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CHAPITRE XIII

Anesthésie des nerfs cutanés.

L'anesthésie, c'est-à-dire l'insensibilité pour les excitants extérieurs se produit : 1° quand les parties du cerveau qui donnent la conscience d'une excitation des nerfs sensibles ont été détruites ou mises hors d'état de fonctionner. L'excitabilité des nerfs sensibles peut être entièrement intacte dans cette forme malgré l'insensibilité complète des malades pour les irritations extérieures. Cette anesthésie, que nous avons vue être un symptôme de beaucoup de maladies cérébrales sera passée sous silence dans le chapitre présent où il s'agit exclusivement d'états morbides des nerfs périphériques. 2° L'anesthésie se produit encore quand la conduction d'une excitation de nerfs périphériques au cerveau est interrompue par la destruction des fibres conductrices de la moelle épinière. Encore dans cette forme l'excitabilité des nerfs périphériques peut être normale. A l'occasion de la myélite nous avons rappelé que souvent les plus forts irritants agissant sur la périphérie ne provoquent aucune excitation allant jusqu'au cerveau, tandis qu'une faible irritation peut être transmise des fibres sensibles aux fibres motrices et provoquer des mouvements réflexes; ce phénomène nous fournit la preuve que dans ces cas l'excitabilité des nerfs sensibles aussi bien que celle des nerfs moteurs continue au-dessous de l'endroit où la conduction au cerveau se trouve interrompue. Nous ne nous occuperons pas davantage de cette forme de l'anesthésie dans la section présente. 3° Enfin il y a anesthésie, lorsque par des troubles nutritifs les nerfs périphériques perdent leur excitabilité, comme aussi lorsque d'une manière toute mécanique la continuité est interrompue entre ces nerfs et la moelle épinière ou le cerveau. Dans ce qui suit nous aurons à nous occuper exclusivement de cette dernière forme. Faisons remarquer en même temps que pour nous tout nerf sensible ou moteur est périphérique à partir de l'endioit où il a quitté le cerveau ou la moelle épinière, peu importe qu'il soit encore enfermé dans le crâne ou le canal vertébral ou qu'il en soit déjà sorti. Cette définition n'est nullement arbitraire; elle se fonde, au contraire, sur ce fait que les portions d'un nerf qui sont enfermées dans l'intérieur du crâne ou du canal vertébral se comportent relativement à l'extinction de leur excitabilité, en cas d'interruption de leur communication avec les organes centraux, absolument de la même manière que les parties du nerf situées en dehors. Poulies nerfs moteurs le fait est facile à démontrer. Chez un malade qui, à la suite d'une apoplexie dans le corps strié gauche, ne peut plus imprimer de mouvements volontaires au enté droit de son visage les nerfs du côté para-

lysé conservent pendant des semaines entières leur excitabilité normale et nous pouvons mettre au moyen du courant d'induction chacun des muscles de ce côté en état de contraction. Si, au contraire, le nerf facial est détruit dans l'intérieur du crâne, après sa sortie du cerveau, son excitabilité se perd en très-peu de temps absolument comme après la section de ses ramifications périphériques, et nous ne sommes plus en état de provoquer par le courant d'induction des contractions dans les muscles du côté paralysé. Pour les nerfs sensibles la démonstration n'est pas aussi facile à fournir; cependant il semble que l'on soit en droit d'admettre que les choses se passent ici d'une manière analogue; du moins le trijumeau reste trèslongtemps excitable en cas d'anesthésie centrale, comme cela ressort de la continuation des phénomènes réflexes, par exemple du clignotement, en cas d'attouchement de la conjonctive.

§ 1. Pathogénie et étiologie.

Les troubles de la nutrition par lesquels un nerf peut perdre son excitabilité sont souvent d'une nature tellement subtile, qu'ils échappent à l'observation directe. Aussitôt que nous privons un nerf du contact d'un sang artériel} riche en oxygène, ce nerf perd son excitabilité. Il ne nous est pas permis de douter que la perte de l'excitabilité ne dépende de modifications physiques ou chimiques dans l'intérieur du nerf; mais nous ne sommes pas en état de constater ces modifications. En conformité avec l'expérience physiologique, nous voyons assez souvent des anesthésies se produire dans les parties qui recevaient leur sang d'une artère oblitérée par thrombose ou embolie, aussi longtemps qu'une circulation collatérale n'a pas eu le temps de s'établir. — L'action prolongée du froid détermine l'anesthésie de la peau, sans doute en partie à cause de son effet constrictif et de l'anémie qui en résulte pour les nerfs cutanés. Peut-être aussi l'anesthésie dans les empoisonnements par le seigle ergoté dépend-elle d'une anémie artérielle des nerfs sensibles, due au rétrécissement spasmodique des artères. Parmi les anesthésies d'origine périphérique, c'est-à-dire, dues à une extinction de l'excitabilité des nerfs périphériques, sans qu'il soit possible d'y découvrir des modifications matérielles, il faut encore compter cette anesthésie, dite rhumatismale, qui se développe assez fréquemment à la suite d'un refroidissement, ainsi qu'une forme observée par Romberg sur les mains et les avant-bras des laveuses. On ne sait pas encore positivement si l'anesthésie due à un empoisonnement saturnin dépend également de troubles nutritifs non appréciables des nerfs périphériques ou bien si elle provient d'une anomalie des organes centraux. La même remarque s'applique à l'effet pré-

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