CHAPITRE IV Gale. — Scabïes
§ 1. Pathogénie et étiologie.
La gale est une dermatite à manifestations variées, caractérisée par la formation de nodosités, de vésicules et de pustules, et due à la présence d'un parasite animal, l'acarus de la gale ou sarcopte de l'homme. Ce parasite, long d'environ 0mm,33 et large de 0mm,25, présente à l'œil nu l'aspect d'un corpuscule arrondi et blanchâtre. Vu sous le microscope, il ressemble à une tortue ; son dos bombé est marqué de stries transversales, parallèles, et garni d'aiguillons plus ou moins longs. Le jeune acarus a six pattes coniques et articulées ; l'acarus arrivé à son entier développement en a huit, dont les paires antérieures sont garnies de ventouses. Chez la femelle, les deux paires postérieures se terminent en longues soies. Chez le mâle, il n'y a que la première paire des pattes postérieures qui se termine en soies, tandis que la dernière est également garnie de ventouses. Entre les pattes de devant de l'acarus sort la tête, qui est garnie, à sa face inférieure, de deux mâchoires cornées séparées par une fente. La femelle fécondée est un peu plus grande que le mâle, qui est beaucoup plus rare et muni d'un pénis en forme de fer à cheval; elle se creuse, entre les lamelles de l' épidémie, des sillons ayant plusieurs millimètres et quelquefois jusqu'à 3 centimètres de longueur. Dans ces sillons on trouve des œufs arrivés à différentes phases de développement, des dépouilles vides et des fèces noirâtres. Les mâles creusent des sillons plus courts, et sont, pour cette raison, plus difficiles à trouver. Les œufs paraissent mûrir dans l'espace de huit à dix jours. Le jeune acarus, après avoir brisé l'enveloppe de l'œuf qui le contenait, quitte le sillon de la mère et s'en creuse un autre dans le voisinage. Après avoir changé de peau à plusieurs reprises (pour le moins deux fois), et avoir pris leurs huit pattes à la première mue, ces animaux paraissent se rendre à la surface pour s'accoupler, surtout pendant la nuit, quand la peau est réchauffée par le lit. Peut-être aussi les mâles vont-ils rechercher dans ce but les femelles dans leurs sillons. Lorsqu'une femelle fécondée passe de la peau d'un individu sur celle d'un autre, ce dernier contracte la gale. Comme les sillons n'ont pas d'ouverture, et comme derrière les acarus fécondés ils sont obstrués par des œufs et des matières lécales, on peut supposer que les fe-
nielles fécondées n'arrivent à la surface que quand leur sillon a été oùveil par l'ongle du malade. Il est surtout dangereux de coucher dans le même lit avec un individu galeux ; cependant une femelle arrachée de son sillon peut aussi communiquer la maladie par un simple serrement de main. On ne sait pas au juste pendant combien de temps les sarcoptes retirés du lieu où ils trouvent nourriture et habitation peuvent rester en vie ; cependant il parait qu'arrivés dans le linge et les vêtements ils périssent de bonne heure. Ce qui prouve de la manière la plus positive et mieux que toutes les expériences qu'on a pu faire sur des sarcoptes isolés et retirés de leur sillon qu'il en est réellement ainsi, c'est le fait constaté par Hebra qu'à Vienne, où l'on traite 1,500 galeux par an, et où l'on ne soumet jamais les vêtements et le linge des malades à des procédés particuliers ayant pour but de tuer les sarcoptes et leurs œufs, où, en un mot, on ne fait passer ces objets ni au four, ni à la chaudière, jamais les récidives ne dépassent 1 pour 100. C'est aux belles recherches d'Eichstedt, Fùrstenberg, Gudden, etc., que nous devons une connaissance plus exacte des habitudes du sarcopte, et la réfutation complète des opinions erronées qui avaient cours sur l'étiologie de la gale.
§ 2. Symptômes et marche.
