‹ Traité de pathologie interne (volume 2)Chapitre 30 sur 47 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

GENÈSE ET ÉTIOLOGIE.

Le poison générateur de la fièvre jaune (1), n’est pas mieux connu que celui du choléra; tout démontre qu’il est de nature animale, que son origine primitive est tellurique, mais nous ne pouvons aller au delà de ces deux affirmations. Ce poison ne peut naîlre indifféremment en

(1) Les conversations que j*ai eues à Rio de Janeiro avec mon éminent confrère et ami le docteur Nægeli, les notes qu’il a bien voulu me communiquer m’ont été d’un grand secours pour la rédaction de ce chapitre, et je suis heureux de lui témoigner publiquement ma reconnaissance pour l’empressement avec lequel il a mis à ma disposition les fruits de son expérience, aussi vaste qu’éclairée. Les renseignements instructifs de mon digne ami J. Baptista dos Santos, les faits que j’ai vus m’ont été également trèsutiles.

Synonymie : typhus icterodes (Sauvages); — typhus d’Amérique, typhus amaril (Rochoux); — vomito negro ; — vomito prieto; — black vomit fever; — fièvre matelote, — chapetonnade ; — coup de barre; — fièvre de Siam.

Raymond-Breton, Dictionnaire caraïbe. Auxerre, 1655. — Dutertre, Hist. yen. des Antilles françaises. Paris, 1667. — Rochefort, Hist. nat. et morale des îles Antilles. Lyon, 1667. — Maiuttrik, De febre Indice occidentalis maligna flava. Edinb., 1766. — Desportes, Hist. des maladies de Saint-Domingue. Paris, 1770. — Curtin, De febre flava

FIÈVRE JAUNE

tous lieux, il est confiné, au point de vue de sa genèse, dans certaines contrées où la maladie est endémique, et où elle prend spontanément, à intervalles plus ou moins rapprochés, le caractère épidémique. Ces contrées qui sont la patrie de la fièvre jaune, au même titre que le delta du Gange est le berceau du choléra, présentent en commun certaines conditions climatériques dont l’influence sur le développement du poison

americana. Edinb , 1781. — Schotte, Beschreibung eines ansteckenden schwarzgalligten Faulfiebers in Sénégal. Stendal, 1786. — Jackson, A treatise on tlie fevers of Jamaica. London, 1791. — Rush, Account of the bihous remitting yellow fever as it appeared in the city of Philadelphia in the year 1793. Philadelphia, 179-1. — Ouvrière, On the Yellow fever. Philad., 1796. — M’Lean, lnquiry into the nature and causes of the great mortality among the troops of St. Domingo. London, 1797. — Lee, A short account of an épidémie Yellow fever (Medical Repository, 1798). — Lemprière, Obs. on the diseases of the army in Jama'ica. London, 1799. — Van Marle, De febre flava Indice occidentalis. Marburg, 1799, — Webster, Brief history of epiclemical and pestilential Diseases. Hartford, 1799.

Sir Gilbert Blane, Obs. on the diseases incident lo seamen. London, 1785.

Chisholm, Essay on the malignant pestilential fever. London, 1801. — Bertiie, Précis hist. de la maladie qui a régné dans V Andalousie en 1800. Montpellier, 1802. — Deyèze, Diss. sur la f. jaune qui a régné à Philadelphie en 1793. Paris, 1803. — Valentin, Traité de la f. jaune de l’Amérique. Paris, 1803. — Palloni, Oss. mecl. sulla malattia dominante in Livorno. Liv., 1801. — Arditi, Memoria sobre a febre amarella que ten reinada en Hespana e en Italia. Lissab., 1801. — Lavater, Bemerkungen iiber das gelbe Fieber. Zurich, 1801. — Pugnet, Mém. sur les f. de mauvais caractère du Levant et des Antilles. Lyon, 1801. — Tommasini, Sulla febbre di Livorno. Livorno, 1801. — Wildberg, Ueber das gelbe Fieber. Berlin, 1805. — Dalmas, Recherches hist. et méd. sur la f. jaune. Paris, 1805. — Arejula, Succincta descriptio febris epidemicœ Malagœ. Viennæ, 1805. — Gonzalez, Ueber das gelbe Fieber welches im Jahr 1800 in Cadix lierrschte. Berlin, 1805. — Kopp, Versuch einer Darstellung des gelben Fiebers. Frankfurt, 1805. — Salamanca, Observaciones medicas sobre la epidemia que affligo a esta ciudad de Malaga en el anno 1801. Malaga, 1805. — Wolfart, Das Wesen des gelben Fiebers und seine Beliandlungsart. Berlin, 1805. — Leblond, Obs. sur la f. jaune. Paris,

Fiedler, Ueber das gelbe Fieber. Tübingen, 1806. — Hess, Ideen über die Natur der Krankheit welche 1801 su Livorno geherrscht bat. Livorno, 1806. — Jackson, Obs. on the late épidémie disease at Gibraltar. London, 1806. — Tidyman, On the yellow fever of Cliarlestown (Salzburger mecl. cher. Zeit., 1806). — Kern, Essai sur la f. jaune des Antilles. Strasbourg, 1806. — Lefort, Mém. sur la f. jaune. Paris, 1809. — Plotzius, De typho icterode tropico. Rostockii, 1809. — Savaresi, De la f. jaune. Naples, 1809. — Balme, De œtiologia générale contagii pluribus morbis et preesertim pesti ac febn flavœ persœpe proprii. Londonii, 1809.

