‹ Traité de pathologie interneChapitre 84 sur 152 · DE LA MÉNINGITE AIGUË · texte numérisé non relu

DE LA MÉNINGITE AIGUË

quefois peu avant la mort. Quelque diminution que l'on observe dans le délire ou dans le coma, quelque rares que deviennent les convulsions, si les autres symptômes ne diminuent pas aussi de gravité, on devra plutôt craindre qu'espérer. D'ailleurs, on n'aura confiance dans les rémissions qui surviennent qu'autant que celles-ci portent sur la plupart des accidents, et qu'elles ont déjà une certaine durée.

Atiolo^e. — La méningite simple est une maladie qu'on observe à tous les âges. Assez conunune, dit-on, dans les deux premières années de la vie, ce qui est contraire à ma propre observation, elle diminuerait de fréquence de deux à quinze ans. Elle deviendrait plus commune après la puberté, et surtout dans la période comprise entre vingt et quarante. Cependant, dans nos hôpitaux d'adultes, la méningite est une des maladies les plus rares ; c'est à peine si, dans le courant d'une année, j'en observe une ou deux au plus, bien que mon service soit un des plus nombreux et des plus actifs. Les hommes sont, dit-on, pour le moins deux ou trois fois plus souvent atteints de méningite que les femmes. Une constitution forte, un tempérament lymphatique, les professions pénibles qui exposent ceux qui les exercent aux intempéries, semblent être tout autant de causes prédisposantes de la méningite. Les causes efBcientes les plus ordinaires sont les contusions du crâne, avec ou sans fractures, l'insolation, l'abus des boissons alcooliques, une violente secousse morale, une maladie aigué ou chronique. Les affections dans le cours desquelles on voit survenir le plus fréquenmient une méningite, sont la pneumonie, la maladie de Bright, la péritonite, la pleurésie, le rhumatisme articulaire aigu, l'érysipèle de la face, la phthisie pulmon.aire. A ce sujet, nous relèverons une opinion professée par MM. Rilliet et Barthez, savoir : que toute méningite survenant chez un tuberculeux est nécessairement tuberculeuse, quand môme la pie-mère ne contiendrait aucune granulation grise. Une méningite ne peut être tuberculeuse qu'autant qu'on trouve dans la pie-mère les granulations caractéristiques que je décrirai ailleurs.

Traitement. — La gravité de la méningite et sa marche ordinairement rapide exigent l'emploi de moyens prompts et énergiques. Parmi eux, les émissions sanguines tiennent le premier rang ; elles seront pratiquées, quels que soient Tâge des sujets et la période à laquelle la maladie est parvenue, pourvu que L'état du pouls le permette -, c'est môme d'après lui qu'on détermine le nombre de saignées à faire et la quantité de sang que l'on pourra retirer. Les saignées locales, consistant en une ou plusieurs applications de sangsues derrière les oreilles, devront être préfé* rées, chez les enfants très-jeunes, aux saignées générales, tandis que chez les sujets plus âgés, et chez les adultes surtout, il faudra recourir simultanément à la phlé* botomie. La saignée sera faite au bras ; la saignée des veines du pied ou de la jugulaire, ou bien encore l'ouverture des artères temporales, que quelques personnes préfèrent, n'offrent aucun avantage, et entraînent souvent plusieurs inconvénients. Quant aux saignées locales, nous croyons que des sangsues appliquées aux apophyses mastoîdes, en petit nombre, mais renouvelées au fur et à mesure qu'elles tombent, de manière à entretenir un écoulement de sang continu, auront plus d'efficacité que les scarifications à la nuque, et môme que l'application d'un grand nombre de sangsues sur le crâne préalablement rasé. L'expérience n'a pas encore prouvé qu'il soit bien préférable d'appliquer les sangsues tout le long des sutures, comme le veulent quelques médecins. Concurremment avec les émissions sanguines, on emploiera les révulsifs sur les extrémités inférieures (sinapismes, pédiluves irritants, ventouses Junod) et sur le tube digestif, lorsqu'aucune compUca-

