CHAPITRE PREMIER
Hypertrophie diffuse du corps pnpillaire et de l'épidémie. Ichthyose.
§ 1. Pathogénie et étioi.ogie.
Il a été dit plus haut que la formation exagérée de l'épidémie dans l'ichthyose dépend du développement anormal du corps papillaire, qui est la matrice de l'épidémie. Bserensprung, dont nous utiliserons les excellents travaux sur les maladies de la peau, chaque fois que nous en aurons l'occasion, distingue l'ichthyose congénitale, dans un sens restreint, de l'ichthyose vraie. Dans la première, les enfants naissent avec une carapace cornée, dure et épaisse; ils viennent morts au monde, ou meurent peu de temps après la naissance, et l'on reconnaît que la carapace qui les couvre a dû se développer à une période antérieure de la vie intra-utérine, probablement par la transformation de l'enduit sébacé, composé de cellules épidermiques et de sébum, en une masse cornée dure. En effet, il est manifeste que cette enveloppe dure et résistante n'a pas pu suivre la croissance du fœtus ; elle s'est réduite en fragments et en écailles et s'est opposée au développement du nez, des lèvres, des cartilages de l'oreille, des doigts et des orteils restés difformes et rabougris. — Mais l'hypertrophie papillaire, qui forme la base de l'ichthyose vraie, paraît également être une anomalie congénitale et héréditaire. Si la maladie passe presque toujours inaperçue dans la première année de l'existence, ce fait trouve son explication dans les soins qu'à cette époque on donne généralement à la peau. La généalogie. des individus atteints d' ichthyose prouve, dans beaucoup de cas, que d'autres membres de la famille, un frère ou une sœur, un des parents ou des grands -parents, ou d'autres consanguins, ont été atteints de la même maladie.
Indépendamment de l'ichthyose congénitale vraie, ordinairement répandue sur la plus grande partie de la surface du corps, il y a encore une ichthyose acquise, plus légère, qui, limitée à quelques parties de la surface cutanée, complique généralement la pachydermic.
§ 2. Symptômes et marche.
Au lieu de présenter cet aspect lisse qui la distingue chez l'homme sain, la peau montre, dans les degrés légers de la maladie dont il est ici question, une certaine rudesse et se couvre de squames fines et blanches C'est
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à ces degrés légers de la maladie que l'on a donné également le nom de pityriasis simple. Mais, dans cette espèce de pityriasis, il faut bien se rappeler que la desquamation dépend d'une formation exagérée de l'épiderme, et non d'autres anomalies; la preuve qu'il en est ainsi, nous la trouvons dans le fait qu'il s'agit ici d'un état habituel, dans l'absence de phénomènes congestifs et inflammatoires ou d'un trouble de la sécrétion des glandes cutanées et sébacées. La desquamation de l'épidémie de la tète, reconnaissable par de petites écailles blanches qui adhèrent aux cheveux et couvrent le collet de l'habit, dépend le plus souvent d'une dermatite superficielle et non d'uue hyperplasie épidermique. Il en est de même de la desquamation qui s'observe à la plante des pieds et dans la paume des mains, et dont il sera plus longuement question à l'occasion de l'eczéma. Dans l'ichthyose proprement dite, la desquamation de l'épi derme se fait par écailles plus ou moins épaisses, plus ou moins grandes, ordinairement foncées en couleur par le mélange de pigment et la malpropreté. Lorsque la maladie fait des progrès, F épidémie représente des plaques cornées, voire même des éminences verruqueuses et des piquants. Aussi a-ton cru devoir distinguer une ichthyosis simplex., cornea, ht/strix (homme porc-épic), et même on a établi un nombre encore plus grand de sous-divisions qui correspondent, non à des formes, mais simplement à des degrés différents de la même maladie. Certains endroits du corps, la face, la paume des mains, la plante des pieds, le creux de l'aisselle, le pli du coude, le jarret, le pli de l'aine et les parties génitales restent en général épargnées, tandis que les faces dorsales des extrémités, surtout les régions du genou et du coude, sont particulièrement sujettes à être couvertes d'ichthyose. Si chez les enfants nouveau-nés on ne remarque pas l'ichthyose dont ils peuvent être atteints, ce fait trouve, d'après Hebra, son explication dans cette circonstance que, dans le sein de leur mère, les enfants sont continuellement plongés dans un bain chaud ■qui macère les squames épideraiiques. De même, cet auteur explique par les bains et lavages répétés auxquels on a l'habitude de soumettre les enfants si peu propres à cet âge, ce fait que dans la première année de leur •existence les squames épidermiques ne s'accumulent pas sur leurs corps, et •que la maladie reste ordinairement ignorée à cette époque.
§ 3. Traitement.
11 est impossible de guérir la maladie, attendu que nous ne connaissons aucun remède capable de faire rétrograder l'hypertrophie du corps papillaire. Les observations faites sur l'inefficacité de l'arsenic, des antimoniaux, du goudron et d'autres médicaments employés, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, sont trop multipliées [tour nous permettre de tenter de nouvelles
hlh MALADIES DE LA PEAU.
recherches sur l'action de ces remèdes. L'usage fréquent, journalier, autant que possible, des bains chauds, avec ou sans addition d'alcalins, et les frictions avec des corps gras, sont à recommander aux malades, parce que, par ces moyens, on prévient l'accumulation trop forte des cellules épidermiques détachées.