DE LÀ MÉNINGITE RACHIDIENNE ET CÉRÉBRO-SPINALE
dans Topisthotonos. Cette contraction tétanique peut être permanente ; le plus souvent pourtant elle présente des rémissions plus ou moins complètes, et elle se renouvelle soit spontanément, soit à l'occasion des mouvements qu'on imprime aux malades. Une contracture analogue peut affecter divers autres muscles du corps : ainsi il y a quelquefois du trismus, de la roideur dans les muscles des avant-bras et des mollets ; mais rarement il existe des secousses convulsives et épileptiformes, excepté pourtant dans les muscles de la face. Les membres supérieurs et inférieurs peuvent souvent exécuter avec précision leurs mouvements habituels ; cependant ils sont ordinairement plus faibles ; souvent aussi ces parties sont le siège de crampes, tandis que la peau présente une exaltation de sensibilité telle, que la moindre pression exercée sur elle ou le plus léger mouvement imprimé arrache des cris aux malades. Cette exaltation se remarque surtout aux membres. En même temps la respiration s'accélère et devient difficile; le pouls est fréquent^ fébrile ; au début pourtant il est aussi souvent ralenti qu'accéléré. La peau est chaude et baignée de sueurs ; il y a de la constipation, l'urine s'échappe involontairement, ou bien elle est retenue dans la vessie par suite de la paralysie de cet organe. On constate presque toi^ours divers accidents qui dépendent de la coïncidence d'une méningite cérébrale : ce sont surtout la céphalalgie, le délire ou le coma, et le strabisme. Enfin la plupart des auteurs signalent la fréquence des éruptions cutanées dans le cours de cette affection. Ainsi M. lourdes a vu un herpès labialis chez les deux tiers de ses malades; on a signalé l'existence de quelques taches rosées lenticulaires, plus souvent il sur>îent des pétéchies, des ecthymas, de l'impétigo et de la mihaire. Quelquefois des eschares se déclarent sur le sacrum et aux trochanters.
En résumé, la méningite spinale est essentiellement caractérisée par la douleur rachidienne, par la roideur tétanique et par l'exaltation de la sensibilité générale. Ces divers accidents offrent souvent des rémissions et môme des intermittences C(»Dplètes; mais il est rare que l'appareil fébrile suive les mômes variatiqns; du moins Us ne cessent jamais complètement, comme les troubles cérébraux peuvent le faire. Cependant, au bout de quelque temps, les accidents ne présentent plus de rémission ; ils s'aggravent sans cesse, et la mort survient au milieu des symptômes convulsifs épileptiformes, ou bien par suite de la gêne croissante de la respiration, et dans un état d'asphyxie lente. En général, la roideur et les contractures persistent Jusqu'aux derniers moments : dans quelques cas, assez rares pourtant, on observe dans les derniers jours un état de résolution ou de paralysie. M. lourdes n'a noté celle-ci que 3 fois sur 99 sujets; elle est presque toujours limitée, n'occupant, par exemple, qu'une Jambe ou un bras.
Terminaison. Durées. — La mort est la terminaison la plus ordinaire de la méningite spinale ; quelques Jours ou môme quelques heures suffisent parfois pour emporter les malades ; mais la plupart atteignent un, deux ou trois septénaires et au delà ; on en a vu beaucoup qui ne succombaient môme qu'au quarantième ou cinquantième jour, après avoir eu des eschares au sacrum et ôtre tombés dans le marasme (lourdes. Chauffard). L'épanchement intra-rachidien est-il susceptible de s'ouvrir une issue au dehors ? Quelques faits semblent prouver cette possibilité. M. Champion (de Bar-le-Duc) a vu, par exemple, un épanchement purulent formé dans les membranes se faire jour entre la troisième et la quatrième vertèbre lombaire dans les muscles spinaux, et y former un foyer. On conçoit qu'en pareil cas la paralysie pourrait devenir moindre en raison d'une diminution dans la compression de la moelle ; cependant Jusqu'à présent aucun malada n'a guéri de cette
manière. Ceux, en fort petit nombre, chez lesquels la maladie a eu une heureuse issue sont revenus lentement à la santé, et ont présenté souvent une maigreur et un affaiblissement extrêmes. Il ne parait pas que Jusqu'à ce Jour on ait constaté ni rechute ni récidive. On ne sait rien sur la forme chronique de la méningite rachidienne.