tion n'en contre*indique l'emploi. On donnera la préférence aux huileux, aux purgallfis salins, et surtout au calomel. En même temps on tâchera de diminuer l'afflux du sang vers le cerveau, en tenant la tête très-élevée, en la plaçant sur un oreiller de crin ou de balle d'avoine, en entretenant autour du malade une température fraîche ; on a aussi conseillé la compression des carotides, moyen difficile à employer d'une manière continue, et partant, efficace ; enfin, on fait des applications froides sur la tête. Les uns, après avoir coupé les cheveux très-près de la peau, appliquent des compresses froides que l'on renouvelle fréquenunent, ou bien ils placent sur le front une vessie contenant une certaine quantité de glace pilée. Enfin, il en est qui conseillent les afhisions ou l'irrigation continue. M. Rilliet donne la préférence à ce dernier moyen. Quelle que soit la méthode qu'on suive, il importe de savoir que les applications froides ne conviennent qu'au début, pendant la période d'excitation, et qu'elles sont nuisibles lorsque le coma et la résolution surviennent Quelques médecins, au nombre jdesquels on peut compter Romberg (de Berlin), proposent de remplacer les lotions froides par des applications chaudes. C'est ainsi qu'on entoure alors la tête de compresses trempées dans de l'eau ou dans une infusion de camomille chaude ; on en renouvelle l'application avant leur refh)idissement. L'expérience n'a pas encore sanctionné chez nous cef te méthode, qui mérite pourtant d'être expérimentée. Lorsque les accidents ataxiques continuent de s'accroître, on leur oppose les antispasmodiques, naais leur utîHté est très-contestable. Le moyen qui nous parait être alors le moins souvent inefficace consiste dans les afTusions fh)ides données à la température de 15 à 20 degrés, pendant quelques secondes ou une à trois minutes au plus. Enfin, lorsque la période d'excitation est remplacée par l'état comateux ; lorsque tout indique une forte compression du cerveau, les émissions sanguines peuvent être encore employées, surtout si on les a négligées au début ; mais c'est alors qu'il faut recourir aux révulsifs puissants, tels sont les vésicatoires aux extrémités et à la nuque : on peat même, dans les cas où le péril est imminent, mettre un séton au cou ou bien raser le crâne, l'oindre avec la pommade émétisée ou le recouvrir d'un emplâtre é^ splastique. Delarroque a publié, dans le Bulletin thérapeulique de 1844, un petit travail pour prouver les bienfaits de cette méthode ; le vésicatoire à la tête n'était employé par lui que lorsqu'il avait retiré 130 à 200 grammes de sang par la section de l'artère temporale. Arrivé à la période dont nous parlons, on tâchera de modifier la nutrition en donnant les mercuriaux, tels que le calomel, qu'on administre à l'intérieur à doses fractionnées ; on fera aussi concurremment, avec l'onguent napolitain, des fHctions aux tempes, sur le front ou derrière les oreilles. Les mercuriaux sont même indiqués dès le début de la nuladie. Il est inutile de dire que les boissons douces et qu'une diète absolue devront seconder l'action des moyens qui précèdent, n faudra, pendant la convalescence, user des plus grands ménagements, et surveiller avec la plus vive sollicitude l'hygiène des malades.

De la méningite cbromiqae.

La méningite chronique simple, soit primitive, soit consécutive à la méningite aiguë, est excessivement rare, hors le cas de démence, et il est impossible aujourd'hui d'en tracer l'histoire anatomique et surtout symptomatique. 11 faut bien se garder de prendre, comme on le fait trop souvent, pour des indices d'une phlegmasie chronique, certaines opacités qui existent fréquemment sur l'arachnoïde viscérale, au voisinage de la grande scissure interlobulaire. Ces plaques blanches

DE U MENINGITE RACHIDIENNE ET CÉRÉBRO-SPINALE. 489

ne sont pas produites, comme certaines taches dn péricarde, par un dépôt de matière albumineuse; mais elles sont le résultat d'une simple perversion de nutrition indépendante de tout travail inflammatoire. On' en trouve d'absolument semblables sur les autres séreuses viscérales. M. Lélut en a rencontré chez des individus de tout &ge, bien qu'ils n'eussent jamais eu de symptômes cérébraux ; il a constaté notamment cet épaississement de l'arachnoïde chez vingt à vingt-cinq suppliciés.

La méningite chronique se rencontre presque toujours, comme complication, dans les lésions organiques du cerveau ; plus fréquemment encore on l'observe chez les sujets en démence, et elle forme un des caractères anatomiques les plus fréquents qu'on trouve dans la paralysie générale progressive ; j'en parlerai bientôt lorsque je traiterai de cette dernière affection.

Page 1