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CHAPITRE PREMIER Syphilis

La doctrine des affections syphilitiques a éprouvé dans ces derniers temps une révolution complète, et les opinions nouvelles ont été acceptées avec une étonnante rapidité par tous les syphiliographes en renom, sans en excepter même ceux qui en étaient, il y a quelques années encore, les adversaires déclarés. Dans les précédentes éditions de ce livre, j'ai bien fait ressortir l'invraisemblance de l'ancienne doctrine, d'après laquelle ce serait la contagion par un seul et même virus syphilitique qui tantôt ne provoquerait qu'une affection locale, tantôt, indépendamment de celle-ci, une infection et une maladie de tout l'organisme, et j'ai penché pour la nouvelle doctrine qui fait remonter la différence des effets à une différence des causes et admet l'existence de deux virus, dont l'un ne provoque jamais qu'une affection locale, à savoir un ulcère qui se développe à l'endroit même sur lequel a porté son action et quelquefois une inflammation et une fonte suppurée des ganglions lymphatiques voisins, tandis que l'autre entraîne constamment, outre la lésion locale, une affection constitutionnelle et des troubles étendus de la nutrition. Mais, à cette époque, je ne m'étais pas rallié aussi franchement qu'aujourd'hui à cette doctrine du « dualisme » du virus syphilitique, pour me servir de l'expression généralement acceptée aujourd'hui.

Je crois qu'il serait dans l'intérêt de mes lecteurs de leur exposer en peu de mots les idées qui, jusque dans ces derniers temps, ont eu généralement «ours sur le rapport que l'on croyait exister entre le chancre ou ulcère syphilitique primitif et la syphilis constitutionnelle ou vérole. On supposait le produit de sécrétion d'un chancre doué de propriétés virulentes par lesquelles, arrivant sur une place dénudée de la peau ou pénétrant à travers une mince couche épidermique, il provoquerait au point d'application une

«dermatite spécifique et un ulcère syphilitique primitif ou chancre mou. Dans heaucoup de cas, l'influence fâcheuse du virus serait ainsi épuisée. Si l'on parvenait surtout à détruire ou à guérir l'ulcère avant qu'il eût produit un empoisonnement du corps entier, la maladie pouvait rester locale; mais •si cet essai échouait, le mal local, primitif, entraînait, par l'infection de toute l'économie, qui en était le résultat, une série de. troubles nutritifs à •des endroits éloignés, autrement dit des affections syphilitiques secondaires et ■tertiaires. S'il se produisait une induration sur le bord ou la base de l'ulcère primitif, c'était un signe de mauvais augure, parce que c'était une preuve presque certaine d'une infection prochaine ou déjà accomplie de l'organisme. •On conçoit facilement, d'après cela, qu'on ait généralement cherché à détruire les ulcères récents, non encore indurés, par des caustiques énergiques, et que, par contre, on ait opposé aux ulcères anciens et indurés des remèdes antidyscrasiques, surtout le mercure, qui était presque universellement considéré comme l'antidote du virus syphilitique. Enfin, la plupart des syphiliologues admettaient avec Ricord que la syphilis ne pouvait être propagée que par des affections primitives, c'est-à-dire des chancres, ou, en d'autres ternies, que la sécrétion du chancre était l'unique véhicule du contagium syphilitique et que ce dernier n'était renfermé ni dans les produits ■de sécrétion des affections secondaires, ni dans le sang, ni dans les sécrétions normales des individus atteints de syphilis, opinion qui n'a jamais été partagée, il est vrai, bien franchement par le commun des médecins. Nous nous laisserions entraîner trop loin, si nous allions suivre les vicissitudes de •cette doctrine et faire voir comment chacune de ces propositions a été ■d'abord mise en doute, puis renversée, jusqu^à ce que l'on eût fini par reconnaître que toute la doctrine reposait sur des erreurs ou sur des faits mal interprétés. Dans l'exposé de la doctrine nouvelle, nous signalerons brièvement quelques-unes de ces interprétations erronées.

Dans ce chapitre, nous décrirons premièrement le chancre et le chancre ganglionnaire ou bubon aigu. Ensuite nous ferons l'histoire de la. syphilis constitutionnelle, dont nous voyons la première manifestation dans l'induration syphilitique primitive et l'ulcère syphilitique primitif. Quant à ce dernier, nous ne lui donnerons plus désormais le nom de chancre, nous conformant en cela à l'usage établi par la plupart des auteurs modernes1.

1 On aurait, à la rigueur, le droit do séparer le chancre, pris dans le sens que nous venons d'indiquer, complètement de la syphilis et de le décrire, par exemple, à côté de la blennorrhagie, parmi les maladies des organes génitaux; mais quoique plus vraie en théorie, cette séparation ne me parait pas utile en pratique, ne serait-ce qu'à cause de la coïncidence si fréquente du chancre et de l'induration syphilitique.

824 xMALADIES CONSTITUTIONNELLES.

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