CHAPITRE PREMIER Inflammation des ovaires. — Ovarïte. — Oophorite
§ 1. Pathogénie et étiolo&ie.
Les follicules de Graaf, le stroma des ovaires et leur enveloppe séreuse peuvent devenir le siège de troubles inflammatoires. Les deux premières formes conduisent quelquefois à la fonte suppurée du parenchyme, la dernière laisse presque toujours à sa suite des épaississements de l'enveloppe séreuse et des adhérences de l'ovaire avec les organes voisins.
L'accouchement avec ses conséquences donne le plus souvent lieu au développement de l'ovarite; mais comme nous excluons de cette section les maladies déterminées par la grossesse, l'accouchement et l'état puerpéral, nous passerons également sous silence l'ovarite puerpérale. En dehors des couches, la maladie en question semble se présenter de préférence à l'époque où l'ovaire est déjà naturellement hypérémié et est devenu le siège d'une lésion physiologique à la suite de la rupture d'une vésicule de Graaf. Des influences nuisibles qui agissent sur le corps à l'époque de la menstruation : les refroidissements, les pieds mouillés, le coït exercé pendant la menstruation, sont les causes occasionnelles les plus connues de l'ovarite non puerpérale. Une première invasion de la maladie semble prédisposer aux récidives.
§ 2. Anatomie pathologique.
L'ovarite n'atteint jamais qu'un ovaire. — Si l'inflammation part des follicules, on trouve une, plus rarement deux ou plusieurs vésicules de Graaf, dilatées jusqu'à la grosseur d'un pois ou d'une cerise, remplies d'un exsudât le plus souvent mêlé de sang et leur enveloppe extérieure rougie par une injection capillaire. L'ovaire n'est le plus souvent que peu augmenté de volume, le stroma est dans son état normal sauf un léger œdème; l'enveloppe séreuse prend ordinairement part à l'inflammation. Dans la plupart des cas la maladie suit une marche favorable : l' exsudât est résorbé et le follicule s'atrophie; dans d'autres cas il se transforme en un kyste séreux et exceptionnellement il suppure et donne lieu à un abcès. — Si l'inflammation a son point de départ dans le stroma de l'ovaire, la maladie se borne ordinairement à une hypérémie considérable, à un œdème inflammatoire et à une végétation du tissu conjonctif, végétation qui conduit plus tard à l'induration et au ratatinement de l'ovaire. Kiwisch n'a observé cette rare terminaison de l'ovarite non puerpérale que dans deux cas. — L'inflammation de l'enveloppe péritonéate est tantôt primitive, tantôt elle vient s'ajouter secondairement à l'inflammation du parenchyme. Dans les cas récents, un exsudât peu abondant, riche en fibrine, couvre ordinairement l'ovaire et l'agglutine légèrement avec les parties voisines, surtout avec les ligaments larges et les trompes, dont le revêtement péritonéal participe habituellement à l'inflammation. Plus tard il se forme facilement des adhérences solides entre les parties indiquées par des membranes et des filaments fibreux, qui enlacent et enveloppent souvent d'une manière solide l'ovaire et l'ouverture de la trompe. Ce n'est qu'exceptionnellement que l'ovarite péritonéale donne lieu à un exsudât abondant, il se forme alors des foyers enkystés dans le petit bassin.
§ 3. Symptômes et marche.
