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CHAPITRE V Hystérie

§ 1. Pathogénie et étiologie.

L'hystérie rentre bien moins encore que l'épilepsie et l'éclampsie dans une catégorie déterminée des maladies nerveuses. Dans cette maladie, ,-si variée dans ses formes, on observe presque toujours simultanément des troubles de la sensibilité, de la motilité, des fonctions psychiques et des désordres dans le domaine des nerfs vaso-moteurs et trophiques. C'est tantôt tel groupe de symptômes tantôt tel autre qui prédomine, et assez souvent une exaltation morbide de l'excitabilité dans certaines régions du système nerveux, se traduisant par l'hyperesthésie et des -convulsions, se complique dune suppression de l'excitabilité dans d'autres régions, caractérisée par l'anesthésie et la paralysie. La question de savoir si les modifications matérielles positives, quoique non palpables, des éléments nerveux qui forment la base des nombreux troubles de l'innervation dans l'hystérie, intéressent les organes centraux ou les nerfs périphériques, n'a pas encore reçu jusqu'à présent une solution satisfaisante. Si, par exemple, les malades sont pour la plupart très-sensibles aux irritations du dehors, cela peut tout aussi bien être mis sur le compte d'une excitabilité exagérée des nerfs périphériques que d'une excitabilité exagérée des parties du cerveau qui donnent la conscience des sensations. Mais ce qui constitue un argument contre la première hypothèse, c'est la grande extension de l'hyperesthésie et l'altération simultanée des fonctions psychiques.; par contre, la seconde 'hypothèse est en contradiction avec la grande surexcitation de l'activité réflexe qui coïncide avec l'hyperesthésie. Cette grande activité réflexe ne peut s'expliquer que par une excitabilité anormale des nerfs périphériques ou par une excitabilité exagérée des ganglions spinaux eux-mêmes, qui coexiste avec la première. La théorie la plus acceptable de l'hystérie et à laquelle Hasse, entre autres, se rallie, est donc celle qui fait dépendre la maladie d'un trouble de la nutrition du système nerveux dans sa totalité, c'està-dire des appareils centraux aussi bien que périphériques.

Le fait que l'hystérie se 1 encontre presque exclusivement chez les femmes,, et en particulier depuis le développement de la puberté jusqu'à l'extinction de l'activité sexuelle, et en outre l'observation que dans un grand nombre de cas des états morbides de l'appareil génital accompagnent l'hystérie, ont fait supposer que l'hystérie est une maladie de tout r ensemble du système nerveux, ayant pour point de départ les nerfs des organes sexuels. Cette interpré-

tation, si elle a le tort d'être trop exclusive, est cependant applicable à beaucoup de cas d'hystérie. De nombreux phénomènes exposés dans les chapitres antérieurs nous ont permis de conclure qu'assez souvent des états morbides pouvaient être transmis des nerfs atteints à d'autres nerfs et aux organes centraux, et par analogie il nous est permis d'admettre que des états morbides peuvent aussi se transmettre des nerfs des organes sexuels à ceux du reste du corps et aux organes centraux. Les troubles ilégei s de l'innervation, l'hyperesthésie, l'augmentation de l'activité réflexe, l'altération du moral, qui chez beaucoup de femmes saines se manifestent à l'époque des règles, semblent dépendre de faits de ce genre et forment en quelque sorte le pendant physiologique de l'hystérie, qui est due à des états pathologiques des organes sexuels. Dans plusieurs cas d'hystérie ce mode de production ne peut être mis en doute. Si, chez une femme saine auparavant, il se développe à la suite d'un avorteraient ou d'un accouchement laborieux un infarctus utérin et avec celui-ci une hystérie modèle, si l'hystérie persiste aussi longtemps que l'infarctus, et disparait aussitôt que l'on est parvenu à faire disparaître ce dernier, alors il est Clair que la maladie utérine a seule déterminé les troubles étendus et variés de l'innervation que nous connaissons sous le nom d'hystérie. Les maladies de l'utérus et des ovaires n'ont pas tous la même influence sur l'origine de l'hystérie. Parmi les maladies de l'utérus, ce sont, outre l'infarctus, les ulcères à l'orifice et les flexions qui entraînent le plus souvent l'hystérie, tandis que les néoplasmes de mauvaise nature et les processus destructeurs sont bien plus rarement accompagnés d'accidents hystériques. Parmi les maladies des ovaires, les kystes dermoïdes de dimensions modérées font naître l'hystérie beaucoup plus fréquemment que les poches volumineuses produites par une néoplasie eystoïde. — Il n'est pas impossible que dans certains cas une irritation des organes génitaux, provoquée par un coït trop souvent répété, ou incomplet, ou par l'onanisme, voire même par les simples désirs vénériens, suffise pour exercer sur le système nerveux une influence identique a\ ec celle des maladies organiques sus-mentionnées des organes sexuels. Mais c'est faire preuve d'un esprit étroit et frivole et se montrer bien peu au courant de tout ce qui concerne la nature de la femme, que d'attribuer immédiatement tous les cas d'hystérie où il est impossible de constate]- des maladies de texture des organes génitaux à une exaltation de l'instinct génital ou à une satisfaction anormale donnée à cet instinct. Je me sens certainement libre d'optimisme, et je penche plutôt vers une manière de voir opposée, mais jamais je ne croirai que toutes les veuves et toutes les vieilles filles atteintes d'hystérie bien prononcée, et chez lesquelles on ne peut trouver aucune maladie de texture des organes génitaux, soient malades uniquemciit parce qu'elles sont forcées de réfréner leur lubricité, ou parce qu'elles la contentent d'une façon anormale.

kkk MALADIES DU SYSTEME NERVEUX.

En cas de prédisposition prononcée à l'hystérie cette maladie peut aussi avoir pour point de départ n'importe quel autre organe malade. J'ai observé des degrés très-élevés d'hystérie chez de jeunes filles atteintes de maladies de l'estomac traînées en longueur, et chez lesquelles les fonctions sexuelles s'accomplissaient avec une parfaite régularité.