Bancroft, An essay on the disease called Yellow fever. London, 1811. — Mellado, Hist. de la epidemia paclecida en Cadiz el anno 1810. Madrid, 1819. — Hufeland, Das gelbe Fieber ( Dessen Journal, XX).

Moreau de Jonnès, Monogr. hist. et méd. de la f. jaune. Paris, 1820. — Audouard,

est par cela même démontrée; toutes appartiennent aux régions tropi. cales, et presque uniquement à l’hémisphère occidental; ce sont les Antilles; les côtes du golfe du Mexique jusqu’à l’embouchure de l’Orénoque au sud, jusqu’à la pointe de Floride au nord, et la côte de l’Atlantique jusqu’à Charleston, en passant par la Nouvelle-Orléans, les localités riveraines du Mississipi, Mobile et Savannah; — la côte occidentale de

Relat. hist. et mécl. de la f. jaune à Barcelone. Paris, 1821. — Waring, Rep. on tlie épidémie disease of 1820. Savannah, 1821. — Bahi, Relacion sobre la aparicion de la fiebre amarilla, etc. Mataro, Abadal, 1821. — Rochoux, Recherches sur la f. jaune. Paris, 1822. — Kéraudren, De la f. jaune observée aux Antilles et sur les vaisseaux du roi. Paris, 1823.— Bailly, François, Pariset, Hist. méd. de la f. jaune en Espagne. Paris, 1823. — Matthai, Untersuchungen über das gelbe Fieber. Hannover, 1827. — Chervin, Examen critique des preuves de contagion de la f. jaune. Paris, 1828. — Reider, Abhandlung über das gelbe Fieber. Wien, 1828.

Thévenot, Des maladies des Européens dans les pays chauds. Paris, 1810. — Strobell, An essay on Yellow fever. Charleston, 1810. — Louis, Mém. de la Soc. méd. d'obs., 1811. — Imray, Edinburgh med. and surg. Journ., 1810, 1815, 1818. — Kelly, Obs. on Yellow fever ( American Journ., XIV). — Copeland, Hœmorrliagic Pestilence in Diclionary of pract. Med., X, XI. — Bartlett, Hist. of the fevers of the United States. Philadelphia, 1817. — Bryson, Rep. on the climate and princ. diseases of the african station. London, 1817. — M’William, Rep, on the fever at Boa Vista. London, 1817. — Thomas, Traité prat. de la f. jaune. Paris, 1818. — Hastings, Lect. on Yellow fever. Philadelphia, 1818. — Pym, Obs. on Vomito negro or Yellow fever. London, 1818. — Kehoë, On the fever of the YVestcoast of Africa ( Dublin Journ. , 1818).

Blair. Some account on the last Yellow fever Epidémie of Dritish Guiana. London, 1850. — Drake, A systematic treatise on the interior valley of Norlh America. Cincinnati, 1850. — Pateiison, On the origin and nature of the Bulamor Yellow fever as it appeared in Bahia ( London med. Gaz., 1811). — Fenner, Report on the fevers of New- Orieans ( Edinb . med. and surg. Journ., 1851). — M’William, Some account of the Yellow fever Epidemy in Brazil (Med. Times and Gaz., 1851). — Baker, Même sujet ( Eodem loco). — Lallemant, Wiedererscheinen des gelben Fiebers in Rio de Janeiro ( Casper’s Wochen., 1851). — JÔRG, Darstellung des nachtheiligen Einflusses des Tropenclimas. Leipzig, 1851. — ICinlay, Remarks on the Yellow fever ( Monthly Journ. of med. sc., 1852). — Simons, An Essay on the Yellow fever (Edinb. med. and surg. Journ.,

1852) . — Dutroulau. F. jaune, sa spécificité (Arch. de méd., 1853). — Watson, Monthly Journ. of med. Sc., 1853. — Paton, The Lancet, 1853. — Wiblin, An account of Yellow fever (Tlie Lancet, 1853). — Nicholson, On Yellow fever, etc. (Med. Times and Gaz.,

1853) . — Furlonge, Remarks on the épidémie Yellow fever (The Lancet 1853). — Flügel, Bericht über das gelbe Fieber, welches im Jahre 1851 zu Paramaribo in Surinam geherrscht liât (Preuss. Vereins Zeit., 1851). — Lallemand, On the fever of Rio de Janeiro. New-Orléans, 1854. — La Roche, American Journal, 1853, 1851. — Bâche, On the pathology of Yellow fever (American Journ., 1851). — Wucherer, Schmidt’s Jahrbücher, XCVI, XCXIX. — Bennet Dowler, Tableau of the yellow fever of 1853. New-Orléans, 1851.

La Roche, Yellow fever considered in its historical, pathological, etiological and therapeutical relations. Philadelphia, 1855. — Archibald Smith, Rise and Progress

