‹ Traité de pathologie interne et de thérapeutiqueChapitre 5 sur 247 · CHAPITRE IV Maladie de Kright chronique (néphrite parenchymateuse · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV Maladie de Kright chronique (néphrite parenchymateuse

§ 1. Pathogénie et étiologie.

Dans la néphrite parenchymateuse, les cellules épithéliales des canali- Cules urinifères présentent les modifications qu'à plusieurs reprises déjà nous avons désignées comme caractéristiques des inflammations parenchymateuses. Elles se gonflent d'abord considérablement par l'absorption d'une substance albumineuse, puis leur contenu subit une métamorphose graisseuse, à la suite de laquelle les cellules épithéliales sont transformées peu à peu en cellules granulo-graisseuses ; enfin leur enveloppe disparait et des gouttelettes de graisse libres se répandent dans les canalicules urinifères. Telles sont les modifications essentielles que subissent les reins; cependant, dans la plupart des cas, on observe simultanément des exsudats coagulables dans les canalicules et, souvent, des végétations du tissu conjonctif interstitiel des reins. L'atrophie qui se montre plus tard dans ces organes est la terminaison naturelle et nécessaire des processus inflammatoires que nous venons de décrire.

La néphrite parenchymateuse est une maladie très-fréquente. L'enfance est beaucoup moins prédisposée à cette affection que l'âge adulte. Les hommes en sont atteints un peu plus souvent que les femmes, les individus faibles et épuisés plus facilement que les hommes robustes. Dans la classe pauvre, on la rencontre plus souvent que dans la classe aisée, sans doute parce que la première est plus exposée aux causes morbifiques qui la provoquent.

Parmi les causes déterminantes, une des plus importantes est :

1° L'influence passagère et bien plus encore l'influence continue du froid et de l'humidité sur la peau. C'est là ce qui explique la grande fréquence de celle maladie en Angleterre, en Hollande, en Suède, de même que sur les cotes d'Allemagne, et non-seulement sur les côtes de la mer du Nord, comme l'admet Frerichs, mais aussi sur celles de la mer Baltique. — Dans la clinique de Greifswald où Le nombre des lits n'est pas très-considérable; ou

NIEMEVER. "■ 2

observe constamment quelques cas de maladie de Bright. — Une cause peu fréquente et même contestable, c'est :

2° Uabus des diurétiques irritants et l'administration inconsidérée du 'poivre cubébe et du baume de copahu.

3° Par contre, l'abus des spiritueux joue incontestablement un rôle trèsimportant dans l'étiologie de cette affection au point que chez les buveurs la maladie de Bright se rencontre presque aussi fréquemment que la cirrhose du foie. Nous ne pouvons pas donner l'explication physiologique de cette influence des boissons alcooliques. Cependant, d'après les recherches modernes, on sait que l'alcool absorbé n'est pas complètement brûlé dans le sang, comme on le croyait autrefois, mais qu'en partie au moins il sort de l'organisme sans avoir éprouvé de modification, principalement avec l'urine ; il n'est donc pas possible que le développement de la néphrite parenchymateuse à la suite de l'abus des spiritueux soit dû à une influence locale de l'alcool, et que cette action soit semblable à celle que nous avons indiquée en parlant de la cirrrhose du foie.

k° Très-souvent la néphrite parenchymateuse s'ajoute aux suppurations de longue durée, à la carie et à la nécrose des os, et les salles de chirurgie des hôpitaux fournissent un riche contingent à la maladie en question, quoique ces dernières causes conduisent tout aussi souvent, si ce n'est plus souvent, à la dégénérescence amyloïde des reins. (Voy. chap. VI.) Les rapports de causalité qui existent entre ces maladie débilitantes et la dégénérescence des reins nous sont également inconnus ; cependant dans de pareils états cachectiques, nous voyons tellement souvent survenir des processus inflammatoires dans les organes les plus divers, qu'on peut se demander si entre la néphrite et ces états morbides il existe des liens plus étroits qu'entre la pneumonie, la pleurésie, la péricardite, la péritonite, etc., et ces mêmes états.

5° Enfin la néphrite parenchymateuse s'observe assez fréquemment dans les dyscrasies : la goutte, le rachitisme, la scrofulose, la syphilis, la cachexie paludéenne, maladies dans lesquelles, du reste, on observe également, outre la dégénérescence inflammatoire, la dégénérescence lardacée des reins, dont il sera question plus tard, — Je pense avec Traube que de simples hypérémies passives, suite de maladies du cœur, etc., ne peuvent pas donner lieu par elles seules à des inflammations rénales et je crois que dans le temps on a souvent confondu ces dernières lésions avec les processus décrits dans le chapitre premier. De même je ne puis pas compter la grossesse parmi les causes éloignées de la néphrite parenchymateuse. L'albuminurie qu'on observe si fréquemment chez les femmes enceintes dépend généralement, non d'une inflammation, mais de la dégénérescence parenchymateuse des reins, maladie dont nous nous occuperons au chapitre VIL

Page 1