‹ Traité de pathologie interne et de thérapeutiqueChapitre 100 sur 247 · PHTHISIE DE LA MOELLE EP1NIERE, TABES DORSUALIS · texte numérisé non relu

PHTHISIE DE LA MOELLE EP1NIERE, TABES DORSUALIS

l'âge viril qui en est principalement tributaire : dans la vieillesse la prédisposition s'éteint presque complètement. Chez le sexe masculin la prédisposition pour cette maladie est beaucoup plus grande que chez le sexe féminin.

Comme causes occasionnelles, on cite presque généralement : 1° des excès vénériens. Le grand physiologiste Jean Millier, toujours si discret et si réservé quand il s'agissait d'avancer un fait, attribuait le tabès clorsualis purement et simplement et même exclusivement au libertinage. — Les pauvres tabescents ! 11 ne suffit pas qu'ils soient exposés aux tourments de leur maladie, mais pour comble d'infortune, il faut encore qu'ils endurent le reproche injuste de s'être attiré cette maladie par leur propre faute! 11 est hors de doute que, parmi les individus atteints d'ataxie locomotrice, on en trouvera toujours beaucoup qui ont commis des excès vénériens, mais il est tout aussi incontestable que bien des individus qui ont mené une vie exemplaire contractent cette maladie et que d'autres, qui ont commis des excès énormes, en restent exempts. Le libertinage est aujourd'hui si répandu et il est si difficile d'en contrôler la mesure dans un cas donné, que je me vois forcé de considérer comme dénué de preuves le rôle que l'on a fait jouer aux excès vénériens dans l'étiologie de l'ataxie. 2° Par contre, je crois qu'il n'est guère permis de douter de l'influence que les refroidissements et les grandes fatigues, surtout les deux causes réunies, peuvent exercer sur la production de cette maladie. Elle se rencontre, en effet, avec une fréquence toute particulière chez les individus qui, épuisés par des marches forcées et d'autres fatigues corporelles, se couchent sur la terre humide pour se reposer, 3° Beaucoup de malades citent comme cause de leur affection la suppression de la transpiration des pieds. En général, il est vrai que l'on ne peut pas attacher une très-haute importance à ces dires des malades, attendu que le public considère la suppression d'une transpiration habituelle comme une cause de maladies fort nombreuses, et je ne doute pas que dans la plupart des cas où une maladie est censée provenir de la suppression d'une transpiration habituelle des pieds, c'est au contraire cette transpiration qui a été arrêtée par l'invasion de- la maladie. Malgré cela, je crois que l'on va trop loin eu rejetant toute possibilité d'un lien de causalité entre la suppression de cette transpiration locale et l'invasion du tabès dorsualis. En effet, il y a lieu de s'étonner du grand nombre de tabescents atteints de fortes transpirations aux pieds avant leur maladie. f\° Enfin, il paraît que le tabès est quelquefois d'origine syphilitique, supposition qui s'appuie principalement sur ce fait, que certains tabescents atteints en même temps de syphilis ont vu, sous l'influence d'un traitement antisyphilitique, leur tabès s'améliorer.

§ 2. Anatomie pathologique.

Les altérations que présentent habituellement la moelle épinière et ses méninges dans les cas bien prononcés de tabès dorsualis, sont les suivants : la dure-mère est ou intacte ou légèrement épaissie à sa face postérieure, l'arachnoïde légèrement troublée, le liquide contenu dans les espaces sousarachnoïdiens est augmenté quand la moelle est atrophiée ; la pie-mère est constamment épaissie dans sa partie postérieure ; en même temps, elle est trouble et adhère plus ou moins intimement aux cordons postérieurs de la moelle.

Dans les périodes initiales, tant qu'il n'est pas encore possible d'apercevoir une diminution de volume de la moelle, on remarque une dégénérescence particulière des cordons postérieurs ; cette dégénération débute constamment dans les environs immédiats de la scissure postérieure, immédiatement sous la pie-mère, et se répand de là sur les côtes et vers la commissure grise; en même temps, la partie malade conserve toujours la forme d'un cône ayant sa base dirigée du côté de la pie-mère. La dégénérescence consiste dans la transformation de la substance blanche des cordons postérieurs en une substance grise ou gris rouge, demi-transparente et molle. A l'examen miscrocopique de cette dernière, on ne trouve plus que quelques fibres nerveuses isolées, dont quelques-unes se montrent arrivées aux différentes périodes de l'atrophie. La plus grande partie a disparu, et entre les fibres atrophiées on voit une substance conjonctive, riche en noyaux, correspondant à là névroglie ordinaire et due à la prolifération de cette dernière. On y reconnaît quelques cellules à granulations, des molécules graisseuses et de nombreux corpuscules amyloïdes. Les vaisseaux partant de la pie-mère montrent un fort épaississement de leur tunique externe et déterminent ainsi l'adhérence intime entre la pie-mèrè et la surface de la moelle. Toutes les racines postérieures des nerfs spinaux qui correspondent à la partie dégénérée des cordons postérieurs sont ordinairement atrophiées. Elles présentent dans les degrés les plus élevés de la maladie l'aspect de cordons de tissu conjonctif minces, riches en vaisseaux et demi -transparents plutôt que de nerfs renfermant de la substance médullaire. Cela s'applique surtout aux racines postérieures des nerfs de la queue de cheval. Les racines antérieures de tous les nerfs, y compris ceux de la queue de cheval, sont anormales comme d'ailleurs l'état de la nutrition générale de la moelle épinière.

Dans les périodes ultérieures, les parties de la moelle qui ont subi la dégénération grise se ratatinent et se réduisent à un faible volume. Leur texture devient en même temps plus serrée et leur transparence diminue. Si la dégénération est restée bornée aux cordons postérieurs, la moelle prend une forme plus cylindrique. Les points d'émergence des racines postérieures sont

Page 1