CONCRÉTIONS PIERREUSES DANS LA VESSIE
g 3. Symptômes et marche.
Quelquefois, mais non souvent, il arrive que les malades atteints de calculs vésicaux sentent distinctement dans leur vessie la pre'sence d'un corps étranger qui change de place à mesure qu'ils changent eux-mêmes de position. Un symptôme plus important et plus constant c'est une douleur dans la région de la vessie, douleur qui augmente quand les individus se tiennent debout, quand ils marchent, vont à cheval ou en voiture, et diminue dans le décubitus dorsal. Les douleurs descendent le long du pénis jusque dans le gland et poussent surtout les enfants à se tirailler le prépuce, ce qui fait que chez eux un gonflement œdémateux du prépuce et une longueur anormale de la verge constituent des signes, sinon caractéristiques, au moins très-suspects d'un calcul vésical. Pendant la miction le jet est souvent brusquement interrompu, le calcul venant se placer au-devant du col de la vessie; si le malade change alors de position, il peut souvent uriner de nouveau. Dans les cas même où les premières quantités d'urine sont émises facilement et sans douleur, les plus vives souffrances accompagnent ordinairement la fin de la miction. A ces douleurs s'en joignent d'autres dans les testicules, dans les cuisses et dans la région rénale, des contractions spasmodiques de l'anus et même des phénomènes réflexes généraux. Toutefois tous ces symptômes, aussi bien que le catarrhe vésical et l'hématurie survenant de temps en temps ne suffisent nullement pour le diagnostic, et l'on doit s'imposer la règle de ne se prononcer définitivement qu'après avoir acquis une certitude absolue au moyen de la sonde.
§ h. Traitement.
La possibilité de dissoudre au moyen de remèdes internes des calculs d'un certain volume est admise en théorie, mais jusqu'à présent un succès de ce genre reste encore à prouver. Selon la composition chimique des calculs vésicaux on a préconisé des médicaments destinés à rendre l'urine alcaline ou à augmenter sa réaction acide. Le premier de ces deux buts est, comme on sait, plus facile à atteindre que le dernier, attendu que les carbonates alcalins et les sels alcalins formés par des acides végétaux et introduits dans le corps, sont toujours rendus avec les urines à l'état de carbonates, tandis que très-difficilement on parvient à augmenter l'acidité de l'urine. L'administration de l'acide benzoïque, qui passe dans l'urine sous forme d'acide hippurique peut se justifier théoriquement lorsqu'il s'agit de dissoudre des calculs composés de phosphates. Cependant l'usage longtemps continué de
ce médicament, pris à haute dose, est défendu par l'action fâcheuse que l'acide benzoïque exerce sur l'appareil digestif. L'emploi de l'acide tartrique et de l'acide citrique pourrait également exercer une action favorable sur la dissolution des calculs composés de phosphates. Cependant ces médicaments i noffensifs, du reste, n'ont trouvé aucun accès dans la pratique et on a l'habitude, après avoir diagnostiqué la présence de calculs dans les voies urinaires, d'administrer, sans se préoccuper de leur composition chimique, des carbonates alcalins et d'envoyer les malades aisés à Vichy ou à Carlsbad, ces eaux jouissant d'une réputation universelle contre la lithiase. Peut-être l'effet favorable de cette médication dépend-il de l'influence qu'elle exerce sur le catarrhe des voies urinaires, cette cause essentielle de la lithiase. D'après la théorie de Meckel, l'ingestion de carbonates alcalins ou de sels alcalins formés par des acides végétaux serait indiquée pour la raison que par là l'urine serait rendue alcaline et que le métamorphisme des calculs formés d'oxalate de chaux et d'acide urique, se transformant en phosphates plus mous et d'une] désagrégation plus facile, serait ainsi favorisé. — Quoi qu'il en soit, pour le moment, les praticiens feront très-bien de s'en tenir à la médication ancienne et de ne pas fonder de nouveaux modes de traitement sur des raisonnements faits a priori. Outre les carbonates alcalins, et le phosphate de soude basique, dont on administre environ 8 grammes dans la journée, on recommande depuis un certain temps le carbonate de lithine auquel on accorde une efficacité toute particulière contre la lithiase. Je n'attacherais aucune importance à cette recommandation, si elle ne se fondait que sur ce raisonnement théorique, que le pouvoir de dissoudre l'acide urique est pour le carbonate de lithine environ six fois plus grand que pour le bicarbonate de soude. Mais comme, abstraction faite de ce raisonnement, nous possédons des observations publiées par des médecins dignes de foi qui parlent en faveur de ce remède après l'avoir essayé au lit du malade, je crois devoir donner le conseil de continuer ces expériences et d'administrer le carbonate de lithine à la dose de 5 à 25 centigr., répétée trois fois par jour. Rien n'empêche de faire boire en même temps de l'eau de Wildungen, de Vichy ou de Carlsbad.
Nous avons exposé précédemment le traitement du catarrhe et des hémorrhagies de la vessie, que les calculs vésicaux occasionnent assez souvent. Les opérations que réclament les calculs vésicaux sont du domaine de la chirurgie.