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CHAPITRE PREMIER Chlorose. — Pâles couleur

§ 1, Patiiogénie et étiologie.

L'histoire de l'anémie et de lTrydrémie rentre dans le domaine de la pathologie générale, attendu que ces anomalies de la quantité et de la composition du sang ne constituent pas des maladies indépendantes, mais ne se développent que dans le cours et à la suite d'autres maladies. Il n'en est plus de même de. la chlorose. — La crase sanguine qui appartient à la chlorose proprement dite, est toute autre que la ci'ase hydrëmique. Dans la chlorose, il y a simplement diminution des éléments cellulaires du sang, tandis que le contenu du sérum en albumine et en sels reste ordinairement normal ; dans l'hydrémie, au contraire, le sang est non-seulement pauvre en cellules sanguines, mais encore le sérum est plus pauvre en albumine et probablement plus riche en sels. La crase sanguine de la chlorose (oligocythémie, Vogel) se développe dans beaucoup de cas d'une manière indépendante ou, pour parler plus correctement, elle se développe Irès-souvent sans que nous soyons en étal, comme cela est ordinairement le cas pour l'anémie et l'hydrémie, de l'attribuera des états morbides ayant pour effet une usure plus forte du sang ou une diminution dans la production de ce liquide. Dans ce chapitre nous n'aurons à nous occuper que de cette olygocythémie idiopathique ou chlorose proprement dite, tandis que les cas rares d'olygo-cythérnie syinptoinalique, qui se développent dans le cours d'une maladie déterminée, seront passés sous silence.

La chlorose est, chez les femmes, une des maladies les plus fréquentes de l'âge de quatorze à vingt-quatre ans ; il est donc naturel d'attribuer aux phénomènes qui se produisent dans l'organisme de la femme pendant le développement delà puberté, une influence majeure sur la production de cette maladie ; mais nous ne connaissons pas la signification physiologique de ce rapport. De même, nous ignorons en grande partie les conditions qui favorisent le développement de la chlorose à l'époque de la puberté, car si, dans beaucoup de cas, il n'est pas improbable que le séjour dans un air vicié, la privation de mouvements, une mauvaise alimentation, l'agitation psychique, les mauvaises lectures, l'onanisme et, en général, toutes les influences antihygiéniques ont contribué au développement de cette maladie, on la rencontre cependant encore assez souvent chez des jeunes filles qui se trouvent dans des conditions diamétralement opposées : qui travaillent à l'air toute la journée, qui se nourrissent convenablement, ne lisent pas de romans et n'ont pas de vices secrets. Je me contenterai de dire en passant que j'ai vu se développer une chlorose opiniâtre chez toutes les jeunes filles qui, dès la douzième ou la treizième année, étaient menstruées, sans qu'auparavant les signes extérieurs de la puberté (gonflement des mamelles et poils au pubis), se fussent développés. — Beaucoup plus rarement la chlorose, ou olygo-cythémie sans cause connue, se montre chez les enfants, chez les femmes enceintes ou arrivées à l'âge critique ou enfin chez les hommes; cependant les exemples d'individus placés dans ces conditions et qui ont contracté la chlorose sont encore assez nombreux.

§ 2. ÀNATOMIE PATHOLOGIQUE.

Les altérations du tissu caractéristiques de la chlorose concernent principalement le sang, que l'on est en droit d'appeler avec Virchow un tissu composé de cellules et d'une substance intercellulaire liquide. Comme déjà nous l'avons fait remarquer, la substance intercellulaire, le sérum, n'offre pas d'anomalies constantes. Sa composition est ordinairement normale; dans quelques cas rares le contenu en albumine est diminué, ce qui rapprocherait la crase chlorotique de la crase hydrémiquc; dans d'autres cas encore, la proportion d'albumine parait augmentée dans le sérum et une. hyperalbuminose coexiste alors avec l'olygo-cythémie. Dans les deux premiers cas, la quantité absolue du sang est sans doute toujours un peu diminuée; mais, dans le dernier cas, on ne saurait contester la possibilité d'une augmentation de la quantité absolue du sang, malgré la diminution des corpuscules sanguins, en un mot d'une pléthore, c'est-à-dire d'une pléthore séreuse coexistant avec l'olygo-cythémie. — La diminution des corpuscules sanguins, dans la chlorose prononcée, est si grande que sur 1000 parties de sang, au lieu

de la moyenne normale de 130 parties de corpuscules secs, on n'en trouve plus que 60 ou aO. A l'autopsie d'individus chlorotiques, morts d'une maladie intercurrente, on trouve les organes internes remarquablement pâles. Dans quelques cas, on constate dans la tunique interne des gros vaisseaux les signes d'une dégénérescence graisseuse simple (vol. I).

