DB L'ENCÉPHALITE
superficiellement sur une grande surface ou qu'elle occupe un point circonscrit. H a déjà été question de la première espèce à l'occasion de la méningite, avec laquelle elle coexiste presque toujours, et dont on ne peut la distinguer pendant la vie. Enfin, suivant que Tinflammation occupe le cerveau, le cervelet ou le mésocéphale, la maladie est désignée sous les noms de céréMUj de cérébeîlite et de mésocéphaiite.
Anatomie pathologiqae. •— Dans un premier degré de l'inflammation, la pulpe cérébrale présente dans une étendue plus ou moins considérable un piqueté rouge très-fin : il semble alors que le sang pénètre un plus grand nombre de vaisseaux capillaires. Quelquefois, au lieu de ce piqueté fin, ou bien à une période un peu plus avancée de la maladie, on constate une coloration plus ou moins uniforme, s'étendant môme parfois jusque dans les parties saines circonvoisines. La teinte, généralement plus foncée dans la substance grise que dans la médullaire, varie depuis le rose tendre jusqu'au rouge livide ou cramoisi. Il est rare alors que la portion du cerveau malade n'ait pas subi quelque changement dans sa nutrition. La partie semble généralement être gonflée et augmentée de volume ; c'est ce qui est prouvé d'ailleurs par l'aplatissement 4es circonvolutions correspondantes. En môme temps la pulpe nerveuse parait plus consistante et plus friable, ou bien elle est manifestement ramollie. Souvent à cette môme période le sang, s'étant échappé des vaisseaux, a produit de petites ecchymoses, ou bien, infiltré seulement dans la pulpe nerveuse, il se combine intimement avec elle ; parfois enfin il forme de très-petits caillots apoplectiques disséminés çà et là. Dans ce dernier cas, M. Gruveilhier dit qu'il existe une apoplexie capillaire. Cette expression dépeint très-bien l'état anatomique dont nous parlons; cependant elle a l'inconvénient d'assimiler une certaine période de l'encéphalite avec l'hémorrhagie cérébrale, qui, comme nous le verrons plus tard, est une maladie essentiellement distincte de celle que nous décrivons actuellement. Mais est-ce à dire pourtant qu'on ne doive pas admettre une apoplexie capillaire indépendante de tout travail inflammatoire, et qui serait pour les capillaires ce qu'est l'apoplexie proprement dite pour les vaisseaux plus volumineux? Cette question me parait insoluble dans l'état actuel de la science.
En résumé, la première période de l'encéphalite est caractérisée par l'injection, par la coloration rouge, l'induration, la friabilité, ou bien par un ramollissement plus ou moins considérable de la pulpe nerveuse. Cette dernière lésion est la plus fréquente.
Le degré du ramollissement varie depuis une simple diminution de consistance Jusqu'à cet état où la pulpe cérébrale est convertie en bouillie peu épaisse, homogène, qu'on entraîne facilement sous un filet d'eau. Sa coloration est non moins variable ; l'intensité de la couleur rouge ou noire est en rapport avec la quantité de sang qui infiltre le tissu, et avec son degré de combinaison plus ou moins intime avec lui. La plupart des médecins regardent la coloration rouge comme nécessaire pour caractériser le ramollissement inflammatoire du cerveau. Ils contestent, en effet, la môme origine à tous ceux qui ont lieu sans modification dans la coloration normale, et à plus forte raison à tous ceux qui s'accompagnent d'une décoloration du tissu altéré, à moins pourtant qu'il ne soit prouvé que la blancheur du ramollissement est produite par la présence du pus. Cette question, qui a été agitée et résolue différemment par les hommes les plus éminents de ce siècle, est un des points les plus obscurs de l'anatomie pathologique, et qui ne nous parait pas encore susceptible d'une solution satisfaisante. Il est incontestable que presque
tous les ramollissements inflammatoires du cerreau o£hrent une coloration rouge ou violacée, parfois jaunâtre; cependant ne peut-il pas se faire qu'un ramollissement atonique soit ensuite coloré par un afflux de sang qui a lieu consécutivement 7 D'autre part, on rencontre assez fréquemment dans la pratique, des individus qui succombent rapidement avec des accidents cérébraux et avec les symptômes d'une vive réaction inflammatoire, et à l'autopsie desquels on ne trouve d'autre altération pour expliquer les uns et les autres qu'un ramollissement blanc, pulpeux du cerveau, sans qu'onp uisse rapporter cette coloration à la présence du pus. Ici l'état anatomique est en désaccord avec l'expression symptomatique. Mais de ce qu'il y ' a eu de la fièvre et l'appareil des maladies pblogistiques, on ne saurait en conclure rigoureusement que le ramollissement est de nature inflammatoire, puisqu'il est prouvé aujourd'hui qu'il existe des lésions et des troubles fonctionnels indépendants de tout travail inflammatoire, qui excitent néanmoins la fièvre au môme degré que ceux qui ne reconnaissent pas d'autre origine. Nous reviendrons encore sur ce môme sujet lorsque nous traiterons du ramollissement simple du cerveau.
