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LE CHANCRE GANGLIONNAIRE OU BUBON VIRULENT AIGU

§ 1. Pathogénie et ktiologie.

Nous avons vu que le virus, quoique nous ne puissions pas l'isoler, est sûrement contenu dans le produit de sécrétion du chancre, que, de là, il se laisse transporter à d'autres endroits du corps, pour provoquer à son lieu d'application une inflammation et une ulcération; mais ce même virus peut aussi très-souvent être résorbé par les vaisseaux lymphatiques, qui le conduisent aux ganglions lymphatiques voisins où il provoque également une inflammation et une ulcération spécifiques. On appelle bubon aigu, virulent, ou mieux chancre ganglionnaire, un ganglion ainsi enflammé et suppuré à la suite de la résorption du virus chancreux. Les ulcères chancreux n'entraînent pas tous avec une égale facilité cette adénite virulente : ce sont les chancres du frein qui en sont compliqués le plus souvent. Le manque de propreté et un traitement trop irritant paraissent favoriser la résorption du virus et la production de chancres ganglionnaires. Dans quelques cas assez rares, à la vérité, il parait que le virus chancreux, après avoir pénétré à travers 1'épiderme sur le derme, ne provoque aucun trouble de la nutrition à son lieu d'application, mais que, ensuite résorbé par un vaisseau lymphatique et conduit dans un ganglion voisin, il y détermine une inflammation et une ulcération spécifiques. Un bubon de ce genre qui n'a pas été précédé d'un ulcère chancreux, porte le nom de bubon d'emblée.

§ 2. Symptômes et marche.

L'adénite virulente se développe le plus souvent dans le cours du second, du troisième ou du quatrième septénaire, plus rarement dans le cours du cinquième et du sixième, et quelquefois déjà dans les premiers jours qui suivent la naissance du chancre. Le premier symptôme de cette complication, si pénible, consiste en une sensation douloureuse occupant un endroil circonscrit, peu éloigné des parties génitales, dans le pli de l'aine. En examinant le malade, on remarque en cet endroit une petite tumeur très-sensible à la pression même la plus légère, et qui correspond à un ganglion inguinal plus ou moins augmenté de volume. La douleur fort vive, comparativemenl au faible gonflement, la situation de la tumeur fort rapprochée des parties génitales, enfin cette circonstance que toujours le gonflement ne s'empare

que d'un seul ou de très-peu de ganglions à la lois, jamais d'un grand nombre : tels sont les signes qui permettent de reconnaître de bonne heure que l'on se trouve en présence d'un bubon virulent aigu, et non d'un de ces bubons dits consensuels, ni d'un gonflement ganglionnaire syphilitique, comme nous apprendrons à le connaître plus tard. La marche ultérieure du bubon aigu varie. Il est très-rare que l'inflammation entre en résolution; dans ces cas, le gonflement et la douleur se dissipent peu à peu dans le ganglion malade. Il est à supposer qu'alors l'inflammation seule s'est étendue de l'endroit atteint des parties génitales jusqu'aux ganglions lymphatiques, en suivant le trajet des vaisseaux lymphatiques, et, sans que le virus lui-même ait suivi cette voie, en d'autres termes, qu'on se trouve en présence d'un bubon consensuel. Même en cas d'ulcération bénigne, non virulente de la peau, il n'est pas rare que l'on observe le processus que nous venons de décrire, c'est-à-dire l'extension d'une inflammation aux ganglions voisins, par l'intermédiaire des vaisseaux lymphatiques. — Il arrive infiniment plus souvent et probablement toujours, en cas de bubons virulents, qu'il se forme du pus dans le ganglion lymphatique enflammé. Ce pus rompt, dans les cas bénins, de bonne heure l'enveloppe de la glande ainsi que la peau qui la recouvre et qui est devenue adhérente. Mais, dans d'autres cas, le tissu conjonctif environnant devient, dans une grande étendue, le siège d'une infiltration inflammatoire. La tumeur atteint un volume considérable et ne se laisse plus déplacer. La marche devient très-pénible pour les malades. On s'aperçoit qu'ils ménagent la jambe du côté atteint, quelle que soit la peine qu'ils se donnent pour s'en cacher. Chez les individus prédisposés à la fièvre, il s'y ajoute une élévation de température, une accélération du pouls, une perturbation de l'état général et d'autres symptômes fébriles. Ainsi, il se passe un temps assez long avant que la peau rougisse et que la fluctuation se fasse sentir dans une faible étendue. Si l'on fait à cet endroit une ponction, ou bien si le pus s'écoule spontanément, après que la peau est devenue d'un rouge foncé et s'est de plus en plus amincie, la tumeur, qui a souvent le volume du poing et qui a pris une forme irrégulièrement bosselée, ne s'affaisse qu'en partie. Plus tard, la fluctuation et la perforation se font également sur d'autres points de la tumeur; mais il se passe des semaines et des mois avant que cetle dernière diminue de volume, malgré le grand nombre d'abcès développés dans son intérieur. La marche du bubon aigu est tout aussi longue et opiniâtre, lorsque le pus du ganglion enflammé s'est déversé dans les tissus environnants et y a produit des fusées et des clapiers, ou bien lorsque le pus accumulé dans le ganglion ne rompt son enveloppe que tardivement, quand l'inflammation plilegmoneuse du tissu circonvoisin est déjà entrée en suppuration à plusieurs endroits. Après la rupture du ganglion enflammé et l'évacuation du pus qu'il renferme, l'ulcère qui reste se comporte comme un chancre et fournit un produit de sécrétion inoculable. Il a