FIÈVRE JAUNE. 173

l’Afrique dans les régions de Sénégambie et de Sierra-Leone. Certes la fièvre jaune apparaît dans bien d’autres contrées appartenant aussi au groupe des tropicales, notamment au Brésil, soit au nord, soit au sud de l’embouchure de l’Amazone, dans les Etats-Unis, sur la côte occidentale de l’Amérique du Sud, aux îles du cap Vert, aux Canaries, dans l’ile de l’Ascension; mais dans toutes ces régions la maladie ne se montre que

of Yellow fever in Peru (Eclinb. med. and surg. Journ., 1855). — Bucley, Appearance and Progress of the Yellow fever at the Port of New-York in 1856 (New- Yorlc med. Times 1856). — Blair, Report of the recent Yellow fever Epidémie of Britisli Guiana. London, 1856. — Bryant, The American Journ. of med. Sc., 1856. — Dawson, Report of the cases of Yellow fever which hâve occurred in Cliarleston and on Sliipboard in the Harbour during the summer of 1856 (Cliarleston med. Journ., 1856). — Dumontier, Das gelbe Fieber in Süd-Amerika ( Virchow’ s Archiv, X, 1856). — Lallemant, Das gelbe Fieber. Breslau, 1857. — Chapuis, Monit. des hôp., 1857. — Coutinho, Gazeta medica de Lisboa, 1857. — Dutroulau, Mém. sur la f. jaune ( Bullet . Acad, méd., 1857). — Ballot, Epidémie de f. jaune à Saint-Pierre (Martinique) (Gaz. hebdom., 1858). — Rob. Maccoun, Account of the Yellow fever as it occurred on Board of the frigate « Susquehanna » ( Americ Journ. of med. Sc., 1858). — Lawson, Yellow fever Epidémie at New-Castle, Jamaica (Med. Times and Gaz., 1858). — Helm, Ueber die Gelbfieber-Epidemie zu Lissabon ( Zeitsch . Wiener Aerzte, 1858). — Graham Hildige, Eodem loco. — Guyon, Sur la f. jaune à Lisbonne. Paris, 1858. — Pinto Sequera, Sur les Iwp. provisoires de f. jaune établis à Lisbonne en 1857. Lisboa, 1858. — Lyons, Report on the épidémie of Yellow fever at Lisbon 1857. London, 1859. — Ricque, Thèse de Strasbourg, 1858. — Kinloch, Gaz. med. Paris, 1859. — Rorertson, Eodem loco. — Delafoux, Sur les thermoginoses intertropicales (Journ. des conn. méd.,

1859) . — Mercier, La f. jaune à la Nouvelle-Orléans (Gaz. hôp., 1859). — Alvarfnga, Sobre la febre amarilla. Lisboa, 1859.

Archambault, Sur quelques épidémies de f. jaune, thèse de Paris, 1860. — Schauenstein, Die Gelbfieberepidemie in Lissabon 1857 (Zeitsch. der Wiener Aerzte, 1860). — Groskery, On the fevers of the West Indies (Dublin quart. Journ., 1860). — Bennet Dowler, On the épidémie Yellow fever of Texas (New Orléans med. and surg. Journ.,

1860) . — Dutroulau, Traité des maladies des Européens dans les pays chauds. Paris, 1861. — Alvarenga, De la f. jaune à Lisbonne (trad. de Garnier). Paris, 1861. — Salyano Velazco, Du typhus d’Amérique tel qu'on l’observe dans la ville de Maracdibo, thèse de Paris, 1861. — Archibald Smith, On Yellow fever to the West-Indies and West-Coast of America (Brit med. Journ., 1861). — Bryson, On the récent introduction of Yellow fever Mo Port-Royal, Jamailta (Eodem loco). — Kinnear, Même sujet (Eodem loco). — Livingstone, On fever in llie Zambesi (The Lancet, 1861). — Gibbs, A report on épidémies and endemics (The North- American med. chir. Review, 1861). — Graves, Clinique médicale (Traduction annotée de Jaccoud). Paris, 1862. — Stamm, Nosoophtorie. Leipzig, 1862. — Buez, Sur l’épidémie de f. jaune à Vera-Cruz (Union méd., 1862). — Jourdanet, Prophylaxie de la f. jaune par des fièvres d’autre nature ( Eodem loco). — Slayter, Brit. med. Journ., 1862. — Archibald Smith, On the spotted hœmorrhagic Yellow fever of the Peruvian Andes (Eodem loco).

Mélier, Relation de la f. jaune survenue à Saint-Nazaire en 1861 (Gaz. hebdom., 1863).

comme épidémie importée, et la vraie patrie de la fièvre jaune est bornée aux trois zones indiquées, Antilles, golfe du Mexique, côte occidentale de l’Afrique. Il est digne de remarque que ces foyers de l’endémie sont dans toute leur étendue au nord de l’équateur; c’est donc à tort que le typhus amaril a été qualifié de maladie tropicale, car il faut alors limiter arbitrairement cette désignation à la partie septentrionale de

— Discussion sur ce sujet (Bullet. Acad, méd., 1863). — Delery, Epidémie de 1868 à la Nouvelle-Orléans (Gaz. hebd., 1863). — Dutroulau, F. jaune de Saint-Nazaire [Union méd., 1863). — J. Guérin, Même sujet (Gaz. méd. Paris, 1863). — Faget, Gaz. hebdom., 1863. — Maurize, F. jaune à la Nouvelle- Orléans (Gaz. hôp., 1863). — Saint-Vel, Épidémie de la Martinique de 1855 à 1857 (Gaz. hôp., 1863). — Del Busto, La F. jaune des Canaries (Union méd., 1863). — Cazalas, Sur la nature et le traitement de la f. jaune (Bullet. Acad, méd., 1863). — Dutroulau, Sur la f. jaune de Saint-Nazaire. Paris, 1863. — Crouillebois, L’Epid. de la f. jaune en 1862 à la Vera-Cruz (Bec. de mém. de méd. milit., 1863). — Senard, La F. jaune à bord du paquebot la Floride (Gaz. hebdom , 1863). — Charcot, In Pathologie de Requin, Paris, 1863. — Legris, Sur l'épidémie de f. jaune de 1862 à la Vera-Cruz. Montpellier, 1864.

