DB LA MÉNINGITE RACHIDIENNE ET CÉRÉBRO-SPINALE
L'arachnoïde et la pie-mère rachidiennes peuvent s'enflammer isolément; mais le plus souvent, c'est-À-dire dix-huit fois sur vingt, d'après M. Gahneil, ces membranes sont affectées simultanément avec celles du cerveau : voilà pourquoi la maladie mérite, dans la plupart des cas, le nom de cérébro-spinale.
Je confondrai dans une description commune la méningite spinale simple, sporadique, et la méningite épidémique ; car il n'y a entre elles qu'une différence de degré et de violence.
Historique. — La méningite cérébro-spinale, signalée vaguement par les anciens, qui paraissent l'avoir vue régner plusieurs fois épidémiquement, connue de Prosper Alpin, n'a pouriant été convenablement décrite que parles modernes. Ayant acquis, dans ces derniers temps, une fréquence inusitée, ^cialement parmi les soldats, elle a été étudiée avec beaucoup de soin par MM. Lamothe et Lespès (I), Faope-Villard (2), Chauffard (3), Forget (4), RoUet (5), Michel Lévy (6), etc. ; mais le travail le plus complet, le plus remarquable que nous ayons, est, sans contredit, la relation qu'a publiée le professeur G. lourdes sur une épidémie qui a régné à Strasbourg de 1840 à 1844. Le travail de ce savant médecin, rédigé dans un excellent esprit, est d'un grand intérêt, et peut être cité comme un modèle de description.
Anatomie pathologique. — Les caractères anatomiques de la méningite rachidienne ne diffèrent guère de ceux de la méningite cérébrale : on retrouve en effet la même ii^ectlon de la pie-mère et les mêmes produits de sécrétion albumino-fibrineuse ou purulente. Ceux-ci ne sont presque jamais épanchés dans la ca\1té de l'arachnoïde, mais ils infiltrent le tissu cellulaire sulijacent, où ils forment une couche plus ou moins considérable; ils offrent toujours plus d'épaisseur à la face postérieure de la moelle qu'antérieurement, où le plus souvent même ils manquent complètement. La moelle épinière a ordinairement sa consistance normale ; parfois elle parait même plus ferme; enfin, dans quelques cas, elle est assez ramollie à sa surface pour qu'en la séparant des méninges celles-ci en entraînent de petits fragments.
(\) Gazette médicale, 1888.
(3) Journal de médecine, de chirurgie ei de pharmacie militaires, t. XLVIII. (Z) Bévue médicale de 1842.
(4) Gazette médicale de 1842.
(5) Mémoires de l'Académie de médecine^ t. X.
(6) Gazette médicale de Paris, 1846. ^>
La méningite spinale est plus fréquente à la région cervicale qu'aux régions dorsale et lombaire ; elle peut être circonscrite à un espace trèsr-limité : c'est ce qui a lieu particulièrement lorsque la phlegmasie est consécutiTe à une altération des vertèbres ; ce n'est guère que dans ces cas qu'elle existe à l'état chronique. On trouve alors une adhérence des deux feuillets de l'arachnoïde, ou bien son feuillet viscéral, opaque, semble épaissi ; cependant un examen attentif démontre que cet épaississement dépend du tissu cellulaire subjacent, etquelç feuillet arachnoîdien y est complètement étranger. Enfin, on trouve quelquefois aussi des adhérences morbides entre l'arachnoïde et la pie-mère, ou bien entre celle-ci et la surface de la moelle. Quelques personnes ont encore voulu regarder conmie résultant d'une phlegmasie chronique la présence des lamelles cartilagineuses qui hérissent quelquefois la face interne du canal rachidien ; mais aucun fait ne justifie une pareille supposition.
Les lésions caractérisant la méningite cérébro-spinale sont tantôt plus, tantôt moins marquées. Il est même des cas où la mort est si prompte, qu'on ne trouve presque rien dans les centres nerveux ; c'est à peine s'il existe un peu d'hijection des méninges et un état poisseux, ou bien un peu de sécheresse de l'arachnoïde.
Il n'est pas rare de trouver sur les cadavres des individus morts de méningite cérébro-spinale des traces de phlegmasie dans plusieurs autres organes, spécialement dans les autres séreuses splanchniques, et Jusque, dans les articulations et dans la tunique vaginale ; on parle aussi de diverses lésions intestinales, telles que développement des follicules de Brunner, épaississement ou ramollissement de la muqueuse ; la rate serait aussi, dans beaucoup de cas, augmentée de volume et ramollie.
Je n'ai parlé, jusqu'à présent, que de l'inflammaiion de l'arachnoïde et de la pie-mère ; la dure-mère pourtant peut, dans quelques cas rares, participera l'infiammation, mais cela n'a guère lieu que lorsque la phlegmasie est consécutive à une altération des os. Cependant on lit dans la Gazette médicale de 1833 un travail du docteur Albers (de Bonn), qui semble étabUr la possibiUté de l'inflammation primitive de la dure-mère. Cette membrane, devenue très-opaque, épaissie, avait acquis en outre une coloration d'un rouge de cinabre et qui résista à la macération pendant deux jours.
Symptômes. Marche. — La méningite spinale peut avoir une invasion brusque, foudroyante : c'est ce que M. Tourdes a constaté plusieurs fois pendant l'épidémie de Strasbourg, où Ton vit des hommes pleins de force et de santé passer sans transition à un état des plus graves, et succomber en quelques heures, avant même que les lésions caractéristiques eussent eu le temps de se développer. Le plus souvent pourtant on note des prodromes, tels que frissons, céphalalgie, douleurs des membres, dysurie, rétention d'urine, nausées, vomissements. Mais en raison de la coïncidence presque constante d'une méningite intra-crftnienne, les symptômes de la méningite spinale sont souvent masqués au début par des troubles cérébraux r ceux-ci pourtant sont parfois consécutifs. Quoi qu'il en soit, dans la méningite spinale, les malades éprouvent une douleur plus ou moins vive, parfois sourde, obtuse, quelquefois violente, déchirante, dans le dos (rachialgié). Presque toujours circonscrite aux régions lombaire, dorsale, et surtout cervicale, elle s'irradie parfois vers les membres, augmentant par les mouvements musculaires et souvent par la pression. En môme temps les muscles de la partie postérieure du tronc sont pris de contraction convulsive; celle-ci varie depuis la simple rigidité jusqu'à une contracture telle, que la tète et le tronc sont fortement renversés en arrière, comme