Diagnostic. — Le diagnostic est en général facile ; nous dirons plus tard comment on pourra distinguer la méningite spinale d*avec la myélite et d*avec le tétanos, qui, de toutes les affections, sont les seules avec lesquelles on pourrait la confondre. (Voyez, en outre, ce que nous avons dit plus haut du diagnostic de la méningite crânienne.)
Il n'y a nulle difficulté non plus à diagnostiquer la méningite cérébro-spinale d'avec la fièvre typhoïde. Peut-être serait-il moins iEiisé de différencier Tiaflammation des méninges rachidiennes d'avec un accès de fièvre pernicieuse à forme tétanique ; mais le doute ne pourrait exister qu'au premier accès, caria répétition des mêmes accidents à des époques fixes éclairerait aisément sur la nature de l'affection.
A l'exemple de M. Albers, je ne rechercherai pas s'il y a des caractères distinctifs entre TînOammation de la dure-mère rachidienne et celle des autres enveloppes de la moelle ; car l'étude attentive des deux faits réunis par le professeur de Bonn prouve, au contraire, contre son opinion, que l'inflammation de toutes ces membranes si intimement unies entre elles se révèle par des symptômes semblables, et rien, comme le dit OUivier, ne Justifie le diagnostic différentiel que M. Albers a cherché à établir.
Pronostic. — Que la méningite soit sporadique ou bien épidémique, son pronostic est également des plus graves. Dans l'épidémie de Strasbourg, la mortab'té a été, dit-on, de 60 pour 100, et même de 70 ou 80, en ne comprenant que les cas graves. Un délire intense, les convulsions violentes des muscles rachidiens, les accidents typhoïdes, les pétéchies, la gangrène, sont des accidents de fâcheux augure.
fttiologie. — La méningite spinale est une des maladies aiguës qu'on observe le plus rarement dans nos hôpitaux. Je ne crois pas en avoir observé plas d'un seul cas en douze ou quinze ans. Il n'en est pas de môme dans certaines localités et surtout dans certaines villes de garnison où, comme à Rochefort, la population civile fut frappée comme le furent les militaires et les forçats. Dans la grande majorité des cas, la maladie s'est circonscrite dans les casernes, frappant presque partout les nouvelles recrues, le plus souvent spontanément, sans causes provocatrices, quelquefois après une impression de fh>id ou après quelque excès. On n a pn trouver ni dans l'air, ni dans le climat, ni dans l'alimentation, ni dans le casernement, la source du développement de ces épidémies, qui, depuis 1837 surtout, ont «évi en France sur divers points du territoire. M. Boudin a, dans un excellent travail publié en 1849 dans les ArchiveSy soutenu l'opinion que la méningite cérébrospinale était contagieuse ; mais les faits invoqués par ce savant médecin, quoique dignes d'attention, ne m'ont pas encore tout à fait convaincu ; je crois qu'avant d'admettre une pareille doctrine, il importe de recueillir des documents plus nombreux et plus précis.