§ 3. Symptômes et marche.

Le symptôme le plus frappant de la chlorose est l'état pâle de la peau et des muqueuses visibles. Chez les femmes blondes, dont la peau contient généralement peu de pigment, la surface du corps est [d'un blanc pur; chez les brunes, dont la peau est ordinairement plus fortement pigmentée, on remarque, au contraire, un teint sale, gris ou jaunâtre. C'est aux oreilles que la couleur pâle est souvent le plus fortement prononcée, et parmi les muqueuses, celles qui se distinguent le plus par leur décolaration, sont la conjonctive et la muqueuse gingivale. La cause de cette altération de couleur est facile à saisir : le nombre des corpuscules rouges du sang auxquels ce liquide doit sa couleur propre et les tissus dans lesquels il circule, leur reflet rouge, est, d'après ce que nous avons dit au paragraphe 2, descendu à moitié, au tiers ou même encore plus bas. — L'exception à la règle, c'est-àdire la teinte constamment rouge des joues, que l'on a observée clans quelques cas de chlorose, est également facile à saisir si l'on se rappelle que les conditions d'où dépend la coloration des joues, sont d'abord la couleur du sang et en second lieu la turgescence et la distension des capillaires. Or, de même qu'il y a des individus qui, malgré la teinte foncée de leur sang, ont des joues pâles, parce que les capillaires de leurs joues sont faiblement remplis, de même aussi, on voit des individus chlorotiques qui, malgré la couleur claire de leur sang, ont constamment les joues rouges, parce que les capillaires de leurs joues sont toujours gorgés de sang ou dans un état variqueux. Le fait, sur lequel d'ailleurs nous reviendrons plus loin, que presque toutes les filles chlorotiques rougissent momentanément au moindre échauffement ou à la moindre émotion, s'explique également par un engorgement momentané des capillaires.

La graisse du tissu conjonctif sous-cutané est souvent normalement, quelquefois même extraordinaircment développée clic/ le; chlorotiques. Ce phénomène est d'une grande valeur pour le diagnostic différentiel de la chlorose et de l'anémie chronique qui, souvent, se développe dans le cours d'uni travail de consomption latent ou de quelque maladie non encore reconnue qui met obstacle à la formation du sang. Dans celle anémie ou hydréniie symptomatique, qui souvent a été confondue avec la chlorose, h-

pannieule graisseux disparait ordinairement de bonne heure, en même temps que la coloration de l'enveloppe cutanée. — Les épanchements œdémateux dans le tissu conjonctif sous-cutané sont rares dans la chlorose. Si, par conséquent, un œdème des pieds se montre en coïncidence avec une pâleur peu intense de la peau, on doit soupçonner, non l'existence d'une chlorose, mais celle d'une hydrémie, et réciproquement, si à côté d'une pâleur extraordinaire des joues, des oreilles et des lèvres, on n'aperçoit pas la moindre trace d' œdème, il est infiniment probable que le sérum sanguin a sa composition normale, qu'on se trouve en présence d'une oligo-cythémie pure et non 'd'une hydrémie.