Griesinger, Infectionskrankheiten in Virchow’s LIandbuch. Erlangen, 1864. — Padley, The Yellow fever in Swansea ( Brit . med. Journ., 1865). — Wilks, Two cases, etc. ( The Lancet, 1865).

Nicholson, Essag on Yellow fever. London, 1866. — Gibbs, American Journ. of med. Sc., 1866. — Anderson, Handbook for Yellow fever. London, 1866. — Smart, On the Yellow fever épidémies of Bermuda ( London epidem. Trans., 1865). — Conral, Relat. méd. de l’épid. de f. jaune obs. à bord du transport le Tarn. Montpellier, 1866. — Buchanan, Rep. on the outbreak of Yellow fever at Swansea. London, 1866. — Stone, On Yellow fever (New-York med. Rec., 1867). — Mackay, On the Yellow fever in the navy (The Lancet, 1867). — Heinemann, Von der mexikanischen Expédition (Arch. f. path. Anat., 1867). — Encognère, Sur sept cas de f. jaune survenus à bord du navire anglais Rienzi (Arch. de méd. nav., 1867). — Cornillac, Recherches chronologiques et hist. sur l’origine et la propagation de la f. jaune dans les Antilles. Paris, 1867. — Eysaguire, De la f. jaune. Paris, 1867. — Sciimidtlein, Das gelbe Fieber in Vera-Cruz 1865 (Arch. f. klin. Med., 1868). — Cédont, Epidémie de Corée en 1866 (Arch. de méd. nav., 1868). — Bernard, Etude sur la f. jaune. Montpellier, 1868. — Zertuche, Consid. théoriques et prat. sur la f. jaune. Montpellier, 1868. — Smith, On Yellow fever in Peru (Med. Times and Gaz., 1868). — Dunlop, On the cases of Yellow fever occurrïng on board the SS. Narva during the Cuba and Florida cable expédition (The Lancet, 1868). Kearney, The Yellow fever in Texas (Philad. med. and surg. Rep., 1868). — Thompson, The Yellow fever épidémie at Keg West (New-York med. Record., 1868). — Miller, Philad. med. and surg. Rep., 1868). — Report on épidémie choiera and yellow fever in the Army of the U. S. during the year 1867. Washington, 1868. — Velasquez, De la f. jaune, thèse de Paris, 1869. — Poggio, Il Siglo medico, 1869. — Report on the origin, progress and results of the epid. Yellow fever in the island of Jamaica in 1866 and 1867 (Army med. rep. for the year 1867). — Batby-Berquin, Sur la f. jaune de la Guadeloupe (Arch. de méd. nav., 1869). — Brolasky, Yellow fever in Peru [Philad. med. and surg. Rep., 1869). — Gauldrée-Boileau, Sur les récents tremblements de

FIÈVRE JAUNE

la région inter-tropicale; en fait la patrie de la fièvre jaune est comprise entre le 10° et le 32° degré de latitude nord.

Les eondîtions telluriques qui, dansjles régions à endémie, donnent naissance au poison sont totalement inconnues; on a accusé les marais, les émanations provenant de l’absence d’égoùts ou d’une canalisation défectueuse, l’accumulation des matières organiques (fécales) en décomposition

terre et sur une nouvelle apparition de la fièvre jaune au Pérou ( Compt . rend. Acad. Sc., 1869). — Da Silva, Yellow fever in tlie Cape Verde islands in the year 1868 (Med. Times and Gaz., 1869). — Sarrouille, De la f. jaune dans les possessions françaises de la Côte d'or, thèse de Paris, 1869. — Gonzalez, France méd., 1869.

Ullersperger, Nachrichten vom gelben Fieber ( Bayr . arztl. Intellig. Bl., 1870). — Larrey, Tableau de la f. jaune à Valence. Paris, 1870. — Chaillé, Tlie Yellow fever, etc. (New-Orleans Journ. of med., 1870). — Donnet, F. jaune de Port-Royal (Jamaïque) (Arch. de méd. nav., 1870). — Griffon du Bellay, F. jaune de la Guadeloupe (Eodem loco). — Nott, On the nat. history of Yellow fever ( New-York med. Rec., 1871). — Gapello, Nuevos estudios sobre la fiebre amarilla. Lima, 1871. — Ullersperger, Das gelbe Fieber in Valencla ( Deutsche Klinik, 1871). — Rothe, Memorabilien, 1871. — Munro, Yellow fever in St. Iütt’s ( Edinb . med. and surg. Journ., 1871). — Sullivan, On the Yellow fever observed at Havannain 1870 (Med. Times and Gaz , 1871). — Eulenberg, Das gelbe Fieber in Rio de Janeiro (Berlin, klin. Wochen., 1871). — Hiron, Yellow fever in the River Plate (Med. Times and Gaz., 1871). — Brocca, Examen du travail de Capell.o (Ann. univ. di med., 1872). — Scrivener, The rise and progress of Yellow fever in Buenos Ayres in 1871 (Med. Times and Gaz., 1872). — Hirsch, Ueber die Verbreitungsart von Gelbfieber (Viertelj. f. ôffentl. Gesundheitspflege, 1872). — Wucherer, Ueber die Austilgung des Gelbfiebers ( Württemb . med. Corresp. BL, 1872). — Bergholz, Die Fieber. Eine vergleichende Untersuchung über die Calentura, das gelbe Fieber, den Typhus, etc. Hamburg, 1872. — ■ Vanderpoel, The hist. of Yellow fever in the Spanisli war ship Numancia (New-York med. Rec., 1872).

