CHAPITRE PREMIER
Formes légères «le l'inllamination aiguë de Sa peau, sans production de bulles. — SSermatite érythémateuse. — Erythème.
§ 1. Pathogénie et étiologie.
Dans la forme de la dermatite dont il est ici question, le corps papillaire, et le plus souvent aussi le tissu réticulé du derme situé au-dessous de lui,, sont devenus le siège d'une hypérémie et d'une infiltration séreuse. Comme, après la terminaison de l' erythème, l'épidémie se desquame le plus souvent, on peut admettre qu'en même temps un exsudât déposé à la surface a détruit l'union intime entre l'épidémie et le corps papillaire. Toutefois, cet exsudât n'est pas assez abondant pour soulever l' épidémie en bulles bien apparentes. — Les conditions étiologiques mentionnées à l'occasion de l'hypérémie cutanée, une température élevée, l'influence directe des rayons solaires, des agents chimiques ou mécaniques provoquent des inflammations érythémateuses quand leur action est intense et se prolonge. Quelques érythèmes, provoqués par des irritations mécaniques, portent des noms particuliers. Lorsqu'un erythème est déterminé par le frottement de deux surfaces opposées l'une à l'autre, on l'appelle erythème intertrigo. Cette forme se rencontre très-souvent chez les petits enfants, surtout chez ceux qui sont faiblement constitués, dans les plis formés par la peau aux parties génitales, derrière les oreilles, au cou; enfin on la rencontre sous les seins pendants des femmes qui ont beaucoup d'embonpoint. 11 se produit encore un erythème entre les fesses, sous l'influence du frottement déterminé par des marches longues et fatigantes. L' erythème déterminé dans les maladies longues et épuisantes par la pression du lit, surtout aux environs du sacrum,.
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du trochanter et d'autres parties saillantes, a reçu le nom de decubitus; l'érythème produit dans l'hydropisie intense, par une tension exagérée de la peau ou par des lésions légères, celui cl'erythema lœve. — En cas d'écoulement prolongé par le nez ou la conjonctive, le contact de la peau avec les sécrétions acres donne souvent lieu à des érythèmes de la lèvre supérieure et du nez ; en cas d'incontinence d'urine, le contact permanent de la peau avec le liquide entraîne des érythèmes du prépuce, du scrotum, de la face interne des cuisses.
Outre les érythèmes dont il a été question jusqu'à présent et qui sont provoqués par une irritation locale, il existe un érythème qui se distingue par son extension particulière, par sa marche invariable, et dont nous ignorons la cause. Cette forme ne s'observe chez nous qu'à l'état sporadique, et n'est pas très-commune, mais elle montre une grande tendance aux récidives périodiques. Dans d'autres contrées (Constantinople, Paris), elle a donné lieu à des épidémies.
§ 2. Symptômes et marche.
Les érythèmes provoqués par une irritation locale se caractérisent par la présence de taches rouges, peu proéminentes, s'effaçant peu à peu sur les bords, pâlissant sous la pression des doigts et prenant alors une teinte jaunâtre, mais rougissant de nouveau après la cessation de la pression et produisant une douleur cuisante plus ou moins vive. Si les causes d'irritation qui ont donné lieu à l'érythème disparaissent de bonne heure, la rougeur et et le gonflement de l'endroit enflammé s'effacent en peu de jours, et une légère desquamation de l'épidémie met fin à ce processus insignifiant. Si les causes d'irritation ne sont pas éloignées, si elles agissent d'une manière plus continue et plus intense, l'inflammation érithémateuse passe aux formes plus graves, et il se développe en même temps d'autres troubles de la nutrition. L'érythème solaire devient un eczéma solaire; dans les brûlures il se forme des bulles; dans l'intertvigo, 1'épiderme est détruit; Yerythema lœve peut entraîner la grangrènede la peau, etc.