Je pense qu'il y a lieu de partager entièrement l'opinion de Hasse, qui expose l'étiologie de l'hystérie avec une sagacité exquise et dans un langage plein de dignité. Or, d'après lui, la fréquence de l'hystérie chez les femmes privées d'enfants, chez les veuves, chez les vieilles filles appartenant aux classes supérieures de la société, doit être attribuée à des influences psychiques plutôt que physiques. L'effet produit sur l'activité de tout le système nerveux par des influences psychiques agissant avec une grande violence se manifeste assez clairement, même chez les sujets bien portants. Ne voyonsnous pas en effet des individus s'arrêter en quelque sorte foudroyés et incapables de faire un pas en avant sous le coup d'une violente frayeur, n'en voyons-nous pas d'autres, sous l'influence de la colère, serrer les poings, se mordre les lèvres, s'agiter dans tous les sens, sans que leur volonté soit mise en jeu? Ne voyons-nous pas, en outre, sous l'influence de la peur ou d'un violent chagrin, se produire une anesthésie complète, et, d'un autre côté, se développer une grande hyperesthésie après un travail intellectuel exagéré? N'avons-nOus pas enfin tous les jours l'occasion de remarquer que les émotions exercent une influence sur l'état d'excitation des nerfs vasomoteurs et trophiques, qu'elles font rougir ou pâlir les joues, qu'elles mettent dans un état de contraction ou de relâchement les muscles de la peau, qu'elles stimulent la sécrétion lacrymale ou salivaire? Si des troubles aussi variés et aussi étendus de l'innervation peuvent être provoqués par des influences psychiques passagères, il est tout simple d'admettre que des troubles durables de l'innervation et des changements dans la texture des nerfs peuvent résulter des émotions psychiques continues qu'éprouve une femme qui se voit trompée dans ses espérances, qui croit avoir manqué sa A'ocation et qui, constamment obsédée de pareils sentiments, est incapable de relever son moral et de chasser ses soucis réels ou imaginaires. Je conviens que la manière dont cette action continue des influences psychiques modifie la nutrition du système nerveux et entraîne l'hystérie, est enveloppée d'obscurité ; mais il ne faut pas se figurer que nous possédions des notions plus précises sur la manière dont l'état morbide des nerfs de l'appareil génital se propage au reste du système nerveux. L'état moral qui conduit à l'hystérie dépend non-seulement des événements extérieurs, mais encore bien plus de l'appréciation individuelle de ces événements. Les mêmes faits qui glissent en quelque sorte sur tel ou tel individu sans laisser de traces, peuvent devenir pour tel autre la source du plus long et du plus profond découragement. Je partage pleinement l'avis de Hasse qui pense que l'hystérie, si elle

ne résulte que trop souvent d'unions contractées avec des individus impuissants, peut tout aussi bien avoir sa source dans le sentiment vague ou même dans la conviction décourageante d'une existence manquée , conviction qui s'impose quand la femme ne trouve pas dans le mariage ce retour de sentiments affectueux auquel elle a droit, mais aussi quand l'union contractée ne répond pas aux prétentions sentimentales ou à l'idéal fantastique d'une jeune fille exaltée.

Les troubles de la nutrition du système nerveux qui forment la base de l'hystérie peuvent aussi avoir pour cause un état anormal des matériaux de la nutrition. C'est ce que nous voyons dans l'anémie, et la chlorose maladies qui par elles-mêmes conduisent très-souvent à l'hystérie, et sans qu'on puisse le moins du monde accuser des maladies des organes génitaux, des excitations génitales, l'onanisme et les influences psychiques mentionnées plus haut d'avoir contribué au développement de l'hystérie.

La prédisposition à l'hystérie est très-inégale. Il s'en faut que les femmes atteintes d'infarctus et de flexions de la matrice, d'ulcères à l'orifice, les vieilles filles qui croient avoir manqué leur vocation et les jeunes filles chlorotiques deviennent toutes hystériques. Au contraire, je ne crains pas d'affirmer qu'une prédisposition congénitale ou acquise joue dans le développement de l'hystérie un rôle bien plus essentiel que toutes les causes indiquées jusqu'à présent. Il est facile de démontrer la justesse de cette assertion : ceux qui sont appelés à examiner un grand nombre de femmes trouveront que les érosions à l'orifice utérin, les infarctus modérés et les flexions légères de l'utérus sont si communs qu'il faudrait qu'il y eût presque autant de femmes hystériques que de femmes exemptes de cette maladie, si les anomalies que nous venons de nommer suffisaient à elles seules pour provoquer l'hystérie, indépendamment de toute prédisposition individuelle. — Avant l'âge de 12 à 15 ans, il est rare que l'on trouve des traces d'hystérie bien marquées. Dans la vieillesse, la maladie est également rare; mais il arrive assez souvent qu'elle se prolonge au delà de la ménopause et persiste à un degré modéré pendant quelques années après cette époque. — Assez souvent la prédisposition à l'hystérie est manifestement congénitale, quoique le fait d'être la fille d'une femme hystérique, qui elle-même peut avoir eu une mère hystérique, ne prouve pas précisément une prédisposition héréditaire à l'hystérie, mais peut tout aussi bien être le résultat d'une éducation vicieuse qui s'est propagée dans les familles de génération en génération. La constitution et le tempérament n'ont pas une influence bien marquée sur la prédisposition plus ou moins grande aux affections hystériques. Par contre, une influence majeure est celle qu'exercent la manière de vivre et l'éducation. Ne pas habituer les enfants à se maîtriser, mettre un sot empressement à remplir leurs moindres désirs, leur permettre de s'abandonner à un chagrin immodéré à l'occasion d'un jouet brisé, et reculer devant les corrections