Le symptôme qui, le premier, éveille toujours le soupçon de la gale, c'est, la forte démangeaison qui se produit surtout à la chaleur du lit, et qui est loin d'être ressentie exclusivement aux lieux de prédilection des sarcoptes, vî'est-à-dire entre les doigts, dans les plis articulaires, aux parties génitales et entre les fesses, mais tout particulièrement au thorax, au ventre et aux cuisses. Il semblerait presque que c'est non-seulement la morsure du parasite, mais encore la sécrétion d'un suc acre, qui irrite la peau et provoque la démangeaison. Les symptômes objectifs les plus frappants sont des nodosités, des vésicules ou des pustules qui existent en quantité plus ou moins grande aux endroits que. nous venons de nommer, et qu'on ne trouve à la face que chez les tout petits enfants, dont la tête est souvent profondément cachée sous les couvertures. Les nodosités, les vésicules et les pustules ne correspondent pas à des formes différentes de la maladie, à une gale papuleuse, vésiculeuse et pustuleuse, mais à des degrés différents de la dermatite, provoquée par les parasites et peut-être bien plus encore par l'action des ongles du malade. C'est chez les enfants et chez les individus à peau trèsvulnérable que la dermatite s'exaspère le plus facilement jusqu'à suppuration et production de pustules. Un fait qui caractérise la gale bien mieux que les nodosités, les vésicules et les pustules qui souvent sont détruites par les frottements et transformées en croûtes de sang desséché, ce sont les sillons qu'avec un peu d'attention et d'exercice on trouve en général assez
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facilement. Ils forment des raies ponctuées, sinueuses ou anguleuses, qui présentent Faspect d'écorchures d'épingle récemment guéries. A leur origine, par conséquent à l'endroit où l'acarus s'est enfoncé dans l'épiderme, on voit souvent une vésicule, plus rarement une papule ou une pustule, et à l'extrémité opposée un point noirâtre ou blanc, un peu plus grand que ceux qui forment le sillon, et qui correspond à la place occupée par l'acarus. Les sillons se montrent le plus souvent entre les doigts, à la face antérieure du poignet et de l'avant-bras, et principalement aussi au pénis. Pour saisir l'acarus, on engage la pointe d'une aiguille dans le commencement du sillon, on la fait avancer lentement jusqu'à l'autre extrémité, en rompant sa paroi supérieure. Le petit point blanc qu'on trouve alors sur la pointe de l'aiguille et qu'en le regardant attentivement on voit remuer lentement, est l'acarus. Il n'est pas très-rare de trouver dans son intérieur un œuf qu'on fait sortir de son corps en pressant légèrement sur le verre qui le recouvre sous le microscope. Les sillons qui se rencontrent au pénis sont constamment accompagnés d'une rougeur et d'une infiltration de la peau sous-jacente. En se multipliant d'une manière excessive, les acarus souvent provoquent, au lieu d'efflorescences disséminées, une dermatite eczémateuse diffuse, donnant lieu à des croûtes qui sont habitées par des milliers de sarcoptes. Ce degré de la gale qui, chez nous, s'observe plus rarement, mais assez fréquemment en Norvège, a reçu le nom de gale croûteuse ou gale de Norvège. — La gale, abandonnée à elle-même, ne guérit jamais; mais elle est très-accessible aux moyens curatifs, et par cela même une maladie très-bénigne. De nos jours aucun médecin instruit ne croit plus aux nombreux accidents que l'on croyait autrefois pouvoir être produits par une métastase de la gale, déterminée par une guérison trop rapide de la maladie. Même les homœopathes pur sang prescrivent aujourd'hui, malgré les anathèmes lancés par Hahnemann contre la suppression de la gale par un traitement local, le soufre et le savon noir, et ne craignent plus de nuire à leurs malades par ces prescriptions; mais si la gale n'offre aucun danger et si elle compte parmi les maladies les plus faciles à guérir, elle n'en est pas moins une de celles que l'on redoute le plus dans les classes supérieures de la société; car elle passe pour une maladie plébéienne et honteuse. Ce préjugé est si grand que toutes les assurances données par le médecin sur le peu de gravité de la maladie et la rapidité de sa guérison ne sauraient diminuer l'horreur que fait naître chez les individus la découverte que l'éruption dont ils sont atteints n'est autre que la gale.
