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CATARRHE DE LA VESSIE, CYSTITE CATARRHALE

Dans les cas les plus graves, la destruction s'empare de toutes les membranes de la vessie et le contenu de ce réservoir se déverse dans l'abdomen. — Une troisième terminaison du catarrhe chronique de la vessie, c'est Yépaississement énorme des parois de l'organe, épaississement qu'entraîne parfois l'hypertrophie déjà mentionnée des faisceaux musculaires; cependant un état semblable se développe aussi parfois en dehors de tout catarrhe de la vessie, dans les cas où des obstacles sérieux s'opposent depuis longtemps à l'excrétion de l'urine. La paroi de la vessie présente,, dans ces cas, une augmentation d'épaisseur de plusieurs lignes, d'un demi-pouce et au delà. Les faisceaux musculaires représentent des trabécules arrondies et forment à la surface interne des rebords saillants, dont l'aspect rappelle celui de la surface interne du cœur droit (vessie à colonnes). Suivant qu'il y a augmentation ou diminution de la capacité de la vessie dans cette hypertrophie, on distingue une hypertrophie excentrique et une hypertrophie concentrique. Dans la première, la vessie peut s'élever jusqu'à l'ombilic; dans la dernière, elle peut être recoquillée jusqu'au volume d'une noix. — Dans certains cas de catarrhe chronique de> la vessie, surtout quand ce dernier coïncide avec un obstacle à l'évacuation de l'urine, la muqueuse s'avance entre les faisceaux musculaires qui s'écartent les uns des autres et il se forme des diverticulums. Petits et arrondis au début, ces diverticulums se dilatent plus tard au point de former des poches ayant la forme d'une bouteille et atteignent le volume du poing d'un homme et même plus. Leur communication avec la vessie consiste d'abord en une fente assez étroite qui s'arrondit plus tard et prend la forme d'un sphincter. L'évacuation souvent incomplète de ces diverticulums en fait quelquefois le siège de dépôts urineux et de calculs enkystés.

§ 3. Symptômes et marche.

Le catarrhe aigu de la vessie est quelquefois accompagné de phénomènes fébriles ; mais le plus souvent il n'y a ni augmentation de la température ni accélération du pouls. Dans les cas tout à fait récents les malades accusent des douleurs vagues dans la région hypogastrique et au périnée, douleurs '|ui remontent vers le rein et s'irradient le long de F urèthre jusque dans Le gland. Une pression exercée sur la région de la vessie cause également des douleurs dans les formes les plus violentes du catarrhe vésical. La muqueuse hypérémiée et irritée montre très-peu de tolérance pour son contenu. Il suffit que quelques gouttes se soient réunies dans la vessie pour que les malades sentent immédiatement le besoin de les expulser ; ou bien le sphincter de la vessie se trouve dans un état de spasme continu, et de. celle manière il se produit un ténesme vésical tout à l'ait analogue au

tériésme du rectum que nous observons dans la proctite catarrhale. Les malades ont presque continuellement le vase à la main, la miction ellemême est très-douloureuse et les quelques gouttes d'urine qu'ils laissent échapper à de courts intervalles leur occasionnent une sensation qu'ils comparent à celle de plomb fondu coulant le long de l'urèthre. Au commencement la sécrétion muqueuse est rare comme dans tous les catarrhes récents, de sorte que l'urine n'en contient que quelques flocons isolés ; plus tard, l'urine rendue se trouble et dépose un sédiment muqueux plus ou moins abondant. La maladie peut arriver à son terme en peu de jours et guérir complètement, et la forme déterminée par l'usage de la bière jeune peut même être guérie au bout de quelques heures. Dans d'autres cas la maladie se prolonge et passe à la forme chronique. —Quelquefois la contraction spasmodique du sphincter détermine une rétention d'urine complète dans le cours de la cystite catarrhale aiguë. Plus souvent .il se développe, surtout chez les personnes âgées, dans le cours du catarrhe vésical une paralysie myopathique des fibres longitudinales, autrement dit du détrusor, qui entraine également une rétention d'urine et qui est due à une affection secondaire, telle qu œdème, dégénérescence graisseuse du tissu musculaire de la vessie. C'est cette circonstance qui fait du simple cataiThe de la vessie une maladie dangereuse chez les vieillards.

