CHAPITRE IV
névralgie du trijumeau. — ■ l»rosopalgie. — Tic douloureux. Douleur faciale de Fothergill.
§ 1. Patiîogénie et étiologie.
De tous les nerfs celui qui après le nerf sciatique est le plus souvent frappé de névralgie, c'est le trijumeau. Cela s'explique d'abord par cette circonstance que beaucoup de branches du trijumeau passent par des canaux et des trous étroits où elles subissent facilement une compression, et que., d'un autre côté, le nerf se ramifie dans les parties de la peau qui, étant à découvert, sont plus que d'autres exposées au refroidissement. 1/influence essentielle que doit avoir sur la production de la névralgie le passage des branches de ce nerf par d'étroites fentes osseuses, ressort entre autres pour Hyrtl d'une certaine immunité que montrent à l'égard de la prosopalgie les branches qui se rendent dans le nez à travers le large trou sphénopalatin, tandis que les rameaux sous-orbitaire, malaire, dentaire supérieur et dentaire inférieur sont particulièrement sujets à être atteints de névralgie.
Dans quelques cas rares, on a trouvé que la prosopalgie avait pour cause des corps étrangers qui avaient pénétré sous la peau (comme par exemple un fragment de porcelaine dans le cas partout cité de Jeffreys) ou des néoplasmes exerçant une compression sur les ramifications faciales du trijumeau. — ; Un peu plus souvent on trouve dans les canaux osseux des modifications qui suffisent pour expliquer l'excitation morbide des nerfs dans leur intérieur, telles que exfoliations d'une paroi osseuse dans la névralgie du nerf sousorbitaire, exostose d'une racine dentaire dans la névralgie du sous-maxillaire, épaississement général des os crâniens avec rétrécissement des trous de sortie des nerfs, inflammation et gonflement des os. — Dans quelques cas enfin on a trouvé des anévrysmes, des néoplasmes, des épaississements de la dure-mère, des exostoses de la surface interne du crâne ayant exercé une pression sur le tronc du trijumeau, comme causes appréciables de névralgies opiniâtres et étendues au loin sur toutes les ramifications du nerf de la cinquième paire. — Je ne connais pas un seul cas qui semble dénoter incontestablement l'origine centrale d'une prosopalgie. Dans une observation publiée par Romberg, où il s'agissait d'une névralgie du trijumeau ayant persisté pendant vingt-six ans, on trouva, il est vrai, à l'autopsie un petit foyer morbide dans la protubérance; mais il existait en même temps un anévrysme
NEVRALGIE DU TRIJUMEAU, PROSOPALGIE, TIC DOULOUREUX. 347
de la carotide qui avait comprimé le tronc du trijumeau et suffisait parfaitement à lui seul pour expliquer la névralgie.
Il arrive beaucoup plus souvent que l'on ne trouve aucune cause maté rielle de la prosopalgie. Il est très-probable que dans ces cas la maladie était quelquefois due à un refroidissement ayant entraîné une hypérémie et un léger œdème du névrilème qui disparaissaient après la mort ; cependant la vérité de cette supposition ne peut pas être démontrée. Il est fort douteux que la névralgie du trijumeau puisse être d'origine hémorrhoïdale ou due à la suppression d'une transpiration des pieds ou d'un exanthème. L'origine goutteuse parait un peu plus admissible. Parmi les névralgies d'origine paludéenne, celles du trijumeau sont les plus communes.
Les résultats, du reste peu féconds, des travaux statistiques prouvent que la prosopalgie est rare chez les enfants, qu'elle se rencontre le plus souvent entre la trentième et la quarantième année et que chez les femmes elle se montre urt peu plus souvent que chez les hommes.
§ 2. Symptômes et marche.