La seule tâche à remplir dans le traitement de la gale consiste à éloigner les sarcoptes et leurs œufs de la peau des individus ou à les détruire sur place. Aussitôt que ce but est atteint, les éruptions dues à la présence du parasite et aux frottements qu'il provoque ne tardent pas à guérir. Il y a des méthodes nombreuses qui conduisent à la guérison certaine de la gale; cependant, pour qu'une méthode soit en faveur, il faut qu'elle amène une guérison aussi rapide que possible, qu'elle occasionne peu d'embarras et que (au moins pour ce qui concerne la pratique des hôpitaux) elle se fasse à peu de frais. Les remèdes les plus usités sont le savon noir et le soufre. Si l'on se sert exclusivement du savon noir, il faut en frictionner au moins deux fois par jour tous les endroits suspects de la peau jusqu'à production d'une dermatite eczémateuse assez considérable. Fendant la desquamation de l' épidémie, qui en est la conséquence, les parasites et leurs œufs, qui ne s'enfoncent jamais jusque dans le derme, sont également éliminés. Ce traitement est très-sûr, mais il dure de 6 à 8 jours; pendant ce temps, le malade ne doit ni se laver ni changer de linge et doit constamment garder la chambre à une température de 18 à 20° R. — Ce n'est qu'après 6 ou 8 jours, qu'il lui est permis de prendre un bain qui met fin au traitement. Pour la clientèle privée, ce traitement ne convient guère, attendu que la plupart des malades le trouvent trop long et trop désagréable. On arrive un peu plus rapidement au même but en faisant faire un mélange de 2 parties de savon noir et de 1 partie de soufre pulvérisé, avec lequel on fait faire les mêmes frictions qu'avec le savon seul. La méthode anglaise consiste également à employer un mélange de savon noir et de soufre, additionné de quelques autres substances. On commence le traitement par un bain chaud, après lequel on enveloppe le malade de couvertures de laine dans lesquelles on le fait demeurer pendant 2 à 3 fois 2U heures, et en ayant soin de maintenir pendant ce temps entre 25 et 28° R. la température de l'appartement. Après 12 heures, on frictionne, les endroits suspects de la peau avec le premier tiers d'une pommade composée de soufre (30 grammes), ellébore blanc (8 grammes), nitrate de potasse (50 centigrammes), savon à la potasse (30 grammes) et axonge (90 grammes). Douze heures plus tard, on use le second tiers, et encore après 12 heures le troisième tiers de cette pommade. 12 heures après la dernière friction, on achève le traitement par un grand bain. Encore ce traitement, quoique rapide, ne convient guère pour la clientèle privée, parce qu'il est incommode et désagréable. Un moyen qui convient encore moins, c'est la pommade de Wilkinson qui contient, outre le savon noir et le soufre, du goudron et de la craie. Ce qui convient le mieux pour les malades qui se font traiter à domicile, ce sont les pommades
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simplement composées de soufre (15 grammes) et d'axonge (30 grammes), ou bien la pommade d'Helmerich , composée de carbonate de potasse (8 grammes), soufre sublimé (15 grammes) et axonge (30 grammes). Après avoir fait précéder l'emploi de ces pommades de quelques grands bains, on on en fait frictionner 2 à 3 fois par jour tout le corps, moins la face, ou au moins toutes les parties où se trouvent des éruptions et des sillons. A l'aide de ce traitement, on guérit sûrement la gale dans 8 ou 15 jours au plus tard. Si les malades sont forcés de continuer leurs occupations, on peut les engager à prendre le soir un bain de savon, à frictionner après ce bain tous les endroits suspects ou le corps entier, excepté la face, avec de la pommade de Helmerich, et à reprendre un nouveau bain le lendemain matin. La pommade d'Helmerich trouve encore son application dans le traitement rapide de la gale par Hardy. Ce traitement consiste en une friction d'une demi-heure faite avec du savon noir, en un bain d'une heure dans lequel on fait continuer la friction et, au sortir du bain, en une friction d'une demi-heure faite sur le -corps entier avec la pommade d'Helmerich. Le traitement est terminé en peu d'heures. Ce traitement convient parfaitement; cependant il n'est pas d'une sûreté absolue. A toutes les méthodes mentionnées jusqu'à présent, il faudrait préférer le traitement par la solution si souvent mentionnée de Vleminckx, comme étant le plus simple, le plus propre et le moins coûteux, si, chez les personnes à peau délicate, il ne provoquait parfois des eczémas violents et de longue durée. La prescription pour l'emploi de la solution de Vleminckx, telle qu'elle est introduite dans l'armée belge, est la suivante : friction, pendant une demi-heure, du corps entier, avec du savon noir; puis bain d'une demi-heure; après le bain, friction pendant une demi-heure avec la solution de sulfure de chaux, et, pour terminer, un second bain d'une