Les symptômes d'une péritonite partielle, qui a son siège dans la région de l'un ou de l'autre ovaire, sont les seuls signes par lesquels se trahit ordinairement l'ovarite. Si l'enveloppe péritonéale de l'ovaire ne prend pas part à l'inflammation, la maladie reste presque toujours latente. L'ovaire est situé si profondément dans le petit bassin, il est si complètement couvert d'anses intestinales, qu'une pression, exercée au-dessus de la symphyse et dirigée en bas, ne peut agir sur l'ovaire que lorsque les parois abdominales sont très-flasques et extensibles. Il est donc important qu'on examine par les culs-de-sac du vagin, si réellement l'ovaire est le point de départ de la
INFLAMMATION DES OVAIRES, OVARITE, OOPHORITE. 119
douleur. Quelquefois on réussit aussi à atteindre l'ovaire malade par le rectum. Les données étiologiques peuvent également aider au diagnostic. Si l'on observe les symptômes décrits chez une malade qui s'était exposée pendant la menstruation à des refroidissements ou à d'autres causes morbifiques et, à plus forte raison, si ces symptômes sont accompagnés d'une cessation subite de l'écoulement menstruel, il est plus rationnel d'admettre que la péritonite partielle a son point de départ dans l'ovaire, que de supposer qu'elle dépend de la maladie d'un autre organe revêtu par le péritoine. La propagation de l'inflammation à des organes voisins peut modifier le tableau de la maladie. Des écoulements purulents, sanguins ou séro-sanguinolents de la matrice, des douleurs en urinant et en allant à la selle, des douleurs névralgiques ou une sensation d'engourdissement dans l'extrémité correspondante peuvent accompagner l'ovarite, tandis que dans d'autres cas ces phénomènes font défaut. — Ce. n'est qu'exceptionnellement que l'ovarite s'accompagne de fièvre. — La marche de la maladie varie beaucoup. Dans les cas favorables, les symptômes disparaissent au bout de quelques jours sans laisser de trace. Probablement c'est une pareille ovarite légère à marche rapide et à terminaison favorable qui est la cause de cet ensemble de symptômes qu'on désigne ordinairement par le nom de colique des prostituées, colica scortorum; au moins j'ai observé à différentes reprises chez des filles suspectes, des douleurs violentes dans la région inférieure de l'abdomen, qui semblaient avoir leur point de départ dans les ovaires, augmentaient sous une pression légère et disparaissaient rapidement à la suite d'une application de sangsues. Si la maladie traîne en longueur, si elle conduit à des adhérences de l'ovaire avec des organes voisins et à l'épaississement de l'enveloppe péritonéale, on voit assez souvent les signes de l'ovarite se répéter pendant longtemps d'une manière périodique, surtout au début des règles. On comprend que la rupture d'une vésicule de Graaf, qui dans les conditions normales déjà est accompagnée de symptômes ressemblant à ceux de l'inflammation, puisse souvent se compliquer d'une véritable inflammation dans les conditions pathologiques que nous venons de décrire. Je connais une dame qui a traversé heureusement, il y a plus de dix ans, une violente ovarite sous la direction d'un gynéeologiste célèbre et qui depuis cette époque est atteinte plusieurs fois par an de récidives de cette maladie. — Les exsudations abondantes pendant l'ovarite péritonéale etlaper« foratiOD des abcès dans les formes parenchymateuses peuvent donner lieu aux épanchements enkystés du petit bassin, décrits plus haut, ou même à une péritonite diffuse à marche suraiguë et à terminaison mortelle.
h. Traitement.
En cas d'ovarite aiguë, on appliquera 10 à 15 sangsues à la région inguinale, ou une quantité plus petite au col de la matrice, lorsque les circonstances le permettent. Les cataplasmes et les bains tièdes aident à l'action de ce moyen. On doit également provoquer des selles abondantes; cependant on évitera les drastiques énergiques et l'on se bornera à prescrire de l'huile de ricin et des lavements. On peut se passer du calomel et de l'onguent mercuriel dans le traitement de Lovante. Si la maladie traîne en longueur, il faut revenir de temps en temps aux émissions sanguines. L'emploi systématique des bains salins et l'usage interne des préparations iodées et des eaux minérales iodées semblent également être très-utiles dans cescas.
CjHAPITRE II.
Formation «le Kystes dans les ovaires. — Hydropisie de l'ovaire.
§ 1. Patiiogénie et étiologie.
La plupart des kystes de l'ovaire sont dus à l'a dégênération des follicules de Graaf; ces derniers se dilatent par l'accumulation d'une quantité considérable d'un liquide séreux et leurs parois s'épaississent, et selon le degré de ces modifications, il se forme des kystes plus ou moins grands et plus ou moins résistants. Pour certains cas, il est probable (chap. t) que l'inflammation d'un follicule, en rendant la paroi plus épaisse et en s'opposant ainsi à sa rupture, est la cause occasionnelle de la dilatation hydropique. Dans la plupart des cas, l'origine inflammatoire de la dégénération ne peut pas être constatée. Une théorie très-séduisante a été donnée par Scanzoni; d'après cet auteur,, l'hydropisie des vésicules de Graaf est due quelquefois à cette circonstance « que les congestions menstruelles des ovaires n'atteignent pas le degré nécessaire à la rupture de la paroi du follicule, mais qu'elles sont suffisantes cependant pour donner lieu à une augmentation de la sécrétion et à son accumulation dans la cavité du follicule; la paroi de ce dernier s'épaissit peu à peu et les vaisseaux de nouvelle formation qui se trouvent à l'intérieur de la cavité produisent une augmentation continue de la sécrétion. » La forme de kyste ovarique en question se rencontre à tout âge, mais elle est très-rare avant l'âge de la puberté. Les cas observés pendant la vieillesse, ne semblent pas s'être développés à cet âge, mais proviennent plutôt d'une période antérieure.