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des bords irréguliers d'un rouge bleu, ordinairement un peu décollés, un fond lardacé et ne se montre que très-tard disposé à guérir. Le chancre qui a eu pour point de départ un bubon suppuré peut même affecter les caractères du chancre phagédénique ou gangreneux et conduire, dans ces cas, à des destructions étendues, à l'ulcération des vaisseaux fémoraux, à la péritonite.

§ 3. Traitement.

Lorsqu'une adénite virulente s'ajoute à un chancre ou bien lorsqu'elle se produit sans que l'on aperçoive un ulcère chancreux, il y a si peu* d'espoir que l'inflammation de la glande n'entre pas en suppuration, qu'on fait bien de s'épargner à soi-même aussi bien qu'au malade la prescription de sangsues, de frictions mercurielles, l'application d'un appareil compressif et d'autres mesures thérapeutiques, destinées à faire entrer le bubon en résolution. Je fais couvrir un bubon aigu avec un emplâtre simple, ordinairement avec l'emplâtre de minium camphré ou emplâtre de Nuremberg, et je fixe l'emplâtre par un spica de l'aine. Dans quelques cas, le bubon se résout sous l'influnce de ce traitement aussi bien que sous l'influence de ceux que nous venons de citer; dans d'autres cas, il passe à la suppuration sans que les malades soient fortement incommodés. Si, à un endroit qui, manifestement, correspond à la glande elle-même, il se produit de bonne heure une fluctuation, je vide immédiatement le pus par une ou plusieurs ponctions; si, au contraire, le tissu conjonctif qui environne la glande est déjà le siège d'une inflammation phlegmoneuse et si la fluctuation se manifeste à un endroit qui correspond évidemment à un abcès phlegmoneux et non à la glande suppurée elle-même, je ne m'empresse pas d'ouvrir l'abcès et je préfère attendre que les parties qui entourent l'endroit ramolli entrent en suppuration à leur tour ou que leur dureté ait disparu sous la pression du pus. Lorsque ce résultat est atteint et que la peau qui couvre l'endroit fluctuant est considérablement amincie, je transforme toute la paroi supérieure de l'abcès en une eschare par des badigeonnages longtemps continués avec de la potasse caustique. En employant ce procédé, que j'ai appris à connaître à l'hôpital de Hambourg, il faut préserver les parties voisines du contact de la potasse qui se liquéfie pendant l'application; ce procédé est à la vérité fort douloureux, mais il offre le grand avantage qu'il ne se forme pas de fusées purulentes ni de décollement des bords, et que, dès le lendemain de l'élimination de la paroi supérieure, le fond de l'abcès présente l'aspect d'un ulcère bien préparé pour la guérison. Sous l'influence de ce traitement, la guérison s'obtient, d'après mon expérience, en beaucoup moins de temps que si l'on fait une nouvelle ponction à chaque endroit où une nouvelle fluctuation se fait sentir, qu'on divise avec le scalpel les fusées purulentes qui se produisent

■et qu'on excise les bords décollés. Dans ces derniers temps, j'ai employé plusieurs fois, avec un succès remarquable, un autre traitement du bubon virulent. Je couvre la tumeur par un vésicatoire; j'ouvre avec précaution l'ampoule ainsi produite, et je laisse un nouvel épidémie se reproduire sous un pansement simple. Aussitôt que cette reproduction est opérée, j'applique un nouveau vésicatoire et je continue de la sorte jusqu'à ce que l'infiltration du pourtour de la glande, qui ordinairement commence déjà à diminuer à la première application, soit dissipée. Si, à ce moment, on aperçoit une fluctuation, on fait une ponction ou bien on détruit la paroi de l'abcès avec une pâte caustique. Dans aucun des cas traités par moi d'après cette méthode, je n'ai observé ni fusées purulentes ni clapiers.

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