CHAPITRE VII
Dégénérescence amyloïde des reins. — néphrite narencliymntcusc avec dégénérescence amyloïde.
Souvent le rein dégénère de la môme manière que le foie et la rate, par le dépôt entre les éléments du tissu d'une substance qui ressemble à la cellulose végétale par ses réactions avec l'iode et l'acide sulfurique, mais qui se rapproche des substances protéiques par sa composition chimique. — La dégénération amyloïde des reins prend naissance dans les mêmes conditions qui président au développement de cette affection dans le foie et la rate, c'est-à-dire qu'elle se montre sous l'influence de maladies chroniques graves, telles que la syphilis, le mercurialisme, le rachitisme, la phthisie pulmonaire, les suppurations de longue durée, surtout à la suite de la carie et de la nécrose, etc.
La dégénération a, sans doute, toujours son point de départ dans les parois des vaisseaux, surtout de ceux des glomérules et des petits artères, et, en général, elle y reste limitée, tandis que les épithéliums des canalicules urinifères subissent en même temps les modifications décrites dans le chapitre IV. Pour cette raison le nom de « néphrite parenchymateuse avec dégénérescence amyloïde » vaut mieux pour désigner la forme morbide en question que le nom de « dégénérescence amyloïde ou lardacée des reins. » On ne peut pas distinguer avec le seul secours du microscope un pareil rein d'un autre qui est le siège d'une inflammation parenchymateuse simple. Mais si sur une tranche mince on laisse agir une solution d'iode pendant peu de temps seulement, la coloration rouge qui se produit dans les glomérules devient si sensible à l'œil nu, qu'on peut établir le diagnostic anatomiquc presque avec sûreté, avant l'examen microscopique, par les nombreux petits points rouges qui tranchent fortement sur le tissu jaune qui les entoure. A l'examen microscopique, on trouve les anses des glomérules remarquablement larges et d'un reflet mat tout particulier. Souvent aussi les capsules de Malpighi présentent des contours larges, homogènes, offrant le même aspect mat. Si avant d'examiner ces préparations on les a laissées séjourner pendant quelque temps dans une solution d'iode diluée, les éléments dont nous venons de décrire les modifications présentent une teinte jaune rouge caractéristique; et si l'on ajoute plus tard à la solution iodée quelques gouttes d'acide sulfurique, ces mêmes parties offrent une
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teinte tirant sur le violet ou d'un bleu foncé. — Ce n'est qu'exceptionnellement que la tunique propre des canalicules urinifères et plus rarement encore les cellules ëpithéliales de ces canalicules participent à la dégénérescence amyloïdë.
Lorsqu'un homme, auparavant sain, est atteint des symptômes décrits dans le chapitre IV, c'est-à-dire d'albuminurie, d'appauvrissement du sang, d'hydropisie, etc., il est si peu probable qu'il soit atteint d'une dégénérescence amyloïdë des reins, qu'on peut exclure cette forme morbide presque avec une certitude absolue. Si, par contre, des symptômes absolument identiques se rencontrent chez un homme qui souffre d'une syphilis invétérée, d'une phthisie pulmonaire, d'une suppuration de longue durée ou d'une des affections longues et débilitantes que nous avons citées plus haut, il est très-probable qu'on a affaire à une dégénérescence amyloïdë des reins ou, plus exactement, à une néphrite parenchyniateuse compliquée d'une dégénérescence amyloïdë des parois vasculaires. Si l'on trouve que chez un pareil malade le foie et la rate sont également augmentés de volume et que ces organes tuméfiés présentent une résistance considérable, caractéristique de la dégénérescence amyloïdë, le diagnostic gagne en précision. Pour distinguer la dégénérescence amyloïdë de l'inflammation parenchyniateuse simple du rein, Traube insiste surtout sur le poids spécifique élevé et sur la coloration foncée de l'urine dans la première de ces deux formes morbides. Je puis confirmer la justesse de cette remarque d'après les observations que j'ai faites dans ces dernières années, et je dois ajouter que l'urine rendue par les malades, atteints de dégénérescence amyloïdë des reins, m'a frappé non-seulement par son caractère foncé, mais encore par sa coloration anormale, jaune brunâtre, et que mon collègue Hoppe-Seyler a trouvé dans une pareille urine des quantités excessivement grandes d'indican (matière génératrice de l'indigo). Le caractère des cylindres d'exsudat, la fréquence plus ou moins grande des symptômes urémiques ne constituent pas un point de repère sur pour différencier la néphrite parenchymateuse simple de celle qui est compliquée par la dégénérescence amyloïdë. La distinction de ces deux états morbides n'a, du reste, qu'une faible importance au point de vue de la pratique.
Quant au traitement de la dégénérescence amyloïdë du rein, nous pouvons renvoyer à ce que nous avons dit de la dégénérescence amyloïdë du foie et de la rate. On peut se demander si, en général, la formation régressive est possible. Les préparations ferrugineuses et l'iodure de fer, qu'on a recommandés, exerceront peut-être une influence favorable sur la maladie principale, mais ils ne feront guère rétrograder la dégénérescence du rein.
DEGENERESCENCE PARENCHYMATEUSE DES REINS. 43