CHAPITRE Vil
Typhus csanthéniatfque. — Typhut». — Fièvre pétéchiale. Typhus fever.
§ 1. Pathogénie et étiologie.
Le typhus exanthématique — morbus acutus, febrilis, contagiosus, exanthemate propriu ac eminenti systematis nervosi passione stipatus (Hildenbrand), se rattache, par son extrême contagiosité et par la localisation qui se produit sur la peau sous forme d'un exanthème étendu, on ne peut plus étroitement, aux maladies infectieuses décrites jusqu'à présent, mais il montre, sous d'autres rapports, dans ses symptômes, une telle analogie avec le typhus abdominal ou fièvre typhoïde, que des auteurs d'une grande autorité le considèrent comme une simple variété de cette dernière. Le caractère contagieux du typhus ne peut être révoqué en doute que par des observateurs qui n'ont eu l'occasion de l'observer que dans des épidémies étendues. Lorsqu'une maladie épidémique a étendu ses ravages sur la population d'une grande ville ou sur une agglomération encore plus étendue, il est presque toujours impossible de constater si la maladie a été transmise d'individu à individu, ou bien si les différents individus sont tombés malades indépendamment les uns des autres et uniquement pour avoir été exposés à des causes morbifiques identiques. Il en est tout autrement lorsqu'une maladie se manifeste et s'étend dans de petites localités qui en avaient été exemptes jusque-là et où il est possible d'en poursuivre exactement les progrès. Dans ces conditions, l'occasion de décider la question si la maladie est contagieuse ou non, devient beaucoup plus favorable. Tous les observateurs qui ont pu étudier le typhus exanthématique dans ces conditions, s'accordent à reconnaître qu'il n'y a peut-être pas une maladie dont le caractère contagieux saute plus aux yeux que celui du typhus exanthématique. Parmi les nombreuses observations qui
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démontrent la contagiosité du typhus, je veux en citer deux qui me sont propres et qui me paraissent on ne peut plus concluantes. En 185i, on fit entrer à l'hôpital de Magdebourg deux malades atteints de typhus exanthématique, qui avaient été extraits de la maison de force., alors très-encombrée. Depuis plusieurs mois, il ne s'était présenté dans le service que je dirigeais alors dans cet hôpital que des cas isolés de fièvre typhoïde, pas un seul cas de typhus. Or, huit jours après l'admission de ces deux malades, deux autres individus couchés tout près d'eux et dont l'un était en traitement pour une fièvre intermittente, l'autre pour une épilepsie, contractèrent le typhus ; peu de temps après, l'infirmier et l'infirmière qui avaient donné des soins à ces quatre malades furent atteints du typhus à leur tour. Ces individus ayant été isolés, tous les autres habitants de l'hôpital restèrent épargnés et il n'y eut pas non plus de cas de typhus en ville. — En mars 1855, un marchand de Heilignsetadt, qui avait contracté le typhus exanthématique en voyage, fut reçu dans mes salles, où depuis toute une- année on n'avait plus observé aucun cas de typhus. Or, huit jours après l'admission de cet individu, un forgeron et un manœuvre, dont les lits étaient placés en face du sien, furent atteints de la même maladie. Les malades ayant été isolés, mon interne, une laveuse et tous les individus qui s'étaient chargés de leur donner des soins et dont quelques-uns avaient été choisis parmi les malades de l'hôpital, eurent le typhus à leur tour. Ce n'est qu'à partir du moment où un homme, convalescent lui-même du typhus exanthématique, avait été seul préposé à la garde des malades, qu'aucun nouveau cas de cette maladie ne fut plus observé, ni à l'hôpital, ni en ville.
Le contagium est répandu dans l'atmosphère qui entoure les malades et adhère à leurs vêtements, à leurs lits, à leur linge et à tous leurs effets. Pour cette raison, il y a beaucoup plus de danger à traiter et à garder les malades atteints de typhus que les cholériques et les individus atteints de fièvre typhoïde. La maladie peut être transportée au loin par des personnes intermédiaires qui en restent épargnées elles-mêmes, absolument comme cela est le cas pour la rougeole. Plus les malades sont accumulés les uns sur les autres, plus le contagium est intense, et c'est là un fait qui s'accorde parfaitement avec l'hypothèse presque généralement admise aujourd'hui d'un contagium vivant. Un local de grandeur déterminée, dans lequel les germes morbides sont reproduits par un grand nombre d'individus atteints, contiendra ces germes en nombre plus considérable que si leur production n'avait lieu que dans le corps d'un seul individu.
