URINAIRES
DE l'inflammation DES REINS
Jusque dans ces derniers temps on a compris sous le titre de néphrite les inQammations aigués et chroniques des divers tissus qui entrent dans l'organisation des reins. Cependant les recherches des observateurs modernes, particulièrement celles de Bright et de Christison en Angleterre, ainsi que les beaux travaux de M. Rayer en France, ont démontré que Tinflanmiation pouvait affecter des sièges différents. C'est ainsi qu'on la voit envahir isolément les substances corticale et tubuleuse, ou bien la membrane interne des calices et surtout celle des bassinets : on nonmie la première néphritey et l'on réserve à la dernière la dénomination de pyélUe, Ces deux espèces d'inflammations coexistent souvent chez le même individu, et peuvent se montrer l'une et l'autre à l'état aigu et à Tétat chronique. Les auteurs, et M. Rayer surtout, ont encore admis plusieurs espèces ou variétés d'inflammations rénales, en ayant surtout égard' aux causes qui les produisent ou aux circonstances dans lesquelles elles se développent : c'est ainsi qu'on a admis une néphrite rhumaUstnaU et une néphrite goutteuse ; mais la description qui en a été donnée est tellement vague et confuse, qu'on n'y reconnaît point les traits d'une affection distincte : aussi n'en parlons-nous point. Quant à la maladie à laquelle le docteur Bright a donné son nom, et que quelques'auteurs ont considérée comme une variété de l'inflammation rénale, nous en renvoyons l'étude dans le tome H, car nous ne saurions considérer cette maladie autrement que comme une lésion de nutrition spéciale au tissu des reins, à la production de laquelle l'inflammation n'a aucune part : c'est ce que nous chercherons à établir plus tard.
Caractères ana'tomiques. — Dans le premier degré de l'inflaamiation, on trouve les reins augmentés de volume, en totalité ou en partie, suivant que la maladie est générale ou partielle. A l'extérieur de l'organe existe une coloration qui varie du rouge au brun foncé : elle est uniforme ou bien eUe est disposée par plaques, par arborisations fines ou par piquetés, dans l'intervalle desquels on distingue à l'œil nu ou à la loupe une foule de petits points. Ceux-ci sont d'un rouge vit, plus rarement ils sont noirs, et ne font aucun relief; disposés en ligne, ils sont rarement groupés entre eux ; ils sont visibles à la coupe de la substance corticale, mais ils existent surtout à la surface de l'organe. Ces corps ne seraient autre chose, d'après M. Rayer, que les glandules de Malpighi très-injectées. En divisant les reins longitudinalement et dans -toute leur épaisseur, on reconnaît que les substances tubuleuse et corticale ont plus de consistance ; elles sont ordinairement friables, plus rarement on les trouve ramollies; elles sont, en outre, d'un rouge plus ou moins foncé, à cause de la grande quantité de sang qu'elles contiennent et qu'on voit s'écouler lorsqu'on incise l'organe, ou bien lorsqu'on le presse entre les doigts. A côté de ces parties injectées, M. Rayer en a quelquefois trouvé d'autres où la substance des reins était anémique ; mais cette altération se rencontre plus conununément dans l'affection qu'on nomme maladie de BriglU. Les lésions que je viens d'énumérer constituent le premier degré de la néphrite. 11 est cepen-
dant assez rare de les constater sur le cadavre, attendu que rinflammation des reins n'a une issue funeste qu'à une époque beaucoup plus avancée, et lorsque la suppuration s'est déjà formée dans les tissus.* Dans ce cas, le pus se rencontre surtout dans la substance corticale; il y est rarement infiltré, mais presque toujours on le trouve réuni en petits foyers solitaires ou multiples, du volume d^un pois ou d'une noisette. Plusieurs de ces abcès peuvent former, par leur réunion, une collection plus vaste. Toutefois l'espèce de néphrite que nous étudions actuellement produit rarement des abcès très-étendus. Les vastes suppurations qui occupent tout un rein dépendent bien moins, comme l'a démontré M. Rayer, d'une néphrite simple que d'une inflammation primitivement développée dans les calices et dans le bassinet (voyez plus has' Pyélité). L'émineni observateur que je viens de citer dit également qu'au lieu de pus, on peut trouver infiltrée dans la substance corticale une lymphe plastique, semblable à celle que nous avons signalée dans la splénite. Presque toujours elle forme des plaques grisâtres ou jaunâtres ^ui font relief à la surface de l'organe et ont un volume variant depuis celui d'un grain de cassis jusqu'à celui d'une noix. Cette altération serait presque constante, d'après M. Rayer, dans la néphrite qu'il nomme rhumatismale; elle n'a pourtant Tien de caractéristique, attendu que la même lésion a été trouvée chez des individus succombant à l'action de poisons morbides. Dans quelques cas aussi on a trouvé dans la substance corticale des concrétions d'acide urique avec congestion du tissu ; et Ton a parfois considéré cette lésion comme propre à caractériser une forme de néphrite qu'on a nommée goutteuse,
La gangrène des reins est une altération qui jusqu'à présent a été peu observée. On la reconnaîtra à la couleur livide, brunâtre des tissus, à leur ramollissement^ et surtout à l'odeur caractéristique qu'ils exhalent.