La respiration est notablement gênée par la crase chlorotique, attendu que dans cette dernière le sang est souvent privé de plus de moitié des éléments qui absorbent l'oxygène et cèdent l'acide carbonique. Le nombre ordinaire des mouvements respiratoires ne suffit plus pour opérer l'échange des gaz dans le poumon dans une mesure suffisante pour les besoins du corps. A chaque effort corporel, exagérant la désassimilation et la production d'acide carbonique, le besoin de respirer et le nombre des inspirations s'élèvent à un degré fatigant pour le malade. Pour cette raison aussi, presque toutes les malades se plaignent d'être essoufflées dès qu'elles marchent vite, qu'elles montent un escalier, etc. — La diminution de l'échange des gaz dans le poumon et surtout celle ds l'oxygène absorbé par le sang, expliquent une nouvelle série de symptômes caractéristiques delà ehorose. Avant tout les muscles, qui, pour agir vigoureusement ont besoin d'un sang bien oxygéné, ont perdu une partie de leur énergie ; les malades se fatiguent facilement, se plaignent de pesanteur dans les jambes, et souvent de légers efforts suffisent déjà pour occasionner ces douleurs musculaires pseudorhumatismales, qui, chez les personnes pourvues d'un sang normal, ne se manifestent ordinairement qu'après des effort immodérés et extraordinaires. — Si, pour le fontionnement normal des muscles, il est essentiel qu'un sang riche en oxygène les traverse, il n'est pas moins nécessaire, pour le fonctionnement normal des nerfs, qu'ils soient nourris par un sang bien oxygéné. Pour presque toutes les névroses, nous avons donc dû mentionner au paragraphe de l'étiologie la crase chlorotique. Le plus souvent les femmes chlorotiques souffrent de névralgies et, parmi les névralgies périphériques, ordinairement de celle du trijumeau, parmi les affections névralgiques d'organes internes, de cardialgies. Les anesthésies, les spasmes et les paralysies sont plus rares chez les chlorotiques et s'observent principalement dans les cas où il se développe, comme quelquefois cela arrive, une hystérie prononcée dans le cours de la maladie. — Quelques traces d'hystérie, se trahissant par une hvperesthésie générale, physique et psychique, par une humeur sombre et facile à irriter, par une disposition à pleurer et, souvent, par des envies particulières, comme, par exemple, de manger des fèves de

café, de ronger des crayons, des ardoises, etc., se rencontrent chez presque toutes les filles chlorotiques.

Les organes de la circulation offrent dans la chlorose des anomalies fonctionnelles nombreuses et caractéristiques. Les malades se plaignent presque toutesdebattementsdecœur. Antérieurement déjànousnous sommes exprimé en ce sens que ces plaintes ne reposent qu'en partie sur un renforcement ou une accélération de l'activité cardiaque et qu'elles dépendent tout autant de l'hypéresthésie générale, par suite de laquelle l'impulsion du cœur, dont la plupart des hommes n'ont pas conscience, même lorsqu'elle est considérablement renforcée par l'effet d'une hypertrophie prononcée, se fait sentir de la manière la plus pénible (vol. I). A l'auscultation du thorax, on entend souvent du côté du cœur et des grandes artères les bruits de souffle souvent mentionnés, auxquels on a donné, pour les distinguer des bruits anormaux déterminés par des altérations de texture, le nom de bruits sanguins. L'origine de ces bruits est assez obscure. Le nom qu'ils portent leur a été donné à tort en ce sens qu'ils sont loin de dépendre directement de la modification subie par la composition du sang. Ce qui paraît le plus probable, c'est qu'ils ont leur raison d'être dans une tension anormale des valvules et des parois artérielles. Il arrive encore bien plus souvent qu'on entend dans la veine jugulaire interne un bourdonnement particulier connu sous le nom de bruit de diable i. Ce bruit est généralement plus fort du côté droit que du côté gauche et disparaît, quand on fait prendre à la malade la position horizontale ou qu'on lui fait faire une expiration forcée. Le mode de production du bruit de diable parait être le suivant. La partie inférieure de la jugulaire interne, qui est située derrière l'articulation sternoclaviculaire, est fixée de tous côtés contre les parties environnantes, ce qui l'empêche de s'affaisser comme d'autres veines, lorsque le sang y pénètre en moiudre quantité. Si un jet de sang mince se rend des veines du cou dans ce large espace, il ne peut le remplir qu'autant qu'il exécute, en le traversant, un mouvement giratoire. Ce courant giratoire fait entrer en vibrations sonores la paroi veineuse. Pendant un mouvement de rotation du cou du côté opposé, mouvement qui fait éprouver une compression aux veines de cette région de la part du muscle omo-hyoïdien et des aponévroses cervicales, le bruit de diable s'entend même chez laplupart des individus sains et pléthoriques. Lorsqu'on l'entend même en l'absence de cette rotation du cou et qu'il est très -fort, il signifie toujours que l'individu en question a des veines faiblement remplies et qu'il souffre d'un appauvrissement du sang. — L'excitabilité augmentée du système nerveux nourri par un sang pauvre

