CHAPITRE II
Hypertrophie diffuse de la peau et du tissu conjonetif sous-cutané- Pachydcriiiïe. — Élcphantiasis des Arabes.
§ 1. Pathogénie et étiologie.
Des inflammations répétées de la peau, et avant tout l'oblitération répétée et continue de ses veines ou de ses vaisseaux lymphatiques entraînent parfois une hypergénèse énorme du tissu conjonetif du derme, du tissu sous-cutané et intermusculaire, et même du périoste qui recouvre les os appartenant à la partie atteinte. C'est là l'état auquel on a donné le nom de pachydermie ou d'éléphantiasis des Arabes, à raison de l'aspect grossier et difforme des parties atteintes. Cette maladie n'a rien de commun avec l'éléphantiasis des Grecs, connu sous le nom de lèpre ou speclalskhed. Nous ne savons pas pourquoi la dermatite répétée, la phlébite et la thrombose primitive des veines ou l'oblitération des vaisseaux lymphatiques n'engendrent que dans quelque cas la pachydermie, tandis que cet effet ne se reproduit pas dans d'autres cas; et nous ne pouvons nous expliquer en aucune manière pourquoi ces processus se rencontrent plus fréquemment dans certaines contrées, et avant tout dans la zone torride (jambe des Barbades), et y entraînent la pachydermie plus fréquemment que chez nous.
§ 2. Anatcmie pathologique.
C'est la jambe qui est le siège le plus fréquent de la maladie. Son volume est souvent augmenté du double ou du triple, tantôt d'une manière uniforme, tantôt d'une manière inégale, irrégulière. La peau est adhérente aux parties sous-jacentes, et dans le cas où le corps papillaire prend part à l'hypertrophie, elle est couverte d'épaisses plaques épidermiques. Le derme et le pannicule adipeux sont transformés en une masse lardacée, ferme et dure, qui, examinée au microscope, se montre composée d'éléments de tissu conjonetif jeunes et anciens ; les muscles, condamnés à l'inaction et comprimés par le tissu conjonetif, également épaissi, qui les entoure, sont
PACHYDERMIE. — ELEPHANTIAS1S DES ARABES. 475
atrophiés et atteints de dégénérescence graisseuse. Souvent on trouve des oblitérations veineuses ou lymphatiques et des dilatations variqueuses audessous des endroits oblitérés. Des modifications anatomiques identiques s'observent aux extrémités supérieures, quand elles sont de leur cote le siège de l'affection, ou bien au scrotum (éléphantiasis scrotal, hernie charnue), au pénis, aux grandes lèvres.
§ 3. Symptômes et marche.
La maladie débute par les phénomènes d'une inflammation érysipélateuse de la peau, d'une lymphangite ou d'une phlébite. La fièvre violente que plusieurs observateurs prétendent avoir observée, et qui, d'après eux, précède toujours les symptômes locaux, ne peut être considérée comme un symptôme caractéristique, attendu qu'il existe bien d'autres inflammations dans lesquelles l'état fébrile domine les autres symptômes et se fait remarquer avant les troubles fonctionnels de l'organe malade. A la fin du processus inflammatoire la partie tuméfiée ne revient pas à son volume normal, mais reste modérément enflée et conserve une consistance molle et pâteuse. Après un temps assez court, ordinairement au bout de quelques mois, il se produit une inflammation nouvelle qui suit la même marche que la première et laisse à sa suite une tuméfaction encore plus considérable de la partie atteinte. Plus ces accès se répètent et plus les intervalles qui les séparent sont de courte durée, plus le membre malade devient lourd et difforme; peu à peu l'état pâteux, qui dépend d'une infiltration œdémateuse, est remplacé par une dureté qui rappelle celle du bois et qui est due à la formation d'un tissu conjonctif dense et serré. A mesure que les accès que nous venons de décrire se répètent, la pachydermie s'étend de la partie atteinte en premier lieu aux parties environnantes, et la même extrémité peut alors montrer à la fois diverses phases du même processus. En dehors des accès inflammatoires', les malades n'accusent aucune douleur dans les parties tuméfiées. Souvent ces parties sont le siège d'une inflammation cutanée superficielle, accompagnée d'une exsudation liquide sous l'épidémie et à la surface libre (inflammation eczémateuse). La mobilité des extrémités atteintes est tout naturellement fort diminuée.
S L\. Traitement.
Lorsque la pachydermie des extrémités n'est pas encore trop enracinée, un traitement rationnel peut conduire à une amélioration notable et même à une guérïson complète'. Pendant les accès inflammatoires qui donnenl lieu au développement de la maladie, il faut donner au membre une posi-
tion élevée dans laquelle on le maintiendra encore quelque temps après la disparition de l'inflammation. En même temps, on emploiera le froid et les frictions d'onguent mercuriel, qui conviennent tout particulièrement pour ces sortes de cas. Lorsque l'inflammation est arrivée à son terme, il faut procéder à une compression méthodique et énergique du membre. D'après le précepte de Hébra, on doit se servir, pour envelopper le membre, de bandes de coton bien mouillées. On les appliquera à partir des orteils, de telle sorte que chaque circulaire couvre la plus grande partie de celle qui précède. On peut serrer les bandes sans inconvénient, parce que les malades peuvent supporter très-bien une forte pression, et qu'une bande, même fortement appliquée, se relâche toujours au bout de quelques heures. Ce traitement si simple, lorsqu'il est suivi exactement et avec persévérance, donne souvent des résultats surprenants. L'éléphantiasis du scrotum, dans lequel les parties dégénérées descendent quelquefois jusqu'au-dessous du genou, et l'éléphantiasis des grandes lèvres ne peuvent être guéris que par l'ablation de la tumeur à l'aide du bistouri.
ïï. — ATROPHIE DE LA PEAU
L'atrophie de la peau constitue, premièrement, un symptôme dépendant du marasme général, aussi bien du marasme sénile que de celui qui résulte de maladies débilitantes. Si chez un individu de ce genre on fait un pli à la peau ou qu'on la divise à l'autopsie, on est souvent frappé de la diminution de son épaisseur. Si l'on trouve en même temps la peau de pareils sujets couverte de squames épidermiques, cela ne tient nullement à une hypertrophie de l' épidémie coïncidant avec l'atrophie des autres tissus, mais uniquement à la diminution de la sécrétion des glandes cutanées, destinée à rendre l'épiderme plus souple, et permettant, par conséquent, son élimination insensible chez les individus sains ; or, ces glandes sont atrophiées chez les individus épuisés, et par conséquent leurs fonctions sont également diminuées. En d'autres termes, dans le pityriasis tabescentium, les cellules épidermiques ne sont pas formées en plus grande abondance, mais elles sont éliminées d'une manière plus visible que chez les autres individus. — Une pression continue agissant sur la peau, de dehors en dedans ou de dedans en dehors, en détermine également l'atrophie. Déjà nous avons dit qu'un cor pouvait entraîner l'atrophie partielle du derme ; un effet semblable est produit par les croûtes de favus, et quelquefois par des eschares qui adhèrent longtemps à- la surface cutanée. Comme une pression agissant de dehors en dedans met quelquefois en souffrance le corps papillaire, le pro-