L'érythème spontané, ou du moins celui qui se manifeste sans cause connue, a constamment son siège sur la face dorsale des mains et des pieds : on le rencontre, il est vrai, encore à d'autres endroits des extrémités, et dans quelques cas rares, même au tronc et à la face, mais jamais sans qu'il affecte en même temps la face dorsale des mains et des pieds. Hebra appelle l'attention sur cette localisation constante, qu'il considère comme très-importaxtte pour le diagnostic. Aux endroits que nous venons de nommer, on remarque, au commencement, une rougeur et un gonflement diffus ci uniformes. Mais bientôt un reconnaît sur le fond rouge el enflé, des nodosités
plus ou moins grandes, d'un rouge plus foncé, tirant même souvent sur le violet; la maladie doit à ces nodosités le- nom à'érythéme papuleux ou tuberculeux. Chez certains individus, cette éruption est accompagnée d'une sensation de brûlure pénible à l'endroit malade, et quelquefois même d'un état fébrile. Au bout de quelques jours, le tissu qui environne les nodosités commence à pâlir et à désenfler, et quelques jours plus tard les élevures ellesmêmes diminuent et pâlissent à leur tour et finissent par disparaître complètement ; l' épidémie se desquame, et au bout de huit à quinze jours la maladie est arrivée à son terme. La coloration bleuâtre des nodosités, aussi bien que la pigmentation jaune de la peau, qui correspond à l'endroit où elles avaient leur siège et qui persiste encore quelque temps après leur disparition, semble prouver que dans l'érythème papuleux il se joint à l'exsudation dans le derme un léger épanchement de sang dans le tissu de ce dernier. — Quelquefois l'érythème papuleux traîne en longueur, dure pendant des semaines et des mois et se jette ensuite de l'endroit atteint en premier lieu sur d'autres parties du corps. Si dans ces cas il se forme de nouvelles papules à la périphérie de la première éruption, tandis qu'au centre le processus est éteint, on se trouve en présence d'un érythème annulaire ou circiné; si au milieu d'un anneau de ce genre il reste une place rouge, lemalportele nom d'érythème iris ou mamelonné; si ces cercles ou anneaux viennent à se rencontrer au fur et à mesure qu'ils s'étendent, il y a des interruptions aux points de contact et il se forme des dessins irrégulièrement arqués, produisant ce qu'on appelle Verythema gyratum. Ces noms se répètent aussi pour d'autres exanthèmes, dans lesquels le processus s'étend plus loin, à la périphérie de l'éruption primitive, tandis qu'au centre, c'est-à-dire à la place atteinte en premier lieu, il est déjà arrivé à son terme. Les variétés de dessin qui se produisent ainsi sur la peau ne correspondent donc nullement à des formes morbides différentes, mais à des périodes différentes d'une seule et même maladie.
Une forme qui diffère de l'érythème papuleux ou tuberculeux, c'est Yérythème noueux. Cette forme se rencontre de préférence chez les jeunes sujets, et plus souvent chez les femmes que chez les hommes. Son siège presque exclusif est aux extrémités inférieures, surtout aux jambes. Elle dépend d'infiltrations peu étendues, circonscrites et accompagnées d'un épanchement sanguin dans les couches profondes de la peau. Au commencement on remarque des nodosités arrondies, de la grosseur d'une noisette et même d'une noix, couvertes d'une peau légèrement rougie, occasionnant de la douleur au moindre contact et offrant la plus grande analogie avec les bosses produites par des contusions (dermatite contusiforme). La coloration rosée de la peau devient de plus en plus foncée et passe plus tard au violet, ensuite au bleu, au vert et au aune, succession que nous voyons se produire dans le même ordre en cas d'extravasation traumatiaue dans le tissu eu-
DERMATITE ERYSIPELATEUSE, ERYSIPELE. 485
tané. L'érythème noueux est toujours accompagné d'un état fébrile qui affaiblit les malades et les retient au lit ; la durée de la maladie est de huit à quinze jours. Dans cette forme, c'est également une desquamation de l'épidermequimet ordinairement fin au processus. 11 est rare que l'érythème noueux dure pendant des mois entiers. Dans ces cas, de nouvelles poussées se manifestent pendant que les premières nodosités disparaissent avec desquamation de l'épidémie.
§ 3. Traitement.
Les érythèmes provenant d'une irritation locale ne réclament ordinairement, pour disparaître rapidement, que l'éloignement de la cause qui les a provoqués. En cas de douleurs vives et cuisantes, on prescrit l'application de compresses d'eau ou d'eaublanche. Dans l'érythème intertrigo, pour éviter le frottement entre deux surfaces cutanées qui se touchent, on les saupoudre avec des poudres fines dont la plus employée est un mélange de semences delycopode (15 grammes) et de fleur de zinc (2 grammes) ; ou bien on interpose entre les deux surfaces des compresses et des bourdonnets de charpie enduits d'une pommade à l'oxyde de zinc. Les parties rougies parle décubitus sont le mieux protégées par des coussins à air, en couronne. Si l'érythème a été déterminé par le contact de sécrétions acres, on protège les endroits de la peau qui sont plus particulièrement exposés à ce contact avec du cold-cream ou une autre pommade de ce genre. L'érythème papuleux n'exige aucun traitement particulier; dans le cas seulement où il provoque une forte cuisson, on prescrit des compresses froides. — Dans l'érythème noueux, il faut tenir compte de la fièvre et de l'état des forces du malade; on peut aussi appliquer des compresses d'eau froide ou d'eau de Goulard sur les nodosités douloureuses.