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CHAPITRE X

Guette miliaire. — Fièvre miliaire.

L'existence de la fièvre ou suette miliaire, comme maladie indépendante, a été niée par un grand nombre d'auteurs, surtout en Allemagne. Ainsi, Hebra a ignoré le fait d'observation si connu que la fièvre miliaire est confinée dans des limites géographiques assez étroites, et qu'entre les différentes épidémies il y a souvent d'assez longs intervalles, et cette circonstance qu'il n'a jamais eu l'occasion d'observer par lui-même un cas de suette, lui suffit pour contester l'existence de cette maladie. L'objection faite par lui, qu'il n'existe pas une seule maladie fébrile dans laquelle on ne puisse rencontrer des vésicules miliaires et que, d'après ses observations, l'éruption et la marche de cet exanthème ne sont nullement accompagnées de symptômes qui s'accordent avec la description qu'on adonnée de la suette miliaire, cette objeclion ne prouve à nos yeux qu'une chose, c'est que l'exanthème miliaire n'est pas le signe pathognomonique de la maladie en question, et ne détruit en aucune manière la réalité du fait constaté par beaucoup d'observateurs trèsdignes de foi, qu'outre le typhus, la fièvre typboïde, le rhumatisme articulaire aigu, la fièvre puerpérale, et beaucoup d'autres pyrexies dans le cours desquelles on rencontre des éruptions miliaires, il existe encore une forme morbide particulière, parmi les symptômes de laquelle des sueurs trèsabondantes et l'éruption de vésicules miliaires s'observent plus fréquemment que dans n'importe quel autre état morbide. — On a dénommé la suette miliaire d'après un de ses symptômes les plus constants et les plus saillants, et, en cela, on a suivi l'habitude adoptée avec beaucoup de raison pour la désignation de maladies qu'il n'est pas possible de ramener à de simples modifications anatomiques d'organes déterminés.

§ 1. Pathogénie et étiologie.

La fièvre miliaire doit être comptée incontestablement parmi les maladies infectieuses. Sa manifestation exclusivement épidémique et indépendante des conditions atmosphériques et de n'importe quelle autre cause antihygiénique appréciable, et les résultats, à la vérité peu nombreux, des au^topsies faites jusqu'à présent, nous autorisent suffisamment à rattacher cette maladie aux affections typhiques, aux exanthèmes aigus et aux autres formes morbides que nous nous liguions dues à une infection de l'organisme par une substance spécifique, probablement organique, e( donl le nombre

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et la variété sont certainement beaucoup plus considérables que cela n'est enseigné par l'école. La question de savoir si le germe de la miliaire sereproduit dans le corps de l'individu infecté et se transmet de là à d'autres individus ou, en d'autres termes, si la fièvre miliaire doit être comptée parmi les maladies d'infection contagieuse, cette question n'est pas encore résolue. Tous les essais d'inoculation faits jusqu'à présent avec le contenu des vésicules paraissent avoir donné des résultats négatifs. Ce fait et la circonstance que la' fièvre miliaire, comme nous l'avons fait remarquer plus haut, est confinée dans des limites territoriales assez étroites, permettent de supposer que cette maladie n'est pas contagieuse, mais qu'elle doit son origine à un miasme, en d'autres termes, à une substance infectante qui sedéveloppe en dehors de l'organisme et ne se reproduit pas dans le corps du malade.

Quant à l'extension géographique de la fièvre miliaire et à l'influence des saisons et d'autres conditions étiologiques sur l'apparition des épidémies, Hirsch, qui a fait de cette maladie l'objet d'une étude historique, géographique et pathologique fort intéressante, s'exprime à ce sujet de la manière suivante : « Bien peu de formes morbides sont, pour leur extension géographique, enfermées dans des limites aussi étroites que la fièvre miliaire, qui doit être considérée comme originaire de la France, du sud-ouest de l' Allemagne et de l'Italie, tandis que dans les Pays-Bas, dans l'Allemagne centrale et dans l'Allemagne du Nord, et tout récemment aussi en Espagne, elle n'a donné lieu qu'à quelques épidémies fort isolées jusqu'à présent et qu'elle est restée complètement étrangère aux autres pays européens ainsi qu'aux, autres continents des deux hémisphères. » — Les cinq sixièmes des épidémies connues jusqu'à ce jour ont éclaté pendant le printemps et l'été ; pendant l'automne la maladie est extrêmement rare, en hiver elle s'est montrée un peu plus souvent, mais toujours encore en ne donnant lieu qu'à des épidémies très-petites et très-isolées. La manifestation de la suette miliaire n'est pas liée à des conditions atmosphériques déterminées, car on a observé les épidémies aussi bien pendant la douce température du printemps que pendant les fortes chaleurs de l'été. Les conditions atmosphériques au milieu desquelles les épidémies se sont manifestées le plus souvent étaient caractérisées par une température moyenne accompagnée d'une grande humidité de l'atmosphère. Un sol marécageux paraît moins favorable au développement de la maladie qu'un sol sec et stérile. — Contrairement à beaucoupd'autres maladies infectieuses, la fièvre miliaire s'observe plus rarement dans les grandes villes bien peuplées que dans les villages, les hameaux ou dans les habitations isolées de la campagne. Les anciens médecins tels que Lancisi, et plus récemment Schœnlein, accusent l'eau dans laquelle on fait rouir le chanvre de favoriser le développement du miasme de la fièvre miliaire.

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