1 Ce bruit doit son nom à un jouet d'enfant que l'on appelle diable eu France ei nonne dans plusieurs parties de L'Allemagne, «l'on ]<■ nom de bruil de nonne, par lequel les Allemands désignent te même phénomène,.

en oxygène s'étend, aussi aux nerfs vaso-moteurs et devient cause de la facilité avec laquelle les chlorotiques rougissent et pâlissent. — Dans les organes de la digestion il se produit pendant la chorose, outre les cardialgies déjà mentionnées, des troubles importants qui, si on ne les observe pas exactement et d'une manière suivie, peuvent donner lieu à de dangereuses erreurs. L'appétit est presque toujours diminué. Après le repas, il se produit une pression et un état de trop-plein k l'épigastre, des renvois acides et d'autres phénomènes dyspepsiques qui, chez la plupart des malades, dépendent d'une faiblesse atonique de la digestion (vol. 1) et qui s'amendent aussitôt que la crase du sang est devenue meilleure. Indépendamment de cette anomalie cligestive peu grave et disparaissant facilement sous un traitement rationnel, on rencontre chez les chlorotiques, assez fréquemment et malheureusement trop souvent sans le reconnaître, l'ulcère chronique de l'estomac. Dans le traitement d'une fille chlorotique on ne doit jamais perdre de vue l'idée que lacardialgie et la dyspepsie pourraient dépendre de cette importante question de la paroi stomacale et l'on doit mettre à profit toutes les ressources du diagnostic pour bien juger le cas. Si l'on néglige ce précepte, il arrive facilement qu'on n'apprend à connaître la triste vérité qu'au premier vomissement de sang et quelquefois, hélas ! seulement aux signes d'une perforation de la paroi stomacale.

L'urine des chlorotiques, lorsqu'elles n'ont pas de fièvre intercurrente, est extrêmement légère et limpide. Le faible poids spécifique de l'urine dépend principalement de la petite proportion d'urée, la teinte claire, de la petite proportion de matière colorante. La diminution que subit l'absorption d'oxygène dans la chlorose explique suffisamment la faiblesse de la désassimilation et par cela même la diminution de la production d'urée; si, d'un autre côté, nous avons très-peu de notions sur le mode de production de la matière colorante de l'urine, il ne nous est cependant guère permis de douter qu'elle ne dérive de la matière colorante du sang et, par conséquent, il doit paraître tout naturel que du moment que les corpuscules sanguins qui contiennent la matière colorante du sang, diminuent, la matière colorante de l'urine doit, toutes choses égales d'ailleurs, diminuer à son tour.

Dans presque tous les cas de chlorose, les fonctions sexuelles souffrent le plus souvent sous la forme de l'aménorrhée, plus rarement sous celle de la menstruation trop abondante ou de la menstruation difficile. L'aménorrhée des filles chlorotiques semble presque toujours dépendre de la non-maturation des ovules, attendu que chez la plupart des malades, non-seulement l'hémorrhagie, mais encore les autres phénomènes qui accompagnent la maturation des ovules et leur expulsion viennent à manquer. Dans le public et même chez plusieurs médecins, l'aménorrhée est considérée à tort comme un signe constant de chlorose, erreur qui cause le plus grand préjudice à

certaines malades. En effet, la menstruation continuant d'avoir lieu ou apparaissant dans le cours du traitement, on néglige d'instituer la médication indiquée d'urgence ou on en suspend trop tôt l'usage. Il n'est même rien moins que rare qu'à cause de cette opinion erronée, que la chlorose est constamment accompagnée d'aménorrhée, les filles chlorotiques atteintes de menstruation abondante ou de menstruation difficile et qui se plaignent beaucoup de maux de tête et de battements de cœur, soient considérées comme pléthoriques et traitées par les saignées ou les purgatifs. Enfin, chez beaucoup de malades chlorotiques on trouve, à côté de l'anomalie menstruelle, un catarrhe de l'utérus et du vagin (vol. II).

