‹ Traité de pathologie interne et de thérapeutiqueChapitre 241 sur 247 · DIABÈTE NON SUCRÉ, POLYUR1E · texte numérisé non relu

DIABÈTE NON SUCRÉ, POLYUR1E

La quantité d'urine, émise dans le diabète non sucré, est quelquefois tout aussi grande et même plus grande que dans le diabète sucré. Elle s'élève assez souvent dans les vingt-quatre heures à 10 ou à 15 litres et même au delà. Une tille de dix ans atteinte de diabète non sucré, qui du reste était fort en retard pour son développement et ne pesait que 23 livres] rendait journellement, pendant son séjour à la clinique de Tubingue, de si fortes quantités d'urine que le poids de cette dernière égalait le tiers du poids de son corps. — L'urine est extrêmement claire et limpide et, contrairement à ce qui s'observe pour l'urine méliturique, d'un poids spécifique très-bas, qui dépasse rarement 1005 et descend souvent encore bien plus bas, par exemple à 1001 et même à 10 005. La proportion relative de l'urée et des sels contenus dans l'urine est assez faible ; par contre, la quantité absolue de l'urée rendue dans les vingt-quatre heures dépasse, à ce qu'il paraît, dans la plupart des cas la production normale. Dans un cas que j'ai observé personnellement, le malade qui se nourrissait modérément d'aliments azotés, évacuait en moyenne dans les vingt-quatre heures 9 litres d'urine contenant environ 38 grammes d'urée. Il est rare que la proportion de l'urée excrétée dans les vingt-quatre heures se trouve diminuée. Ainsi, dans un des cas de ma clinique publiés par Strauss, le malade dont le corps était Dien nourri pesait en moyenne /i8 kilogr. et demi et ne rendait dans les vingt-quatre heures qu'environ 23gr,&2 d'urée '.

Les éliminations qui ont lieu par la peau et le poumon paraissent fortement diminuées d'après les comparaisons faites entre la quantité des liquides ingérés et celle de l'urine évacuée. Les docteurs Schmidtlein et Spseth qui, pendant quelques jours, ont pris à ma clinique exactement les mêmes aliments et les mêmes boissons et les mêmes quantités de ces aliments et boissons qu'un individu atteint do diabète non sucré, cédèrent, par la peau et

1 Dans quelques cas de diabète non sucré l'urine montrerait, d'après ce que l'on rapporte, un poids spécifique très-élevé et renfermerait des proportions très-lbrtes d'urée. Dans cette forme morbide sur laquelle nous ne possédons que des observations rares et incomplètes, la maladie principale consisterait en une fonte exagérée des tissus; l'augmentation de la soif et de la sécrétion urinaire, comparée à ce grave trouble constitutionnel, ne constituerait qu'un symptôme d'une signification inférieure et trous erait, comme dans le diabète sucré, son explication dans ce fait que le sérum sanguin anormalement concentré, pomperait, d'après les lois de l'endosmose, des éléments aqueux dans les tissus. Nous n'insisterons pas davantage sur cette forme obscure et problématique du diabète non sucré.

les poumons de 2000 à 2600 grammes, tandis que le diabétique ne perdit par cette voie que 5i0 à 6i0 grammes de son poids. ,

Les observations de Strauss donnèrent également pour résultat qu'en buvant la même quantité de liquides que les individus sains les malades évacuaient généralement un demi-litre à 2 litres de plus que ces derniers, tandis que chez ceux-ci la diminution de poids par la perspiration insensible était comparativement plus considérable. Dans ce fait, Strauss a bien raison de voir une nouvelle preuve que la polydipsie n'est pas la cause de la polyurie, mais que c'est le contraire qui a lieu. 11 s'exprime de la manière suivante ; « Quelle raison plausible et admissible pourrait-on citer, en effet, en faveur d'une différence dansl'évaporatjon cutanée et pulmonaire de l'individu polydipsique et de l'individu sain s'ingérant volontairement de fortes quantités de liquides? Si nous supposons, au contraire, une polyurie suivie d'une concentration du sang, d'un appauvrissement des tissus en éléments aqueux, une diminution dans l'élimination aqueuse gazéiforme par la peau et le poumon n'a plus rien d'étonnant. De même que dans les cas soumis à notre observation, on trouve aussi dans la plupart des observations faites par d'autres médecins, au nombre des symptômes signalés, la sécheresse et la rudesse de la peau, tandis que nulle part on ne mentionne un seul cas de sueurs profuses. »

La quantité des liquides journellement bus par les malades et des liquides faisant partie des aliments paraît avoir été dans quelques cas de 30 à ^0 litres. 11 est évident que cette quantité ne peut jamais rester pendant longtemps au-dessous de la quantité d! urine sécrétée dans le même laps de temps sans que le poids du corps subisse une diminution correspondante. Tous les rapports d'après lesquels la quantité de l'urine excrétée aurait dépassé pendant longtemps la quantité des liquides introduits dans le corps s'appuient sur des faits mal observés.

Dans un certain nombre de cas le sentiment de la faim était singulièrement exagéré. Entre autres, Trousseau raconte l'histoire d'un malade qui s'ingurgitait d'énormes quantités d'aliments et auquel on avait offert de l'argent dans un restaurant où le pain se donnait à discrétion pour le décider à ne plus revenir. Dans le diabète non sucré il n'arrive pas comme dans le diabète sucré, qu'une partie des éléments ingérés, au lieu de servir à remplacer les éléments usés de l'organisme, soit éliminée sans avoir été utilisée ; la faim qu'on observe dans cette maladie et qui du reste est loin d'être un de ses symptômes constants, ne peut donc s'expliquer que par l'usure exagérée des éléments azotés de l'organisme, déterminée par l'ingestion et l'élimination augmentées d'éléments aqueux. Il s'agit ici de la loi en vertu de laquelle tout courant exagéré des liquides parenchymateux à travers les organes est accompagné d'une plus forte combustion d'éléments, albumineux,

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