La troisième période de l'encéphalite est marquée par la ibrmatioD du pus, qui tantôt est infiltré dans la pulpe cérébrale, et tantôt réuni en collections plus ou moins grandes. Lorsque du pus se forme dans le tissu cérébral ramolli, voit la coloration rouge s'affaiblir et ôtre remplacée peu à peu par une teinte d'un blanc opaque, sale, jaune ou verdfltre, suivant la couleur du pus. Comme l'observe Lailemand, la décoloration est surtout remarquable dans la substance grise, qui, dans la période précédente, présentait communément une teinte plus foncée que celle de la substance médullaire ; cette teinte finit par se confdhdre, ainsi que celle de la substance blanche, en une couleur tantôt unifonne, tantôt présentant des nuances variant du blanc sale jusqu'au vert. Cependant doit-on attribuer à une infiltration purulente tous les ramollissements blancs, crémeux, et môme ceux dans lesquels la substance blanche est plus pâle qu'à l'état normal? Lallemand a soutenu cette opinion avec un admirable talent; mais il a été forcé pourtant de convenir que souvent l'inspection des parties ne révélait point manifestement la présence du pus, et que l'existence de ce produit ne pouvait alors ôtre admise que par analogie. Nous croyons néanmoins que rien ici ne saurait remplacer la démonstration, et du moment que la suppuration ne se révèle pas à nous d'une manière manifeste, il faut, sinon contester absolument la nature inflammatoire du ramollissement, du moins n'émettre à ce sujet qu'une opinion très-dubitative, lors môme que les accidents observés pendant la vie sembleraient confirmer cette supposition. D'ailJears il n'est pas naturel de croire que du pus infiltre un ramoUissement parfaitement blanc, à moins de supposer qu'une matière plus ou moins colorée comme l'est ce liquide, puisse se mêler à un corps blanc sans en modifier la teinte.
Cependant, si du pus existe, il finit tôt ou tard, lorsque la vie se prolonge suffisamment, par se réunir en un ou plusieurs foyers, qui peuvent avoir le volume d'un poix, d'une noix, d'un œuf et plus ; car il en est qui occupent tout un lobe, et môme la plus grande partie d'un hémisphère. Le pus baigne tantôt directement la substance du cerveau, tantôt il y est enkysté. Si l'abcès est très-superficieUemenf placé, les circonvolutions sont aplaties, et souvent le cerveau présente dans ce point une coloration verdâtre, jaune ou d'un blanc opaque. En pressant à ce niveau, on sent manifestement de la fluctuation. Si l'on incise sur ce point, on voit s'écouler un pus presque toujours inodore et d'un blanc crémeux, quelquefois jaune, rerdûtre et floconneux. Si le foyer est récent, ses parois sont anfractueuses et inégales,