manuelles ' lorsqu'à la moindre contrariété ou après le refus de leur accorder ce qu'ils demandent ils se livrent à des transports de rage et de désespoir, qu'ils se mettent à trépigner et à se rouler à terre, c'est les exposer à devenir hystériques à un âge plus avancé. — Que l'on donne aux enfants des habitudes de travail, qu'on cherche à les rendre consciencieux, qu'on les exerce à se maîtriser, qu'on'iie laisse pas les jeunes filles passer des journées entières à broder et à faire d'autres ouvrages insignitiants qui n'occupent pas leur esprit et permettent de se livrer sans réserve à leurs pensées et à leurs rêveries, qu'on les préserve des mauvaises lectures qui exaltent leur imagination, et l'on aura ainsi pris les mesures les plus efficaces de toutes pour détourner d'elles le danger de l'hystérie. — Les hommes sont rarement sujets à devenir hystériques. Chez eux la maladie se confond également le plus souvent avec quelque anomalie de l'appareil sexuel; mais il faut encore qu'il y ait une prédisposition congénitale ou héréditaire pour que des accès vénériens^ l'onanisme, la spermatorrhée, etc., conduisent au développement de l'hystérie chez les hommes.

§ 2. Symptômes et^ marche.

La grande complication des symptômes de l'hystérie et la diversité de sa marche ne permettent pas d'en résumer la description dans un tableau général. Il faut donc que nous fassions ici une exception et qu'au lieu d'exposer les symptômes tels qu'ils se lient les uns aux autres, nous les exposions isolément et en les classant par ordre de fonctions.

Les troubles de la sensibilité sont les phénomènes morbides les plus fréquents de l'hystérie et ne manquent pour ainsi dire jamais. Parmi ceux-ci nous mentionnerons d'abord V hyperesthésie générale, appelée généralement faiblesse des nerfs par les gens du monde et persistant souvent à elle seule pendant bien des années sans être compliquée d'autres désordres. Quelquefois l'hyperesthésie se traduit par une exquise délicatesse des sens: plus d'une malade sait apprécier au toucher les moindres différences de poids, de température, de- surface., et sait ainsi distinguer, en tenant les yeux lermés> des objets dont les différences échapperaient à d'autres individus placés dans la même condition. On conçoit facilement que cette propriété doit produire sur les masses l'impression du merveilleux et qu'elle sert souvent à faire des dupes-. D'autres malades ont l'odorat aussi fin que certains animaux. Elles distinguent d^une manière fort remarquable, par, l'odorat seul, des objets et des personnes. Ilenestqui entendent et reconnaissent la démarche

1 On ne m'accusera pas pour cela, j'espère, d'être un partisan delà méthode de Tivoli ou de miss Bowyer.

HYSTERIE. Util

d'un individu encore fort éloigne'. On rapporte aussi des faits de délicatesse semblable pour le sens du goût. Heureusement il est rare que l'hyperesthésie des femmes hystériques se manifeste par une finesse trop exquise des sens, sans quoi le nombre des femmes clairvoyantes serait encore plus considérable qu'il ne l'est déjà. — Bien plus souvent l'hyperesthésie des individus hystériques se trahit par le malaise qu'une excitation faible des nerfs des sens spéciaux suffit déjà pour leur occasionner. Tandis que chez les individus sains les sens ne sont offensés que par des bruits très-éelatants, par des odeurs extraoïdinairement pénétrantes, par des substances très-amères ou très-àcres, par une lumière très-éblouissante ou des couleurs très-vives, les hystériques se plaignent de ne pas pouvoir supporter même le bruit d'une conversation faite à voix élevée et demandent qu'on leur adresse la parole presque en chuchotant ; elles n'admettent aucune fleur dans leur appartement, ne pouvant pas en supporter Fodeur, ou bien elles refusent un mets pour peu qu'il soit assaisonné. Il y a des femmes hystériques que la clarté du jour suffit pour incommoder et qui, pour cette raison, tiennent continuellement leurs persiennes fermées ; d'autres ne supportent pas la couleur rouge et ne permettent à personne de s'approcher d'elles sans avoir déposé tout ruban, tout objet de toilette ayant cette couleur. À cette grande sensibilité pour des excitations assez faibles s'ajoutent fréquemment des idïosyncmsies. Certaines excitations qui impressionnent désagréablement les individus sains, non par leur force, mais par leur qualité, occasionnent au contraire aux hystériques une sensation agréable, et réciproquement dés excitations, qui par leur qualité sont agréables à dès individus bien portants, affectent assez souvent péniblement les personnes atteintes d'hystérie. Un phénomène trèsconnu, c'est la prédilection debeaucoup de personnes hystériques pour l'odeur des plumes brûlées, pour le goût de l'asafœtida, et leur répugnance pour l'odeur des violettes, des jacinthes et pour d'autres parfums qui plaisent à la plupart des autres individus. — Indépendamment des signes d'une exagération morbide.de l'excitabilité des nerfs sensibles, on rencontre encore dans le domaine de ces nerfs des signes d'excitation morbide qu'il ne faut pas confondre avec les premiers. Tels sont premièrement des névralgies, surtout la névralgie faciale, la migraine, la mastodynie, la sciatique, qui toutes s'observent assez communément chez les personnes hystériques. A ces névralgies se rattache la douleur fort violente qui, limitée à une petite place de la tète, située ordinairement sur un dès côtés de la suture sagittale, a reçu le nom de clou hystérique, et qui se rencontre chez beaucoup d'individus atteints d'hystéiie ; ensuite la douleur dorsale qui ne fait presque jamais défaut et qui est augmentée par la pression ; enfin le mal articulaire si remarquable qui a reçu le nom d'arthropathie hystérique, qui consiste dans un endolorissement souvent énorme de l'articulation atteinte, et qu'à raison de sa violence on peut facilement confondre avec une grave inflammation articu-

