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ÉCLAMPSIE DES ENFANTS

§ 2. Symptômes et marche.

La seule forme de l'éclampsie qui ordinairement se déclare subitement et sans avoir été précédée de prodromes, est celle qui se montre assez souvent chez les enfants à la place du frisson initial, et comme premier symptôme de la pneumonie des exanthèmes aigus et d'autres maladies inflammatoires. Dans toutes les autres formes de l'éclampsie l'accès est généralement précédé de prodromes. Les enfants ont pendant quelques jours le sommeil inquiet, ils ne ferment qu'à demi les paupières en dormant, font de temps à autres quelques contorsions avecda bouche, grincent des dents, sont agités par une secousse générale dès qu'on les touche. Même étant éveillés il y a quelque chose de changé dans leur manière d'être. Ils sont récalcitrants, peu disposés à jouer, pleurent beaucoup et changent subitement de couleur. — La description de l'attaque d'éclampsie se confond entièrement avec celle d'une attaque d'épilepsie. Ordinairement l'attaque d'éclampsie débute tout comme l'attaque d'épilepsie par des spasmes toniques qui durent quelques instants et pendant lesquels la tête et le corps sont réclinés en arrière, les extrémités tendues, les yeux convulsés et les mouvements respiratoires arrêtés. Puis viennent des spasmes cloniques qui s'étendent aux muscles de la face, de la tête, du tronc et des extrémités et qui agitent le corps entier, plus rarement la moitié seulement du corps, de mouvements saccadés. La violence des convulsions est la même que dans l'épilepsie. Pendant leur durée la face devient rouge, voire même cyanosée, la salive convertie en écume se montre devant les lèvres, la peau se couvre de sueur, le ventre est météorisé par l'air avalé, la respiration est gravement compromise, le pouls petit et fréquent. La conscience pendant ce temps est complètement abolie et avec elle la sensibilité pour les irritations même les plus fortes. Un accès de cette nature se passe rarement avec la même rapidité qu'un accès d'épilepsie, mais dure le plus souvent un quart d'heure, une demiheure et même plus longtemps. En -ville on a bien plus souvent l'occasion d'observer des attaques d'éclampsie que des attaques d'épilepsie, et cela pour la raison très-simple que les premières durent encore quand le médecin arrive chez le malade, tandis que les autres sont passées avant même -que la personne chargée de l'appeler soit arrivée auprès de lui. Il y a quelques années, j'ai observé chez un enfant une attaque d'éclampsie qui se prolongeait sans interruption, quoique en offrant quelques rémissions, pendant vingt-quatre beures consécutives. C'est ordinairement une expiration prolongée, suspirieuse, souvent aussi une selle copieuse qui termine l'accès. Il est rare que cela arrive subitement, au summum de l'accès, mais ordinairement quand déjà l'orage s'est un peu calmé. Ensuite l'enfant tombe dans un sommeil profond et si on vu le voir le lendemain, après les premières

