‹ Traité de pathologie interne et de thérapeutiqueChapitre 110 sur 247 · NÉVRALGIE DU TRIJUMEAU, PROSOPALGIE, TIC DOULOUREUX · texte numérisé non relu

NÉVRALGIE DU TRIJUMEAU, PROSOPALGIE, TIC DOULOUREUX

blement par un développement de graisse et une tuméfaction des parties où siégeait la douleur, à la suite d'une prosopalgie de longue durée, je puis ajouter celui d'un collègue de Magdebourg atteint d'une difformité très-forte du visage, due principalement au gonflement de la lèvre inférieure, difformité qui s'était produite dans le cours d'une prosopalgie existant depuis bien des années. On a observé encore d'autres troubles de la nutrition dans les prosopalgies de longue durée: tels sont l'épaississement et la raideur des poils de la barbe, le développement de pustules d'acné, etc.

Ce n'est que dans les affections paludéennes à retour périodique que la durée de la maladie est courte ; dans toutes les autres formes L'affection se prolonge, quelquefois pendant la moitié d'une vie humaine et au delà. — Les terminaisons de la maladie sont, en dehors de la guérison, une mélancolie grave poussant quelquefois les malades au suicide. Du reste, la mort peut aussi être due à la cause de la maladie, mais jamais à la maladie ellemême.

§ 3. Traitement.

Pour le traitement de la prosopalgie nous n'avons que peu de chose à ajouter aux principes émis dans le chapitre précédent sur le traitement de la névralgie en général. Il est bien rare qu'en éloignant un corps étranger, en extirpant des tumeurs et des cicatrices qui tiraillent un nerf, on parvienne à faire disparaître rapidement une névralgie du trijumeau. Même l'extraction d'une dent n'est pas toujours suivie d'un bon résultat. Le plus souvent on arrache aux malheureux patients sans discernement une dent après l'autre, et les douleurs restent toujours les mêmes. Pour les cas récents dus à un refroidissement. Yalleix recommande avec instance l'application de vésicatoires volants et la cautérisation superficielle avecle fer rouge. Si une infection paludéenne est la cause première de la maladie, de fortes doses de sulfate de quinine rendent presque toujours d'excellents services. Dans les cas rares où la quinine reste inefficace, il y a lieu d'administrer la solution arsenicale de Fowler (k à 6 gouttes toutes les trois heures). En cas d'anémie prononcée on doit prescrire des préparations ferrugineuses, et s'il y a lieu d'admettre quelque autre anomalie de constitution dont on ne parvient pas à distinguer la nature, des eaux minérales modificatrices de l'économie. — Tout ce que nous avons dit au chapitre précédent sur l'emploi de l'électricité, du froid, de la vératrine, de l'aconitinc, de la morphine, cette dernière principalement sous forme d'injections sous-cutanées, s'applique également à la prosopalgie. Deux cas de tic douloureux dont l'un remontait à trente ans, et dont l'autre avait été successivement traité sans résultat par onze opérations, parmi lesquelles plusieurs très-graves, telles que la ligature de la carotide, la résection

du maxillaire supérieur, etc., ont été guéris entre mes mains complètement parl'emploi du courant constant (voy. p. 341). — Dans aucuneforme de la névralgie on n'a eu recours plus souvent à la section ou à l'excision des nerfs, que dans la prosopalgie. Après que cette opération était pour un certain temps tombée dans un discrédit complet, Bruns a pu établir, à la suite d'une analyse très -rigoureuse des cas où la névrotomie avait été exécutée contre le tic douloureux, qu'en excluant les cas où l'insuccès provenait d'une erreur de diagnostic ou d'une faute dans la manière d'opérer et ceux où le retonr delà douleur ne constituait pas une récidive, mais une maladie nouvelle, on se trouvait encore en présence d'un nombre considérable d'observations où la névrotomie avait eu soit un succès complet et définitif, soit un succès au moins temporaire de plusieurs mois ou d'une année entière. L'opération, dont nous nous abstenons de donner la description, est indiquée, suivant Bruns, toutes les fois que la douleur a un siège fixe, confiné dans des limites étroites, quand on a des raisons pour croire que le siège de la cause qui provoque la douleur se trouve situé à un endroit au delà duquel le nerf est accessible au bistouri, quand d'autres modes de traitement sont restés sans effet, quand enfin le malade est rendu incapable parla violence du mal de vaquer à ses affaires. L'opération est encore indiquée dans certains cas où l'on ne peut espérer de diviser le nerf entre le foyer morbide et le cerveau, mais où les paroxysmes ne surviennent jamais spontanément, mais exclusivement à la suite d'irritations extérieures agissant sur les terminaisons périphériques des nerfs. Dans ces cas l'opération peut mettre le malade plus ou moins à l'abri des causes occasionnelles de ses accès douloureux. Même la compression temporaire des nerfs malades et des vaisseaux afférents a produit qnelquefois l'effet d'un excellent palliatif et mérite d'être employée dans les cas où il est possible d'y avoir recours. — ■., Parmi les prétendus spécifiques Bomberg se loue le plus de l'arsenic ; en employant ce remède il constatait les succès les plus évidents et les plus prompts dans les cas où la prosopalgie s'était développée chez des femmes hystériques ayant les organes sexuels malades. Les effets étaient d'autant plus sûrs que les malades étaient plus anémiques. Le nitrate d'argent à fortes doses (5 centigr.) a rendu également à Bomberg des services temporaires. Bell, qui d'après l'expression de Watson, a lancé une flèche au hasard, a obtenu un résultat brillant en faisant prendre au malade un mélange d'huile de croton et de colonquinte composé. — Parmi les narcotiques il faut citer les préparations d'opium et de morphine, celles de belladone, de stramoine, de ciguë et des alcaloïdes correspondants, et surtout les pilules de Méglin, composées de parties égales d'extrait de jusquiame et d'oxyde de zinc. On commence par une pilules de 10 centigrammes, à prendre matin et soir, et on élève successivement les doses jusqu'à 20 ou 30 pilules par jour.

HEMICRANIE, MIGRAINE. 351

Page 1