demi-heure. En deux heures, la cure est terminée. — Partant de l'idée qu'il suffit de détruire les sarcoptes et les œufs contenus dans les sillons, et qu'il est inutile, si l'on obtient ce résultat, d'ouvrir les sillons par un eczéma artificiellement provoqué et d'en chasser ainsi les parasites et leurs œufs, on a proposé des frictions de la peau avec des substances parasiticides qui pénètrent facilement l'épidémie. Il n'y a rien à objecter contre la justesse de cette théorie ; du reste, nous possédons une série d'observations concluantes sur l'efficacité des frictions faites avec les substances que nous venons de nommer. D'autres observateurs, cependant, qui ont mis ce traitement à l'épreuve sans aucun préjugé en contestent la sûreté ; et dans la plupart des hôpitaux où l'on a essayé d'en introduire l'usage , il n'a pu remplacer l'ancienne méthode. Uniquement, lorsque l'emploi du savon noir et des préparations sulfureuses semble contre-indiqué, on fait bien d'essayer si le baume du Pérou et, dans le cas où ce remède serait trop coûteux, l'huile de pétrole, ne conduit pas au môme but. — Autrefois on se croyait forcé, pour tuer les sarcoptes et les
œufs qui siègent dans les vêtements, d'exposer ces derniers à la température de coagulation de l'albumine. Le linge était mis à l'eau bouillante, les vêtements de drap passés au four ou à l'étuve. Hebra, ainsi que nous l'avons déjà dit, considère comme inutiles tous ces procédés de désinfection. D'après cette autorité incontestée, le traitement de la gale deviendrait donc beaucoup moins difficile et plus sûr dans la clientèle privée qu'on ne l'admettait autrefois, et le danger des récidives occasionnées après la guérison de la gale par les vêtements, les meubles, les lits et autres objets analogues non désinfectés ne serait qu'une vaine chimère.
On sait que la surface cutanée sécrète des matières gazéiformes, aqueuses et adipeuses. Il est hors de doute que ces sécrétions peuvent présenter des anomalies, tant sous le rapport de la quantité que sous celui de la qualité ; mais ces anomalies elles-mêmes, aussi bien que les conditions qui les provoquent, nous ne les connaissons que très-imparfaitement.
La sécrétion gazéiforme, surtout celle de la vapeur d'eau (transpiration insensible) est fortement augmentée dans les maladies fébriles, qui élèvent considérablement la température de la surface cutanée; cette augmentation de la sécrétion gazéiforme semble donc dépendre de conditions purement physiques. Si l'on pèse un malade qui a traversé une forte fièvre, on le trouve beaucoup plus léger qu'avant sa maladie, et si, en tenant compte du poids des substances ingérées, on déduit de la perte de poids le poids des matières fécales, des crachats, de l'urine évacués pendant la durée de la maladie, on constate que la quantité des matières sécrétées par la peau (et le poumon) a de beaucoup dépassé les proportions normales. On sait qu'à l'augmentation de la transpiration insensible ne correspond à beaucoup près pas toujours une augmentation dans la sécrétion de la sueur, qu'au contraire la peau est généralement sèche au moment où l'évaporation s'y fait avec le plus de force. L'ingestion d'une forte quantité de liquide porte à un haut degré l'évaporation cutanée. Un étudiant en médecine de formes athlétiques qui, pour une expérience de physiologie pathologique, s'ingérait pendant un temps assez long les mêmes quantités d'aliments et de boissons que deux individus atteints de diabète, présentait, il est vrai, une augmentation considérable de la sécrétion urinaire ; mais si l'on calculait la quantité journalière de matériaux consommés et si l'on déduisait les déperditions journalières tant par les urines que par les sels, ainsi que l'augmentation du poids du corps, du poids des aliments et liquides ingérés, on trouvait que
l'évaporation par la peau et les poumons avait subi une augmentation considérable : la production de sueur n'était pas augmentée. Il est très-probable qu'outre les conditions que nous venons de nommer il y en a encore d'autres qui tendent à exagérer l'évaporation cutanée. — Une diminution de l'évaporation cutanée se présente peut-être assez souvent, par exemple en cas d' abaissement de la température extérieure ou bien lorsque l'air atmosphérique contient de fortes proportions de vapeur d'eau; mais ce n'est que ■chez les individus atteints de diabète sucré que cette diminution a été constatée jusqu'à présent par des pesages exacts. — Nous ne savons rien de positif, pour le moment, sur les anomalies qualitatives de l'évaporation cutanée, et il nous est tout au plus permis de soupçonner que dans les maladies fébriles l'évaporation de la peau est non-seulement augmentée mais encore modifiée dans sa composition. Ce qui semble annoncer une modification de •ce genre, c'est l'odeur caractéristique que répandent les émanations des malades dans les exanthèmes aigus.