laire. Dans les nerfs de la sensibilité spéciale on remarque également des états d'excitation morbide qui ne correspondent à aucun objet extérieur. Certaines malades ne perdent jamais une odeur ou un goût déterminé, quelques-unes accusent des bourdonnements d'oreille et des éblouissements. — 11 est fort étonnant qu'à côté des phénomènes d'excitabilité exagérée et d'excitation morbide des nerfs sensibles, que nous venons d'énumérer, il se produise également des anesthésies qui s'étendent à des parties plus ou moins grandes de la surface du corps. On peut se demander si ces anesthésies sont dues à l'extinction de la sensibilité dans les nerfs périphériques ou dans quelques centres nerveux. Pour ma part, je crois qu'il est très-difficile de s'assurer si une femme hystérique peut en général être atteinte d'anesthésie ou si elle a seulement le caprice de ne manifester aucune sensation de douleur l'orsqu'on la pique, pince ou brûle à des endroits déterminés. Il est hors de doute que rien n'est plus commun que ces sortes de caprices chez les femmes hystériques. Si ces malades savaient .que ces anesthésies sont précisément pour nous un phénomène très-obscur et très-intéressant, le nombre des anesthésies hystériques serait encore bien plus grand qu'il ne l'est déjà. J'ai observé une malade qui ne contractait pas un trait pendant qu'on lui tirait sur le dos deux raies avec le fer rouge, et cependant il n'y avait aucune raison pour soupçonner chez cette malade une anesthésie du dos. — Tous les troubles de la sensibilité, mentionnés jusqu'à présent, se rapportaient à des états d'excitation morbide des nerfs de la peau et des nerfs de la sensibilité spéciale. A ces troubles se rattache une série de sensations anormales des organes internes. Tandis que dans les conditions régulières nous n'avons aucune sensation ou du moins des sensations très-obscures de l'état de nos viscères, tant que ces derniers resient sains, tandis que, par exemple, nous ne nous apercevons pas des battements de notre cœur à moins d'y poser la main, tandis que nous faisons des inspirations et des expirations sans avoir conscience du besoin de respirer, tandis qu'enfin nous n'apercevons rien du fonctionnement régulier de l'estomac, de l'intestin, des reins, les femmes hystériques ont au contraire les sensations les plus variées et les plus étranges de l'état de leurs viscères et delà manière dont ils fonctionnent. Presque toutes les malades se plaignent de battements de cœur, beaucoup même des pulsations fatigantes de leurs artères. Si l'on examine l'impulsion du cœur et l'état du pouls, on arrive bien vite à se convaincre qu'il ne s'agit ordinairement que de sensations subjectives et qu'il n'y a ni renforcement du choc cardiaque ni plénitude et dureté extraordinaires du pouls. Il en est de même du besoin de respirer. Les malades accusent quelquefois l'opression la plus violente ; elles respirent vite et profondément mais par l'exclusion successive de toutes les modifications dans les voies respiratoires, daus la circulation, dans la composition du sang, dans la nutrition, qui pourraient expliquer le besoin augmenté de respirer, on arrive à

reconnaître qu'il s'agit d'une hypéresthésie ou au moins d'une sensation anormale. Presque toutes les personnes hystériques accusent en outre, même dans les cas ou leurs digestions s'accomplissent très-régulièrement, une sensation de pression et de trop-plein dans la région de l'estomac ou des cardialgies, et racontent, abstraction faite des coliques dont elles sont parfois atteintes, les choses les plus extraordinaires sur les sensations qu'elles éprouvent dans le ventre. Un phénomène qui semble encore rentrer dans cette catégorie, c'est la soif des femmes hystériques; il en est de même du besoin d'uriner qui se fait sentir chez elles à de courts intervalles et pour peu qu'il y ait d'urine dans la vessie, tandis que des sensations anormales dans les organes sexuels sont beaucoup plus rares que l'on ne devrait le supposer et que plusieurs observateurs ne le prétendent. Les maris des femmes hystériques se plaignent souvent delà répugnance de leurs femmes pour le coït et de l'insensibilité dont elles font preuve pendant cet acte ; il est bien rare qu'ils se plaignent du contraire. Même chez des prostituées hystériques je n'ai observé qu'exceptionnellement des indices de nymphomanie. Par contre, le coït est très-douloureux pour quelques-unes de ces malades, même en l'absence de toute modification matérielle des organes sexuels.

Les troubles de la motilité sont chez les hystériques presque aussi variés et aussi nombreux que ceux de la sensibilité. Ils consistent le plus souvent en convulsions hystériques. Il est hors de doute que l'excitation morbide des nerfs moteurs qui forme la base des convulsions hystériques a son point de départ dans la moelle épinière et dans le bulbe rachidien. Un signe pathognomonique des convulsions hystériques, c'est que jamais elles ne sont accompagnées de perte de connaissance. On admet généralement que les convulsions hystériques sont d'origine réflexe, de sorte que la moelle épinière ne ferait que transmettre aux nerfs moteurs les irritations qui lui viendraient des nerfs sensibles. Les convulsions étant très-souvent provoquées par des irritations qui agissent sur les nerfs tactiles ou sur ceux des sens spéciaux, et succédant dans d'autres cas directement à des excitations psychiques, sans l'entremise de la volonté, cette hypothèse parait justifiée, et alors les cas dans lesquels les convulsions se montrent en apparence spontanément ne peuvent s'expliquer que par une irritation qui se serait soustraite à l'observation. Dans quelques cas les convulsions hystériques ne consistent qu'en secousses de quelques membres, surtout des bras. Souvent ces secousses, se répétant pendant quelques temps à de cours intervalles, surviennent aussitôt que les malades sont sous le coup d'une émotion ou qu'une irritation même modérée agit sur les nerfs de la sensibilité générale ou spéciale. Dans d'autres cas les convulsions s'étendent plus ou moins à tous les muscles du corps, elles donnent alors lieu à des paroxysmes violents et peuvent présenter l'aspect de convulsions tétaniques et surtout épileptiques. Très-souvent on a l'occasion d'observer chez les femmes hystériques l'opistho-