La marche de la chlorose, si elle n'est pas abrégée par des mesures thérapeutiques, est presque toujours longue et traînante. Des chloroses méconnues ou traitées par les homœopathes durent assez souvent pendant bien des mois et même pendant plusieurs années. La guérison est la terminaison la plus fréquente de la chlorose, quoique, chez les individus très-jeunes, il se présente souvent une et même plusieurs récidives. Il est plus rare que la chlorose se transforme en d'autres maladies, par exemple en tuberculose ; elle ne menace la vie que par une complication, surtout par l'ulcère chronique de l'estomac, qui l'accompahne si souvent. Les cas de chlorose aiguë, fébrile, se terminant par la mort, que l'on a rapportés, doivent être mis sur le compte de quelques erreurs de diagnostic ; par contre, il est positif que des maladies fébriles, ayant très-peu d'importance par elle-mêmes, sont souvent accompagnées, chez des individus chlorotiques, de phénomènes dits nerveux, qui leur communiquent une certaine gravité.

§ k. Traitement.

Il est rare qu'on parvienne à exercer une influence essentielle sur la marche de la chlorose en cherchant à remplir l'indication causale. C'est précisément ce qui prouve que les causes nuisibles que l'on accuse ordinairement de favoriser le développement de la chlorose, ne doivent jouer qu'un faible rôle dans la production de cette maladie. Souvent on rétablit dans l'espace de quelques semaines des filles chlorotiques en remplissant l'indication de la maladie, après avoir pris auparavant, pendant bien longtemps un soin aussi minutieux qu'inutile à les préserver de ces causes nuisibles, après les avoir fait séjourner pendant plusieurs mois à la campagne, leur avoir prescrit le régime le plus nourrissant, leur avoir fait faire journellement des promenades et même de la gymnastique sans que, pour cela leurs joues et leurs lèvres se fussent colorées, sans que leur essoufflement ou leurs battements de coeur eussent diminué on (pic leur humeur irritable cl larmoyante se fût dissipée. La réputation que l'on a faite aux prescriptions hygiéniques

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contre la chlorose, est due surtout à cette circonstance que, non-seulement l'oligo-cythémie pure, mais encore les états d'anémie les plus variés, qui exigent impérieusement de pareilles mesures et dans le traitement desquels le fer ne joue qu'un rôle subordonné, ont été désignés sous le nom de chlorose ou confondus avec cette maladie. On peut tous les jours faire l'expérience que la chlorose vraie se laisse guérir au milieu des conditions extérieures les plus défavorables.

L'indication de la maladie exige l'adminisiratton des préparations ferrugineuses. Si jamais un médicament a mérité le nom de spécifique, c'est bien le fer qu'il convient d'appeler le spécifique de la chlorose. Plus le diagnostic est sûr, plus il y a lieu d'espérer du succès; si ce dernier ne répond pas à l'attente, on doit toujours soupçonner qu'il ne s'agisse d'une anémie symptomatique, dépendant d'un mal non encore reconnu ou non encore inconnaissable, et nullement d'une simple chlorose. Très-souvent une chlorose traitée sans succès chez une jeune fille à l'époque du développement de la puberté, est reconnue par la suite pour avoir été simplement la période initiale d'une tuberculose ou une anémie provoquée et entretenue par un ulcère chronique de l'estomac. — La manière dont les ferrugineux améliorent dans la chlorose la crase viciée du sang nous est encore inconnue. Ce n'est pas le fer qui manque aux corpuscules sanguins encore présents, mais ce sont les corpuscules sanguins eux-mêmes qui font défaut et le fer n'entre que pour une part bien minime dans la composition chimique de ces corpuscules. Il est possible que dans les organes où se produisent les corpuscules sanguins, le fer provoque une activité plus grande ou qu'il régularise la digestion et active ainsi l'arrivée des matériaux nécessaires pour la formation des corpuscules sanguins. Aucune de ces hypothèses, dont il serait facile d'augmenter le nombre, ne repose sur une base solide. — Les opinions les plus opposées ont cours sur la forme et la dose qu'il convient d'adopter pour l'administration des préparations ferrugineuses. Des praticiene renommés et heureux ont élevé au premier rang la limaille de fer; mais d'autres praticiens tout aussi renommés et tout aussi heureux emploient presque exclusivement, comme agissant plus sûrement et comme étant mieux toléré que d'autres, tel ou tel sel de fer. D'autres encore commencent par les préparations ferrugineuses les plus anodines, par exemple le malate et le lactate de fer et passent ensuite à des compositions plus énergiques, tels que le chlorure de fer et le sulfate de fer, et ne passent qu'cà la fin du traitement à la limaille. Parmi les préparations ferrugineuses qui s'administrent le plus souvent contre la chlorose, il faut compter, outre la limaille de fer, que l'on prescrit à la dose de 15 ou de 30 centigrammes, ordinairement additionnée de poudre de cannelle, la teinture de malate de fer (à la dose de 15 à 30 gouttes), le lactate de fer ( 10 à 25 centigrammes), le saccharure de carbonate de fer (20 à 50 centigrammes), la teinture de chlorure de fer (10 à