La sécrétion de la sueur augmente considérablement chez la plupart des^ hommes quand ils sont exposés à certaines influences. Des hommes sains -aussi bien que des individus atteints de maladies chroniques non fébriles, qu'on avait pesés exactement avant et après une forte sudation artificiellement provoquée, ont quelquefois perdu dans l'espace de quelques heures 2 à 3 kilogrammes du poids de leur corps. Les conditions qui président à cette augmentation de la sécrétion de sueur sont loin d'être exactement connues. Les personnes saines, par exemple, suent généralement beaucoup lorsqu'on les enveloppe d'une couverture épaisse et qu'on leur donne â boire en abondance ; dans la plupart des maladies fébriles les malades ne transpirent pas lorsqu'on les traite de la même manière, tandis qu'il y a d'autres maladies fébriles (et dans le nombre il faut compter non-seulement la suette miliaire mais encore de nombreux cas de pneumonie, de rhumatisme aigu, etc.) qui sont accompagnées de fortes sueurs pendant toute leur durée. Ce qui prouve que la sécrétion de la sueur dépend du système nerveux tout aussi bien que celle de la salive, c'est entre autres l'influence que les émotions exercent sur ce phénomène. Il y a des individus qui suent plus facilement et plus fortement que d'autres. On appelle hyperidrose une tendance à suer d'une manière exagérée. Elle dépend pour la plus grande partie de causes inconnues, mais peut aussi être provoquée très-manifestement par de fortes transpirations souvent répétées et provoquées à dessein par les individus. Baerensprung rappelle plusieurs cas d'hyperidrosc positivement produits de cette manière. Moi-même je n'ai jamais observé la forte augmentation de la sécrétion de sueur au début d'un traitement diaphorétique, mais exclusivement chez des individus soumis depuis un temps plus ou moins long déjà à des sudations journalières, et je suis par conséquent à même de confirmer qu'une transpiration abondante augmente la tendance
à suer. — Lorsque la sueur produite dans les glandes sudoripares n'a pas d'écoulement, parce que les conduits excréteurs de ces glandes sont oblitérés ou parce qu'ils ne suffisent pas au passage de toute la sueur produite, le liquide passe, aux environs des glandes sudoripares, sous l'épidémie qu'il soulève en petites vésicules, dont le contenu très-limpide est doué d'une réaction acide. On a donné à ces vésicules le nom de sudamina. L'oblitération des conduits excréteurs des glandes sudoripares se rencontre principalement dans les cas où la sécrétion de sueur était arrêtée pendant un temps assez long, comme cela arrive pendant les premières semaines de la fièvre typhoïde. Avec les sudamina, qu'on appelle aussi miliaire blanche, la miliaire rouge n'a de commun que ce fait que les deux formes morbides ont leur point de départ dans les gl,andes sudoripares; dans la miliaire rouge, il ne s'agit nullement d'une rétention de la sueur, mais d'un processus inflammatoire et exsudatif provoqué par de fortes transpirations ; nous avons donc décrit la miliaire rouge parmi les eczémas. L'éruption de sudamina n'a aucune influence sur l'issue d'une maladie et accompagne aussi bien les sueurs critiques que celles qui se produisent quand cette maladie prend une tournure fâcheuse; elle se fait même pendant la sueur de l'agonie. — Dans les suettes du moyen âge, les sueurs abondantes n'étaient certainement pas de nature critique, pas plus que dans la suette miliaire qui s'observe encore de nos jours ; mais elles se produisaient précisément dans les cas où la maladie prenait une mauvaise tournure ; aussi l'éruption miliaire passait pour un signe de mauvais augure. — Un fait beaucoup plus commun que l'hypéridrose générale, c'est l'hypéridrose partielle, bornée à la paume des mains, à la plante des pieds, au creux de l'aisselle, aux environs des parties génitales et de l'anus. Les mains et les pieds d'individus atteints de transpiration habituelle de ces extrémités présentent en général une certaine fraîcheur; l'odeur nauséabonde que répand la transpiration des pieds et de l'aisselle ne paraît pas dépendre de la sécrétion d'une sueur mêlée de substances fétides, mais de produits de décomposition répandant une mauvaise odeur et qui se forment aux dépens de la sueur elle-même, de la matière sébacée et de l'épidémie macéré par la sueur. Hebra va évidemment trop loin en prétendant que ces sortes de décomposition ne' se produisent que dans les chaussures imprégnées de sueur et que les personnes qu'on dit sentir des pieds sentent plutôt des bottes. On considérait presque universellement autrefois les transpirations fétides des pieds et des aisselles comme des éliminations salutaires, et l'on se figurait qu'il fallait bien les respecter, car on faisait dépendre une foule de maladies de la suppression d'une transpiration locale devenue habituelle. Dans ces derniers temps ces opinions ont été repoussées comme de vains préjugés par Hebra. Et, en effet, non-seulement il n'est pas du tout facile de supprimer ces transpirations locales, mais encore leur disparition., au commencement d'une maladie, est sans doute dans la plupart
