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CHAPITRE VI

Uermatite superficielle diffuse avec ioi-mation de petites pustules.

Impétigo.

§ 1. Pathogénie et ëtiologie.

Dans l'impétigo il y a, comme dans l'eczéma, sécrétion d'un exsudât séreux à la surface du derme; en même temps de jeunes cellules se produisent en grande quantité et se mêlent au sérum. Le contenu des petites vésicules qui se forment dans la dermatite impétigineuse n'est par conséquent pas liquide et transparent comme dans l'eczéma, mais trouble et jaunâtre ; et, quand la couche épidermique se rompt, elle donne issue à un liquide purulent se desséchant plus tard en croûtes jaunâtres et verdàtres. Nous avons vu que dans l'eczéma aussi, un petit nombre de jeunes cellules est toujours mêlé au contenu séreux des vésicules, et que dans l'eczéma impétigineux, le contenu de quelques vésicules paraît même jaune et puriforme par un mélange plus abondant de ces jeunes cellules; on comprend donc facilement qu'entre l'eczéma et l'impétigo il est impossible de tracer une limite bien tranchée, qu'il existe au contraire des formes de transition que l'on peut faire rentrer avec autant de droit dans l'eczéma que dans l'impé-

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tigo. Cela s'applique entre autres aux éruptions humides, si souvent mentionnées, de la tète et de la face des enfants, éruptions décrites tantôt sous le nom d'eczéma, tantôt sous celui d'impétigo (ou porrigo) de la tête et de la face. ■ — Parmi les causes de l'impétigo, nous nommerons d'abord les irritants externes agissant directement sur la peau. Plus la peau est vulnérable, plus des irritants même insignifiants déterminent facilement une exsudation et une formation de cellules à la surface. Chez certains individus il suffit de l'application d'un emplâtre résineux ou de cataplasmes chauds, pour provoquer en très-peu de temps une éclosion de pustules d'impétigo. Cette vulnérabilité de la peau se rencontre principalement chez les individus à épidémie mince et à teint clair, mais avant tout chez les scrofuleux. — Chez ces derniers, l'impétigo se rencontre très-fréquemment, même en l'absence de toute irritation appréciable de la peau, et doit être compté, ainsi que les catarrhes chroniques et les gonflements ganglionnaires, parmi les symptômes les plus importants de la scrofulose. — Enfin on observe l'impétigo, surtout chez les enfants, sans diathèse scrofuleuse et sans aucune autre cause connue. Dans les cas de ce genre, qui ne sont rien moins que rares, on suppose ordinairement qu'une nourriture trop fortifiante, surtout le lait trop gras de la mère ou une « âcreté » du sang, a provoqué l'éruption; on ne peut donner aucune raison plausible en faveur de cette dernière hypothèse.

§ 2. Symptômes et marche.

L'inflammation du corps papillaire, d'où l'exsudation part dans l'impétigo, est accompagnée d'une sensation de démangeaison et d'un besoin de se gratter. Ces phénomènes subjectifs et l'existence de petites pustules pointues (psydracia) sur un fond rouge ou de croûtes jaunes ou verdcàtres forment souvent les seuls symptômes de l'impétigo. Rarement et exclusivement quand l'éruption s'élève à un degré de violence extraordinaire et que sa marche est très-aiguë, la dermatite impétigineuse est accompagnée d'une, fièvre peu intense et d'un léger trouble de l'état général. Selon que l'éruption de pustules d'impétigo reste bornée à un petit espace ou s'étend à des surfaces plus grandes, on distingue l'impétigo figurata et l'impétigo sparsa. La première forme se rencontre le plus souvent à la face, piùncipalement sur les joues, les lèvres, le nez et le cuir chevelu, mais assez souvent aussi sur le tronc et les extrémités. Au commencement on remarque des taches rouges rondes, ovales ou irrégulières, de différente grandeur, séparées les unes des autres ou confluentes. Si la rougeur est très-intense, la peau tendue et brillante, et s'il existe de la fièvre, il se produit une forme d'impétigo à laquelle Willan a donné le nom d' impétigo erysipelatodes. Sur la base

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rouge se montrent ensuite de petits points jaunes qui atteignent bientôt le volume d'une lentille et s'élèvent un peu au-dessus du niveau des parties environnantes. Au bout de quelques jours ou un peu plus tôt les pustules se rompent et vident leur contenu qui se dessèche en croûtes jaunes. Sous ces croûtes, un liquide jaune continue d'être sécrété, et ainsi les croûtes deviennent de plus en plus épaisses, tandis que tout autour de nouvelles pustules se produisent. Si l'on éloigne les croûtes, qui atteignent parfois une grande épaisseur (impétigo scabida), on trouve au-dessous d'elles, au début, le derme nu, couvert d'une sécrétion séro-purulente, et vers la fin de la maladie une couche mince d' épidémie nouvellement formée, sous laquelle on voit par transparence le derme rouge, et qui se fendille légèrement sous Pinfluence des mouvements des parties malades. La marche de l'impétigo figurata est ordinairement subaiguë et tout le processus se termine au bout de deux à trois semaines par la chute des croûtes. Cependant on rencontre aussi des cas d'impétigo figurata chronique, qui traînent pendant plusieurs mois ou même, ce qui est plus rare, pendant plusieurs années. Dans ces derniers cas , le parenchyme du derme prend part au processus comme dans l'eczéma chronique et subit un épaississement accompagné d'induration. — L'impétigo sparsa atteint de préférence les extrémités, et s'étend souvent à des membres entiers et quelquefois à toute la surface du corps. La rougeur de la peau, accompagnée de fortes démangeaisons, le développement et la rupture des pustules, la formation de croûtes et leur épaississement progressif, en même temps que des pustules nouvelles se forment aux environs des premières, enfin la chute des croûtes : tous ces phénomènes se passent comme dans la forme précédente, avec cette seule différence que l'impétigo sparsa suit plus souvent une marche chronique et détermine plus fréquemment aussi une ulcération superficielle, parce que l'hyperplasie cellulaire ne reste pas ici bornée à la surface du derme, mais se continue même dans l'épaisseur de son tissu.

§ 3. Traitement.

Pour beaucoup de cas d'impétigo, il n'est pas besoin d'une intervention thérapeutique,'parce qu'en très-peu de semaines ils guérissent spontanément. Dans les cas récents, on peut donc se borner à ramollir de temps en temps les croûtes, devenues trop dures et trop épaisses, avec du beurre frais ou un autre corps gras et en favoriser ensuite la chute par des compresses humides. Si au contraire la maladie s'est prolongée pendant des semaines et des mois, il faut une médication plus active et il y a lieu d'examiner si l'on doit instituer, selon les principes émis au chapitre précédent, une médication gêné-

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raie ou simplement locale. La première est plus souvent indiquée dans l'impétigo que dans l'eczéma, attendu que précisément la forme impétigineuse de la dermatite dépend dans un grand nombre de cas d'une anomalie générale de la nutrition. Pour le traitement local de l'impétigo, il y a lieu d'employer, en général, les mêmes remèdes que pour celui de l'eczéma ; mais l'intensité plus grande de l'inflammation, qui se trahit déjà par la production du pus, fait que les remèdes irritants sont supportés dans l'impétigo encore bien plus difficilement que dans l'eczéma. Le précipité blanc, l'oxyde et le sulfate de zinc, des cautérisations légères avec le nitrate d'argent, sont à préférer dans la plupart des cas aux préparations de soufre, au savon noir et au goudron.

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