heures de la matinée, on le trouve occupé à jouer comme si rien n'était arrivé. — Mais il s'en faut que tout se borne constamment à un seul accès ; souvent il en arrive une série à de courts intervalles ; on peut prévoir que les accès se répéteront quand le sommeil qui gagne l'enfant après le premier accès n'est pas profond, quand pendant ce sommeil l'enfant s'agite et grince des dents et quand des secousses isolées lui parcourent de temps en temps les membres. Ces attaques ultérieures se comportent essentiellement comme la première et ne s'en distinguent en en général que par plus ou moins de violence ou par une durée plus ou moins longue. — Beaucoup d'enfants ne sont atteints qu'une seule fois d'attaques d'éclampsie; chez d'autres, la maladie se renouvelle de temps à autre. Plus il est évident qu'à ces retours président chaque fois des influences nuisibles dûment constatées, plus on peut être assuré qu'on se trouve en présence d'une éclampsie et non d'une épilepsie. Moins, au contraire, il est possible de faire remonter à une cause occasionnelle le retour des accès convulsifs, plus on est en droit de se demander si l'on se trouve en présence de l'une ou de l'autre de ces deux maladies. Une première attaque ne permet presque jamais de décider la question, parce que trop souvent il arrive que les causes occasionnelles se dérobent à l'observation. — La mort peut survenir pendant la durée même de l'accès, par l'effet du trouble de la respiration et de l'empoisonnement aigu du sang par l'acide carbonique, aussi bien que pendant le coma consécutif à l'accès, par l'effet de l'épuisement. Pendant les premiers mois de l'existence l'éclampsie est très-dangereuse pour les enfants et la plupart de ceux qui en sont atteints dans ces conditions en succombent. Au contraire chez les enfants plus âgés, l'éclampsie se termine en général d'une manière heureuse et la guérison en est l'issue la plus commune. On comprend facilement que beaucoup de malades, pendant l'enfance aussi bien qu'à un âge plus avancé, succombent lorsque dans le cours de quelque maladie aiguë du cerveau ou de la moelle épinière il survient chez eux des convulsions accompagnées de perte de connaissance. Cependant il n'est guère permis de dire que ces individus sont morts d'une attaque d'éclampsie. il en est de même des maladies dites consécutives à l'éclampsie. Lorsque de attaques convulsives laissent à leur suite l'imbécillité, le strabisme, des paralysies et d'autres troubles graves, il est sans doute plus que probable que ces accidents dépendent, comme les convulsions elles-mêmes, de troubles de la nutrition dans les organes centraux.

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§ 3. Traitement.

Je crois qu'il est difficile et souvent impossible de juger dans un cas donné, si chez un enfant une attaque convulsive accompagnée de perte de connaissance dépend d'une hypérémie ou d'une anémie du cerveau, ou bien si l'accès s'est produit en dehors de tout trouble de la circulation cérébrale. Pour cette raison je crois qu'il y a lieu, lorsque l'enfant s'est parfaitement bien porté jusque-là et qu'il parait vigoureux et plein de sève, de lui faire administrer pendant la durée même de l'accès un lavement froid composé d'un quart de vinaigre sur trois quarts d'eau, de lui faire couvrir la tête de compresses glacées et si, par ces moyens, les convulsions ne se dissipent pas rapidement, de faire appliquer un nombre de sangsues proportionné a l'âge de l'enfant à la tête et derrière les oreilles. Il est impossible d'administrer des remèdes internes pendant la durée de l'accès. Lorsque celui-ci est terminé et que l'on en. craint le retour, on fait bien d'administrer un laxatif composé de calomel et de jalap ou bien quelques doses de calomel additionnées d'oxyde de zinc. — Si au contraire l'enfant est chétif et affaibli par une longue maladie, il faut administrer un lavement composé d'une infusion de valériane ou de camomille avec quelques gouttes de teinture de castoréum, et, si celui-ci reste sans effet, un lavement fait avec une émulsion d'asa fœtida (0,50 à 1 gramme sur 120 grammes) que l'on a fait préparer en attendant; en outre on applique des sinapismes aux mollets et on prescrit un bain chaud. Seulement après la fin complète de l'attaque on peut faire d'autres prescriptions. En faisant abstraction des cas dans lesquels l'éclampsie est le symptôme d'une affection cérébrale ou d'une intoxication urémique ou le symptôme initial d'une maladie aiguë, tout dépend, cela se conçoit, de la question de savoir de quelle région du système nerveux est partie l'irritation qui, transmise à la moelle allongée, a provoqué l'excitation pathologique de celte dernière; car c'est la solution de cette question qui nous déterminera à prescrire un purgatif, un vomitif, un absorbant ou un vermifuge, ou bien à recourir à quelque autre médication. Administrer indistinctement à tous les enfants qui ont traversé une attaque d'éclampsie du calomel et de l'oxyde de zinc, pour prévenir le retour de l'accès, c'est selon moi une mesure difficile à justifier. — Si l'accès est suivi d'un coma grave, il y a lieu de prescrire des affusions froides; si au contraire il survient un collapsus menaçant, on doit donner des stimulants tels que le vin, le camphre, le musc.

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