30 gouttes), le sulfate de fer (5 à 20 centigrammes). Ces éloges, accordés par des autorités éprouvées aux préparations ferrugineuses les plus diverses et le fait que chaque praticien, pour ainsi dire, a sa préparation de prédilection qu'il emploie dans la plupart des cas de chlorose, ou môme dans tous les cas, nous permettent de conclure : 1° que l'efficacité du fer contre la chlorose, ne dépend pas delà forme sous laquelle on l'administre; 2° que la plupart des préparations ferrugineuses sont bien tolérées par les individus chlorotiques; 3° que les indications pour l'administration de l'un ou de l'autre de ces médicaments ne se laissent pas encore fixer pour le moment. Depuis passé vingt ans, je prescris contre la chlorose presque exclusivement les pilules de Blaud, et j'ai obtenu de cette prescription dans un très-grand nombre de cas des succès tellement éclatants, que, jusqu'à présent, je n'ai eu aucune raison de faire des expériences avec d'autres préparations, Au lieu des quarante-huit bols qui, d'après la formule primitive, doivent être •préparés aA^ecla masse pilulaire de Blaud (Pr. : sulfate de fer pulvérisé, carbonate de potasse sec ana 5 grammes, gomme adragant q. s. pour une masse pilulaire), je fais diviser cette masse en 96 pilules. Je ne suis pas non plus avec une scrupuleuse exactitude la progression proposée par Blaud pour l'augmentation des doses; mais je fais d'abord prendre, pendant quelques jours, trois fois par jour, 3 pilules, et si, comme cela arrive presque toujours, cette dose est bien supportée, j'élève la dose à k ou 5 pilules à prendre trois fois dans la journée. Trois boîtes de pilules de Blaud, chacune de 96 pilules, suffisent presque toujours pour guérir la chlorose, même la plus opiniâtre. — A Magdebourg et à Greisfwald j'ai dû souvent envoyer au loin la recette des pilules de Blaud, parce que mes succès contre la chlorose, auxquels — soit dit en passant — je devais principalement le prompt accroissement de ma clientèle, m'avaient donné la réputation de posséder un remède d'une efficacité extraordinaire contre les a pâles couleurs » .

Je suis loin de croire que les pilules de Blaud possèdent une efficacité plus grande contre la chlorose que les autres préparations ferrugineuses; j'ai pu me convaincre, au contraire, que ceux de mes confrères qui préfèrent d'autres préparations arrivent aux mêmes résultats, pourvu que ces ■préparations soient administrées à doses assez élevées; mais, ce que je crois pouvoir affirmer, c'est que les pilules de Blaud ne sont surpassées en efficacité par aucune autre prescription, précisément parce que l'on peut les administrer à doses fort élevées, sans qu'elles incommodent les malades. Il y a une dizaine d'années, j'ai eu l'occasion de me convaincre jusqu'il quel point les pilules de Blaud possèdent cet avantage. Un confrère m'ayant demandé « ma recette », je le renvoyai d'abord au manuel de Cannstatt, dans lequel il devait trouver la formule connue des pilules de Blaud. Mais comme il ne possédait pas ce livre, je lui communiquai la formule en question en lui disant que je commençais par trois bols et que j'élevais la dose d'un bol

