CHAPITRE VIII
Dégénérescence parencliymuteuse tics reins.
Dans un grand nombre d'autopsies, on trouve les reins d'une flaccidité particulière, anémiés, d'une couleur gris rouge sale, en même temps ils sont légèrement augmentés de volume ou de grosseur normale; en raclant la surface de section, on enlève une bouillie abondante, trouble, d'un jaune grisâtre. Cette bouillie consiste en cellules épithéliales qui se montrent soit isolément, soit agrégées sous forme de tube. Les cellules épithéliales, surtout celles de la substance corticale, sont gonflées par une infiltration albumineuse, présentent un aspect trouble, sont fixement granuleuses : rarement elles sont parsemées de granulations graisseuses et en voie de désagrégation moléculaire. On ne peut pas compter tous ces cas parmi les inflammations parenchymateuses des reins ou les faire dépendre simplement d'une hypérémie rénale. Quoique dans le cours de la néphrite parenchymateuse les épithéliums des canalicules urinifères se gonflent également, subissent la dégénérescence graisseuse et tombent en déliquium, cette affection se distingue de la maladie en question, autant par l'intensité et l'extension du processus que par son caractère idiopathique et sa nature évidemment inflammatoire, au point qu'il est impossible d'identifier ces deux formes morbides. De même l'opinion d'après laquelle la dégénérescence des reins (tel est le nom que nous donnons à cet état morbide, faute d'un meilleur) est due à l'hypérémie, n'est ni prouvée ni probable: Nous ne comprenons pas qu'on ait essayé d'expliquer la fréquence de cette affection pendant la grossesse par la compression des artères rénales et par l'hypérémie passive des reins qui en serait une conséquence (Rosenstein), puisqu'on observe déjà cette maladie dans le cinquième et le sixième mois.
Comme la dégénérescence épithéliale en question se rencontre exclusivement chez des individus qui ont succombé aune grave maladie ou dans les cadavres de femmes enceintes ou nouvellement accouchées, nous sommes en droit d'admettre que ces processus morbides graves, de même que la grossesse qui se rattache intimement à ces derniers par les troubles qu'elle jette dans toute l'économie, exercent, dans de certaines circonstances, une influence fâcheuse sur la nutrition et sur la structure intime des éléments de nus tissus. Il n'est pas impossible que cette influence s'étende sur la plupart des tissus du corps ou même sur tous, et qu'à notre époque elle ne soil connue et, jusqu'à un certain point, appréciée dans ses conséquences que dans les reins. Lors môme que nous n'avons pas une idée bien nette de la manière dont les maladies constitutionnelles graves et h» grossesse modifient la
nutrition et la structure intime des reins et d'autres organes, cependant une pareille influence sur la nutrition n'a rien d'étrange, si nous prenons en considération les troubles graves de l'état général et de l'innervation qui se rencontrent dans ces états, troubles que nous rattachons également à des modifications matérielles.
i s Le symptôme le plus fréquent et souvent l'unique symptôme de la dégénérescence parenchymateuse des reins, c'est la présence d'albumine dans l'urine. Nous pouvons dire qu'on rencontre aussi souvent, dans les autopsies, une dégénérescence plus ou moins avancée des épithéliums rénaux, qu'on constate l'albuminurie dans le cours des maladies constitutionnelles graves et dans la grossesse. Combien de fois ne s'est-on pas demandé en faisant une autopsie, si l'urine du malade avait renfermé de l'albumine ! D'un autre côté, je n'ose pas assurer positivement que chaque albuminurie, qui accompagne les états en question, dépende d'une dégénérescence des épithéliums rénaux, ni que chaque dégénérescence des épithéliums rénaux soit suivie de la présence d'albumine dans l'urine. Il est probable que la quantité d'albumine dans l'urine ne devient jamais aussi considérable dans la dégénérescence parenchymateuse que dans l'inflammation parenchymateuse et dans la dégénérescence amyloïde des reins. Lorsque la dégénérescence parenchymateuse des reins se montre dans le cours d'une affection fébrile aiguë, elle ne conduit jamais à des phénomènes hydropiques. Souvent ces derniers manquent également pendant la grossesse, quand la dégénérescence parenchymateuse et l'albuminurie se développent pendant sa durée. Dans d'autres cas semblables, on voit se manifester une hydropisie légère, et dans quelques rares cas une hydropisie considérable. Cependant cette dégénérescence, développée pendant la grossesse, devient quelquefois dangereuse, parce qu'à l'époque de l'accouchement ou immédiatement après cette époque, elle donne lieu à des accès d'éclampsie, que nous traiterons en détail dans le chapitre des affections nerveuses.
Si la maladie principale se termine par la guérison, les troubles nutritifs des épithéliums rénaux, développés sous l'influence de cette maladie, disparaissent complètement. De même l'albuminurie et l' hydropisie disparaissent dans presque tous les cas peu de temps après l'accouchement ; c'est là une nouvelle preuve que cette maladie ne peut pas être identifiée avec la néphrite parenchymateuse. Nous voulons bien qu'on rapporte à une affection rénale la plupart des cas d'éclampsie chez les femmes enceintes et en couche ; mais nous ne pouvons pas admettre qu'on considère l'albuminurie, l'hydropisie et les accès éclamptiques des femmes enceintes, comme les conséquences d'une maladie de Bright.
D'après ce que nous avons dit sur la marche de la dégénérescence parenchymateuse, il est inutile de parler du traitement. Quant au traitement symptomatique des accès d'éclampsie, nous l'exposerons plus tard.