Ullersperger, Deutsche Klinik, 1873. — Sternberg, Inquiry into the nature of Yellow fever poison, wilh an account of the disease as it occurred at Governor’s Island, New- York Harbour (Americ Journ. of med. Sc., 1873). — Jones, Notes on the Yellow fever of 1873 in New-Orleans (Boston med. and surg. Journ., 1873). — Heinemann, Bericht über die in Vera-Cruz wàhrend der letzten 6 Jahre beobachteten Krankheiten (Virchow' s Archiv, 1873). — Haenisch, Das gelbe Fieber, etc. (Arch. f. klin. Med., 1873). — Wilson, Obs. on the Yellow fever épidémie at Bermuda (The Lancet, 1873). — Byrd, Marsh, Philad. med. and surg. Rep., 1873. — Jones, Outlines of obs. and investigations on Yellow fever (Med. Times and Gaz., 1.873). — Saint-Vf.l, De quelques analogies entre le choléra et la f. jaune (Gaz. hebdom., 1873). — Torres Homem, Liçôes de Clinica sobre a febbre amarella. Rio de Janeiro, 1873.

Mallory, Account of the Yellow fever épidémie in Memphis, Tennessee (Americ Journ. of med. Sc., 1874). — Le Monnier, Même sujet (New-Orleans med. and surg. Journ., 1874). — Gazzo, The Yellow fever in Louisiana (Philad. med. and surg. Rep., 1874). — Report of the committee on the Yellow fever épidémie of 1873 at Shreveport, Louisla}ia. Shreveport, 1874. — Jones, Même sujet (Boston med. and surg. Journ., 1874). — Milroy, Yellow fever memoranda from Jamaïca (The Lancet, 1874). — Picard, Obs. sur l’épid. de

au voisinage des habitations, l’altération des masses de madrépores sur les côtes du Mexique et les grandes Antilles; mais toutes ces influences, bien certainement nocives, n’ont que la valeur de causes auxiliaires; elles peuvent rendre compte de la circonscription ou de l’extension de la maladie, mais ce ne sont point les causes génératrices du poison. D’une part, en effet, les contrées à endémie ne présentent pas toutes ces mauvaises con-

,f. jaune à Montevideo pendant l’année 1873 ( Bullet . Soc. des sc. méd. du Grand-Duché de Luxembourg, 1874). — Bérenger-Féraud, De la f. jaune au Sénégal. Paris, 1874.— Le même, De la f. bilieuse mélanurique des pays chauds comparée à la f. jaune. Paris, 1874. — Ramos Silva , Sur quelques points de l’hist. de la f. jaune (Gaz. hôp., 1814). — Barrallier, .Art. Fièvre jaune in Nouveau Dict. de méd. et chir. pratiques ; t. XIX. Paris, 1874.

ÉTIOLOGIE.

Legallois, Recherches sur la contagion de la f. jaune ( Journ . gèn. de méd., XXIV). — Balme, De aetiologia generali contagii pluribus morbis et prœsertim pesli ac febri flavæ persaepe proprii. Londonii, 1809. — Gillkrest, La f. jaune est-elle ou n’est-elle pas contagieuse (Bullet. Acad, méd., XLII). — Anonyme, Ueber Braziliennebst Beobacht. der Gelbfieber-Epidemie von 1849-1852. Hamburg, 1852. — Barton, The cause and prévention of Yellow fever. Philadelphia, 1855. — Cummins, An essay on the question of contagion in Yellow fever (Dublin Uosp. Gaz., 1855). — Senard, Documents officiels sur l’inoculation préventive de la f. jaune (Gaz. hebdom., 1855). — Beau, Rapport sur des cas de f. jaune importés à Brest en 1856 par la corvette de charge la Fortune (Bullet. Acad. Méd., 1857). — Petit, Même sujet (Abeille méd., 1857). — Ballot, Epidémie de St. Pierre (Gaz. hebdom., 1858). — Schnepp, De la transmissibilité et de l’importabilité de la f. jaune ( Union rnéd., 1858). — Chabassij, Sur l'étiologie et la thèrap. de la f. jaune (Union méd., 1863). — Guyon, Sur la nature de la f. jaune ( Compt . rend. Acad. Sc., 1864). — Murchison, On the etiological relation of Yellow fever (Brit. med. Journ., 1866). — Bell, On the cause, malignancy and persistance of Yellow fever aboard sliip ( London epulem. Transact., 1865). — Govin, Transmissibilité de la fièvre jaune (Arcli. de méd. nav., 1866). — Napiieggi, On the cause of Yellow fever (Philad. med. and surg. Rep., 1868). — Delente, Quelques consid. sur la contagion obs. dans le typhus et dans la f. jaune, thèse de Paris, 1869. — Ford, On the antagonism of Yellow fever to catarrh, pneumony and consumption (New-Orleans Journ. of med., 1869).

Ballot, Note à l’appui de la théorie du développement spontané de la f. jaune endémique dans les petites Antilles (Arch. de méd. nav., 1870). — Paterson, On the contagiousness of Yellow fever (Med. Times and Gaz., 1870). — Lota, De l’immunité des créoles à l’égard de la f. jaune, et des causes qui semblent la produire (Arch. de méd. nav., 1870). — Hirsch, Ueber die Verbreitungsart von Gelbfieber (Viertelj. f. offentl. Gesundheitspflege, 1872). — Roberts, Yellow fever, is it contagions? (New-York med. Record, 1872). — Wuciierer, Einige Bemerkungen über das Gelbfieber und seine Verbreitungsweise (Arch. f. klin. Med., 1873). — Von Pettenkofer, Ueber die Verschleppung und die Niclit-Contagiositat des Gelbfæbers (Viertelj. f. offentl. Gesundheitspflege,

FIÈVRE JAUNE. 177

ditions d’hygiène; d’autre part, on voit la fièvre jaune sévir uniquement à l’état épidémique, c’est-à-dire temporairement, dans des lieux où ces influences nuisibles existent en permanence.