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tonos, le pleurothotonos, l'orthotonos ou bien des convulsions cloniques qui agitent la face, le tronc et les extrémités par des mouvements saccadés. Souvent même l'écume se présente devant la bouche des malades, les pouces sont fléchis dans le creux de la main et il n'y a pour ainsi dire que l'intégrité de l'intelligence, pendant l'accès, qui permette de distinguer l'attaque d'hystérie de l'attaque d'épilepsie. Très-souvent les groupes musculaires mis en activité dans certains actes compliqués tels que le rire, l'action de pleurer, de bâiller, entrent dans une excitation convulsive sans que l'état psychique qui, chez les individus sains, préside à l'un ou à l'autre de ces actes, existe chez la malade. De cette manière naissent le rire, les pleurs, les bâillements convulsifs. De la même manière des mouvements convulsifs d'expiration, joints à un rétrécissement spasmodique de la glotte et à la tension spasmodique des ligaments de cette dernière, donnent lieu à la toux hystérique, si opiniâtre, et aux modifications de cette toux, qui produisent des bruits étranges d'aboiement et de hurlement. Des contractions spasmoctiques de l' œsophage, qui s'étendent de bas en haut, provoquent chez les malades la sensation d'une boule remontant de Tépigastre à la gorge : c'est le phénomène connu sous le nom de globe hystérique. Très-souvent les femmes hystériques ont pendant un quart d'heure ou, plus longtemps, des renvois qui se succèdent à de courts intervalles et qui expulsent ordinairement avec grand bruit des gaz insipides et inodores. Lorsqu'on examine attentivement les malades dans ces moments, on voit par les mouvements de leur bouche et de leur gorge qu'elles commencent toujours par avaler de l'air. Or comme les individus sains restent pour la plupart eux-mêmes sans s'apercevoir qu'ils avalent de l'air, quand, par exemple, pendant de violents efforts pour vomir ils exécutent des mouvements de mastication et de déglutition, je ne crois pas non plus que les femmes hystériques aient conscience de ce fait et qu'elles avalent l'air à dessein, et j'ai dû par ce motif ranger le phénomène en question parmi les troubles de la motilité. De même que, dans la sphère de la sensibilité, on observe à côté des hyperesthésies des anesthésies, on rencontre aussi parmi les troubles de la motilité des paralysies hystériques à côté des spasmes hystériques. Tantôt ces paralysies n'intéressent qu'une seule extrémité, tantôt elles affectent la forme de l'hémiplégie. Le fait du maintien de la contractilité électrique dans les muscles des parties paralysées est un argument positif contre l'origine périphérique de la paralysie hystérique. Si les nerfs périphériques étaient malades, si leur nutrition avait subi une atteinte qui leur aurait fait perdre leur excitabilité, l'électricité ne les mettrait pas plus en mouvement que la volonté. Or, comme dans la paralysie hystérique nous pouvons mettre dans un état de contraction chaque muscle qui n'obéit plus à la volonté des malades, en appliquant les électrodes sur les nerfs correspondants, il faut bien que la paralysie soit d'origine centrale. D'un autre

côté, les changements rapides qui s'accomplissent souvent dans le cours des paralysies hystériques et avant tout leur disparition subite prouvent que ce ne sont pas de graves altérations de texture des centres de la volonté, comme on les rencontre dans les paralysies apoplectiques, mais des troubles légers, faciles à réparer, qui président à ces paralysies. Dans plusieurs cas une pusillanimité extrême, un manque d'énergie qui empêche la malade de prendre la résolution de mouvoir le membre affecté, parait être la cause de la paralysie hystérique. Je ne doute pas que n'importe quel individu, tant qu'il est pénétre de l'intime conviction qu'il ne pourra pas exécuter un mouvement déterminé, ne soit réellement incapable de donner à ses muscles l'impulsion nécessaire pour exécuter ce mouvement. Puisque dans ces cas la paralysie dépend d'une imagination maladive, il faudrait à la rigueur compter ces faits faits parmi les troubles psychiques. J'ai observé, il y a quelques années, une malade atteinte d'une hémiplégie qui existait depuis plusieurs mois ; par les renseignements anamnestiques j'appris que quelques années auparavant la malade avait été atteinte d'une paralysie semblable et que cette paralysie avait disparu à de certaines époques et reparu à d'autres. Cette marche et d'autres symptômes d'hystérie ne permettaient aucun doute sur la nature de la paralysie. Depuis longtemps la malade avait reçu de diverses personnes l'assurance qu'elle pouvait être guérie par l'emploi de l'électricité ; son admission à la clinique ayant été retardée, son esprit était vivement préoccupé des effets de ce traitement. La main fermée depuis bien des semaines ayant été ouverte par l'application des électrodes, elle en fut fortement impressionnée, la paralysie s'améliora sur l'heure et cette amélioration fit des progrès tels que la guérison fut complète au bout de quelques semaines. Sans doute tout autre moyen qui aurait inspiré à là malade la même confiance aurait eu un résultat semblable.

Parmi les troubles dans le domaine des nerfs vaso-moteurs et trophiques, on remarque premièrement la distribution inégale et changeante du sang dans les parties périphériques. La plupart des malades ont continuellement les mains et les pieds froids, tandis que dans la face la couleur naturelle est souvent remplacée subitement et sans cause connue par une rougeur éclatante, accompagnée d'une sensation de brûlure pénible. La sécrétion salivaire, la sécrétion du suc gastrique et intestinal sont-elles également modifiées par un rétrécissement spasniodique ou une dilatation paralytique des vaisseaux, c'est là une question qui reste à résoudre. Par contre, il est bien certain que les fluxions du rein, déterminées par des troubles de l'innervation dans les parois vasculaires de cet organe (voy. p. 3), sont la cause de la sécrétion urinaire profuse que l'on remarque si souvent chez les individus hystériques. L'urine émise eu grande quantité est pauvre en éléments solides, très-limpide et connue sous le nom d'urine hystérique.