Dans le catarrhe chronique de la vessie les douleurs cessent, il est vrai, au bout d'un certain temps ; mais la réaction de l'organe contre son contenu et le besoin continuel d'uriner persistent. La quantité du mucus rendue avec l'urine augmente. Au commencement une couche muqueuse assez transparente se dépose lentement au fond du vase ; plus tard l'urine devient épaisse et trouble, le dépôt perd sa transparence, devient blanc ou jaune. Si l'urine passe déjà dans l'intérieur de la vessie à la fermentation dite alcaline (voy. plus bas), la sécrétion de la muqueuse malade, riche en cellules purulentes et en épithéliums désagrégés, subit une transformation spéciale (dont nous avons déjà fait mention en parlant de la pyélite) et se change en une masse cohérente, gélatiniforme, et en transvasant l'urine le dépôt muqueux, cohérent se tire en longs fils.

Dans les éditions précédentes de ce livre j'ai dit que le mucus sécrété en grande abondance agissait dans beaucoup de cas à la manière d'un ferment sur l'urine, et en déterminait la fermentation alcaline. Dans cette fermentation l'urée serait transformée en carbonate d'ammoniaque et il se formerait des combinaisons ammoniacales, surtout de l'urate d'ammoniaque et du phosphate ammoniaco-magnésien. J'avais soin d'ajouter que le mucus mêlé à l'urine était loin d'agir toujours en qualité de ferment, et que, dans beaucoup de cas de catarrhe vésical chronique et traîné en longueur, j'avais trouvé l'urine constamment acide. Dans le cours des dernières années une observation de Traube et des observations et expériences faites par moi-

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même et publiées par le docteur Teuffel dans Berliner klinische Wochmschrift m'ont donné la conviction que la fermentation alcaline de l'urine séjournant dans la vessie n'était pas produite par le mucus vésical, mais par des organismes inférieurs qui probablement arrivent le plus souvent dans la vessie par l'application de sondes mal nettoyées. La preuve la plus frappante de la justesse de cette opinion m'a été fournie par l'observation très-intéressante d'une fille admise à ma clinique pour une paralysie de la vessie. Chez cette malade qui., pendant des semaines entières, avait été sondée avec un instrument malpropre, il s'était développé une fermentation alcaline trèsprononcée de l'urine renfermée dans la vessie ; le liquide rendu par la malade avait une odeur fortement ammoniacale et contenait des cristaux d'urate d'ammoniaque caractérisés par leur forme de pomme épineuse et de grands cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien semblables à des couvercles de cercueil; on y voyait en outre de nombreux vibrions et des cryptogames d'une organisation tout à fait rudimentaire; ■ — mais il n'y avait ni mucus ni éléments cellulaires en grande abondance. De plus, des renseignements anamnestiques recueillis avec le plus grand soin nous apprenaient que jamais la m'alade n'avait accusé les symptômes d'un •catarrhe de la vessie. — Le catarrhe chronique de la vessie traîne pendant des semaines, des mois et même pendant des années. Un fait extraordinaire et qui n'est pas suffisamment expliqué, c'est qu'en général il est accompagné d'anorexie et de troubles de la digestion ; plus la maladie se prolonge, moins il y a de chance d'en obtenir la guérison complète.

La formation d'ulcères dans la muqueuse vésicale doit être soupçonnée quand le sédiment devient de plus en plus purulent, que de temps à autre il part du sang avec l'urine et qu'enfin il se développe une fièvre lente épuisant et consumant le malade. Les malades finissent alors par succomber à une phthisic vésicale, surtout si des abcès se développent aux environs de la vessie et que des trajets fistuleux entretiennent une suppuration de longue durée.

