CHAPITRE V
fléniicranie. — Migraine.
L'ensemble des symptômes connus sous le nom de migraine est difficile à expliquer.il est même douteux que l'on soit en droit de compter la migraine, comme cela se fait presque généralement, parmi les névralgies. Le siège de la douleur, qui occupe presque toujours un seul côté de la tête, circonstance àlaquelle l'hémicràniedoit son nom, les paroxysmes alternant avec des intervalles libres, dans le cours de la maladie, les résultats négatifs de l'examen anatomique, telles sont les raisons qui ont fait ranger la migraine parmi les névralgies. Mais si l'on envisage de plus près la marche de la maladie dans son ensemble, et la marche de chaque accès en particulier, la comparaison n'est nullement favorable à cette opinion. Il n'est pas une seule névralgie qui, ayant débuté, comme la migraine, dès l'enfance, se continue jusqu'à l'âge le plus avancé, attaque pendant ce temps le malade tous les ans un petit nombre de fois et à des jours éloignés les uns des autres, et dont les accès soient caractérisés par une augmentation et une diminution progressives des symptômes, et nullement par cette rapidité surprenante de leur apparition et de leur disparition, dont il a été question plus haut. L'étude des symptômes et de la marche nous suggéreraencore d'autres objections contre cette assimilation de la migraine avec les névralgies. Les douleurs, qui nécessairement ont pour origine une excitation de fibres nerveuses sensibles, que la migraine soit une névralgie ou non, ont-elles leur siège dans les fibres du trijumeau qui se répandent dans la dure-mère ou dans les fibres du grand sympathique qui accompagnent les vaisseaux, ou dans le cerveau lui-même, c'est là une question qui n'est pas résolue. D'après une hypothèse très-spirituelle de Dubois-Raymond, dont le docteur Mœllendorf n'a fait qu'étendre l'application, l'attaque de migraine dépendrait de la dilatation des ramifications de l'une des artères carotides internes, dilatation qui serait le résultat d'une innervation anormale de ses vaisseaux par le ganglion supérieur du grand sympliatliique. D'après cela, le cerveau serait pendant l'attaque dans un état semblable à celui de l'oreille d'un lapin auquel on aurait divisé la portion cervicale du grand sympathique.
La migraine est une maladie très-commune; aussi dans une clientèle tant soit peu étendue en observe-t-on ordinairement pendant des années toute une série de cas qui nous l'appellent sans cesse les limites étroites de notre art. La maladie si; rencontre sur les deux sexes, mais file e'sl plus commune chez les femmes (pie chez les hommes. La migraine passe comme la goutte pour une maladie des gens du monde, mais on La rencontre éga-
lement chez les personnes d'humble condition et elle devient pour ceux qui ne peuvent pas se ménager une affection très-cruelle. Dans la plupart des cas sa première apparition date, sinon de la première enfance, au moins du temps de la fréquentation de l'école. Chez la moitié environ des femmes atteintes de migraine, les accès ne viennent qu'à l'époque de la menstruation ou immédiatement avant. Chez d'autres, les accès sont provoqués par des émotions ou une excitation psychique quelconque. J'ai donné des soins à une dame appartenant à la classe élevée de la société, et qui ne pouvait jamais recevoir chez elle sans avoir le lendemain une attaque de migraine, et à une autre, qui éprouvait le même effet toutes les fois qu'elle avait été au théâtre. Dans un certain nombre de cas un violent accès de migraine, surtout quand il se termine par des vomissements, met la personne pour quelque temps à l'abri des récidives. La première des deux dames que je viens de citer et qui avait des accès extrêmement fréquents, avait soin, pour être sûre de pouvoir recevoir son monde, de faire, le jour de l'attaque, ses invitations pour le lendemain. Chez les malades soumis à mon observation on pouvait rarement faire remonter l'attaque à un écart de régime. Par contre les douleurs et le malaise général empiraient presque invariablement quand les malades prenaient quelque nourriture, même la plus facile à digérer, pendant la durée de l'attaque.