Il est très-difficile de donner un aperçu court et fidèle des troubles psy-

chiques qui se rencontrent chez les femmes hystériques. Au début de la maladie on est avant tout frappé par les brusques changements d'humeur, par le passage subit d'une gaieté folle à la tristesse la plus profonde. — Ce phénomène s'explique en partie par l'hyperesthésie physique dont nous avons parlé plus haut et en partie par l'hyperesthésie psychique qui l'accompagne. Tout comme les impressions sensoriales exercent une influence extraordinaire sur la disposition d'esprit des malades, une idée qui n'exercerait aucune influence sur l'humeur d'individus sains, fait naître chez les personnes hystériques un sentiment de malaise et de déplaisir ou, ce qui arrive beaucoup plus rarement, de bien-être et de joie. Tant que la maladie est récente, on parvient presque toujours, par une conversation habilement conduite, à faire alternativement rire et pleurer la malade dans l'espace de quelques minutes. Il paraît qu'à côté de l'hyperesthésie psychique il existe aussi chez les hystériques des idiosyncrasies psychiques et que c'est à ces dernières qu'il faut attribuer la disposition morale si inexplicable et si bizarre que l'on remarque souvent chez ces malades. Mais, comme chez ces malades il y a prédominance des perceptions et des idées qui provoquent le sentiment du malaise et du déplaisir, il se développe chez elles par la suite une dépression morale de plus en plus grande. Les malades sont sans cesse tristes et abattues et désespèrent de leur destinée, lors môme que tout ce qui devrait les rendre heureuses est à leur disposition. Ces pleurs et ces lamentations, qu'en apparence rien ne justifie, finissent par fatiguer l'intérêt des personnes qui les entourent ; la famille devient de plus en plus indifférente, on ne fait plus attention aux plaintes des malades ou on leur fait sentir qu'on est molesté. Malheureusement les femmes hystériques ne sont que trop souvent un objet de raillerie pour les jeunes médecins. Le peu d'intérêt qu'on témoigne à ces malades et le manque d'attention de plus en plus prononcé pour leurs maux expliquent de la manière la plus simple cette tendance à les exagérer et à jouer la comédie, tendance quifinit par se développer chez presque toutes les hystériques et qui, quoique étant également un symptôme de maladie, les prive encore du dernier reste de pitié qu'on avait eu jusque-là pour elles. Il n'est rien moins qu'extraordinaire que pour attirer de nouveau l'attention et la commisération qu'on leur a refusée, ces malades se soumettent aux opérations les plus douloureuses. Krukenberg racontait dans sa clinique l'histoire d'une fille hystérique, qui avail tourmenté une plaie cutanée si longtemps par des substances irritantes qu'il fallut en venir à l'amputation et qui, en voyant la plaie d'amputation s'apprêter à guérir, recommença sur cette plaie la même manœuvre. Le talent de ces malades d'inventer des états par lesquels elles espèrent exciter l'intérêt ou faire sensation touche à l'incroyable. Souvent il est bien difficile de démêler le faux du vrai. Si l'on est crédule on est souvent dupé et il faut s'imposer la règle d'accueillir avec une extrême défiance toute décla-

ration extraordinaire, comme par exemple qu'elles ne prennent plus aucune nourriture, qu'elles ne rendent ni selles ni urines, qu'elles ont vomi du sang ou des vers ou d'autres objets étranges. Rien de plus commun, que de rencontrer des hystériques qui prétendent qu'elles ne peuvent plus uriner et se font sonder régulièrement deux fois par jour, d'autres qui restent des mois et des années entières au lit sous prétexte qu'il leur est impossible de se lever. On conçoit facilement que pour les femmes hystériques le magnétisme animal soit devenu une mine féconde, qu'elles se livrent avec empressement aux manœuvres des magnétiseurs, qu'à partir du moment où un rapport magnétique s'est établi entre elles et un autre individu et où elles ont commencé à faire toute sorte de miracles, elles renoncent à d'autres genres de comédie et — « soient guéries par le magnétisme animal des plus étranges maladies. » Selon mon opinion il suffit de trouver le vrai homme (comme le tailleur magique du Mûnchhausen d'Immermaun) pour faire de toute femme atteinte d'hystérie prononcée une possédée, une somnambule ou une clairvoyante. 11 faut ajouter à cela que les fanatiques exaltés, qui sont convaincus de leurs dons miraculeux et qui sont confirmés dans cette conviction par l'expérience faite sur des femmes hystériques, obtiennent beaucoup plus de résultats que les individus qui spéculent sur le magnétisme animal et qui ne sont que de vulgaires escrocs. — La faculté de penser proprement dite n'est ordinairement pas en souffrance chez les femmes hystériques; elles peuvent, comme tout le monde, associer des idées et tirer des conclusions justes bien que, livrées tout entières au sentiment de leurs souffrances, elles n'aient aucun désir de s'occuper d'autre chose. — Une particularité frappante, chez les femmes hystériques, c'est le peu d'empire de leur volonté sur les mouvements du corps. Je crois qu'il faut encore attribuer ce phénomène à la domination presque absolue de l'exaltation sentimentale. Même les individus sains, en proie à une forte émotion, font peu attention aux mouvements de leurs membres et ne cherchent pas à arrêter par l'intervention de la volonté les mouvements réflexes qui se produisent pendant la durée de l'émotion. Malgré l'autorité de Romberg, je ne saurais m'associer à l'opinion d'après laquelle la faiblesse de volonté des femmes hystériques ne serait qu'une suite de l'activité réflexe exagérée, qui l'emporterait sur les intentions de l'esprit. Il me semble que cette proposition doit être renversée. Dans la clinique j'ai presque toujours pu parvenir à provoquer un accès de convulsions hystériques ou à rendre plus violent un accès léger, soit en témoignant à la malade de la pitié, soit en lui déclarant que l'accès serait très-violent ; en effet, de cette manière j'émotionnais la malade et je l'empêchais en quelque sorte de faire intervenir la volonté pour maîtriser les mouvements du corps. Lorsqu'au contraire; je traitais les malades avec dureté pendant leur accès, que je leur projetais successivement plusieurs verres d'eau froide dans la face en les

