‹ Traité de pathologie interne et de thérapeutiqueChapitre 61 sur 247 · ANOMALIES DE LA MENSTRUATION · texte numérisé non relu

ANOMALIES DE LA MENSTRUATION

gogues quand toutes les probabilités parlent en faveur de la dernière de ces deux conditions. Lorsque des signes de congestion vers le bassin, le gonflement des seins, une augmentation de l'écoulement muqueux par les parties génitales semblent prouver qu'il se détache un ovule et que la muqueuse utérine se trouve dans un état d'hypérémie, il est très-désirable à la vérité que l'hypérémie soit portée à un degré tel, qu'il en résulte une rupture vasculaire, car une hypérémie sans perte de sang peut faire naître des modifications dans la muqueuse et dans le parenchyme de l'utérus, accidents que l'on évite en provoquant un écoulement sanguin. Les emménagogues les plus efficaces sont la douche utérine chaude, la scarification de l'orifice utérin et l'application de sangsues sur cet orifice. Si l'intégrité de l'hymen défend l'emploi de ces moyens, on fait bien d'appliquer des ventouses scarifiées à la face interne des cuisses et d'ordonner des bains de siège ou des bains de pieds chauds et irritants. Parmi les emménagogues pris à l'intérieur, il n'y a, d'après les observations de Scanzoni, que l'aloès, la sabine et le seigle ergoté qui méritent d'être employés; cependant Scanzoni conseille avec raison de ne jamais les prescrire dans les cas où des phénomènes congestifs ou inflammatoires existent dans les organes du bassin.

Nous avons cité au nombre des symptômes de plusieurs maladies de structure et néoplasme de l'utérus les ménorrhagies, c'est-à-dire les hémorrhagies menstruelles trop abondantes. Cependant elles s'observent aussi en dehors de tout trouble appréciable de la nutrition, dans le cours des maladies du cœur, du poumon, etc., parle seul fait de l'obstacle à la déplétion des veines utérines, comme aussi sous' l'influence des fluxions que provoquent l'irritation de l'utérus par des excès vénériens ou seulement les excitations voluptueuses. Dans les cas les plus rares, les ménorrhagies dépendent d'une diathèse hémorrhagique et ne sont alors qu'une manifestation du scorbut, du purpura hœmorrhagica, de maladies infectieuses aiguës, par exemple, de la variole hémorrhagique, de la rougeole hémorrhagique, de la fièvre typhoïde, etc. Quand les ménorrhagies proviennent d'un obstacle au départ ou d'un afflux exagéré du sang des vaisseaux utérins, elles sont généralement précédées de prodromes analogues à ceux qui précèdent la menstruation normale, mais plus violents qu'eux. Le sang s'échappe en partie à l'état liquide, une autre partie se coagule dans le vagin et forme des cailiots sans forme déterminée ; plus rarement il se coagule même à l'intérieur de la matrice et y produit les polypes dits fibrineux, tels qu'on les rencontre très-fréquemment à la suite d'un avortement. Les malades pléthoriques supportent souvent sans aucun dommage les pertes de sang les plus abondantes; chez les individus déjà anémiques auparavant la perle desang est suivie des phénomènes d'une anémie exagérée. Pour le traitement des ménorrhagies, il faut avoir surtout en vue la maladie première. Une application de sangsues au col de La matrice, répétée de temps à autre pro-

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duit Souvent un effet surprenant contre les ménorrhagies qui dépendent d'inflammations chroniques de la matrice. Il importe, dès que la perte de sang devient abondante et menace de consumer les forces, qu'on préserve les malades de toute fatigue physique et de toute excitation morale ; le mieux c'est de les faire rester tranquillement couchées sur le dos pendant toute la durée des règles. En même, temps on leur défendra les aliments et les boissons qui échauffent et on leur prescrira des acides minéraux et végétaux. Il est bien rare que l'on soit forcé d'en venir aux applications d'eau froide ou de glace, ou de s'adresser même aux styptiques. Cependant on a vu dans quelques cas l'hémorrhagie mettre la vie en danger et alors il n'y a pas d'autre moyen que d'intervenir énergiquement et d'injecter au besoin de fortes solutions de perchlorure de fer dans l'utérus.

Par dysménorrhée ou menstruation difficile, on entend l'anomalie menstruelle dans laquelle, avant le commencement de l'hémorrhagie et pendant sa durée, les malades accusent de vives souffrances. Nous avons appris à connaître la dysménorrhée comme un symptôme des flexions et d'autres maladies de la matrice, mais elle se rencontre également en dehors de toute maladie de structure apparente de l'utérus et on peut en distinguer deux formes, la forme nerveuse et la forme congestive. La première s'observe chez les femmes atteintes d'une excitabilité morbide du système nerveux. Le sentiment de tristesse qui, chez la plupart des femmes, précède l'arrivée des règles atteint chez elles un degré extraordinaire, il en est de même des douleurs dans le sacrum et dans les cuisses qui accompagnent également chez beaucoup de femmes la menstruation ordinaire. L'excilation exagérée des nerfs sensibles de l'utérus se transmet souvent à d'autres trajets nerveux et de cette manière naissent des névralgies d'organes éloignés, des affections spasmodiques, etc. Ces symptômes n'existent le plus souvent que le premier jour de la menstruation et disparaissent complètement le second ou le troisième jour, et cet état de choses devient souvent si régulier, que bien des femmes ne savent pas plus loin que d'avoir à passer au lit le premier jour de chaque époque, menstruelle. Dans d'autres cas, les souffrances durent aussi longtemps que la menstruation elle-même. Il n'est pas improbable que dans quelques-uns des cas cités en premier lieu les douleurs dépendent en partie d'une occlusion spasmodique de l'orifice utérin et des contractions de la matrice analogue aux douleurs de l'enfantement. — Dans la forme congestive de la dysménorrhée, le commencement de l'hémorrhagie est précédé des signes d'une congestion extraordinaire vers les organes du bassin, souvent aussi d'une activité plus grande du cœur, d'un afflux de sang plus considérable vers la tête et d'un état fébrile. Tous ces accidents ne se calment qu'après une perte de sang abondante, qui peut arriver le premier, le second ou le troisième jour. Cette forme est loin de se rencontrer exclusivement chez les femmes pléthoriques et n'est rien

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moins que rare chez les femmes faibles et anémiques. 11 est difficile de décider si, dans ces cas, il arrive quelquefois que la déhiscence d'une vésicule de Graaf, située dans la profondeur de l'ovaire ou recouverte d'une partie calleuse et épaissie du péritoine, se fait avec trop de difficulté et entretient ainsi trop longtemps l'hypérémie des organes du bassin ou la rend particulièrement intense. — Des congestions très-violentes de la matrice sont quelquefois suivies du dépôt d'un exsudât entre la muqueuse et le parenchyme utérin; cet exsudât peut détacher la muqueuse par lambeaux plus ou moins grands qui sont chassés de la cavité de l'organe. — Contre la dysménorrhée nerveuse il y a lieu d'employer, indépendamment du traitement de la maladie principale, des narcotiques tant à l'intérieur que sous forme de lavements. Dans la forme congestive, il vaut mieux recourir aux sangsues ; il est rare que l'on soit dans le cas de faire une saignée que dans ces conditions on avait autrefois l'habitude de pratiquer au pied.

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