Lorsque l'inflammation catarrhale de la muqueuse vésicale se termine par gangrène diffuse, les malades s'affaissent, leur face se décompose, leur pouls devient petit et filiforme et leur peau se refroidit; l'urine prend un mauvais aspect, elle devient brune ou noirâtre, contient des lambeaux de muqueuse et répand une odeur putride. Au bout de peu de jours les malades meurent d'une paralysie générale, même avant que la paroi vésicale soit complètement détruite et avant qu'une péritonite mortelle, due à la pénétration du contenu de la vessie dans la cavité abdominale, ait eu le temps de se déclarer.

L'épaississement delà paroi vésicale par hypertrophie des faisceaux musculaires se trahit, quand la vessie est en même temps dilatée, par le développement d'une tumeur dure au-dessus de La symphyse et qui peut s'élever

là MALADIES DES ORGANES URINAIRES.

jusqu'au nombril et quelquefois plus haut, tumeur que chez les femmes on confond facilement avec l'utérus distendu. Ordinairement les malades ne sont pas en état de vider la vessie ainsi épaissie et dilatée, en supposant même que cette évacuation ne soit empêchée ni par une occlusion du sphincter ni par une occlusion de l'urèthre. Il n'y a que la quantité d'urine qui dans la vessie énormément distendue ne trouve pour ainsi dire plus de place que les malades rendent volontairement, ou involontairement s'il y a paralysie du sphincter. De cette manière il peut arriver que les malades rendent dans l'espace de 24 heures une quantité d'urine normale et n'en retiennent pas moins de 1 à 3 kilog. et même davantage dans la vessie et que ce surplus ne peut être retiré qu'à l'aide de la sonde, — Dans l'hypertrophie concentrique de la vessie on sent cette dernière par le rectum ou le vagin à l'état de tumeur dure qui donne lieu à bien des confusions. La vessie n'étant dans ces cas susceptible d'aucune distension, le malade éprouve un besoin continuel d'uriner qui ne lui laisse pas une minute de repos ou bien, s'il y a en même temps paralysie du sphincter, l'urine s'écoule goutte à goutte sans interruption.

§ h. Traitement.

L'indication causale exige avant tout que la muqueuse vésicale soit mise à l'abri des causes d'irritation qui ont provoqué la maladie. Ce but peut au moins être rempli dans les cas où un cathétérisme fait avec maladresse ou des injections poussées trop loin dans l'urèthre ont occasionné le catarrhe de la vessie ; il en est de même lorsque ce catarrhe est dû à l'administration des cantharides, à l'usage prolongé des vésicatoires et de l'onguent épispastique ou bien lorsque la rétention et la décomposition de l'urine ont déterminé une irritation de la muqueuse vésicale. Si cette irritation est le résultat d'une inflammation qui de l'urèthre ou de l'utérus s'est propagée à la vessie, il y a lieu d'appliquer des sangsues au périnée ou au col de la matrice; si au contraire la maladie est due à un refroidissement, on doit instituer un traitement diaphorétique.

Pour répondre à Y indication de la maladie on n'emploiera les saignéeslocales que dans les cas très-récents et accompagnés de symptômes trèsintenses, et on aura soin de faire appliquer les sangsues au périnée plutôt qu'au-dessus de la symphise. Dans la plupart des cas il suffit, dans la cystite catarrhale, de quelques cataplasmes chauds sur le ventre et de quelques grands bains pour apaiser les souffrances et hâter la guérison de la maladie. En outre, il faut avoir soin de faire arriver dans la vessie une urine aussi diluée que possible; mais il est encore inutile dans.ee cas d'ajouter aux liquides que le malade doit boire des substances mucilagineuses ou huileuses;

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