tous les trois jours. Au bout d'un certain temps, le confrère m'exprima ses remercîments, se loua de l'excellent effet du remède, et me raconta que la malade le supportait parfaitement; et cependant ce confrère m'avait mal compris; car au lieu d'augmenter la dose d'un bol tous les trois jours, il l'avait augmentée d'un bol à chaque prise du médicament. — On a prétendu, il est vrai, qu'il ne fallait pas de fortes doses de fer pour guérir la chlorose; que la quantité de fer qui manquait au sang était faible; qu'en administrant même de petites doses de fer, on en retrouvait toujours encore une partie excédante dans les selles, et qu'enfin l'efficacité des sources ferrugineuses contre la chlorose prouvait bien que des doses minimes pouvaient suffire. Sans me laisser entraîner à des discussions théoriques dépourvues d'une base solide, je ne nierai pas que dans beaucoup de cas la chlorose ne puisse être guérie avec des préparations ferrugineuses administrées à faible dose, et que, souvent, l'usage prolongé d'une eau ferrugineuse acidulé ne puisse avoir le même résultat; mais le nombre de malades que j'ai vus guérir en peu de semaines par l'usage des pilules de Blaud, et, dans la clientèle de mes confrères, par l'usage de fortes doses de saccharure de carbonate de fer ou de lactate de fer, après avoir employé sans résultat positif, pendant bien des années, des teintures ferrugineuses ou du vin chalybé à faibles doses et avoir fait plusieurs saisons à Pyrmont, à Dribourg, etc., est encore assez considérable pour justifier l'assertion : que la chlorose est guérie le plus rapidement et le plus sûrement avec les préparations ferrugineuses qui se laissent administrer à haute dose, et parmi ces préparations ferrugineuses, la masse pilulaire de Blaud occupe un des premiers rangs. Une faute qui se commet souvent dans le traitement de la chlorose, consiste à vouloir relever l'éréthisme, la faiblesse digestive et d'autres anomalies qui dépendent de la crase chlorotique par des acides minéraux, des amers et d'autres remèdes avant de passer aux préparations ferrugineuses, qui seules ou au moins plus que n'importe quel autre remède font espérer du succès. De semblables cures préparatoires retardent presque toujours inutilement la guérison. Je dirai, pour terminer, que tant que les malades chlorotiques sont faibles, peu disposées à marcher et manquent d'appétit, je les dispense le plus souvent, à leur grande joie, des promenades forcées et des repas substantiels, mais qu'en revanche je me fais promettre qu'elles se donneront beaucoup de mouvement aussitôt qu'elles se sentiront la force et le désir de marcher et qu'elles réclameront delà nourriture toutes les fois qu'elles sentiront revenir leur appétit, ce qui manque rarement d'arriver au bout d'assez peu de temps. Plus haut déjà, j'ai eu soin de dire que ma méthode ne met pas à l'abri des récidives, surtout dans les cas où la chlorose s'est déjà développée au commencement de la puberté. Aussi ai-je toujours pris la précaution d'avertir d'avance de la possibilité et même de la probabilité d'une récidive, et j'ai remarqué souvent

que les malades et leurs parents acceptaient cette perspective sans trop de regret, du moment que je pouvais leur promettre qu'une récidive serait guérie tout aussi rapidement que la première attaque. — Si, d'après ce qui précède, je crois que l'on peut se dispenser de l'usage des eaux acidulés ferrugineuses dans le traitement de la chlorose, et si je les considère comme moins efficaces que les médicaments ferrugineux pris à haute dose, je conseillerai cependant les cures d'eau minérale à Pyrmont, à Drihourg, à Cudowa, à Altwasser, à Saint-Maurice en Suisse, à Imnau, aux malades que l'on croit exposées à des récidives après la guérison de la chlorose.

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