CONCRETIONS PIERREUSES DANS LA VESSIE
tion acide était remplacée par la fermentation alcaline, il s'est précipité des phosphates.
Selon l'hypothèse ingénieuse de Meckel, la formation de précipités ne serait nullement nécessaire à la production des calculs urinaires. Presque tous ces calculs consisteraient au commencement en oxalate de chaux et se formeraient de la manière suivante • la muqueuse des voies urinaires deviendrait le siège d'un catarrhe spécifique appelé par Meckel « catarrhe lithogène. » Ce catarrhe donnerait lieu à la sécrétion d'un mucus cohérent, visqueux, doué de la tendance à entrer en fermentation acide, et dans lequel cette fermentation produirait de l'oxalate de chaux. Au commencement ce mucus aurait une consistance gélatineuse, mais peu à peu il se chargerait de plus en plus d'éléments d'oxalate de chaux tirés de l'urine en voie de décomposition ; de cette manière, il deviendrait de plus en plus compacte et finirait par devenir un calcul. Tant que l'urine resterait fortement acide, le calcul serait agrandi par de nouveaux dépôts de mucus chargés d'oxalate de chaux, qui viendraient s'y attacher et se pétrifier comme les premiers. Une fois l'urine devenue alcaline,, le calcul n'augmenterait plus par apposition, mais par intussusception; avec cette dernière coïnciderait un « métamorphisme, » c'est-à-dire qu'à l'oxalate de chaux se substitueraient d'abord de l'urée, de l'urate d'ammoniaque, et plus tard des phosphates. De cette manière, le calcul, composé primitivement d'oxalate de chaux, deviendrait par la suite un calcul composé de phosphate.
Je me laisserais entraîner trop loin si je voulais signaler toutes les lacunes que présentent ces deux théories et les objections qu'elles soulèvent. — Ainsi la disposition héréditaire à la production des calculs reste toujours inexpliquée. On a même observé que la même espèce de calcul s'est présentée chez plusieurs générations successives de la même famille. — Les hommes sont plus souvent atteints de calculs que les femmes; les enfants n'en sont pas épargnés; au contraire, les calculs et la gravelle se produisent assez souvent chez eux. — Dans certains pays, par exemple, en Angleterre, la maladie est beaucoup plus commune que dans d'autres. — L'eau potable chargée d'éléments calcaires paraît n'avoir aucune influence sur la production des calculs; il n'en est plus de même des liquides fermentes et renfermant de l'acide carbonique, au moins pour ce qui concerne les calculs formés d'oxalate de chaux. Enfin tous les agents nuisibles qui irritent les voies urinaires et en déterminent le catarrhe peuvent être une cause d'affections calculeuses; mais on ne sait pas pourquoi bien des catarrhes durent trèslongtemps sans donner lieu à des calculs, tandis que d'autres en font naître de très-bonne heure.
§ 2. Anatomie pathologique.
La grandeur, le nombre, la forme et la composition chimique des calculs urinaires sont très-variés. On appelle gravelle les plus petits, qui ordinairement se rencontrent en très-grand nombre. Leur forme et leur couleur dépendent essentiellement des éléments qui entrent dans leur composition. D'après celle-ci on distingue les espèces suivantes :
1° Calculs composés principalement d'acte urique et d'urates. Ils sont ronds ou ovales, ordinairement d'un rouge brun, très-durs et pesants, à surface lisse ou bosselée.
2° Calculs composés d'oxalate de chaux. Ils présentent généralement une surface mamelonnée, grenue, et on leur donne pour cette raison le nom de calculs muraux; ils sont très-durs, d'une couleur brun foncé ou noirâtre.,, due à un mélange de matière colorante du sang plus ou moins altérée; cet pendant il existe aussi de petits calculs d'oxalate de chaux d'une teinte pâle, et dont la forme ressemble à celle des graines de chènevis.
3° Calculs composés de phosphate ammoniaco-magnésien et de phosphate de chaux. Ils sont de couleur blanche ou grise, de forme ronde ou ovale, d'un' poids assez faible et d'une consistance grumeleuse ou crayeuse.
U° Les calculs composés de cystine sont rares; ils ont ordinairement une couleur blanc jaune et une surface lisse, rarement bosselée.
5° Les calculs composés de xanthine sont encore plus rares que les calculs de cystine; ils sont très-durs, d'une couleur jaune-rouge et leur surface est ordinairement polie.
6° Très-souvent on trouve des calculs formés de plusieurs couches de cornposition différente. Quelquefois l'acide urique forme le noyau, l'oxalate de chaux l'enveloppe ; il est rare que l'inverse ait lieu. Le plus souvent on voit de ces calculs stratifiés dont le noyau est formé d'urate ou d'oxalate de chaux et la coque de phosphates, ou bien d'autres sur lesquels ces deux espèces de substances se sont déposées par couches successives et alternant entre elles.
Les calculs sont souvent libres dans la vessie et changent de place selon la position prise par le corps; quelquefois ils sont fixés dans des évasements et des diverticulums de la paroi vésicale. La muqueuse vésicale présente les altérations du catarrhe ou de l'ulcération catarrhale. La musculeuse est le plus souvent hypertrophiée; toutefois ces phénomènes peuvent faire défaut quand les concrétions sont polies et légères.