Ces conditions, qui doivent entrer en ligne de compte pour l’interprétation des oscillations de l’endémie, sont sans valeur lorsqu’il s’agit de la genèse du poison lui-même. Il n’en est plus de même d’un certain nombre d'influences cosmiques qui ont une action directe sur le réveil et l’extension de la maladie dans les contrées où elle est endémique. En première ligne il faut signaler la chaleur, et particulièrement la persistance d’une température élevée, atteignant pendant le jour les chiffres de 32° à 36° centigrades ; le calme complet de l’atmosphère, F absence d'orages, sont encore des conditions favorables au développement de la maladie; la sécheresse qui succède à de grandes pluies n’est pas moins fâcheuse, sans doute en raison de l 'abaissement du niveau de Veau souterraine, et de la mise à nu des matériaux organiques antérieurement recouverts. Aussi, à la Vera-Cruz et aux Antilles, la fièvre jaune sévit surtout, mais non exclusivement, de mai en octobre; à la Nouvelle-Orléans, à Charleston, elle règne d’aoùt en novembre, de manière à mériter vraiment la qualification de maladie d’automne; et dans les points plus septentrionaux des États- Unis, elle survient après des étés d’une chaleur exceptionnelle qui rapprochent les conditions climatériques de la localité du climat tropical proprement dit (1). Malgré cette influence incontestable de la chaleur sur la genèse de la fièvre jaune, l’abaissement, même notable, de la température ne suffit pas pour couper court à l’épidémie une fois développée; on a cru longtemps que la chute du thermomètre aux environs de 4° centigrades est inconciliable avec la persistance de la maladie; c’est une erreur. Les observations de Fearn (de Mobile) montrent que la congélation complète du sol est nécessaire pour que l’épidémie prenne fin; Dowler, d’un autre côté, nous apprend qu’en 1853, dans plusieurs villes de la Louisiane supérieure où régnait la fièvre jaune, il tomba de la gelée blanche, sans que la marche du mal fût modifiée; et au rapport de Fenner, quoiqu’il y eût cette même année une gelée assez forte le 31 octobre à Nouvelle-Orléans, on observa encore de nouveaux cas, pendant le mois de novembre, sur les

(1) Matthaei, — La Roche, — Zimpel, — Gilbert, — Moreau, — Hillary (Antilles), — Rapp (N. -Orléans), — Lining (Charleston), — Blair (Guyane), — Fellowes, — Bur-

NETT.

On a cherché à déterminer le minimum thermique compatible avec le développement de la fièvre jaune, et les observateurs sont unanimes pour le fixer entre 22, 2 et 25, 5 centigrades. Cette limite est d’une vérité presque absolue, car Hirsch nous apprend qu’il ne connaît à cette règle qu’une seule exception, c’est l’épidémie de George-Town dans la Guyane en 1852, dont le début a coïncidé, au rapport de Blair, avec un chiffre thermométrique de 19°, 8 C.

jaccoud. — Path. int.

append. — 12

individus qui rentraient de la campagne. — ■ Mais si le simple abaissement de la température aux degrés tempérés ou voisins du froid n’a point sur l’épidémie l’influence coercitive qui lui a été attribuée, la gelée et surtout la gelée portée jusqu’à congélation du sol a une action certaine, elle détruit le poison ou du moins elle en anéantit l’activité; c’est là une des preuves les plus positives de l’origine tellurique. Une autre est fournie par le développement de la maladie après les grands bouleversements du sol. — Certains faits démontrent que les variations brusques de la température augmentent l’extension et l’intensité de la fièvre jaune; ainsi dans l’épidémie de Norfolk en 1855, le mois de septembre fut remarquable par des alternatives réitérées de forte chaleur et de froid, et le nombre des malades et celui des morts subirent un accroissement notable (Bryant (1). — L’humidité n’a par elle-même aucune influence, c’est un point qui a été parfaitement établi par Hirsch, et l’on pouvait formuler à priori cette conclusion, puisque la saturation de l’air, l’élévation du point de rosée et la faiblesse des oscillations dans le degré hygrométrique sont des propriétés caractéristiques de tous les climats tropicaux, tandis que la fièvre jaune est confinée à l’état d’endémie dans une très-petite étendue de la région inter-tropicale. — Les vents, par les modifications qu’ils amènent dans la température et dans l’humidité de l’air, ont sur la maladie une action positive; ainsi dans la plus grande partie des Antilles, les vents du sud et du sud-ouest sont considérés comme dangereux, ceux du nord et de l’est, au contraire, comme tout à fait favorables; mais dans les villes américaines du golfe du Mexique, la situation est autre, et ce sont les vents d’est que l’expérience a signalés comme redoutables (2). Quoi qu’on en ait dit, il est peu probable que le vent ait par lui-même une influence purifiante qui puisse mettre fin à une épidémie; les faits favorables qu’on a pu citer (3) n’ont pas en réalité une bien grande valeur, puisqu’ils sont contre-balancés par un grand nombre de faits contraires, et puisqu’il est impossible de faire ici la part de l’abaissement de température, ce qui est pourtant nécessaire avant qu’on puisse affirmer l’action bienfaisante du vent par lui-même, en tant que courant atmosphérique.