Traitement. — Le traitement consiste dans l'emploi des saignées générales, auxquelles on associera les saignées locales fkites à l'aide de sangsues, et surtout de ventouses, qu'on applique en grand nombre tout le long du rachis. Cependant aujourd'hui la plupart des médecins s'accordent pour reconnaître que les émissions sanguines ont une utilité restreinte. Dans la première période on a en outre prescrit avec avantage des bains prolongés tc^c ou sans afflision. Ix^rsque l'état du
DE U MÉNINGITB RAGHIDIBNNE ET CÉRÉBRO-SPINALE. 493
pouls ne permet plus de recourir aux émissions sanguines, on promène le long du rachis des résicatoires volants, et l'on tâche aussi de favoriser l'absorption des liquides épanchés, à l'aide des mercuriaux administrés, comme on le ftdt dans la méningite cérébrale. La médication révulsive est celle qui inspire le plus de confiance à M. RoUet ; il l'emploie avec la plus grande énergie. Après avoir largement saigné et appliqué nombre de sangsues et de ventouses de la nuque au sacrum, il fait à la période du collapsus, avec le cautère actuel rougi à blanc, six à huit eschares de i 5 millimètres de diamètre dans les gouttières vertébrales, en même temps qu'il couvre les membres de sinapismes et de larges vésicatoires ammoniacaux. Le péril imminent des malades, l'inutilité des autres moyens, pourraient seuls justifier une médication si violente.
Les sédatifs ont aussi trouvé plusieurs partisans; la plupart préfèrent l'opium. Ce médicament employé par M. ChaufTard à Avignon, par M. Boudin et par les professeurs Tourdes et Forget à Strasbourg, parait avoir été souvent utile. On a conseillé de le donner dès le début, associé ou non aux émissions sanguines, et d'en porter la dose à 30, 40 et 60 centigrammes et plus par Jour. Les malades ont une remarquable tolérance pour ce remède, et cette tolérance est d'autant plus grande que les symptômes sont plus graves ; il faut proportionner les doses à l'intensité des accidents. Lorsque le délire est violent, les douleurs et le tétanos intenses, M. Boudin débute par 50 centigrammes et môme 1 gramme d'extrait thébaîque, administrant ensuite toutes les demi-heures 5 centigranmies, Jusqu'à ce qu'il survienne de la somnolence ou une rémission dans les symptômes. A mesure que la maladie rétrograde, la tolérance pour l'opium cesse, et l'on peut voir alors ce fait remarquable d'individus chez lesquels 5 centigrammes d'opium provoquent le sommeil, tandis que des doses vingt fois plus grandes étaient impuissantes à le faire pendant la violence des symptômes. Les résultats obtenus jusqu'à présent autorisent à essayer ce remède : c'est en effet la méthode qui compte en sa faveur le plus de succès.
M. Boudin emploie l'opium d'emblée sans émissions sanguines préalables. Cette pratique doit-elle être imitée dans tous les cas? Les faits sont encore insuffisants pour le dire. Bien que les saignées seules n'aient pas donné des résultats bien favorables dans le traitement de la méningite cérébro-spinale, je les crois néanmoins indiquées au début lorsque la réaction est forte et lorsque les sujets sont vigoureux : c'est ainsi d'ailleurs qu'ont agi la plupart de ceux qui ont vanté l'opium. Les succès obtenus par ce médicament ont sans doute engagé à recourir à d'autres sédatifs. C'est ainsi qu'on a conseillé les inspirations d'éther ou de chloroforme; on les fait dès le début nombreuses et rapprochées, jusqu'à ce qu'on obtienne du sommeil et du calme ; mais les faits rapportés jusqu'à ce jour sont encore en assez petit nombre, et sont d'ailleurs peu concluants. L'opium devra donc être préféré aux agents anesthésiques.
Disons enfin que quelques médecins, considérant l'affection comme une sorte de fièvre pernicieuse, ont eu recours contre elle au sulftate de quinine ; mais ce médicament ne peut rien contre la maladie.
Nature. — D'après l'opinion générale, la méningite cérébro-spinale serait une phlegmasie légitime devant occuper dans le cadre nosologique la place que nous lui avons assignée. Cependant deux de nos médecins militaires les plus distingués ont émis récemment une opinion différente. Pour M. Boudin, la maladie dont nous parlons ne serait rien autre qu'une variété du typhus. 11 se fonde sur ce que cette forme de la maladie aurait été observée pendant les typhus qui ont régné de
i94 INFLAMMATION DE L'APPAREIL DE L'INNERVATION.