des cas l'effet et non la cause de la maladie. Mais, selon ma conviction, c'est aller trop loin que de rejeter d'une manière absolue la possibilité du fait que dans quelques cas la suppression des transpirations aux pieds puisse aussi être la cause d'une maladie. Il est hors de doute que des personnes qui s'exposent à un refroidissement au moment où leur peau est en transpiration peuvent tomber malades, tandis que le même refroidissement contracté au moment où la peau n'est pas en moiteur ne leur fait aucun mal ; et il est tout aussi positif qu'une transpiration artificiellement provoquée exerce souvent l'influence la plus heureuse sur les maladies dues à un refroidissement. Si l'on convient de l'exactitude de ce fait, il n'est pas non plus permis de considérer comme un non-sens que dans de certaines conditions le refroidissement des pieds en transpiration puisse occasionner des maladies et que. le rétablissement d'une forte transpiration des pieds puisse exercer sur ces maladies une influence très-favorable. Tout au plus peut-on considérer comme inexact de dire que c'est « la.suppression » de la sueur locale qui a provoqué la maladie, attendu que l'on ignore absolument pourquoi un refroidissement contracté pendant que le corps est en sueur entraîne si souvent des maladies. Je crois qu'il est très-rationnel, clans les cas où il est positif ou au moins très-probable qu'une maladie a été précédée de la suppression d'une sueur habituelle, d'essayer de rappeler cette sueur en faisant porter des bas et des chaussures plus chauds, ou bien en prescrivant des bains de pieds irritants, ou en faisant saupoudrer les bas de farine de moutarde. — Cela ne veut dire nullement que les personnes atteintes de transpirations des pieds abondantes et fétides ne doivent pas se laver et se baigner fréquemment dans l'eau froide. Au contraire, les bains froids et les lavages à l'eau froide employés avec précaution ne sont aucunement nuisibles pour les personnes disposées aux fortes transpirations et aux refroidissements. Ces mesures leur font le plus grand bien. Il est même possible et nullement en contradiction avec l'opinion exprimée plus haut que le soin de diminuer avec précaution une hypéridrose locale aussi bien que générale soit le meilleur moyen de prévenir le danger des refroidissements qui en est la conséquence. Toujours est-il que les personnes atteintes de transpiration aux pieds doivent changer très-souvent de bas et de chaussures. Pour les cas où l'épidémie est ramolli par la macération au point de tomber et de laisser à nu le réseau de Malpighi, ce qui rend la marche douloureuse et pénible, Hebra recommande comme moyen excellent d'enduire pendant quelques jours la plante des pieds et les orteils avec son onguent au diachylon et de les couvrir ensuite avec un linge. Sous l'influence de cette application il se formerait non-seulement une conclu' épidenuiqiu' nouvelle el solide après l'élimination de l'ancienne couche ramollie, mais la sécrétion de la sueur en serait elle-même diminuée pour un temps plus ou moins long. Je n'ai pas fait moi-même des expériences qui confirment les c 1 le l s favorables et l'in-
nocuité de ce procédé. — La diminution de la sécrétion de sueur peut être un phénomène dépendant du marasme sénile, ainsi que cela a été dit antérieurement. Dans d'autres cas, elle dépend évidemment, comme nous l'avons fait voir également, d'un trouble de l'innervation; dans d'autres cas encore elle résulte d'une affection de la peau telle que le psoriasis ou l'ichthyose ; enfin il y a aussi des cas d'anidrose et même quelques cas d'anidrose unilatérale dont les causes sont tout à fait obscures. — Parmi les modifications qualitatives de la sueur, la présence de la matière colorante de la bile dans la sueur des individus ictériques, d'où dépend la coloration jaune de leur linge de corps, est la plus connue de toutes. Baerensprung est cependant d'avis que ce n'est pas dans le liquide de la sueur lui-même, mais dans les cellules épidermiques qui s'y trouvent mêlées, qu'est renfermée la matière colorante de la bile. D'autres substances qui parfois se montrent dans la sueur et colorent également le linge de corps sont encore inconnues sous le rapport de leur composition et de leur origine. Dans quelques cas, des observateurs dignes de foi ont trouvé sur la peau, en cas de suppression de la sécrétion urinaire, des cristaux d'urée.