Les douleurs accusées par les individus atteints de névralgie du trijumeau sont évidemment d'autant plus étendues que la branche nerveuse soumise à l'action de la cause morbifique est plus forte et réciproquement, si la douleur est contenue dans des limites très-étroites, on peut admettre qu'un rameau très-mince est le siège de la maladie. Comme en outre les filets dont se compose un nerf sont d'autant plus nombreux que ce nerf s'est moins éloigné de son origine centrale et deviennent de plus en plus rares à mesure que le nerf se rapproche de la surface, on conçoit facilement qu'une douleur peu étendue permet de conclure à l'existence d'une cause agissant sur la ■périphérie, et une douleur qui se répand sur de grandes surfaces à colle d'une cause agissant dans l'intérieur du crâne. En effet, dans les névralgies dues à une pression sur le tronc du nerf, on a vu des douleurs se manifester dans toutes les parties pourvues de fibres sensibles émanant de ce tronc : sur la surface antérieure de l'oreille, dans la peau du front, de la face, dans l'orbite, dans le nez, sur le palais, dans le corps de la langue, dans le plancher de la cavité buccale, dans les dents et probablement aussi dans la dure-mère. Les points douloureux indiqués par Valleix pour la névralgie du trijumeau sont très-nombreux ; dans le nombre nous en rappellerons trois qui se suivent presque en ligne droite et qui correspondent au trou sus-orbitaire, à l'ouverture antérieure du canal sous-orbitaire et au trou mentonnier. Si la névralgie a son siège dans la première branche du trijumeau, les douleurs se. répandent surtout dans les ramifications du nerf frontal et occupent le front, les sourcils et la paupière supérieure. Il est rare <jue la douleur soit sentie
principalement dans l'intérieur de l'œil et, par la participation du nerf soustrochléaire, dans l'angle interne de l'œil et dans la caroncule lacrymale. Les rameaux de la première branche qui se rendent dans la glande lacrymale et dans la conjonctive expliquent l'augmentation de la sécrétion lacrymale et la rougeur de la conjonctive que l'on remarque presque toujours, surtout vers la fin- des paroxysmes douloureux. — Lorsque la deuxième branche est devenue le siège de la névralgie, les douleurs sévissent ordinairement de préférence dans le domaine du nerf sous-orbi taire, par conséquent dans la paupière inférieure, dans l'aile du nez, dans la lèvre supérieure, dans la rangée supérieure des dents. Dans cette forme les accès douloureux coïncident quelquefois avec, une sécrétion aqueuse ou muqueuse de la membrane pituitaire. — Dans le trajet de la troisième branche, les névralgies sont rares; cette remarque s'applique avant tout au nerf temporal superficiel et au nerf lingual. Les névralgies sont un peu plus fréquentes dans le nerf dentaire inférieur, surtout dans les ramifications du nerf mentonnier, après sa sortie du trou mentonnier; dans ce cas les douleurs se manifestent au menton et à la lèvre inférieure. Aux névralgies <de la troisième branche se joint souvent la salivation, phénomène qui s'accorde parfaitement avec les expériences de Ludwig antérieurement mentionnées (voy. vol. I). — Quelquefois la névralgie siège principalement dans les rameaux de la seconde et de la troisième branche qui accompagnent les ramifications du nerf facial, et c'est ce qui explique que l'on ait considéré autrefois le nerf facial lui-même comme étant le siège delà prosopalgie.
Dans la prosopalgie, de même que dans d'autres névralgies, les malades souffrent, d'une part, d'une douleur sourde et permanente ayant son siège dans certains points du trajet nerveux, d'autre part, de douleurs lancinantes, revenant par accès et causant d'horribles souffrances. Les douleurs montent et descendent avec la rapidité de l'éclair, cessent subitement après une demiminute ou une minute, et viennent ensuite de nouveau, jusqu'à ce que l'attaque, composée d'une série de petits accès soit passée. Pendant les accès les muscles de la face se contractent souvent, mais ce n'est pas d'un mouvement convulsif involontaire. Le pasteur Barth, qui a raconté très-minutieusement l'histoire de sa propre prosopalgie, pouvait même continuer son sermon quand une attaque le surprenait en chaire. Les attaques surviennent tantôt spontanément et sous un type irrégulier, si l'on excepte les névralgies provoquées par l'infection paludéenne, tantôt sous l'influence des causes particulières dont il a été question au chapitre précédent, principalement quand les individus parlent, éternuent, bâillent, se mouchent, ou qu'ils prennent des aliments trop froids ou trop chauds, et quelquefois dès qu'ils essayent de mâcher. Pendant les accès ordinairement la face rougit, sa température s'élève et les artères battent avec force. Aux exemples cités par Brodin et Romberg, qui avaient vu la face du malade défigurée considéra-