1805 à 4815, sur la possibilité de sa transmission, snr Tinsuccès des antipblogistiques, ainsi que sur l'absence, dans quelques cas, de tout désordre anatomique. On peut objecter à ces diverses raisons que la transmissibilité de la maladie n'est pas encore établie sur des preuves suffisantes ; que les altérations révélées par l'aotopsie siègent exclusivement vers les centres nerveux, à moins de complications, et qu'elles sont constantes, excepté dans les cas rares où la mort est survenue dans la période congestive. Si les antiphlogistiques sont presque toujours impuissants, ils le sont de môme dans la plupart des pblegmasies de Taxe cérébro-^inal, que celles-ci soient spontanées ou bien traumatiques. Si du pus a été trouvé dans les méninges cérébro-rachidienneii pendant quelques épidémies de typhus, cela ne prouve pas que les deux affections soient de nature identique, mais seulement que l'une peut compliquer l'autre ; quelquefois aussi on a dû rapporter à la maladie prédominante des cas de méningite simple : ce sont là des erreurs qui ont été commises dans toutes les épidémies. Les analyses du sang ayant démontré une augmentation de la fibrine, sont une preuve nouvelle que la méningite cérébro-spinale doit être classée plutôt dans les pblegmasies que dans les pyrexies.
Pour M. Michel Lévy, la maladie ne serait pas une phlegmasie simple, nyds elle serait l'effet d'une altération indéterminée du sang qui se révélerait par une tendance à la suppuration de la part des membranes séreuses du corps. Cependant nous dirons que dans la majorité des cas la maladie est concentrée dans les méninges, et qu'on ne saurait bfttir toute une théorie sur quelques faits exceptionnels et sur une simple supposition.
Pour nous donc, la méningite cérébro-spinale est une phlegmasie qui emprunte sa gravité à son siège, à son état souvent épidémique, ainsi qu'aux conditions plus ou moins fâcheuses au milieu desquelles elle se développe.
DB l'encéphalite.
Quoique le mot encéphale serve à désigner toute la masse nerveuse qui est logée dans le crâne, l'usage néanmoins a conservé l'expression d*encéphdiU^ caractériser seulement l'inflammation qui envahit le cerveau, le cenelet et la protubérance. La phlegmasie de la moelle allongée ne pouvant être séparée de celle qui occupe les parties inférieures de ce cordon nerveux, nous en traiterons à ^a^ ticle Myélite.
Divisions. — L'histoire de l'encéphalite est difficile à tracer, puisque, sous ce nom, on a confondu les maladies les plus diverses, depuis l'ii^ection et l'apopleiie capillaire jusqu'aux transformations et dégénérescences organiques. Cependant, depuis quelques années, on a fait de louables efforts pour mettre fin à une confusion très-déplorable; aussi la science doit-elle beaucoup sous ce rapport à Abercrombie (1), Lallemand (2), à MM. Andral (3), Cahneil (4), Cruveilhier (5), Rostan (6), Durand-Fardel (7).
L'encéphalite est distinguée, d'après sa marche, en aiguè et en cArontgWî d'après son siège, en diffuse et en partielle ou locale, suivant qu'elle s'étend
(t) Maladies de l* encéphale ^ traduit de Tanglais. Paris, 1835.
(2) Lettres sur Pencéphale^ 1820, voyez surtout les six premières.
(3) Clinique médicale^ t. V.
(A) Dans le Dictionnaire de médecine ^ t. XI, et Maladies inflammatoires du cerveau,
(5) Anatomie pathologique^ liv. xixiii.
(6) Recherches sur le ramollissement du cerveau, Paris, 1828, 2» édition. , 0) Thèse inaugurale, année 184C, n« 261, et Traité du ramollissement, Paris, lW«i 'û"*-