menaçant de continuer jusqu'à la cessation de l'accès, je parvenais presque toujours à éveiller chez elles une forte réaction de la volonté, qui mettait fin aux mouvements involontaires. Un spectateur d'un esprit peu cultivé ou un observateur superficiel concevra, il est vrai, facilement contre la malade, à la vue de l'influence si évidente du moral sur les accès hystériques, d'injustes soupçons de simulation. Du reste, la marche indiquée des accès est en parfaite harmonie avec les faits physiologiques concernant les mouvements réflexes et avec l'influence bien constatée de la volonté sur ces mouvements.

La marche, la durée et les terminaisons de l'hystérie varient extrêmement. Dans la plupart des cas la maladie se développe lentement. Au commencement les signes d'hyperesthésie physique et morale avec leurs conséquences constituent les seuls phénomènes morbides et seulement plus tard (quelquefois jamais) il s'y ajoute des attaques convulsives et les autres symptômes de l'hystérie, en nombre plus ou moins considérable et avec une intensité plus ou moins grande. Il est rare qu'un accès de convulsions hystériques ouvre la scène et la maladie suit alors une marche aiguë ou bien il ne survient que plus tard d'autres phénomènes morbides qui complètent le tableau de la maladie. Chez presque toutes les malades les symptômes de l'hystérie s'exaspèrent avant et pendant la menstruation, et chez beaucoup d'entre elles les attaques convulsives ont lieu exclusivement pendant la période menstruelle. — La durée de l'hystérie n'est soumise à aucune règle. Ainsi la maladie peut persister pendant des années ou des dizaines d'années avec, une violence plus ou moins grande, tout en diminuant généralement d'intensité à l'âge cr. tique. — Parmi les terminaisons de l'hystérie, la guérison est assez commune et l'art médical fête ici bien des triomphes. 11 est vrai qu'il y a bien des cas qui résistent à n'importe quel traitement, qui ne sont jamais guéris et qui peuvent tout au plus être passagèrement améliorés. Quelquefois l'hystérie passe à l'aliénation mentale et à l'épilepsie. La terminaison mortelle est un fait rare. On ne connaît que quelques cas peu nombreux où la mort est survenue au milieu de violents accès convulsifs, sans doute par l'arrêt de la respiration.

§ 3. Traitement.

Ce que nous avons dit au paragraphe 1er, de l'influence que l'éducation et le genre de vie exercent sur le développement de l'hystérie implique en même temps les préceptes prophylactiques qu'il est inutile de formuler ici d'une manière spéciale.

L'indication causale exige, dans les cas où l'état morbide du système nerveux doit être attribué positivement à des maladies des organes génitaux.

qu'on soumette à un traitement approprié les infarctus, les ulcères, les flexions et autres maladies de l'utérus ou des ovaires. À ce sujet nous renvoyons le lecteur à la seconde section de ce volume. — Quand l'hystérie a été provoquée par des influences psychiques et que, malgré cela, on force la malade à se soumettre aux opérations qui lui répugnent au plus haut degré, telles qu'application de sangsues et de nitrate d'argent à l'orifice utérin, la maladie est presque toujours aggravée. Nous nous sommes encore longuement expliqué sur ce sujet dans les chapitres correspondants. Dans les hôpitaux il n'est généralement pas possible de remplir dans ces sortes de cas l'indication causale. Par contre, dans la clientèle privée, le médecin qui possède la confiance entière de ses clients et pour lequel la vie intime de la famille n'a rien de caché, peut exercer l'influence la plus heureuse précisément dans celte forme de l'hystérie. 11 est impossible de soumettre sa .manière d'agir à des règles générales. — Lorsque l'hystérie dépend d'un appauvrissement du sang et d'une chlorose, l'indication causale exige que Ton cherche à améliorer la composition du sang par des préparations ferrugineuses et un régime approprié. Le plus souvent ce traitement conduit rapidement au but et l'hystérie disparaît avec le retour des joues rouges, *ans que l'on soit forcé de recourir aux remèdes antihystériques. Le traitement des cas d'hystérie dans lesquels on peut positivement constater l'existence d'un appauvrissement du sang, est suivi des meilleurs résultats.

L'indication de la maladie exige que l'on cherche à réparer les anomalies de nutrition du système nerveux d'où dépendent les phénomènes hystériques. Il ne faut pas s'attendre à ce que le traitement soit achevé et la malade rétablie, dès que l'on a obtenu la guérison d'une érosion à l'orifice, en admettant même que l'hystérie ait eu le mal local pour point de départ. Un résultat aussi prompt peut quelquefois être obtenu, mais ce n'est pas la règle générale. 11 faut, pour réussir, soit des traitements qui modifient énergiquement l'ensemble de la nutrition, soit l'emploi de remèdes qui paraissent avoir une influence spéciale sur la nutrition du système nerveux, autrement dit des modificateurs de ce système (nervina). Les résultats, dont les hydropathes se vantent avec raison dans le traitement de l'hystérie, s'expliquent par l'influence que les cures bydrothérapiques exercent sur l'ensemble de la nutrition. Si l'on a rempli l'indication causale sans avoir pu améliorer l'état des malades ou bien s il est impossible d'éloigner la cause de l'hystérie, le traitement hydrolbérapique rend dans beaucoup de cas d'excellents services. Mais il faut d'avance avertir les malades que le traitement ne. peut guère être suivi du résultat \oulu au bout de quelques semaines déjà et que par conséquent elles devront se résigner à passer plusieurs mois dans rétablissement. Il ne convient pas non plus de faire suivre aux malades un traitement hydrothérapique à domicile, parce qu'il importe avant tout de ne pas se conteuter de demi-mesures. Aux traitements hydro-