A l’état endémique, la fièvre jaune est essentiellement et exclusivement une maladie des basses terres et du littoral; mais lorsqu’elle prend

(1) Sur l'influence de l’abaissement thermométrique, voyez : Keiuudren, — Bertulus,

— Drake, — Fearn (Mobile), — Fenner (Nouv.-Orléans), — Bryant, — Dowler (Louisiane).

(2) Hirsch, — Leblond, — Moreau, — Barton (Nouv.-Orléans), — Kelly (Mobile),

— Waring (Savannah).

(3) Hirsch, — Gros et Gerardin (N.-Orléans), — Archer (Norfolk), — Romay (la Havane), — Barclay (Saint-Thomas), — Thomas (N.-Orléans).

FIÈVRE JAUNE

un développement épidémique elle n’est point nécessairement limitée par une certaine altitude; on l’a cru longtemps, on a même tenté de fixer le maximum de hauteur que le mal peut atteindre ; mais les observations en se multipliant ont démontré l’impossibilité d’une pareille précision; l’élévation change selon les contrées, et dans une même contrée elle varie dans les diverses épidémies (1) ; il est bien vrai que l’altitude de 4000 pieds est une limite que la maladie n’a pas franchie jusqu’ici, le foyer épidémique le plus élevé étant de 3800 pieds (Newcastle dans la Jamaïque), mais on conviendra que du niveau de la mer à cette hauteur la distance est assez grande pour déjouer toutes les tentatives d’une limitation, qui dans les degrés intermédiaires ne peut être juste que pour une seule localité. Ce qui est constamment vrai, ce qu’il importe de retenir, c’est que la fièvre jaune ne s’élève au-dessus du littoral qu’à l’état d’épidémie importée, elle n’est nulle part endémique au-dessus de quelques centaines de pieds. Il est même quelques contrées privilégiées que leur altitude protège même contre la maladie importée, en ce sens que tout est borné aux cas isolés qui ont introduit la fièvre dans la localité; souvent même ces lieux épargnés ne sont qu’à une très-petite distance du foyer principal de l’épidémie; ainsi se passent les choses dans les épidémies de Rio de Janeiro pour les hauteurs de Tijuca et de Petropolis; de même au Pérou la maladie ne peut prendre pied que sur la bande étroite du littoral, et elle s’éteint avec ceux qui l’ont apportée sur les plateaux des Cordillères; de même à Ténériffe les basses terres seules fournissent à l’infection un sol favorable (2). Il convient de tenir compte de ces faits; mais, ainsi que je l’ai dit plus haut, on ne doit pas les transformer en une loi absolue de préservation pour les altitudes.

L’endémie présente encore une particularité qui la distingue, comme la précédente, de toutes les autres maladies infectieuses, et qui plaide fortement, comme cette dernière, en faveur de l’origine tellurique du poison, en montrant une circonscription rigoureuse du mal à certains points que rapprochent des conditions communes. Ce n’est point le littoral dans son ensemble qui est le berceau de la fièvre dans les pays à endémie, ce sont uniquement les ports de mer, et sur les grands fleuves navigables, les ports voisins de l’embouchure. Ce fait constitue une présomption, bien voisine d’une preuve, pour la doctrine qui attribue la genèse du poison morbigène à une décomposition de matières animales sous l’influence de certaines conditions climatériques déterminées; car les ports et les lieux d’atterrissage dans les contrées à endémie ont en commun une déplorable richesse en amas organiques de ce genre, et la

(1) Chomel, — Tulloch (Jamaïque), — Moreau, — Drake (Mexique), — Zimpell (Vénézuela), — Leblond (Nouvelle-Grenade), — Tschudi (Guayaquil).

(2) Vergoara (Ténériffe), — Lailemant, Nægeli (Rio de Janeiro).

réunion de toutes les influences nocives auxiliaires, la saleté, l’encombrement, la mauvaise hygiène, le désordre et les excès de tout genre. Mais de ces causes multiples la principale est positivement l’accumulation de matières animales; bien des faits le prouvent; en voici un récent qui est consigné dans les notes que m’a communiquées mon éminent confrère, le docteur Nægeli. En 1873, la fièvre jaune fut, par exception, transportée de Rio de Janeiro dans l’intérieur, et une épidémie locale se déve ■ loppa dans la petite ville de Commercio, sur les rives de la Parahyba; la maladie y avait été introduite par un employé de chemin de fer venant de Rio. Or, quoique les cas d’importation fussent assez nombreux dans diverses directions, c’est seulement dans cette ville que la fièvre prit pied, et toutes les maisons dans lesquelles il y eut des malades étaient situées au voisinage d’une place marécageuse, où les excréments des habitants et les produits des abattoirs étaient accumulés et abandonnés à la décomposition. — Cette localisation remarquable de la fièvre jaune dans les ports fournit un autre enseignement : elle démontre que, Y imprégnation du sol par l'eau, principalement (mais non exclusivement) par l’eau de mer, est une condition propice, sinon nécessaire pour la genèse du poison. C’est dans ce fait qu’il faut peut-être chercher l’origine de la théorie qui assimile le poison de la fièvre jaune à celui de la malaria; cette théorie est également démentie par la géographie et par la pathologie des deux maladies.