Lorsque la néphrite simple existe à l'état chronique, les reins ont le plus souvent an volume moins considérable ; ils sont atrophiés, durs, plus pesants ; leur surface, plus ou moins marbrée, bleuâtre, ardoisée, quelquefois presque pâle et comme tmémique, est marquée par des saillies ou par des dépressions, dont quelques-unes «ont le résultat de cicatrices. Les premières sont constituées, tantôt par la substance corticale, qui semble avoir subi dans ce point un peu d'hypertrophie ; d'autres fois, elles sont formées par un épanchement de matière fibrineuse dans l'interstice des tissus.
Symptômes. Marche. — Suivant M. Rayer, l'invasion de la néphrite aiguô serait presque toujours marquée par un frisson plus ou moins prolongé ; la douleur le suit de près. Celle-ci est communément sourde, continue, profonde, et ne se réveiUe parfois que lorsque l'on comprime fortement la région rénale. Elle peut txxuper un seul rein ou bien les deux à la fois : dans ce dernier cas, elle prédomine dans un des côtés ; la pression l'exaspère presque toujours. 11 en est de môme fort souvent des mouvements de flexion du tronc, des secousses de la toux et du décubitus en supination. Fixée presque toujours au niveau de Torgane malade, elle s'irradie souvent vers le diaphragme, mais surtout vers les uretères, vers la messie, les testicules ou les aines, où elle retentit d'une manière très-pénible. Il arrive même parfois que la douleur est beaucoup plus vive vers la vessie que^ vers les lombes. Quoique, dans la plupart des cas, les reins enflammés soient en même temps augmentés de volume, cependant il est rare qu'ils forment une tumeur appréciable par le palper de l'abdomen, et môme par la percussion. Par ce dernier mode d'exploration, on peut pourtant les circonscrire quelquefois assez exactement, surtout si la paroi abdominale antérieure, peu épaisse et très-flasque, se
laisse assez déprimer pour pennettre d'arriver sur l'organe malade. L'uriney dans la néphrite, est toujours altérée dans sa quantité et dans ses qualités ; elle est communément moins abondante ; elle peut cesser momentanément d'être sécrétée, non-seulement lorsque les deux reins sont affectés simultanément, mais encore lorsqu'un seul est malade, ce qui s'explique par la sympathie que le rein affecté exerce sur son congénère. Examinée quant à ses propriétés physiques et chimiques, l'urine dans la néphrite simple est parfois un peu sanguinolente, ce qui lui donne alors une couleur foncée ; l'acide nitrique et la chaleur y dévoilent assez souvent la présence de l'albumine ; mais ce produit n'y existe ordinairement qu'en petite quantité et d'une manière tout à fait passagère. L'urine dont nous parlons est à peine acide ; souvent elle est neutre, ou même alcaline, et contient moins d'acide urique et d'urates qu'à l'état normal. On y rencontre aussi des dépôts muqueux ou purulents, ce qui, d'après M. Rayer, indique bien moins une phlegmasie des substances corticale et tubuleuse, que celle des calices, du bassinet, des uretères et de la vessie. Dans la néphrite, l'urine n'a donc aucun caractère constant, et par conséquent caractéristique.
' La néphrite s'accompagne toujours d'un mouvement fébrile plus ou mmi& intense, et proportionné à l'intensité de la maladie ; presque toujours aussi on remarque quelque dérangement du côté des fonctions digestives, comme une bouche mauvaise, des nausées, des envies de vomir et de la constipation. Rarement il existe des symptômes graves de malignité ou de putridité, comme du coma, du délire, de la prostration, des dents et une langue fuligineuses, et des redoublements fébriles simulant des accès de fièvre rémittente pernicieuse. De pareils accidents sont, en effet, excessivement rares ; on ne les observe guère que dans les cas où, la néphrite étant double, la sécrétion urinaire est suspendue. On conçoit qu'il doit en ùtre de même dans les cas où, un rein unique existant, Tinflanmiation vient à l'envahir dans sa totalité.
Terminaisons. Durée. — La néphrite se termine ordinairement par résolution ; on voit alors les symptômes précédemment énumérés disparaître peu à peo, et la sécrétion urinaire revenir à son état physiologique. La maladie dure dans ces cas entre sept et quinze jours. La terminaison par suppuration n'est guère annoncée que par des signes rationnels : tels sont la persistance de la fièvre, arec des redoublements nocturnes, les frissons irréguliers,' les sueurs et les accidents typhoïdes. La présence du pus dans l'urine, que beaucoup de personnes signalent comme un phénomène constant, est, par contre, assez rare. D'ailleurs elle indique peut-être moins une néphrite parenchymateuse qu'une inûanmiation primitive ou consécutive du calice ou des bassinets. Dans les cas rares où la néphrite est suivie de gangrène, les symptômes typhoïdes sont encore plus marqués ; la prostration est extrême ; l'urine est noire, fétide : on l'a comparée à de l'eau de fumier. Lorsqu'il y a suppuration comme lorsqu'il y a gangrène, la mort arrive tantôt par suite des désordres dont le rein est le siège, tantôt par le développement d'une phl^masie du péritoine ou du tissu cellulaire périrénal.
L'infianmiation des reins passe parfois à l'état chronique. Nous avons vu dans ce c^ que le tissu rénal était atrophié ou induré ; mais on n'est pas encore fixé sur la nature des accidents qu'on observe alors. Quelques malades éprouvent une douleur habituelle dans les reins ; leur urine est peu acide : parfois elle est neutre ou même alcaline ; les extrémités inférieures sont faibles ; ils maigrissent et leur constitution s'altère. Cependant, dans une foule de cas, ces lésions qui caractériseut la néphrite chronique existent sans exciter aucun trouble bien appréciable dans la