La sécrétion de la matière sébacée est augmentée à un tel point chez certains individus que leur peau, surtout celle de la face, et leurs cheveux, luisent constamment comme s'ils avaient été tout récemment enduits de pommade; chez d'autres individus, au contraire, la sécrétion sébacée est tellement diminuée, que leur peau et leurs cheveux sont constamment mats, rudes et secs, quand on ne remplace pas par une pommade le sébum qui manque. Le premier de ces deux états s'observe de préférence sur les personnes chez lesquelles la production de graisse est augmentée dans tout l'organisme ; le second, chez ceux qui, en général, produisent peu de graisse ou sont amaigris par des maladies épuisantes. Très-fréquemment on observe des modifications qualitatives de la sécrétion sébacée, qui consistent en ce que le sébum sécrété ne reste pas liquide à la température ordinaire de la surface du corps, mais prend une consistance plus solide. Baerensprung croit que la consistance augmentée du sébum cutané dépend d'une prédominance des corps gras. solides et d'une quantité plus grande d'épithélium glandulaire éliminé. L'augmentation de la consistance du sébum se complique ordinairement d'une augmentation de la production de cette substance, ce qui justifie jusqu'à un certain point la dénomination de séborrhée pour cet état dans lequel la peau se couvre de croûtes de sébum desséché. C'est sur la tête des nourrissons qu'on observe le plus souvent la séborrhée; le sébum épaissi, ordinairement coloré en brun par un mélange de poussière, et que la superstition défend d'enlever, y forme assez souvent des plaques feuilletées de l'épaisseur d'une ligne. Au bout de la seconde année seulement, ces plaques de sébum sont ordinairement détachées du cuir chevelu par la croissance plus abondante des cheveux; elles se séparent alors en squames isolées qui sont
enlevées par le peigne. — Bien des cas censés appartenir au pityriasis capitis, dans lesquels on voit des écailles blanches qui adhèrent soit au cuir chevelu, soit aux cheveux, et qui tombent même en partie sur les vêtements, sont purement et simplement des cas de séborrhée. L'examen microscopi que, qui prouve que les squames renferment de nombreux globules graisseux, est le meilleur moyen de distinguer cette forme de la séborrhée d'un eczéma sec du cuir chevelu. — Enfin, on voit des couches épaisses de sébum, ordinairement colorées en brun par la poussière et partagées à leur surface en nombreux compartiments (ichthyose sébacée de Rayer) qui se rencontrent à la joue, au nez, aux paupières, aux oreilles, aux mamelons, et à d'autres endroits de la peau où existent de nombreux follicules sébacés, et où un duvet abondant empêche la chute des croûtes. La sécrétion anormale du sébum peut se faire dans ces cas avec une telle rapidité, que les croûtes détachées se reforment déjà au bout de quelques jours, et que les malades, ordinairement des femmes mal réglées, en sont extrêmement défigurées. Les croûtes de sébum, épaisses et solides, doivent être ramollies avec une graisse liquide, et enlevées avec précaution, parce que l'épidémie sous-jacent est très-sensible. Le meilleur moyen de prévenir la formation de croûtes nouvelles, moyen qui cependant n'empêche pas la formation d'un sébum anormalement constitué, est de faire des lotions fréquentes avec du savon et de l'eau chaude ou avec de l'alcool peu étendu. Contre la séborrhée du cuir chevelu, les coiffeurs recommandent de faire le soir des lotions avec le honey-water, et de frictionner la tête le matin avec de l'huile makassar. Ce précepte est très-rationnel : car le honey-water, qui renferme de l'alcool, dissout les squames sèches, et le mélange de l'huile makassar liquide avec le sébum épaissi, empêche ce dernier