‹ Traité de pathologie interneChapitre 82 sur 152 · DE LÀ MÉNINGITE AIGUË · texte numérisé non relu

DE LÀ MÉNINGITE AIGUË

des hémisphères; quelquefois elle n'occupe que la base ; elle peut môme être circonscrite à un des lobes du cerveau, du cervelet, à la protubérance ou à la moelle allongée ; enfin l'inflammation peut gagner Tintérieur des ventricules, surtout des ventricules latéraux : ces cavités sont alors plus ou moins distendues, leurs parois sont ramollies, et elles contiennent un liquide floconneux ou séro-purulent. La méningite de la convexité est plus commune chez les adultes, tandis que chez les enfants l'inflammation parait envahir plus ûréquenmient les méninges qui tapissent la base du cerveau.

Symptômes. Marche. — La méningite peut avoir un début brusque ou bien ôtre précédée de quelques prodromes, dont les plus fréquents sont un malaise général, de la pesanteur de tête, quelques vertiges, de la torpeur intellectuelle et des épistaxis. Cependant, après une durée qui varie entre quelques heures et plusieurs Jours, la maladie débute. On peut, eu égard aux symptômes qui surviennent, diviser le cours de l'affection en deux périodes, qui sont la période à*exaUati<m et celle de eollapsus.

Première période, — Dans les cinq sixièmes des cas au moins^ le début de la méningite est marqué par une céphalalgie qui presque toujours est très-vive : elle est accompagnée d'agitation, d'insomnie, de fièvre intense, et souvent aussi de constipation et de vomissements, ceux-ci sont parfois assez opiniâtres. Mais la céphalalgie forme surtout alors le caractère prédominant ; elle est ordinairement lancinante, elle arrache des cris au patient; parfois elle est plutôt sourde, obtuse et compressive. Elle augmente presque toujours par les mouvements et par les secousses du corps, et souvent aussi par l'impression d'une lumière trop vive ou de sons trop aigus. Rarement générale, elle n'occupe le plus souvent qu'une partie circonscrite de la surface du crâne, spécialement le front, plus rarement les tempes, le sinciput et l'occiput, ou seulement une moitié du front. D'ailleurs, on peut rarement juger par la place que la douleur occupe, du siège et de l'étendue de l'altération des méninges. La céphalalgie est à peu près la seule lésion de sensi* bilité qui existe dans la méningite intra-crânienne. Ce n'est, en effet, que dans des cas tout à fait exceptionnels qu'on constate simultanément quelques douleurs dans d'autres parties du corps. Cependant à la céphalalgie se joignent bientôt de l'agitation et du délire; celui-ci est souvent calme : il ne consiste alors que dans un marmottement continuel de mots inintelligibles. Beaucoup de ces malades, interrogés et distraits de leurs idées, répondent assez exactement ; mais, chez un grand nombre d'autres, il y a dès le début un délire furieux qui force à les fixer dans leur lit à l'aide de la camisole. Quelle que soit d'ailleurs sa forme, le délire est en général continu ; cependant il n'est pas très-rare de le voir cesser momentanément et être remplacé par des intervalles plus ou moins lucides. C'est encore à cette époque qu'on constate les troubles dans les divers organes locomoteurs, tels que des soubresauts des tendons, un tremblement des membres ou de véritables mouvements convulsifi», comme ceux qui caractérisent le tétanos ou l'épilepsie. Les convulsions, plus communes chez les enfants que chez les adultes, sont ordinairement partielles ; les parties qui en sont le plus souvent le siège sont, dans ' leur ordre de fréquence, les masséter», les muscles de k partie postérieure du cou, et ceux des extrémités supérieures et inférieures. Enfin, dans un dixième des cas, on constate du strabisme ; celui-ci est tantôt permanent, tantôt il est passager. Cette déviation de l'axe visuel explique souvent les troubles de la vue, notamment la diplopie qu'on observe chez quelques-uns des malades. Les mouvements convulsifs alternent ordinairement avec un peu d'assoupissement ou avec un état

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comateux, quelquefois avec des paralysies partielles ; mais ces accidents, qui d'ail> leurs peuvent être observés dès le début, marquent ordinairement le passage de la première période de la maladie à la seconde ; ils coïncident le plus souvent avec la diminution ou avec la cessation de la céphalalgie. Après une durée qui est ordinairement de trois à quatre jours, et qui peut varier depuis moins d'un jour jusqu'à un septénaire, la maladie arrive à sa seconde période ou période de collapsus.