thérapiques se ' rattache l'usage si bienfaisant des bains de mer. Chez les individus robustes et bien nourris les eaux minérales de Maiienbad, de Franzensbad, de Kissirigen, prises à l'intérieur et sur les lieux même, rendent souvent d'excellents services. Les effets de ces traitements doivent encore être mis sur le compte de la modification qu'ils impriment à la nutrition . Parmi les antispasmodiques on vante principalement contre l'hystérie le castoréum, la valériane, l'asa fœtida, le sel volatil de corne de cerf et encore d'autres substances d'une odeur et d'une saveur nauséabondes. Avec tout le scepticisme possible, on ne peut nier qu'une tasse d'infusion de valériane, quelques gouttes de teinture de valériane ou de teinture de castoréum prises à l'intérieur ou des lavements composés d'une infusion de valériane ou d'une émulsion d'asa fœtida ne soient, dans beaucoup de cas, d'une utilité palliative très-évidente. Mais jamais une guérison radicale n'a été obtenue à l'aide de ces substances. J'ai appris à connaître par le fait du plus pur hasard un antispasmodique très-utile contre l'hystérie, et j'en ai obtenu les succès les plus remarquables dans beaucoup de cas où il ne s'agissait pas d'opposer un traitement local à quelque affection utérine, et dans d'autres où l'hystérie persistait après la guérison de la maladie utérine par le traitement local; ce remède est le chlorure d'or et de sodium. Je venais de lire qu'un Dr Martini, à Biberach, préconisait ce médicament comme extrêmement efficace contre les maladies les plus diverses de l'utérus et des ovaires. Comme les maladies, que ce médecin très-estimé dans sa contrée prétend avoir guéries, doivent être comptées en grande partie au nombre de celles qui ne sont susceptibles d'aucune évolution régressive, et qui sont incurables dans la vraie signification du mot, et comme, d'un autre côté, je n'avais aucune raison pour mettre en suspicion la bonne foi du Dr Martini, il était évident pour moi qu'il s'agissait là de faits mal interprétés. Ma supposition, que le chlorure d'or et de sodium devait être, comme d'autres préparations métalliques, un modificateur du système nerveux, et que l'amélioration des malades traités par le Dr Martini pouvait bien être due à cette propriété du remède, a été pleinement justifiée paroles résultats obtenus. Après avoir employé pendant plusieurs années ce remède dans un grand nombre de cas et l'avoir recommandé à mes élèves comme un des plus puissants modificateurs de l'innervation pour le traitement de l'hystérie, j'appris que le chlorure d'or avait été reconnu comme un réactif excellent du tissu nerveux, et qu'on en faisait un grand usage dans les recherches histologiques. 11 est probable qu'une communication de ce genre ne m'aurait jamais décidé à employer cette substance ; cependant j'y attachais une grande importance, parce que je voyais ainsi confirmée la justesse de ma manière d'interpréter les succès expérimentalement constatés du nouveau remède. Je prescris le chlorure d'or et de sodium sous forme de pilules (pr. chlorure d'or et de sodium, 25 centig. ; gomme adragante, k gram. ; sucre blanc, q. s. , pour

hO pilules). Je fais prendre de ces pilules, d'abord une, plus tard deux, une heure après chacun des deux repas de la journée et j'élève successivement la dose jusqu'à 8 pilules par jour.

Dans quelques cas d'hystérie grave, dans lesquels on n'arrivait pas au but désiré tout en satisfaisant à l'indication causale, ou bien dans lesquels le point -de départ de troubles nerveux étendus et de nature hystérique ne pouvait être découvert ni dans l'appareil génital ni dans d'autres organes, l'usage suivi du bromure de potassium à dose progressive, dont j'ai parlé longuement au chapitre du traitement de l'épilepsie, m'a rendu des services signalés, tandis que dans d'autres cas ce remède a complètement échoué. J'apprends également qu'un de mes confrères, très-estimé et qui voit beaucoup de monde dans son cabinet de consultation, a très-souvent recours à ce remède, certainement très-efficace, mais dont les limites d'action ne sont malheureusement pas suffisamment connues, et qu'il l'emploie surtout, quand il ne parvient pas à rapporter des symptômes morbides graves du système nerveux à des troubles matériels dans les organes centraux ou dans les nerfs périphériques.

Un traitement qui dans l'hystérie est toujours d'une haute importance, que la maladie soit due à une cause ou à l'autre, c'est le traitement psychique. Romberg dit avec raison : l'indication psychique est d'une importance telle que si l'on néglige de la remplir tous les autres traitements échouent nécessairement. Le principal est d'exercer les malades à opposer l'impulsion de leur volonté à l'impulsion réflexe. C'est naturellement de l'individualité des malades que dépendra le choix des moyens à employer dans un cas donné. Dans les hôpitaux cette éducation morale des malades est très-difficile à faire. Quelquefois j'ai obtenu d'excellents résultats avec des malades pleines de docilité et de bonne volonté et ayant une confiaflce absolue dans mes ordonnances, en leur faisant administrer deux douches par jour, et en les engageant à supporter l'action de la douche aussi longtemps que cela leur était possible en déployant toute la force de volonté dont elles se sentaient capables. Dans la clientèle privée, si l'on sait conserver la confiance et le respect des malades, et surtout si les intentions des médecins sont secondées par une mère intelligente, on obtient des résultats encore plus complets et l'on peut recourir à des moyens plus doux et plus humains que l'emploi de la douche froide, répétée deux fois par jour, que mes malades supportaient du reste, avec un peu d'exercice, pendant dix minutes et même plus longtemps.

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