de se dessécher et de former des croûtes nouvelles. A la place du honey-water, on peut employer, il est vrai, n'importe quel autre liquide contenant de l'alcool, tel que cognac ou eau de Cologne étendue, et, à la place de l'huile makassar, on peut choisir n'importe quelle autre huile. Dans le traitement de l'ichthyose sébacée de Rayer, il faut, avant tout, se préoccuper des anomalies qui existent ordinairement du côté des organes sexuels, parce que l'expérience a appris que la guérison de ces anomalies met très-souvent fin à cette tendance à la production exagérée de matière sébacée. Les remèdes locaux ne peuvent empêcher, dans ces cas, que l'accumulation du sébum, mais ils ne préviennent pas la sécrétion anormale elle-même. Lorsque la matière trop consistante ne s'écoule pas du follicule, mais se fige dans son intérieur au point de former une masse dure, analogue à celle qui, dans la séborrhée, forme les plaques dures, déjà décrites, à la surface libre de la peau, il se forme des comédons, des miliums et des athéromes. Dans le comédon, le conduit extérieur du follicule est obstrué par un sébum durci et coloré en noir par un mélange de poussière. Si l'on comprime le follicule dilaté, son contenu, comme niemeyër. 11 — ao
loute bouillie que l'on fait passer par un crible, prend une forme vermiculaire. Par milium, on entend le follicule distendu par le sébum durci jusqu'au volume d'un grain de millet, mais couvert d' épidémie et n'ayant par conséquent pas de point noir au milieu. Enfin, sous le nom d'athéromes, on désigne les glandes sébacées distendues par le sébum durci jusqu'au volume d'une noisette, d'une noix, d'un œuf de pigeon. On comprend facilement qu'un follicule sébacé distendu d'une manière aussi extraordinaire doit se confondre avec le follicule pileux, dont l'orifice appartient en commun aux deux glandes. Le traitement des comédons se réduit à éloigner le produit de sécrétion accumulé, attendu que nous ne connaissons aucun moyen d'empêcher la sécrétion elle-même. Chez les personnes assez coquettes pour se soumettre à un traitement même incommode, qui les débarrasse momentanément de leurs comédons, je mets en usage le procédé suivant, préconisé par Richter, et qui m'a toujours donné un résultat, sinon très-rapide, au moins très-sûr. On fait préparer une bouillie composée de farine de seigle, de miel et de levure de bière, on attend qu'elle soit en fermentation, et le malade s'applique cette bouillie le soir, avant de se coucher* sur toutes les parties de la face couverte de comédons. Le lendemain matin on n'exprime que les comédons visiblement ramollis et un peu soulevés au-dessus du niveau de la peau. Pour cette opération, il ne faut se servir ni de l'ongle, ni d'une clef de montre, comme beaucoup de personnes ont l'habitude de le faire, mais on exerce simplement avec le doigt une légère pression latérale. Il faut que ce procédé soit continué pendant plusieurs semaines. L'effet favorable des préparations sulfureuses a déjà été mentionné à l'occasion du traitement de l'acné. Pour le traitement du milium, Hebra recommande de détacher la couche épidermique par des fomentations avec une solution de potasse caustique peu concentrée (i grammes sur 360 grammes d'eau), ou par du savon noir appliqué sur un morceau de flanelle. Le traitement de l'athérome consiste dans l'incision et l'extirpation du follicule dégénéré.
MALADIES
Nous croyons faciliter l'étude de ces maladies en réunissant dans une même section toutes les affections des articulations, des os et des muscles, qui sont du domaine de la pathologie interne, que ces affections soient de nature idiopathique ou qu'elles constituent le symptôme le plus saillant d'une maladie générale, d'une cachexie ou d'une dyscrasie.