La question de savoir si le typhus exanthématique se propage exclusivement par un contagium ou bien si indépendamment de ce mode de propagation dont l'existence est hors de doute, il y a encore une propagation mim* viatique, cette question ne me paraît nullement vidée, quoique la plupart des auteurs modernes soient d'une opinion contraire. Des assertions dans le genre
TYHHUS EXANTHÉMAT1QUE, TYPHUS, FIÈVRE PÉTÉCH1ALE, ETC. 675
de celle qu'une maladie est purement miasmatique ou purement contagieuse ne reposent sur aucune base solide, etne sont même pas toujours invariablement soutenues par ceux-là même qui les ont émises. Si l'on accorde que le germe du choléra se développe peut-être originairement dans l'Inde sur du riz malade et qu'il est transporté de là jusque chez nous par les cholériques et leurs déjections, on n'est pas non plus en droit de contester la possibilité ni même la probabilité que, sous certaines conditions favorables à son développement, le germe morbide des maladies contagieuses répandues parmi nous puisse également prendre naissance et se développer dans nos contrées en dehors de l'organisme humain. L'hypothèse d'une naissance spontanée des maladies d'infection, en ce sens que leur cause immédiate, serait un agent nouveau produit par des influences nuisibles, doit être rejetée, à la vérité, parce que cette hypothèse nous replacerait au point de vue de la génération spontanée dont les travaux modernes ont fait justice ; mais une hypothèse qui n'est nullement réfutée est celle qui admet qu'à côté de maladies purement miasmatiques, dont les germes se développent en dehors de l'organisme et ne se reproduisent pas dans le corps du malade qui en est infecté, il y a aussi des maladies miasmatiques et contagieuses dont les germes se développeut en dehors de l'organisme, mais se reproduisent dans le corps de l'individu qui en est infecté et quelquefois dans ses déjections. Toute une série de faits s'accorde beaucoup mieux avec cette hypothèse qui, à mon avis, n'a pas été sérieusement réfutée, qu'avec l'assertion, qui jusqu'à présent n'est nullement justifiée, qu'il n'y a pas de maladies miasmatiques et contagieuses. Car nous voyons précisément le typhus exanthématique se manifester quelquefois dans des conditions qui rendent trèspeu probable une importation de cette maladie, par exemple, surles navires en pleine mer (typhus des navires), dans des prisons bien isolées (typhus des prisons). D'un autre côté, dans de certaines conditions qui semblent particulièrement favorables au développement d'organismes inférieurs et à leur pénétration dans l'organisme, par exemple, dans les années de famine, quand les populations se nourrissent d'aliments de mauvaise qualité et corrompus (typhus de la faim), et dans les hôpitaux encombrés, où l'air est imprégné d'émanations provenant des produits excrémentitiels des malades (typhus nosocomial), le typhus exanthématique se manifeste avec une fréquence telle, que partout où régnent ces conditions on peut prédire presque avec certitude l'apparition de cette maladie. Cela ne veut pas dire évidemment que le corps d'un individu infecté par la pénétration de ces germes morbides ne puisse être pour leur développement et leur reproduction un milieu encore plus favorable (pie, par exemple, les matières animales en putréfaction ou l'air d'un hôpital chargé de matières excrémenlitielles, ni que d'un autre côté, la maladie ne puisse, non-seulement persister, mai! encore étendre ses ravages au loin, quand les conditions qui ont favorisé la
naissance et le développement du germe morbide en dehors de l'organisme ont depuis longtemps disparu. Si la supposition mentionnée plus haut, d'après laquelle le germe du choléra se développerait primitivement sur du riz desséché venait à se confirmer, il deviendrait également plus vraisemblable que' le germe du typhus exanthématique put se développer en dehors du corps humain, sur des matières animales en putréfaction, et se multiplier à des époques où il trouve des conditions particulièrement favorables à son développement, au point de devenir dangereux pour l'humanité. — La réceptivité pour le miasme ou le contagium du typhus est très-répandue ; il n'y a que la première enfance et la vieillesse qui restent ordinairement épargnées. Les deux sexes y sont également prédisposés, les individus sains et robustes contractent la maladie tout aussi souvent que les personnes maladives et faibles. Des fatigues extraordinaires et d'autres causes débilitantes paraissent augmenter la prédisposition au typhus. Une première atteinte paraît mettre à l'abri d'atteintes ultérieures.
Quant à l'extension géographique du typhus exanthématique en Europe, il résulte des travaux de Griesinger et de Hirsch que le typhus exanthématique était, du commencement du seizième jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, répandu sur tous les pays de l'Europe comme la forme la plus ordinaire des maladies typhiques; pendant les guerres qui eurent lieu au commencement de notre siècle, il atteignit sa plus grande extension. Après cette époque, il devint tellement rare sur le continent que quelques auteurs ont pu soutenir qu'il n'existait pas de typhus sans ulcères intestinaux. Depuis une vingtaine d'années les épidémies meurtrières de la haute Silésie, celles qui ont régné pendant la guerre de Crimée, et tout récemment l'épidémie de la Prusse orientale, etc., ont permis de reconnaître la fausseté de cette opinion. Sur les Iles Britanniques et sur quelques points de l'Europe centrale, le typhus exanthématique est devenu la forme endémique des maladies typhiques. Dans l'Europe méridionale, dans le sud de l'Italie, en Orient, en Hongrie, le typhus exanthématique paraît se rencontrer souvent soit seul, soit mêlé avec d'autres formes typhiques. — De petites épidémies de cette maladie s'observent presque partout à certaines époques et dépendent le plus souvent, mais non toujours, d'une importation de la maladie.
§ 2. Anatomîë pathologique,
L'exanthème caractéristique du typhus exanthématique, la roséole typhique, se reconnaît aussi peu sur le cadavre que l'exanthème de la rougeole et de la scarlatine ; car, après la mort, les hypérémies circonscrites du derme qui constituent la roséole pâlissent en même temps que le reste du tégument cutané. Quelquefois, il est vrai, ces hypéréi*ies circonscrites de la peau ont