CHAPITRE IX
Cancer des reins.
Parmi les néoplasmes malins, observés dans le rein, le plus fréquent est le cancer. Il est tantôt primitif, tantôt il s'ajoute,, comme dépôt cancéreux; secondaire, à des cancers d'autres organes, 11 est remarquable qu'assez souvent on le rencontre déjà chez de jeunes sujets et même chez des enfants, quoique plus rarement qu'à un âge avancé.
La forme la plus ordinaire du cancer rénal, c'est Tencéphaloïde ; le squirrhe et le cancer alvéolaire sont beaucoup plus rares. Le premier forme tantôt des tumeurs circonscrites de grandeur variable, qui refoulent et font disparaître peu à peu le parenchyme rénal ; tantôt la dégénérescence cancéreuse s'étend de plus en plus dans le parenchyme qui entoure le point où elle s'est montrée en premier lieu, de sorte que le tissu rénal se transforme peu à peu en tissu cancéreux (cancer infiltré de Rokitausky). Le rein ainsi dégénéré peut atteindre un volume très-considérable et représenter une tumeur bosselée de la grosseur d'une tête d'enfant. Assez souvent la dégénérescence s'étend aux ganglions lymphatiques situés près du hile du rein, et de ceux-ci aux ganglions rétro-péritonéaux et mésentériques, au péritoine, aux ligaments des vertèbres lombaires et au périoste de ces dernières; ou bien elle végète dans l'intérieur des calices et du bassinet et même dans l'intérieur des veines avoisinantes. Un fait important, c'est la complication fréquente du cancer rénal par le cancer des testicules, et qui rappelle la coïncidence plus fréquente encore de la tuberculose rénale et de la tuberculose des testicules. Très-souvent il se produit des hémorrhagies soit dans l'intérieur du carcinome, soit à sa périphérie. Dans ce dernier cas, le sang s'épanche dans la cavité péritonéale ou dans les voies urinaires.
La maladie reste souvent latente pendant longtemps. Ordinairement un marasme, qui augmente sans cesse et dont on ne peut pas trouver la ■véritable cause, éveille d'abord le soupçon qu'il se développe un néoplasme malin dans un organe peu accessible à la palpation. Les douleurs dans la région lombaire peuvent manquer et, si elles existent, elles sont peu caractéristiques ; de même la sécrétion urinaire peut se faire normalement et l'urine être exempte de sang et d'albumine. Plus tard la tumeur souvent colossale, formée par le rein cancéreux, se reconnaît ordinairement à la palpation, surtout si les parois abdominales maigrissent et deviennent flasques. Il est difficile de confondre le rein dégénéré avec le gonflement du foie ou de la rate, à cause de la forme de la tumeur et plus encore à cause de son immobilité; elle ne se laisse pas déplacer et ne
m MALADIES DES ORGANES URINAIRES.
suit pas les mouvements du diaphragme. A la suite de cancers trèsconsidérables du rein droit, le foie est quelquefois déplacé d'une manière remarquable et caractéristique : il fait une rotation autour de son grand axe, de sorte que sa face convexe touche sur une grande étendue la paroi antérieure de l'abdomen. Les cas dans lesquels on observe l'albuminurie et surtout l'hématurie sont presque aussi fréquents que ceux où l'albumine et lé sang font défaut dans l'urine. L'hémorrhagie se fait, comme nous l'avons déjà dit, en partie par les vaisseaux du néoplasme qui végète dans l'intérieur des voies urinaires, et en partie elle est la conséquence de l'hypérérnie considérable des tissus qui l'entourent. L'hématurie est quelquefois si considérable qu'elle forme le symptôme le plus important. — Les malades succombent aux progrès du marasme, qui se montre d'autant plus rapidement que les hémorrhagies ont été plus fréquentes et plus abondantes ; ils ont ce teint sale que nous observons généralement chez les malades atteints de cancer; quelquefois une affection intercurrente ou la formation de cancers secondaires dans d'autres organes essentiels au maintien de la vie hâte la terminaison fatale. — La thérapeutique est impuissante; on doit se borner à soutenir les forces du malade, à modérer les pertes de sang qui peuvent se présenter, à éloigner, d'après les règles de la chirurgie, les caillots sanguins de la vessie, etc.