Après s"être généralement bien portés la veille d'une attaque de migraine, les malades sentent ordinairement, immédiatement après leur réveil ou peu de temps après s'être levés, les prodromes ou le début de l'attaque. Ils ont une sensation de forte lassitude et d'abattement, sont de mauvaise humeur, prompts à s'irriter, se plaignent de légers frissons, ont une forte disposition à bâiller, manquent d'appétit et ont la bouche pâteuse. En même temps ils ressentent une céphalalgie qui, presque toujours limitée à un côté de la tête, prend un rapide accroissement et s'exaspère à un degré intolérable. L'abattement et la douleur forcent les malades à se mettre au lit; ils sont très-sensibles à la lumière et au bruit, et se retirent toujours dans l'appartement le plus obscur et le plus reculé. Toute visite, même celle du médecin, leur est désagréable pendant les accès. Le pouls est généralement ralenti. Souvent et quelquefois à chaque accès ils éprouvent au plus fort de la crise des nausées, et, à la suite de grands efforts, des vomissements par lesquels ils rejettent de grandes quantités d'un liquide verdâtre d'une saveur très-amère. Les malades qui ont de fréquents accès de migraine appellent de tous leurs vœux le moment où les vomissements arrivent et les provoquent même artificiellement en irritant le gosier. Ordinairement vers le soir, rarement plus tôt, arrive le sommeil d'où les malades se réveillent le lendemain matin encore un peu affaiblis, mais très-bien portants et libres de toute douleur. — La maladie ne menace jamais l'existence; mais il est rare que les malades soient affranchis définitivement de leurs souffrances,
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quoique à de certaines époques les accès se répètent à de plus longs intervalles qu'à d'autres. Cependant chez les femmes, et principalement chez celles qui n'ont d'accès de migraine qu'aux époques menstruelles, on observe quelquefois la cessation de la maladie après la ménopause.
Watson prétend, il est vrai, que h à 6 gouttes de liqueur de Fowler données trois ou quatre fois par jour, en tenant suffisamment compte de l'état delà digestion, guérissent l'hémicrànie neuf fois sur dix; cependant cette affirmation n'a pas trouvé d'écho, et presque tous les observateurs sont d'accord sur ce point, que dans la plupart des cas la maladie résiste à tout traitement. Pour ma part je n'ai obtenu de résultats favorables ni avec l'arsenic, ni avec la pulsatille, ni avec le trèfle d'eau, ni avec le citrate de caféine, préparation fort chère à laquelle on a fait [également la réputation d'être un spécifique, et que l'on prescrit "en pilules (Pr. citrate de caféine 50 centigrammes, extr. de chiendent 1 gramme; pour 10 pilules) dont on fait prendre une ou deux d'heure en heure, pour couper l'accès, aussitôt que les premiers symptômes se présentent; ni enfin avec le Paullinia sorbilis, que l'on prescrit sous forme de pâte (pâte guarana) à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme. Chez une malade qui se préparait une infusion de fèves de moka non grillées, les accès semblaient devenir plus rares et moins violents tant qu'elle buvait journellement de cette infusion. Chez une autre malade les accès étaient suspendus tant qu'elle prenait des bains de mer à Haeringsdorf; mais à peine revenue à la maison elle eut ses accès comme auparavant. Dans la plupart des cas il n'y a pas autre chose à faire qu'à remédier aux anomalies de constitution ou aux troubles digestifs qui peuvent se présenter, et les cas où de pareils désordres existent sont précisément les plus favorables pour le traitement. Pendant l'accès il ne faut faire prendre au malade aucun médicament ; on ne le laissera prendre aucune nourriture, il pourra tout au plus boire un peu d'eau. Il est bon que les malades ne cherchent pas à braver l'accès, mais qu'ils se couchent le plus tôt possible.