SYMPTÔMES ET MARCHE
Les hémorrhagies rénales ne peuvent être reconnues que lorsque le sang est épanché dans les canalicules urinifères cl évacué avec l'urine. De là il résulte que [tendant les autopsies on trouve assez souvenl des ecchymoses mi même des infarctus hémorrhagiques et des foyers apoplectiques, qu'on ne pouvait pas reconnaître pendanl la vie, parce que le sang n'était pas par-
venu dans les canalicules urinifères. — Si la quantité de sang mêlée à l'urine est faible, ce liquide présente à la lumière directe une teinte toute particulière d'un rouge sale; vu par transparence il présente une coloration d'un rouge franc plus ou moins intense ; si on le laisse reposer, il se dépose au fond un sédiment assez caractéristique, légèrement grumeleux, de couleur brune. Si l'on chauffe une urine renfermant du sang ou si Ton y ajoute de l'acide nitrique, l'albumine du sérum sanguin se coagule. Lorsque l'on examine le sédiment sous le microscope, on trouve des globules sanguins lantôt intacts, tantôt modifiés, et comme signe caractéristique de l'hémorrhagie rénale, les cylindres parsemés de globules sanguins que nous avons décrits plus haut. Un moyen que je recommande aux praticiens à cause de sa simplicité et de sa commodité, c'est l'épreuve de Heller, par laquelle on peut découvrir, comme je m'en suis convaincu à plusieurs reprises, même les plus faibles traces de sang dans l'urine. Voici en quoi consiste cette épreuve : On chauffe l'urine à examiner, on y ajoute une solution de potasse caustique et l'on chauffe de nouveau. Alors les phosphates se précipitent et entraînent la matière colorante du sang, qui communique au sédiment une couleur d'un jaune rougeâtre sale, lorsqu'il est vu à la lumière directe, et d'un beau rouge de sang, lorsqu'on l'examine par transparence. Ni la matière colorante de l'urine, ni le pigment biliaire ne se précipitent avec les phosphates, de sorte que la coloration d'une urine qui présente la réaction décrite ne peut pas être attribuée à ces pigments. Lorsque de grandes quantités de sang se trouvent mêlées à l'urine, cette dernière est rouge foncé ou brun rouge, et par le repos il se forme au fond du vase an caillot. Assez souvent le sang se coagule déjà en partie dans la vessie, et les caillots ainsi formés ne sont chassés qu'avec beaucoup de peine et de douleurs. Ou bien le sang se coagule pendant qu'il traverse les uretères; dans ces cas il peut se présenter des symptômes de colique néphrétique, que nous décrirons plus tard, et des caillots allongés, vermiculaires, moulés sur les uretères, peuvent s'échapper avec l'urine.
La marche des hémorrhagies rénales dépend essentiellement de la marche de la maladie principale. Les hémorrhagies provoquées par des calculs du bassinet se présentent en général régulièrement après des mouvements corporels violents; les hémorrhagies rénales, dues h des néoplasmes, surtout aux carcinomes, sont ordinairement très-opiniàtres et abondantes ; les hémorrhagies des reins qui accompagnent les processus inflammatoires, celles qui sont consécutives à une hypérémie passive considérable, ou qui sont sous la dépendance du scorbut, atteignent rarement un degré trèsélevé. Dans l'hématurie endémique des pays tropicaux, on voit des pertes de sang très-considérables se faire d'une manière périodique. — Le début de l'infarctus hémorrhagique, pendant lequel on n'observe d'ordinaire qu'une faible quantité de sang dans l'urine, si tant est qu'une hématurie se
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présente dans cette affection, est quelquefois accompagné de frissons , de douleur dans la région rénale et de violents vomissements sympathiques. Si cet ensemble de symptômes, c'est-à-dire frisson, douleur dans la région rénale, vomissements, hématurie, s'observe chez un individu atteint d'une maladie du cœur, il est permis de diagnostiquer un infarctus hémorrhagique •du rein, qui dans d'autres circonstances est ordinairement impossible à reconnaître. — Des symptômes semblables, mais d'une intensité plus grande, accompagnent l'apoplexie des reins.
La terminaison des hémorrhagies rénales ne peut pas être exposée sans ■entrer dans des détails sur la maladie fondamentale. Ce sont principalement les hématuries qui accompagnent les carcinomes et les calculs rénaux et celles qu'on observe d'une manière endémique dans les contrées tropicales qui épuisent les malades par la perte de sang.
§ h. Traitement.
Dans le traitement d'une hémorrhagie rénale il faut combattre avant tout la cause, soit l'hypérémie ou l'inflammation du rein, soit la maladie générale; dans la plupart des cas où cette indication peut être remplie, l'hémorrhagie ne demande pas un traitement spécial. Quelquefois cependant, surtout dans les cas, souvent cités, d'hémorrhagies abondantes et opiniâtres, telles qu'on les observe dans les calculs rénaux et les carcinomes, le danger de l'épuisement exige des mesures particulières. Nous recommandons dans ces cas l'emploi du froid sons forme d'une vessie à glace maintenue dans la région rénale, les bains de siège froids, les lavements froids. Parmi les remèdes internes toute la série des styptiques a été recommandée et, dans quelques cas, employée successivement lorsque, comme cela arrive trop souvent, ces médicaments ne répondaient pas à l'attente du médecin. Les médicaments renfermant du tannin, et surtout le tannin en substance, méritent encore le plus de confiance, parce que le tannin est excrété par les reins sous forme d'acide gallique et peut, de cette façon, exercer une influence directe sur le siège de l'hémorrhagie. Après cela, on peut donner, dans des cas désespérés, le seigle ergoté ou l'ergotine, mais à de fortes doses. Les préparations ferrugineuses peuvent tout au plus être utiles en exerçant nue influence favorable sur l'appauvrissement du sans:.