la dure-mère ne soit susceptible de s'enflammer d'une manière primittve. Si les faits rapportés par Abercrombie offrent quelques doutes, il n'en est pas de même des deux qui sont consignés dans le travail de M. le docteur Albers, de Bonn (i); mais, comme ils se rapportent à la dure-mère spinale, BOUS nous proposons d'y revenir un peu plus loin. Si l'inflammation primitive de la dure-mère est encore un fait douteux pour beaucoup d'auteurs, la plupart cependant conviennent que cette membrane est susceptible d'inflammation, consécutivement à une altération des os du crâne. Disons pourtant que, jusqu'à présent, on n'a pu saisir aucun symptôme capable de révéler sûrement une pareille altération.

Historique. DiTisions. — Sous le nom de phrenitiSj les anciens auteurs ont confondu l'inflammation des méninges, celle du cerveau et beaucoup de délires purement sympathiques ; mais aujourd'hui ces affections, distinctes sur le cadavre, le sont aussi presque toujours sur le vivant. Dans le courant du siècle dernier, et même jusque dans ces derniers temps, quelques auteurs, trop préoccupés de Tépanchement séreux qu'on observe assez souvent dans la méningite, considérèrent cette altération conmie le caractère fondamental d'une maladie spéciale qu'on nonmiait hydrocéphale aiguë. Mais il est aujourd'hui incontestable qu'il faut rapporter à la méningite ou à la méningo-encéphalite presque toutes les observations d'hydropisie aiguë du cerveau qui ont été publiées. Enfin, les recherches des modernes ont encore démontré que, sous le point de vue tant anatomique que pathologique, il fallait distinguer deux espèces de méningites, qu'on a confondues jusque dans ces derniers temps : dans l'une, on constate seulement les caractères propres aux inflammations du tissu séreux; dans l'autre, il y a. production dans le tissu

( I ) Gazette médicale de Paris, année 1 833.

480 INFUMIIATION DE L'APPAREIL DE L'INNËRYATION.

cellulaire sous-arachnoïdien de granulations particulières qui sont de nature tuberculeuse. C'est là, à proprement parler, le seul caractère anatomique de la maladie ; la phlegmasie des méninges n'est alors qu'un accident qui peut manquer et manque en effet assez souvent. (Voyez dans le tome II l'histoire de l'infiltration tuberculeuse des méninges.)

n ne sera question, dans cette partie de l'ouvrage, que de la méningite simple, que nous étudierons à l'état aigu et à l'état chronique. La méningite, telle que nous la comprenons dans cet article, a été l'objet de quelques travaux importants : nous citerons entre autres ceux de MM. Andral (1), Guersant (2), Abercrombîe (3), ainsi que la monographie publiée en 482 i par Parent-Duchâtelet et Martinet, mais dans laquelle on a confondu sous le nom de méningites des affections aujourd'hui très-distinctes.

De la méningite aignft.

Caractères anatomiqaes. — L'ii^ection simple de la piennère, coïncidant avec un état poisseux de l'arachnoïde, a été considérée par quelques auteurs cooime devant se rapporter à la première période de la méningite. Toutefois ces lé8i<HU ne nous semblent pas suffisantes pour caractériser une phlegmasie des méoioges ; mais il suffit que ceUe-ci persiste pendant quelques heures seulement pour voir survenir d'autres altérations de nutrition et de sécrétion, qui ne laissent aucun doute sur le caractère de la maladie.

L'injection vive qu'on aperçoit à la surface du cerveau siège exclusivement dans la pieHoaère, ou dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien ; c^e ne pénètre probablement jamais l'arachnoïde, qui est toyjours incolore et transparente. C'est en raison de cette circonstance que quelques médecins ont soutenu, bien à tort, que dans la méningite l'arachnoïde était toujours intacte. Il arrive, en effet, fréquemment que, sans être injecté, le tissu de cette membrane est devenu opaque, friable, cassant ; sa surface peut Otre inégale et dépolie ; enfin il n'est pas rare de trouver dans sa cavité môme une sérosité lactescente, du pus ou des fausses membranes. Cependant presque toujours les produits de l'inflammation existent à peu près exclusivement dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien. On y trouve ou une sérosité opaque, d'aspect purulent, ou bien une couche de pseudo-membranes répindues uniformément ou par plaques irrégulières tantôt sur les circonvolutions seulement, le plus souvent jusqu'au fond des anfractuosités. La pie-mère, qui parait Ctre, dans ce dernier cas, le siège presque exclusif de la maladie, est alors d'un louge vif ; son tissu est humide, friable ; elle se sépare asseï facilement du cerveau ; mais lorsque la phlegmasie s'est propagée à la surfilée des ciroouvolutions, on ne peut l'en détacher qu'en entraînant en même temps avec elle un peu de substance cérébrale devenue rouge, plus molle ou bien plus consistante que de coutume, mais très-friable aussi. Cette altération du cerveau existe communément sur une assez grande étendue ; elle caractérise la forme d'encéphalite qu'on a nommée diffUse, et qui, en raison de sa coïncidence avec rinflanunation des méninges, est plus souvent désignée sous les noms de cépkalihménmffHe et de méningo-encéphalik.

La méningite est rarement générale ; elle est plus souvent bornée & la conveilté

(1) Clinique médicale, l. V.

(î) Dictionnaire de médecine, art. Méningite.

(3) Des maladies de Cencéphale, tradait de l'anglais par Gendrio. Paris, 18IS.

Page 1