Ce n’est pas tout encore; une certaine condensation de la population est indispensable pour le maintien de l’endémie; elle n’existe que dans les localités qui ont plus de cinq à six mille habitants, et elle cesse à très-petite distance des villes populeuses qui en sont le foyer. Les exceptions sont trop peu nombreuses pour infirmer ce principe ; dans le nombre immense de documents qu’il a analysés, Hirsch n’a pu en relever qu’un nombre insignifiant, ayant trait à des plantations de coton travaillées par des nègres dans les États-Unis méridionaux, et à des cantonnements de troupes mal situés dans les Antilles.

Dans les pays à endémie, la fièvre jaune atteint surtout les étrangers nouvellement arrivés, et cela en raison directe de l’écart climatérique qui sépare les deux pays, et en raison inverse de la longueur de la traversée ; les individus originaires du nord de l’Europe, Norvégiens, Russes, Allemands, Hollandais, Anglais, sont frappés en plus grand nombre que les Italiens, les Espagnols et les Français. Ainsi au rapport de Rarton, dans l’épidémie de la Nouvelle-Orléans en 1853, sur mille individus nés dans la ville, le nombre des morts fut seulement de 3,58; sur le même chiffre d’habitants originaires des États méridionaux de l’Union, le nombre des décès fut de 13,2; mais il s’éleva à 32,44 pour les individus nés dans les États septentrionaux; à 132 pour les Allemands; à 220 pour les Autrichiens et les Suisses; à 328 enfin pour les Hollandais et les Relges. Les

conditions hygiéniques dans lesquelles se trouvent les nouveaux arrivés ont également une grande influence, cela va sans dire; le plus grand nombre de cas est toujours fourni par les émigrants, par les ouvriers que la misère a fait expatrier, et qui à l’arrivée se trouvent souvent, faute de travail, dans le dénùment le plus absolu. Mais quelque importante que soit cette donnée, elle est dominée par la considération de l’origine et de la durée de la résidence dans le pays infecté; en fait, l’immunité résultant de l’acclimatement est un des traits les plus remarquables de l’étiologie de la maladie. Mais il importe de préciser les caractères et les limites de cette immunité, car il y a là encore quelque chose de tout à fait spécial. Elle n’est acquise qu’aux habitants des régions à endémie; les indigènes du même pays, mais qui résident dans une localité où la fièvre jaune est inconnue, n’ont point le bénéfice de cette préservation, quand bien même les conditions climatériques de leur résidence sont de tous points semblables à celles des villes infectées; que les indigènes de l’intérieur arrivent dans les ports du littéral qui sont le foyer de la fièvre, et ils seront exposés à en ressentir les effets tout autant que les étrangers, à celte réserve près que leur climat d’origine étant moins différent du climat de l’endémie, ils sont frappés avec moins de violence. Ce qui confère l’immunité, ce n’est donc point le seul fait d’être né ou d’avoir vécu longtemps dans un climat de même ordre que celui qui caractérise la patrie de la fièvre jaune, c’est le fait tout différent d’avoir passé un certain temps dans les lieux mêmes où la maladie est endémique, ou bien dans des régions où elle s’est montrée épidémiquement. La solidité de cette immunité augmente avec le temps; a-t-il passé une année sans être atteint, l’individu étranger ou indigène a déjà quelque chance d’une préservation ultérieure; cette chance s’accroît d’année en année, et si, par exception, il est frappé au bout de trois ou quatre ans, la maladie est généralement bénigne. C’est ainsi qu’il faut entendre l’immunité résultant de l’acclimatement, et elle présente cet autre caractère bien remarquable qu’elle est détruite par un éloignement temporaire de la localité où elle a été acquise; cette destruction est d’autant plus complète que le séjour dans l’autre pays a été plus prolongé, et que les deux climats sont plus dissemblables. Pour peu que l’absence ait duré quelques mois, le voyageur, à son retour dans sa résidence ordinaire, est exposé à toutes les chances mauvaises qui menacent le non acclimaté.

Les différentes races ne sont pas également frappées par la fièvre jaune, et l’assertion généralement adoptée qui affirme que la prédisposition va décroissant du blanc au créole, de celui-ci au rouge, du rouge au nègre, peut être considérée comme l’expression d’un fait vrai. Mais y a-til réellement là une immunité issue de la race, il est permis d’en douter; car les observations de Nægeli au Brésil, celles qui ont été faites sur la côte occidentale de l’Afrique, démontrent que ce bénéfice n’est acquis

qu’aux nègres du littoral, et que ceux de l’intérieur qui arrivent dans les ports au temps d’épidémie sont fortement décimés. Il est avéré, d’autre part, que cette immunité de race disparaît, elle aussi, à la suite d’un séjour dans un climat froid. Pour ces motifs, l’opinion de Nægeli me paraît mériter une sérieuse considération; cet éminent observateur, dont j’aime à invoquer l’autorité éclairée, rapporte l’immunité dont jouissent les nègres, non pas directement à leur race, mais à leurs conditions de vie dans les grandes villes du littoral; entassés comme des bestiaux dans des espaces confinés, ils sont constamment exposés aux émanations animales les plus nocives, et ils peuvent tirer de cette accoutumance toute spéciale une impressionnabilité moindre au poison morbigène. Cette interprétation, que justifient déjà les caractères de l’immunité dite de race, est encore confirmée par le fait suivant : dans toutes les épidémies, les employés des abattoirs, les bouchers, les individus en un mot que leur travail a exposés et habitués aux émanations animales de mauvaise nature, présentent une disposition moindre à la maladie.

Emporté au delà des foyers d’origine, le poison morbigène conserve

Page 1