Deuxième période. — A cette époque l'état d'exaltation cesse; le délire est remplacé par un assoupissement dont on peut d'abord retirer les malades, mais qui devient ensuite permanent. Aux mouvements convulsifs succède une résolution des membres, tantôt égale des deux côtés, tantôt plus marquée dans une moitié du corps ; quelquefois la paralysie est partielle : elle est circonscrite à la face, à un membre ou seulement à quelques muscles, à l'élévateur de la paupière supérieure, par exemple ; celle-ci est alors en état de prolapsus. Ces paralysies sont tantôt pe^ manentes, tantôt elles sont passagères : elles cessent et reviennent irrégulièrement, et elles alternent quelquefois avec de la contracture et avec des mouveoMots convulsifs. Eiifin, il n'est pas rare de voir, dans un point du corps assez limité, comme la face, quelques muscles, tels que ceux des paupières, être paralysés, tandis que tous les autres sont agités par des secousses convulsives. Chez les malades dont nous parlons, les évacuations alvines sont involontaires, et l'on observe sou Tent une rétention d'urine. Enfin, la sensibilité est obtuse ou môme complètement abolie : le malade, insensible à tout ce qui l'entoure, ne parait plus entendre ni voir. Quoique, dans un grand nombre de ces cas, les pupilles soient contractiles et régulières, cependant on les trouve conununément très-dilatées ; fréquemment elles sont inégales entre elles et irrégulières. La figure, presque constamment pAle, exprime la stupeur, et l'on n'observe guère ces alternatives de rougeur et de pâleur que nous verrons être si coomiunes dans l'infiltration tuberculeuse des méninges. Au milieu de ces graves symptômes, le pouls acquiert souvent une grande fréquence et devient irrégulier, intermittent ; cependant il arrive parfois que sa fréquence n'est pas plus grande qu'à l'état normal ; il peut même se faire que le poub batte avec plus de lenteur que de coutume : ce qui, d'après les faits analysés par M. Andral, serait même le cas le plus conmiun. La chaleur du corps a souvent alors beaucoup diminué; à cette môme époque, la respiration s'accélère et devient entrecoupée; enfin, la mort arrive tantôt lentement, quelquefois brusquement aa milieu d'un accès convulsif. La durée de cette période varie entre un et cinq jours : il est rare qu'elle se prolonge davantage. En somme, la maladie offre une durée moyenne de un à deux septénaires, très-rarement elle dépasse le troisième; il est également fort rare qu'elle se termine en trois ou quatre jours.

D'après ce qui précède, on voit que la méningite a une marche continue, mais sujette pourtant à des irrégularités, à des aggravations, qui cependant sont mcnns fréquentes ici que dans la méningite tuberculeuse, et simulent moins que dans celle-ci l'intermittence ou la rémittence. 11 est des symptômes de la méningite, comme certains troubles cérébraux, par exemple, qui s'amendent parfois d'une manière soudaine, et cela au moment môme où tout semble indiquer une agonie prochaine : tels sont le délire et le coma, qui peuvent diminuer assez, quelque temps avant la mort, pour qu'on obtienne parfois de la part des malades des réponses assez lucides.

Variétés. — Je viens de décrire les symptômes les plus ordinaires de la méningite et sa marche la plus habituelle ; lamaladie pourtant ne se traduit pas toujours par les mêmes phénomènes, et ceux-ci d'ailleurs ne se reproduisent pas constamoient

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